Quidam Editeur

  • «Je montrerai tout. Mon coeur, mes émotions. Vert - rouge - jaune - bleu - violet. Haine -amour - rire - peur - tendresse.» Niki hait l'arête, la ligne droite, la symétrie. A l'inverse, l'ondulation, la courbe, le rond ont le pouvoir de déliter la moindre de ses tensions. Délayer les amertumes, délier les pliures : un langage architectural qui parlerait la langue des berceuses. Aussi vit-elle sa visite au parc Güell comme une véritable épiphanie. Tout ici la transporte, des vagues pierrées à leur miroitement singulier. Trencadis est le mot qu'elle retient : une mosaïque d'éclats de céramique et de verre. De la vieille vaisselle cassée recyclée pour faire simple. Si je comprends bien, se dit-elle, le trencadis est un cheminement bref de la dislocation vers la reconstruction. Concasser l'unique pour épanouir le composite. Broyer le figé pour enfanter le mouvement. Briser le quotidien pour inventer le féérique. Elle rit : ce devrait être presque un art de vie, non ? «J'aime l'imaginaire comme un moine peut aimer Dieu.»

    Originaire de Valenciennes, Caroline Deyns a travaillé, durant ses études, pour la librairie universitaire Meura,qui prêtera son décor au calvaire de Monsieur H., premier des personnages à apparaître dans Tour de plume, roman choral publié aux éditions Philippe Rey en 2011. Après l'écriture, c'est au corps dansant d'investir le texte : celui, intensément libre, d'Isadora Duncan dont Perdu, le jour où nous n'avons pas dansé (éditions Philippe Rey, 2015) cherche à retracer les vies multiples.

  • Orze, un village bombardé en 1916, a été transformé depuis en zone rouge interdite au public. Des fouilles archéologiques y révèlent une activité géomagnétique anormale et les vestiges d'un ancien culte chthonien. Ceux qui s'y rendent en reviennent inexplicablement changés. Trois inconnus - Laszlo Assenzio, surnommé Little Nemo, le premier « spacien », Adna Szor, une musicienne en deuil, et Sylvia Pan, une femme en quête de racines - se confrontent tour à tour aux mystères d'un territoire marqué par les révolutions croisées du règne naturel et de l'homme.

    Roman-monde d'un éclat sombre, juxtaposant les époques, L'Enigmaire explore les arcanes du vivant et nous invite à repenser la violence de la création et celle de l'homme. En un hommage à Andreï Tarkovski, il donne voix à l'esprit des lieux. Et couronne un travail de réflexion poétique autour du rapport au terrestre s'articulant autour de deux pensées, celle d'Elisée Reclus : « L'homme, c'est la nature prenant conscience d'elle-même » ; et celle de Gary Snyder : « Les profondeurs de l'esprit, l'inconscient, sont nos propres étendues sauvages ».

    Franco-irlandais, Pierre Cendors est né le 17 décembre 1968 en Haute-Savoie. Après des études d'Art, à Lyon, il se consacre à la littérature, résidant entre l'Irlande et l'Ecosse de nombreuses années. Vit en Picardie. Il est l'auteur d'une quinzaine de livres, romans nouvelles et poésie : au Tripode Silens Moon (2019), Vie posthume d'Edward Markham (2018), Minuit en mon silence (2017), Archives du vent (2015), et chez Finitude Adieu à ce qui vient (2011), L'homme caché (2006), Engeland (2010).

  • Athènes dans l'après-guerre. Dans la grisaille, la brume et les fumées de l'usine à gaz, les lumières de la ville apportent l'illusion d'échapper à la misère. Bèba s'occupe d'une verrerie artisanale, affligée d'un mari en dépression et de deux vendeurs inefficaces et improductifs. Bèba, c'est la jeunesse, ses luttes, ses espoirs et ses déceptions, la force et la résistance qu'elle oppose aux contrariétés de la vie, à ses déboires.

