Presses de l´Université Saint-Louis

  • Ce livre rend possible la rencontre entre deux réalités différentes mais intuitivement proches : le coopérativisme et la doctrine sociale de l'Église. Enzo Pezzini retient le terme de « coïncidence doctrinale » pour qualifier cette rencontre. Mais il parle également d'un « esprit » commun à ces deux réalités, un esprit qui prend une forme profane dans un cas et religieuse dans l'autre. Or la coïncidence doctrinale, insufflée par un même esprit, devient résonance musicale. C'est ainsi que ce travail peut être lu comme une composition pour deux instruments qui se répondent l'un à l'autre de page en page. Il s'agit d'une mise en résonance minutieuse et rigoureuse où chaque instrument est sollicité et mobilisé avec ce qu'il a de plus propre. Le coopérativisme rentre ainsi en scène avec ses principes, sa réalité historique et les idées diverses qui l'ont nourri. La doctrine sociale de l'Église est entendue à travers les différents textes qui la composent mais également la voix de quelques « figures chrétiennes emblématiques ». Les notes jouées par chaque instrument se font ainsi écho progressivement : sans se confondre, elles font entendre une même musique, harmonieuse et porteuse d'une même utopie, celle d'une société marquée par la co-opération plutôt que par la concurrence. (extrait de la postface d'Elena Lasida)

  • L'histoire du groupe « Socialisme ou Barbarie » ressemble à celle de toutes les avant-gardes : extrêmement isolé durant son existence (1949-1967), il est devenu quasi-mythique aujourd'hui sans que son apport théorique soit mieux connu. Ses analyses de la bureaucratie n'ont guère été lues par les courants de la gauche critique, et s'il a influencé la mise en cause du marxisme dans le champ intellectuel français à la fin des années 1970, c'est au prix d'une dénaturation profonde de ses idées dans la mesure où elle n'avait comme objectif que de dénoncer le totalitarisme communiste, passant sous silence ses critiques du capitalisme. S'il paraît impossible de saisir la part exacte qui revient à Castoriadis dans ces influences, du moins peut-on cerner son apport comme penseur original en tâchant de prendre la mesure des spécificités de son oeuvre par opposition à celles de ceux qui l'ont côtoyé. Une chose, en effet, est l'accord sur l'analyse des systèmes bureaucratiques - qu'ils soient staliniens ou capitalistes -, une autre les propositions concrètes et les affirmations positives que l'on peut en tirer.

  • Longtemps restés confidentiels, les domaines de l'histoire du droit et de la justice coloniale connaissent aujourd'hui une activité importante. Celle-ci est portée par l'effet conjoint de l'attention nouvelle qu'y portent les historiens du droit, du renouvellement des études africaines et coloniales francophones et de la visibilité récente que leur a apporté le cinquantenaire des indépendances africaines. Les historiens africanistes et les historiens du droit s'interrogent de concert sur les modes de production et de transformation du droit colonial et de la justice coloniale. Ces réalités les renvoient à la plasticité du droit, de l'administration comme des pratiques judiciaires dans le cadre de la rencontre coloniale où des intérêts gouvernementaux font face à des contraintes culturelles et territoriales locales inédites (coutumes, populations locales en résistance, difficile maîtrise du territoire, etc.). Les huit contributions de cet ouvrage interrogent les modes de production et d'évolution du droit et de la justice. Dans quelle mesure crée-t-on du neuf ? Recycle-t-on, adapte-t-on l'ancien, les héritages de métropole ? Par ailleurs, on peut observer le processus de création à l'oeuvre, et s'interroger sur les contextes propices aux transformations juridiques et judiciaires, ainsi que sur les modes de création en eux-mêmes ; dans quelle mesure le fait colonial est-il un facteur d'innovation juridique, administrative et judiciaire ? Ces questions seront abordées dans une perspective attentive à la multiplicité des expériences et des modes de colonisation.

