Presses universitaires de Bordeaux

  • Comment se forme le savoir cartographique sur un territoire national et de quels usages sociaux et politiques ce travail scientifique devient-il l'enjeu ? C'est à cette double question centrale que cet ouvrage s'attache à répondre. L'auteur prend pour terrain de recherche la Tunisie du XIXe siècle : elle y suit d'abord l'activité pionnière de voyageurs cartographes pour donner à voir comment s'opère le passage de l'itinéraire à la carte. Elle étudie aussi le processus d'adoption de la carte par les autorités civiles et militaires, pour la formation des officiers à l'École polytechnique du Bardo, pour la représentation des villes ou lors de négociations qui visent à fixer la frontière avec l'Algérie voisine, devenue colonie française. Fruit d'un savoir scientifique, la carte est également porteuse de nouveaux modes de gestion politique du territoire.
    Cette analyse historique, fondée sur une documentation de première main, s'est enrichie des ressources de la géographie, de la science politique et de la sémiologie. Son originalité tient aussi à la capacité qu'a l'auteur de restituer les conditions matérielles et les effets institutionnels de l'activité des cartographes, rendue tangible et vivante. Le lecteur est ainsi invité à mettre ses pas dans ceux de ces arpenteurs de l'espace tunisien, qui ont su engager des rapports de réciprocité sous forme d'échanges interculturels de savoirs et de savoir-faire

  • Afin d'affronter au mieux les profondes mutations du tournant du XVIIIe siècle et présenter une vision catholique du monde à opposer aux divers contestataires - incrédules, déistes, jansénistes, protestants - Louis XIV confie aux Jésuites de France la rédaction des Mémoires pour l'Histoire des Sciences et des Beaux Arts (dits Mémoires de Trévoux). Mais les Trévousiens se trouvent progressivement confrontés à des problématiques nouvelles pour eux concernant l'organisation de la société, la production et l'échange des biens. Leur stratégie « de combat » est contrainte de s'adapter. Il leur faut maintenant prendre la défense du régime monarchique en rappelant que la réalisation du «bien commun de ses Sujets» reste l'objectif du prince chrétien. En même temps, l'utilité des institutions religieuses doit être justifiée tout comme l'engagement traditionnel de l'Église latine envers la famille. Par ailleurs, face au développement économique, les Jésuites ne cherchent pas à bâtir des théories, préférant plutôt encourager l'enrichissement du prince dans le respect des principes de la morale catholique. Néanmoins, si la conquête coloniale est approuvée avec enthousiasme, malgré quelques réserves sur le recours systématique à l'esclavage, l'accent est mis sur le modèle romain d'une société agraire stable attentive au respect de la nature reçue de Dieu comme témoin de l'ordre de la Création à valoriser par la « main de l'homme ». Une certitude demeure intangible : l'économie et la société doivent rester soumises à la morale chrétienne.

empty