Presses universitaires de Caen

  • Les sagas islandaises comptent parmi les plus beaux fleurons de la littérature du Moyen Âge ; elles constituent d'autre part un phénomène unique à l'intérieur de la littérature de tous les temps. En effet, elles échappent à toute classification à l'intérieur d'un genre dûment codifié : si, par leur contenu, on pouvait leur découvrir une parenté avec nos chroniques médiévales, l'étude de leur forme nous interdirait ce rapprochement, car, à la différence de ces chroniques, rédigées exclusivement en prose, les sagas n'hésitent pas à mêler au récit proprement dit des dialogues, et même des strophes scaldiques improvisées (désignées sous le nom de « lausavisur »). La saga apparaît donc comme un genre hybride, présentant des affinités plus ou moins importantes avec les genres épique, dramatique et historique. Ce caractère hybride, qui pourrait nuire à l'unité de ton, confère à la saga une grande souplesse de forme et une infinie variété des effets obtenus.

  • Les tribulations d´un titre, au cours de dix années de recherche, expriment assez bien comme il peut être malaisé, pour un géographe, de choisir un sujet, de s´y tenir et de le traiter, tellement sont difficiles à cerner les limites et la finalité de notre discipline. J´avais la volonté, cependant, et ceci dès l´origine, de consacrer au monde rural normand mon travail de thèse. Celui-ci s´intitula d´abord « Les plaines et plateaux normands et la vallée inférieure de la Seine, étude d´économie rurale ». Son orientation devait être principalement économique et son cadre régional, resserré sur la Haute-Normandie, plus étroit que celui que j´adoptai finalement. Après une période d´incertitude, marquée par 28 mois d´excursions extra-universitaires, j´envisageai pendant quelque temps de réduire encore le cadre régional, afin d´étudier dans sa totalité, « le Pays de Caux » milieu rural particulièrement original et complexe. C´est une sorte de réaction qui me fit choisir finalement « l´élevage en Normandie » en ne retenant qu´un secteur d´activité, le plus important il est vrai dans cette province, et en élargissant le cadre à 2 régions de programme, 5 départements et 3 374 communes. Mais, au terme de mes recherches, je me demande si le titre ne devrait pas se transformer encore pour devenir « Les éleveurs de Normandie ».

  • Les démarches de la raison, de la critique rationnelle, sont condamnées avec Jacobsen, à piétiner. Vouloir décomposer sa création, la scinder, la tronçonner en éléments premiers, c´est comme n´entendre dans le chant du violon que le frottement de crins de cheval sur des boyaux de chat. Rien n´est primaire en elle, car tout y est complexité vivante, vivante c´est-à-dire indissociable. Il fallait, sous peine d´en être réduit à l´énumération de lieux communs, aborder Jacobsen tout différemment. Ou plutôt, ne pas l´aborder, mais se placer résolument au centre de son élan créateur, de sa sensibilité. Sous peine de rester sur la périphérie et d´ignorer l´essentiel de son message.

  • Au terme de l´étude des systèmes d´élevage en Normandie, l´extrême variété des orientations se révèle un des traits les plus frappants de la géographie régionale. Grand pays d´élevage par le volume et la valeur totale de sa production, la Normandie se présente en outre comme un ensemble très diversifié où se côtoient toutes les grandes espèces de l´élevage tempéré, bovins, équidés, porcins, ovins, volailles et une gamme quasi complète de techniques allant des plus archaïques aux plus modernes, des plus simples dans le mode d´utilisation du sol (les techniques herbagères) aux plus complexes (les assolements cauchois). Au total, pour qui essaie de comprendre les phénomènes de répartition géographique, c´est un laboratoire riche de multiples exemples qu´offre le cadre des cinq départements normands. Quels sont donc les facteurs qui ont joué un rôle déterminant dans l´organisation des systèmes contemporains ? Sans cesse, l´étude régionale s´est efforcée de répondre à cette difficile question. La préoccupation principale du géographe consiste bien, en effet, après avoir décrit les systèmes (herbagers, bocains ou cauchois), à tenter de comprendre les lois profondes de leur répartition.

  • Après plusieurs siècles d'oubli, le Jutland des chansons populaires du Moyen Âge, avec ses paysages sauvages et ses habitants énergiques, prend une place de choix dans la littérature danoise grâce à Blicher. Suivant son exemple, toute une lignée d'écrivains comptant parmi les plus importants du Danemark, chanteront le Jutland, leur pays natal : Holger Drachmann, Jakob Knudsen, Johan Skjoldborg, Jeppe Aakjaer, Johannes V. Jensen. Des peintres, aussi, chercheront leur inspiration au Jutland et dans l'oeuvre de Blicher.

  • La civilisation actuelle devient toujours plus uniforme sur tout le globe. Ce n'est que sur la périphérie de la civilisation moderne que l'on trouve encore quelques petits peuples dont le mode de vie est profondément lié à celui des générations passées et qui ont gardé le même contact intime avec la nature. Tous ces peuples ont été rassemblés sous l'étiquette de minorité ; parmi eux, il y a les Lapons à l'instinct chasseur qui forment encore, en été, des tribus nomades. Dans notre esprit, Lapons et légendes sont deux choses étroitement associées ; nous devons cependant nous garder de croire que les Lapons sont des êtres légendaires, dont les seules occupations consistent à s'adonner à l'élevage du renne.
    />

  • C´est ainsi que Prentout qui, pour le millénaire de la fondation de la Normandie, avait consacré un important article aux Saxones Bajocassini, concluait en ces termes : « En résumé, la région normande a pu être à diverses reprises l´objet des invasions saxonnes périodiques, comme l´ont été celles des Normands ; elle a même reçu à diverses reprises des colonies saxonnes ; il ne semble pas cependant qu´il y eut colonisation durable se traduisant par des modifications appréciables dans la toponymie, le type ethnographique, la langue et le droit ». Il n´est pas douteux que cette conception a lourdement pesé jusqu´ici sur les recherches toponymiques et en a dans bien des cas faussé les résultats : on a attribué à d´autres peuples des fondations ou des vocables dont l´origine était pourtant saxonne.

  • Est-il surprenant que l´un des premiers recueils de Littérature française pure proposés au lecteur par la Société des Publications de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Caen soit consacré à Barbey d´Aurevilly ? Au temps où Barbey était un des galeux des manuels scolaires, et même le rat pesteux mis en quarantaine - avec un Lautréamont ou quelque Villiers de l´Isle-Adam - par certaines Littératures, où on l´aurait accusé si on en avait parlé, de propager tantôt le virus du mauvais style, et tantôt les bacilles de sentiments extravagants et dangereux, l´Université de Caen s´honora, dès 1902, en accueillant la belle Thèse d´E. Grêlé sur Barbey d´Aurevilly, sa vie, son oeuvre. Quand elle saisit la première occasion possible de publier soixante et quelques années plus tard, l´hommage multiple formulé en toute conscience scientifique, mais aussi en toute liberté et en toute ferveur, par le Professeur de Littérature française moderne et contemporaine et deux des meilleurs chercheurs de la Section qu´il dirige, - la Faculté éprouve au contraire la joie de continuer une tradition, et la satisfaction de remplir ce qui lui paraît un devoir envers un créateur souverain qui, étant d´une province, d´un pays, et d´un temps, les dépasse tous trois pour entrer magiquement de l´autre côté de toutes les parois et nous entraîner avec lui.

empty