  • Quelle différence y a-t-il entre des règles de droit et des ordres appuyés de menaces ? Qu'est-ce qu'une obligation juridique et en quoi se trouve-t-elle apparentée à une obligation morale ? Quelle est la nature des règles et dans quelle mesure le droit consiste-t-il en des règles ? Qu'est-ce que la justice et en quoi diffère-t-elle du reste de la morale ? Au cours d'une discussion approfondie et séparée de ces problèmes récurrents, l'auteur relève une série d'éléments d'une importance essentielle pour la compréhension du droit, et réalise un nouveau départ dans la théorie du droit. L'ouvrage comporte une nouvelle analyse des notions de validité juridique, de souveraineté, et de fondement d'un système juridique, un nouvel examen du droit naturel et du positivisme juridique, une discussion originale des limites du formalisme dans l'élaboration de la décision judiciaire, et un examen de la nature du droit international. Le texte est complété par des notes bibliographiques détaillées et la discussion de thèses émises par des auteurs contemporains et plus anciens. Cette deuxième édition s'accompagne en outre d'une postface posthume, publiée sous la responsabilité de P.A. Bulloch et J. Raz.

  • La notion d'identification appartient au langage courant et à celui de la psychologie. Elle désigne généralement un phénomène propre à la relation avec autrui et son usage recoupe celui de notions telles que l'imitation, la sympathie, la participation affective, la contagion mentale. L'expérience et l'écriture freudiennes ont produit une mutation dans ce champ sémantique de l'intersubjectivité. En psychanalyse, l'identification ressortit aux processus inconscients ; elle obéit à des lois qui subvertissent les données de la psychologie empirique et philosophique. Ce travail d'analyse et de déconstruction du langage et, par conséquent, de l'expérience, est suivi dans le présent ouvrage en serrant au plus près les textes de Freud. Que l'identification y apparaisse d'emblée comme un processus de formation de symptômes et une modalité du refoulement, suffit à indiquer la direction et l'enjeu de la recherche psychanalytique. À mesure que se développent pour Freud la pratique clinique et sa conceptualisation, l'identification se trouve prise dans un réseau de plus en plus complexe de concepts : l'inconscient, la sexualité, les vicissitudes pulsionnelles, le narcissisme, la répétition, la pulsion de mort, l'oedipe, la castration. Ce livre s'efforce de montrer la solidarité de l'élaboration du concept d'identification avec le mouvement des remaniements de la problématique freudienne dans sa singulière histoire, en indiquant les questions que Freud a laissées ouvertes, inachevées, et la manière dont les psychanalystes, aujourd'hui, tentent d'en poursuivre l'énonciation.

  • Marquant un décalage à l'égard d'une littérature massivement consacrée à la définition et à la justification critique de la peine, ce volume vise à interroger la pluralité de(s) sens de la peine, à partir d'une réflexion sur la double polysémie des « sens » de la « peine ». Sont ainsi élucidés les sens social, politique ou civique de la peine imposée (1), la dimension sensible de la peine vécue (2) et l'orientation donnée au phénomène pénal (3). Le pari est ici que la distinction entre ces trois acceptions permet de dépasser la dénonciation de nos pratiques pénales contemporaines « insensées » : c'est en une pluralité de sens que doit se dresser ce constat et se dire ce déficit de sens - tant scientifiquement, par une dialectique entre disciplines et points de vue, que politiquement, au nom de la démocratie.

  • La catégorie moderne de la légalité vit depuis longtemps une profonde crise d'identité. Selon l'auteur, il ne s'agit pas simplement d'une crise d'effectivité, mais d'une crise bien plus profonde, qui ne se manifeste pas seulement par la dissociation du modèle de la réalité, mais qui bouleverse le modèle théorique lui-même, signe d'une crise encore plus radicale qui concerne tout le paradigme juridique au sein duquel elle a été conçue. Après avoir tracé les contours de ce paradigme et mis en lumière l'aporie du principe moderne de la légalité, l'auteur nous montre, en s'appuyant sur la révolution constitutionnelle de l'après Seconde Guerre mondiale et en faisant le détour par les territoires du droit européen, que ceux qui semblent être des chemins interrompus de la légalité s'avèrent être, en réalité, les chemins encore peu explorés d'une nouvelle légalité dont il brosse le portrait.

