Presses de l'Université Laval

  • Sainte-Anne est connue dans l'histoire de l'Eglise comme la mère de Marie. Pourtant, elle ne possède aucune base scriptuaire et n'a jamais été reconnue canoniquement par la théologie catholique. Après le concile de Trente, le culte à Sainte Anne devait être assimilé au culte marial. Or sainte Anne triomphe toujours aujourd'hui dans deux principaux lieux de résistance reconnus : ses sanctuaires d'Auray en Bretagne et de Beaupré au Québec. En Acadie, sainte Anne a fait l'objet du même processus de marginalisation de la part d'une faction de l'élite clériconationaliste. Néanmoins, la sainte triomphe encore dans son sanctuaire du Bocage, le long de la côte acadienne. Cette résistance de la figure de sainte Anne en Acadie invite alors à relativiser le concept de marginalité et renvoie à la nécessité d'explorer l'univers symbolico-religieux d'un peuple en dehors des seuls lieux de discours officiels. L'exploration de l'imaginaire religieux, par la littérature orale, se présente dès lors comme la voie privilégiée pour pénétrer le véritable univers symbolique de l'homo religious. Et pour cause ! L'histoire religieuse d'un peuple risque de se faire théologie politique lorsque l'historien néglige l'histoire vue d'en bas.

  • L'ethnologue jésuite Germain Lemieux (1914-2008) refait le chemin qui l'a mené de sa Gaspésie natale, contrée maritime, au pays des mines de Sudbury. À travers son témoignage, recueilli par l'auteur pour la radio en 1995 et livré sur le ton de la confidence, l'octogénaire soupèse les aléas d'une carrière entreprise un demi-siècle plus tôt. Il balise son récit d'éléments inédits, notamment sur ses origines et sa formation, qui éclairent les dessous de l'oeuvre et révèlent les traits de sa personnalité. Volontaire, il a su tracer sa voie et développer une expertise originale en dépit de moyens limités et des contraintes de son état. Ce document à l'allure intime constitue une source féconde, autant pour la compréhension de l'Ontario français et de son histoire au XXe siècle que pour l'institution du patrimoine oral que l'ethnologie a incarnée presque seul avant les années 1980. En faisant le bilan de son activité incomparable, Germain Lemieux y mêle un peu de son testament intellectuel.

  • « Mamie, faites-moi un bouquet... » Titre rappelant la prédilection de Conrad Laforte pour le symbolisme des fleurs dans la chanson médiévale se compose de témoignages et d'études multiples générées par l'oeuvre. Des auteurs européens et nord-américains y examinent les rapports historiques entre tradition orale et littérature, le passage de l'oral à l'écrit, et le rôle inspirant de la tradition pour les écrivains-conteurs et auteurs de chansons; ils réfléchissent sur la recherche de terrain, l'évolution de ses méthodes, ses résultats et la mise à disposition des archives; ils étudient encore des répertoires chantés et contés, ou proposent des analyses comparées de chansons types attestées en France, en Belgique et au Canada.

  • Parmi les rituels du mariage des Franco-Ontariens, la danse de l'aîné célibataire, garçon ou fille, demeure une sanction solidement enracinée, voire identitaire. Par l'examen minutieux des enquêtes de terrain commandées depuis 1999, l'auteur livre la première synthèse de cette tradition attestée dès 1826 au Québec. Les traces qu'il a mises à jour montrent que la pratique de ce rituel aurait été fort répandue en Amérique française, mais que son souvenir se serait érodé en France par où elle serait venue, et en Angleterre où elle vivait au temps de Shakespeare, comme aussi au Québec qui en aurait été le foyer de diffusion. Le paradoxe de la résistance des marges, figuré par le principe du limaçon, se dénoue avec un essai d'interprétation de la dynamique des traditions.

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