    Tendre, lyrique et poétique, d'une rare maîtrise du récit et de la langue, La Verrerie donne à cette histoire d'une femme, qui voit s'éteindre un à un ses rêves les plus chers, une profondeur et une vérité qui font de ce roman, classique de la littérature grecque, un texte fascinant à (re)découvrir.

    Mènis Koumandarèas est né en 1931 à Athènes. Il travaille comme journaliste, puis dans une compagnie d'assurances, avant de se consacrer à l'écriture et à la traduction (il a traduit Carson McCullers, William Faulkner, Lewis Carroll et Melville). C'est l'un des grands écrivains grecs du vingtième siècle. Il meurt assassiné le 6 décembre 2014 à 83 ans. Il est l'auteur de 7 romans (dont notamment La Verrerie, La Femme du métro, Le Beau Capitaine), 5 recueils de nouvelles, 2 volumes d'essais.

  • Sez ner

    Arno Camenisch

    Ils sont quatre : l'armailli (ou maître-fromager), l'aide-armailli, le vacher et le porcher. Avec eux, les vaches, les cochons, la chèvre et le bouc, deux chiens, un chat, des poules et leur coq. Et pour seule femme la bergère du chalet voisin.En quelques trois cents proses brèves, qui sont autant d'images fortes, Arno Camenisch raconte leur quotidien : la routine, les corps à la tâche, les rapports de force, la frustration et les rêves, le temps qu'il fait ou qui passe et l'irruption inattendue d'autrui dans leur monde.Récit documenté et burlesque d'un été sur l'alpage, dans la sursilva des Grisons, Sez Ner donne à entendre une musique malicieuse, déchirante sous son apparente légèreté.Arno Camenisch est né en 1978 à Tavanasa, dans les Grisons. Il écrit de la poésie, de la prose et pour la scène, principalement en allemand, parfois dans sa langue maternelle, le romanche (sursilvan). Il vit à Bienne. Chez Quidam, il est l'auteur de Sez Ner, Derrière la gare et Ustrinkata (2020), soit le «cycle grison».

    Arno Camenisch est né en 1978 à Tavanasa, dans les Grisons. Il écrit de la poésie, de la prose et pour la scène, principalement en allemand, parfois dans sa langue maternelle, le romanche (sursilvan). Il vit à Bienne. Publié par l'éditeur Urs Engeler, il est l'auteur de Sez Ner (2009), Derrière la gare (Hinter dem Bahnhof, 2010), Ustrinkata (2012), soit le «cycle grison». Et aussi de Fred und Franz (2013), Die Kur (2015), Der letzte Schnee (2018) et Golden Years (2020).

  • Je suis romancier.
    J'invente des histoires. Des intrigues. Des personnages. Et, je l'espère, une langue. Pour dire et questionner le monde, l'humain.
    Il m'est arrivé une mésaventure, qui est une tuile pour le romancier qui partage ma vie : je me suis trouvé un soir parisien de novembre au mauvais endroit au mauvais moment ; donc lui aussi.

    Erwan Larher écrit à la main, ce qui lui laisse peu de temps pour faire autre chose de sa vie.

    Erwan Larher, après avoir travaillé dans l'industrie musicale, a tout quitté pour se consacrer à l'écriture. Après Qu'avez-vous fait de moi ? et Autogénèse(Michalon, 2010, 2012), il a publié L'Abandon du mâle en milieu hostile et Entre toutes les femmes (Plon, 2013, 2015).
    L'Abandon du mâle en milieu hostile a reçu les prix Claude-Chabrol et Louis-Barthou (de l'Académie française). Erwan Larher publie désormais chez Quidam éditeur: Marguerite n'aime pas ses fesses (2016).

  • Baptiste sait l'art subtil de l'imitation. Il contrefait à la perfection certaines voix, en restitue l'âme, ressuscite celles qui se sont tues.

    Mais voilà, cela ne paie guère. Maigrement appointé par un théâtre associatif, Baptiste gâche son talent pour un quarteron de spectateurs distraits.