  • L'évolution contemporaine de l'application du droit pénal permet d'observer au moins deux phénomènes significatifs. D'une part, on constate une dissociation de plus en plus fréquente entre le prononcé du jugement pénal et son exécution, avec comme conséquence que cette exécution n'est plus seulement rejetée dans l'ombre, mais totalement ou partiellement absente. D'autre part, se multiplient des mécanismes aboutissant à ce que la déclaration de culpabilité de l'auteur d'une infraction ne s'accompagne d'aucun autre prononcé. Fruits notamment d'un double mouvement d'individualisation et de diversification des peines, de tels phénomènes aboutissent inévitablement à une valorisation croissante du prononcé de la peine par rapport à son exécution, voire même de la déclaration de culpabilité par rapport au prononcé de toute autre condamnation. Loin d'apparaître comme des manifestations d'impunité, ces phénomènes constituent davantage une forme de passage à la limite d'une pénalité « immatérielle » où l'acte de punir se ramène à un pur acte de langage, consistant à réaffirmer la loi, à dire le crime, à désigner son auteur et à reconnaître publiquement le statut de la victime. Centré sur l'étude du jugement pénal, le présent ouvrage s'attache ainsi à développer l'idée que le dire apparaît non seulement comme un élément constitutif de l'acte de punir, voire comme une peine à part entière, mais encore, dans leur prolongement, comme un véhicule essentiel de leur mémoire et de leur oubli. Si l'analyse porte principalement sur les droits belge et français, elle s'étend également à d'autres systèmes juridiques.

  • Historiquement, les droits de l'homme ont principalement servi de « bouclier » contre les excès potentiels du droit pénal, en limitant son intervention à un triple point de vue : normatif, en excluant ou en restreignant toute forme d'incrimination portant atteinte aux droits de l'homme ; sanctionnateur, en interdisant toute forme de peine inhumaine et dégradante incompatible avec le respect fondamental de la dignité humaine ; procédural, enfin, en exigeant un ensemble de garanties liées au droit de l'inculpé à un procès équitable. Ces limitations se fondaient clairement sur la reconnaissance du caractère particulièrement contraignant du droit pénal et sur le principe corrélatif de sa subsidiarité par rapport à d'autres formes d'intervention juridique. OEuvrant ainsi à une profonde « humanisation » du droit pénal, on peut se demander si cette fonction, tout en restant présente, ne se trouve pas concurrencée aujourd'hui par une fonction partiellement inverse qui transforme cette fois les droits de l'homme en « épée » du droit pénal, contribuant à la fois au déploiement et à la légitimation du droit pénal, de même qu'à une véritable « pénalisation » des droits de l'homme.

  • Cet ouvrage collectif constitue le quatrième volume des « Cahiers Castoriadis ». Envisager conjointement la praxis et l'institution conduit au coeur même du travail de Castoriadis, permettant ainsi de le saisir dans sa dimension la plus novatrice, laquelle ne va toutefois pas sans risques. Son originalité tient pour partie à sa capacité à affronter sans fard l'aporie que manifeste le rapprochement de ces deux notions.

  • Souvent traitée, au cours de l'histoire, comme acte de violence à l'égard du texte original et/ou de la langue d'accueil, la traduction est envisagée dans ce volume comme deux opérations de manipulation du sens - comprendre (déverbaliser) et exprimer (reverbaliser) - qui engagent inévitablement la subjectivité du traducteur. Dans des cadres théoriques différents, les auteurs réfléchissent à la mouvance des concepts et des mots qui les désignent en sciences humaines, à l'influence des traductions sur l'évolution du français aux XIVe - XVIe siècles, à l'interprétation du dit et du vouloir-dire par le traducteur et par l'interprète, à la manière dont la forme participe au sens en traduction de la poésie, à l'éclairage que les sciences neurocognitives apportent sur les deux opérations de traduction. L'ouvrage s'adresse aux étudiants de traduction-interprétation et de lettres, aux traductologues, linguistes et littéraires et à tous ceux qui s'intéressent aux aspects subjectifs de la traduction. Ce volume regroupe les articles de Paul Arblaster, Philippe De Brabanter, Anne Delizée et Christine Michaux, Olivier Delsaux, Émilie Piat, Didier Samain, Svetlana Vogeleer.

