Presses de la Renaissance (réédition numérique FeniXX)

  • Placé sous l'invocation d'Éros, le livre de Jacques Mazel nous initie, à travers une galerie de personnages empruntés à l'Histoire et à la mythologie (Aspasie, Socrate, Épicure, Aphrodite...), à toutes les formes de l'amour pratiquées dans la Grèce antique. Il en dévoile les rites et les secrets, depuis la couche conjugale, dominée par l'épouse - avant tout mère des enfants et gardienne du foyer - jusqu'au monde de la prostitution, du lupanar sordide, au luxe effréné des grandes courtisanes. Mais c'est sur la palestre, ou au cours du banquet, haut lieu de la convivialité chez les Grecs, que l'homme atteint peut-être l'absolu de la volupté. Pleinement et librement vécu, l'amour pédérastique suscite cet échange d'un genre unique entre l'homme mûr et le jeune garçon, où s'exprime l'essence d'une civilisation. Toujours attentif à l'exactitude archéologique, et cela dans les moindres détails, l'auteur ne sacrifie pas pour autant l'art du récit. Cette fresque de l'amour en Grèce nous est restituée à travers une écriture élégante et sensible.

  • Un XVIIIe siècle étrange et neuf. Inquiétant même... Ni dentelles, ni galanteries, ni parties fines, ni même Casanova, mais une troublante obsession qui, vers 1750, s'empare des médecins et des pédagogues, et les conduit à une étonnante invention, celle d'une maladie plus ravageante que la petite vérole : la masturbation ! Contrairement à l'idée reçue, ce fut, en ce siècle des Lumières, le discours scientifique qui s'avéra plus répressif que celui de l'Église. L'un des grands mérites de ce livre, vient de ce qu'il refuse de céder aux préjugés à la mode : le discours du théologien, celui du mystique, du médecin, du philosophe, du pédagogue, sont analysés avec un parti pris d'objectivité, qui les préserve des réductions abusives, et des anachronismes intellectuels. Combien, après sa lecture, paraît simpliste la vision d'un passé uniformément répressif, et combien dérisoire notre bonne conscience libérale ! Ce non-conformisme (qui est aussi une leçon de probité) ne manquera pas de susciter débats et polémiques chez les adeptes du prêt-à-penser. Ce siècle des Lumières, revisité par le biais de sa morale sexuelle, nous vaut un livre dérangeant et remarquable.

  • Rien de plus banal, aujourd'hui, que de mettre au monde un enfant désiré, sans pour autant lui donner un père légitime. Et pourtant, la société n'accepte pas toujours celui que l'on n'ose plus appeler un bâtard. Dans ce livre admirablement documenté, foisonnant d'anecdotes et de détails curieux, Claude Grimmer nous fait vivre les amours secrètes de l'Ancien Régime, celles du manant comme celles du roi, du noble, du prêtre ou du bourgeois. Elle nous entraîne, à sa suite, dans tous les lieux de plaisir où se conçoivent les futurs bâtards, depuis le misérable bordel de campagne, jusqu'aux alcôves de Versailles. Elle retrace ce que sera le destin de ces enfants illégitimes, selon leur catégorie sociale, dans un État dominé par la morale chrétienne. Précédé d'une très belle introduction d'Emmanuel Le Roy Ladurie, cet ouvrage lève un voile sur les comportements les plus intimes de la société française avant la Révolution. Témoignage objectif et nuancé, il fait apparaître une nouvelle image de la femme.

  • Le duel ? Le mot évoque irrésistiblement l'univers de Dumas et de Paul Féval. Pourtant, ce livre nous entraîne bien au-delà des images que les fictions des romanciers nous ont imposées. Sous l'Ancien Régime, en effet, le duel est une pratique courante. Pour un rien - un mot déplacé, une rivalité galante, une question de préséance, une querelle de cabaret -, on « appelle » l'offenseur, on entraîne parents et amis, et l'on se retrouve au petit matin, ferraillant à deux, quatre ou huit, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Les édits contre cet usage barbare (les morts se comptent par milliers tous les ans) se multiplieront sans parvenir à le déraciner. La loi privée du sang se maintient obstinément contre la volonté du prince. Cette religion du « point d'honneur », et surtout le mépris de l'existence qu'elle suppose, nous offrent la matière d'une passionnante étude de mentalités. A partir des sources les plus sûres et les plus diverses (mémoires, correspondances, textes littéraires et juridiques), Micheline Cuénin retrace les moments forts de ce conflit qui mit aux prises, plusieurs siècles durant, l'autorité monarchique et le « sacrement de l'assassinat », le politique et le romanesque...

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