    Jusqu'au jour où l'aborde un homme assoiffé de silence. Pas n'importe quel homme. Jean Chozène. Un romancier, une célébrité discrète mais assiégée par les importuns, les solliciteurs, les mondains, les fâcheux. Chozène a besoin de calme et de temps pour achever son livre. Son plus beau texte, le plus ambitieux, le plus intime.

    Il propose à Baptiste de devenir sa voix, au téléphone. De se faire passer pour lui jusqu'à la fin du roman. Il lui confie sa vie, se défausse enfin de ses misérables secrets, se libère du réel pour se perdre à loisir dans l'écriture.

    C'est ainsi que Baptiste devient son répondeur.

    A leurs risques et périls.

    Luc Blanvillain est né en 1967 à Poitiers. Agrégé de lettres, il enseigne à Lannion en Bretagne. Son goût pour la lecture et pour l'écriture se manifeste dès l'enfance. Pas étonnant qu'il écrive sur l'adolescence, terrain de jeu où il fait se rencontrer les grands mythes littéraires et la novlangue de la com', des geeks, des cours de collèges et de lycée.
    Il est l'auteur d'un roman adulte qui se déroule à la Défense, au sein d'une grande entreprise d'informatique: Nos âmes seules (Plon, 2015).

  • Être la plus petite. Suivre le carnaval. Courir après les sauterelles vertes. Avoir un tigre à soi. Voir les Chinois grands. Savoir sa mère malade. Quitter son premier pays. Perdre son prénom. Être trop colorée, être trop blanche. Aimer la guerre et les fleurs. Se promener sur la plage en dormant. Perdre son deuxième pays. Gagner sa vie.

    À travers le portrait d'une enfant éprise de liberté dans la Guyane et la Martinique d'autrefois, la question de l'identité qui traverse tous les livres de l'auteur prend enfin les couleurs de sa propre créolité délavée.
    Dubitatif quant à la mention «Du même auteur» qui accompagne ses livres, Philippe Annocque répond cependant quand on l'appelle par son nom. Ses papiers le disent né en 1963. Depuis presque une vingtaine d'années, l'oeuvre de Philippe Annocque dessine une orbite elliptique autour de la question de l'identité, qu'elle aborde sous des faces diverses. Chez Quidam, il est notamment l'auteur de Liquide, Monsieur le comte au pied de la lettre, Pas Liev, Elise et Lise, Seule la nuit tombe dans ses bras.

    Dubitatif quant à la mention «Du même auteur» qui accompagne ses livres, Philippe Annocque répond cependant quand on l'appelle par son nom. Ses papiers le disent né en 1963.
    Depuis presque une vingtaine d'années, l'oeuvre de Philippe Annocque dessine une orbite elliptique autour de la question de l'identité, qu'elle aborde sous des faces diverses.

    Chez Quidam, il est notamment l'auteur de Liquide, Monsieur le comte au pied de la lettre, Pas Liev, Elise et Lise, Seule la nuit tombe dans ses bras.

  • C'est le dernier soir à L'Helvezia, le bistrot du village racheté par des investisseurs. Tous les habitués sont là: la Tante, hôtesse de tout son monde, la Silvia, l'Otto, le Luis, l'Alexi, et les autres aussi, encore vivants ou déjà morts. L'alcool coule à flots et ça fume à tout-va. On est en janvier et il ne neige pas. Il pleut comme vache qui pisse. C'est quoi cette bizarrerie climatique ? Le déluge ?On cause de ça, de tout, sans discontinuer. Ressurgissent alors les histoires enfouies de ce village qui pourrait bien être le centre du monde. La fin est proche, mais tant qu'il y a quelqu'un pour raconter, on reprend un verre.Ce Prix suisse de littérature 2012 s'avale cul sec !