  • La figure littéraire faustienne est ici traitée dans le cadre d'une recherche portant sur la possibilité (avant tout), la teneur et la portée (ensuite) des relations entre la littérature et le savoir - la littérature articule-t-elle une forme particulière de savoir, irréductible aux discursivités scientifiques mais néanmoins susceptible d'entrer en dialogue avec celles-ci ? Dans l'histoire de la littérature, Faust joue le rôle d'une réflexion proprement littéraire sur la possibilité du savoir et invite ainsi la littérature à creuser ses propres rapports à la connaissance. La littérature ne nous présente pas, sous les traits du Docteur Faust en son cabinet d'études, le simple reflet d'un savoir historiquement constitué, assuré de lui-même, pas plus que le reflet d'un savoir en crise ou d'une connaissance qui échoue à atteindre ses buts. La littérature faustienne n'est justement pas un reflet, mais l'aventure risquée, parce qu'interrogative, d'un savoir qui se découvre à même l'oeuvre littéraire avec Faust, l'homme moderne explore et découvre, fait l'expérience littéraire des possibilités et des implications de son savoir. La figure faustienne n'illustre pas, elle est l'un des moments actifs, l'une des forces opérantes de la constitution moderne de la connaissance.

  • En Belgique, la loi de défense sociale de 1930, modifiée par la loi du 1er juillet 1964, prévoit un régime d'internement pour l'auteur d'un fait qualifié infraction considéré à la fois comme irresponsable sur le plan pénal et dangereux sur le plan social. Cette loi a fait l'objet de nombreuses critiques, portant notamment sur l'ambiguïté de la mesure d'internement, entre soin et sécurité, ou sur les lacunes du soin tant en annexe psychiatrique de prison que dans les établissements de défense sociale. La loi de défense sociale a fait l'objet d'une réforme récente, par une « Loi relative à l'internement des personnes atteintes de trouble mental » du 21 avril 2007 dont l'entrée en vigueur n'est toutefois pas prévue avant 2012. Le régime de défense sociale, tel que prévu par la loi de 1930, est donc actuellement toujours en vigueur. Assez curieusement, peu de recherches empiriques ont été consacrées au fonctionnement concret du régime actuel de la défense sociale : comment se prend la décision qui oriente un inculpé vers le circuit de la défense sociale ? Quels sont les rapports qui se nouent entre le juge et l'expert psychiatre à ce stade de la décision ? Quels types de profils retrouve-t-on en défense sociale ? Quelles sont les trajectoires des personnes internées ? Comment fonctionne l'internement, entre souci de soin et de sécurité ? Quelle différence pour l'interné entre l'annexe psychiatrique de prison et l'établissement de défense sociale ? À quelles conditions concrètes répond la mise en liberté des internés ? Autant de questions auxquelles ce livre, fruit d'une recherche de terrain menée en 2008-2009 en Belgique francophone par une équipe des FUSL, offre un début de réponse. Fondée à titre principal sur une méthode originale d'analyse en groupe d'acteurs et de chercheurs, la recherche dont il est issu propose un éclairage de l'intérieur sur les réalités vécues en défense sociale. Ce livre doit beaucoup à tous les intervenants qui ont accepté de participer à la construction de l'analyse qu'il propose.

  • Que peut signifier la notion de vérité pour une pensée de la création ? Telle est, brutalement exprimée, la question qui se pose à la lecture de l'oeuvre de Castoriadis. L'un des aspects les plus novateurs et stimulants de celle-ci est sans doute d'avoir montré que la société, toujours auto-instituée, est à saisir à partir de significations imaginaires qu'elle crée, et qui la structurent en retour : source de sens, elles spécifient notamment ce qui est juste et ce qui est injuste, indiquant par là ce qu'il convient de faire ou non, de telle sorte que leur légitimité semble hors de tout questionnement. Cette remarque, qui suffit à manifester la possibilité de leur mise en cause, souligne que nous vivons dans une société pour laquelle la vérité se comprend, non comme reconnaissance d'un ordre particulier ou accueil d'une révélation, mais bien comme objet de recherche. Le deuil accepté de la saisie de l'Absolu ne conduit pourtant pas Castoriadis à réduire l'objectivité à l'ordre de l'intersubjectivité. La pensée humaine structurée par la logique classique, qu'il nomme ensembliste identitaire, est à même d'énoncer des vérités, assure-t-il. Ainsi, bien qu'échappant à toute structuration possible, l'être serait partiellement appréhendable par un logos spécifique, fruit d'une création historique ; ce qui laisse quelque peu perplexe. N'est-ce pas le lot de toute grande pensée qui, chaque fois, porte un regard neuf sur les domaines du pensable ?

  • Trente ans après la publication des actes d'un premier colloque musico-littéraire (Littérature et musique), ce nouvel ouvrage intitulé Synesthésie et rencontre des arts est le fruit d'une journée d'hommage au professeur Jean Heiderscheidt tenue le mercredi 26 avril 2006 en l'église Sainte-Alix à Bruxelles. Comme le titre le suggère, ce volume est centré autour de la synesthésie, qui désigne la confusion ou l'association que font certains sujets entre deux sensations de nature différente : le plus souvent, il s'agit d'impressions visuelles, surtout colorées, provoquées par des perceptions auditives. Mais elle désigne aussi la simple simultanéité de diverses perceptions chez une ou plusieurs personnes. Déjà Platon se demandait « par quel sens je connais l'union des perceptions des différents sens en un seul objet ». Dans le prolongement de l'idée de sonosphère, l'ornitho-musicologie propose une nouvelle écoute de notre environnement, celle-ci ne pouvant se faire qu'en retrouvant une écoute plus naturelle, plus curieuse et plus émerveillée. Couleurs, synesthésie, architecture naturelle, voilà quelques-uns des thèmes d'un volume que découvrira le lecteur passionné. Les textes en hommage à Jean Heiderscheidt, rappellent son intérêt pour les arts, comme la place du théâtre anglais, au département de langues et littératures modernes germaniques des FUSL, mais aussi son intérêt pour la peinture et son amour des oiseaux.

  • Indicateur sensible des changements de la punitivité dans le monde occidental, l'usage de la prison n'en finit pas de croître depuis une trentaine d'années ; dans le même temps, la critique de la prison et la démonstration de ses impossibilités ont rarement été aussi nourries par les expériences et analyses de ceux qui, à divers titres, côtoient l'univers carcéral. Les enjeux contemporains de la prison se déclinent autour de ce paradoxe. Mise en chantier en 1996, une législation destinée à encadrer l'exécution des peines privatives de liberté a été adoptée en 2005. Si cette loi confirme le mouvement de judiciarisation et de juridicisation impulsé dans les années 1970 en vue de la reconnaissance des droits des détenus, les modalités de sa mise en oeuvre montrent plutôt qu'elle est avant tout une nouvelle source de légitimation de l'institution, de plus en plus réduite, pour le reste, à ses fonctions de neutralisation dans un contexte de punitivité accrue. À cette critique est opposée l'impossibilité de mettre en oeuvre une telle loi face à la situation de surpopulation qui caractérise nombre d'établissements pénitentiaires belges. Le constat est loin d'être faux, mais il ne doit pas pour autant occulter d'autres obstacles, parfois plus fondamentaux, que permet de discerner l'examen des principaux objectifs liés à la réhabilitation, que sa forme soit ancienne - la réinsertion - ou nouvelle - déclinée sur le mode de la réparation ou de la responsabilisation. Face à ce qu'un collectif d'agents de l'administration pénitentiaire avait appelé « l'impossible réforme des prisons », il faut alors revenir sur la question de l'abolition de la prison.

  • Cet ouvrage présente une réflexion sur le processus dit de justice transitionnelle, c'est-à-dire sur la reconstruction des mécanismes de justice telle qu'entreprise au Burundi depuis la fin des violences fratricides qui ont déchiré le pays pendant plusieurs décennies et du conflit armé qui les a suivies. Il présente tout d'abord le travail mené au Burundi par l'association RCN Justice & Démocratie, basée à Bruxelles et active notamment dans la région des grands lacs africains. Cette ONG a voulu libérer la parole des habitants du pays au moyen de groupes de discussion menés suite à une représentation théâtrale itinérante visant à susciter le dialogue sur le fait de devoir (re)vivre ensemble après la guerre civile. L'ouvrage réunit ensuite les contributions présentées à l'occasion du colloque organisé le 28 mars 2012 à Bujumbura, pour confronter la parole ainsi recueillie auprès de la population burundaise aux avis d'experts burundais et internationaux. Le résultat, parfois surprenant mais toujours passionnant, souligne l'existence discrète quoique vivace de dimensions informelles de la justice transitionnelle telle que mise en place dans les collines, loin des retards et des négociations politiques qui caractérisent le processus formel engagé sous l'égide des Nations unies et qui peine à produire des résultats. Une lecture plurielle de la justice réparatrice dans un État sortant d'un conflit, et l'émergence possible d'un modèle burundais qui gagnerait à être plus largement diffusé. L'ouvrage est accompagné d'un DVD restituant les débats échangés lors du colloque, qui peut être utilisé comme support pédagogique ou comme regard alternatif sur une problématique complexe mais cruciale. Cf. le chapitre de la version éléctronique intitulé : "Annexe. Restitution des débats échangés lors du colloque. Liens vers les vidéos présentes sur le DVD dans l'édition papier"

  • Professeur de littérature néerlandaise à l'Université Saint-Louis- Bruxelles durant vingt ans, Hugo Bousset s'est imposé depuis les années 1970 comme une figure majeure de la critique littéraire en Flandre et aux Pays-Bas, tant par son érudition ' dont témoigne son impressionnante production essayistique que par son engagement et regard singulier sur la littérature. Critique au grand flair, ayant le sens de l'air du temps, Hugo Bousset a aussi contribué, en tant que rédacteur en chef de l'une des plus anciennes revues littéraires Dietsche Warande & Belfort, à façonner le paysage littéraire néerlandophone de ces dernières décennies. Ce volume souhaite lui rendre hommage en investiguant certains enjeux majeurs de la critique littéraire d'aujourd'hui, sondant quelques jalons importants de l'histoire de la critique néerlandophone aux XXe et XXIe siècles, et plaçant en son coeur l'ambivalence du terme littéraire la critique fabrique la littérature, tout comme la littérature assume une forme de retour critique sur elle-même. Revisitant les écrits de Hugo Bousset, les contributions qui composent ce livre se présentent sous un angle résolument dialogique. Elles interrogent les frontières disciplinaires et empruntent, ne serait-ce que le temps d'un texte, la voix de l'autre, réservant au lecteur quelques réflexions inédites.

  • Ces dernières années, l'importance des thèmes liés aux frontières est allée crescendo, dans l'actualité politique et dans les débats intellectuels. Aujourd'hui, les drames qui se jouent aux frontières de l'Europe questionnent les fondements des communautés politiques contemporaines à travers les limites de celles-ci. Dans ce contexte, le présent ouvrage n'est pas un plaidoyer « pour » ou « contre » l'ouverture ou le renforcement des frontières de type national-étatique. Prenant acte des avancées des Border Studies, il invite à prendre du recul par rapport à une notion qui semble saturée, presque étouffante, et entend faire droit à une diversité de significations et d'usages du faire frontière. À travers leurs différents objets et terrains et grâce à la complémentarité de leurs approches - l'anthropologie, la sociologie, la sociologie politique, les études européennes et la théorie politique - les contributions rassemblées éclairent les manières dont les communautés et leurs frontières se construisent mutuellement.

  • La plupart des juristes ont leur idée sur le sens et l'importance du principe de sécurité juridique et, surtout, leur avis sur le mal qui semble attaquer le droit de toutes parts : l'insécurité juridique. Cet ouvrage a pour ambition de démontrer que les problèmes qui parcourent la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne relative à ce principe peuvent s'expliquer par la façon dont l'histoire des idées l'a façonné. Le recensement des contradictions, imprécisions et ambiguïtés dont la jurisprudence européenne est entachée permet, dans une première partie, d'illustrer le fossé existant entre le discours limpide de la Cour sur le principe et son application, paradoxalement ambiguë, incertaine et imprévisible. L'analyse historique révèle ensuite que le principe de sécurité juridique est traversé par quatre logiques qui se sont construites au fil du temps, parfois depuis l'antiquité, et qui permettent de mieux comprendre la jurisprudence de la Cour de justice. Les deux premières sont liées au fondement du principe (la certitude pour la logique cartésienne et la confiance pour la logique fiduciaire) et les deux autres concernent ses destinataires (le pouvoir en place pour la logique politique et les sujets de droit pour la logique subjective). Enfin, douze suggestions sont formulées afin d'améliorer l'utilisation du principe de sécurité juridique par les juridictions de l'Union. Elles sont inspirées d'une double proposition : remplacer la logique cartésienne par la logique fiduciaire et mobiliser l'argument de sécurité juridique en priorité en faveur des individus (logique subjective) plutôt qu'en faveur des autorités (logique politique).

  • Le présent volume inaugure la série des « Cahiers Castoriadis » qui se donne pour objectif de favoriser un débat interdisciplinaire vivant autour de la pensée de Cornélius Castoriadis. L'oeuvre de Castoriadis est aujourd'hui trop peu connue au regard de la richesse conceptuelle qu'elle recèle et de l'intérêt qu'elle peut dès lors représenter pour d'autres courants philosophiques et pour la plupart des sciences humaines : elle peut enrichir de nombreux débats actuels dans le champ de la philosophie, des études littéraires, de la linguistique, de la psychologie, de l'anthropologie, de l'histoire, des sciences sociales et politiques, des sciences juridiques. Elle est susceptible de provoquer la rencontre interdisciplinaire entre des thématiques de recherches naturellement trop enserrées dans des champs scientifiques institués. Il s'agit donc de profiter des nombreux enjeux de cette oeuvre pour en faire un objet de débat et l'un des « outils » de la pensée contemporaine.

  • La croissance occupe aujourd'hui une place centrale dans la gouvernance publique. Parce qu'elle soutiendrait la création d'emplois, assurerait le financement de la sécurité sociale, allégerait le fardeau de la dette, favoriserait les investissements, l'augmentation constante du produit intérieur brut serait devenue indispensable à la prospérité collective. Dès son émergence cependant, cet « imaginaire croissanciel » - qui a su séduire à gauche comme à droite - s'est attiré des critiques d'ordre anthropologique (la croissance infinie du pouvoir d'achat ne signe pas l'épanouissement humain), écologique (la quête éperdue de points de croissance se heurte au mur des limites planétaires) et social (cinquante ans d'agenda croissanciel n'ont pas empêché les inégalités de se maintenir). La crise économique qui a éclaté en 2007 et les signes toujours plus tangibles des bouleversements climatiques à venir ont donné à ces critiques une acuité nouvelle. Et le droit dans tout cela ? Nos règles juridiques reflètent-elles l'emprise de l'imaginaire croissanciel ou autorisent-elles d'autres conceptions du progrès humain ? Et les juristes ? Ont-ils les moyens et la légitimité pour traduire dans les règles de droit les aspirations à une prospérité sans croissance ? Ce sont ces questions difficiles que cet ouvrage aborde, couronnant trois années de travaux au sein du Séminaire interdisciplinaire d'études juridiques. Gageons que le lecteur y trouvera une source d'inspiration et un programme de recherche à la hauteur des défis de notre époque.

  • Ce liber amicorum est dédié au professeur Gilbert Hanard à l'occasion de son accession à l'éméritat. Son contenu illustre bien les options pédagogiques et scientifiques du titulaire du cours de droit romain qu'il dispensa pendant plus de trente années aux étudiants de la première année en droit. Cet ouvrage, bouquet offert par ses amis et collègues des universités belges et européennes, plonge en effet au coeur du dialogue continu qu'entretiennent le droit romain, l'histoire du droit et le droit civil contemporain. Un tel croisement disciplinaire ayant alimenté en permanence l'enseignement de Gilbert Hanard, le choix de recourir aux plumes de romanistes, d'historiens et de praticiens du droit pour composer cet hommage s'imposait. De l'Antiquité aux sources du droit romain dans la législation moderne ou les Principes européens du droit des contrats, en passant par le Moyen Âge et le début de l'indépendance de la Belgique, le spécialiste autant que l'amateur éclairé trouveront dans ces contributions les éléments d'une réflexion sur l'importance de la démarche historienne pour la compréhension des principes qui fondent le droit civil actuel.

  • La responsabilité pour abus de droit, I'égalité devant les charges du voisinage, le principe des droits de la défense, le respect dû par I'Administration aux règles de droit qu'elle a posées : autant de principes généraux du droit dont I'existence a été consacrée par les juridictions, en marge des textes législatifs et constitutionnels. L'analyse des raisonnements grâce auxquels les juges ont consacré ces normes juridiques fondamentales permet de dégager les idées directrices qui guident I'activité interprétative et normative des juridictions. Mais cette analyse révèle également que les quatre principes en cause, qui mettent tous en oeuvre I'idée d'égalité, expriment des thèmes majeurs de l'idéologie juridique. À la faveur d'une restructuration de la critique marxiste de I'idéologie, I'ouvrage met en lumière les catégories et le processus symbolique qui régissent I'idéologie de I'égalité en droit. L'efficacité de cette idéologie est critiquée en confrontant les justifications des principes avec les rapports sociaux qui forment leur champ d'application et concernent I'entreprise capitaliste, I'urbanisation contemporaine, I'accès à la justice et I'organisation bureaucratique de I'État.

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