    Arno Camenisch est né en 1978 à Tavanasa, dans les Grisons. Il écrit de la poésie, de la prose et pour la scène, principalement en allemand, parfois dans sa langue maternelle, le romanche (sursilvan). Il vit à Bienne. Publié par l'éditeur Urs Engeler, il est l'auteur de Sez Ner (2009), roman bilingue (allemand-romanche), Derrière la gare (Hinter dem Bahnhof, 2010), Ustrinkata (2012), soit le «cycle grison». Et aussi de Fred und Franz (2013), Die Kur (2015) et de Der letzte Schnee (2018).

  • « La grand-mère est debout toute nue devant moi. Elle sursaute en me voyant. Elle fait les grands yeux. Elle a la bouche ouverte. Ses fausses dents ne sont pas dans sa bouche. Je sursaute moi aussi. Mais je ne tourne pas la tête. Je ne peux pas tourner la tête. Ma nuque est en bois. Je n'ai encore jamais vu ma Nona toute nue. Elle est tellement différente comme ça. Elle dit oha et elle retourne en boitant dans la salle de bain. »La vie d'un village cerné par les montagnes. Un enfant espiègle observe les adultes et, sans détour, dit le réel avec insouciance. Vif et concret, touchant et drôle, profond : Arno Camenisch donne à entendre la musique singulière de sa langue qui raconte la disparition d'un monde. Une Helvétie hors norme que le temps va engloutir. C'est Zazie dans les Grisons et c'est pas triste !

    Arno Camenisch est né en 1978 à Tavanasa, dans les Grisons. Il écrit de la poésie, de la prose et pour la scène, principalement en allemand, parfois dans sa langue maternelle, le romanche (sursilvan). Il vit à Bienne. Publié par l'éditeur Urs Engeler, il est l'auteur de Sez Ner (2009), roman bilingue (allemand-romanche), Derrière la gare (Hinter dem Bahnhof, 2010), Ustrinkata (2012), soit le «cycle grison». Et aussi de Fred und Franz (2013), Die Kur (2015) et de Der letzte Schnee (2018).

  • Marguerite a un mec mais pas de libido, une mère mais plus de père, et rêve d'une vie de famille. Lorsqu'on lui propose d'aider un ancien président de la République à rédiger ses mémoires, elle accepte - elle ne sait pas dire non. Alors, sa réalité et la réalité prennent leurs distances, peu aidées par l'irruption d'un flic qui enquête en secret sur les liens entre une trentaine d'assassinats politiques.
    Rythmé et subtilement décousu, Marguerite n'aime pas ses fesses met en récit l'apathie politique d'une génération un brin nombriliste, questionne la puissance dévastatrice des pulsions sexuelles et s'aventure dans les méandres de la sénescence.
    Un roman loufoque, caustique et piquant.

    « Maîtrise des registres, sensibilité, sens des situations et des dialogues : on est conquis par la richesse de la palette.» Jean-Claude Lebrun, L'Humanité, à propos de L'Abandon du mâle en milieu hostile (Prix Louis-Barthou de l'Académie française et Prix Claude Chabrol 2013).

    Né à Clermont-Ferrand, Erwan Larher, après avoir travaillé dans l'industrie musicale, a tout quitté pour se consacrer à sa vocation d'écrivain. Après Qu'avez-vous fait de moi ? et Autogénèse (Michalon, 2010, 2012), il a publié L'Abandon du mâle en milieu hostile et Entre toutes les femmes (Plon, 2013, 2015).
    Largement salué par la critique, L'Abandon du mâle en milieu hostile a reçu les prix Claude-Chabrol et Louis-Barthou (de l'Académie française).

  • Jane a 21 ans. Hyperconnectée, elle vit au présent entre jobs d'hôtesse et menus larcins, dancefloors et soirées branchées, ses amants d'une nuit et ses deux colocataires. Rien n'existe que par sa volonté; ses actes tracent les contours du monde.
    Un soir, le hasard la jette malgré elle sur les traces de son père, qu'elle n'a jamais connu. Est-il cette pop star dont on a perdu la trace ? Ce guitariste punk passé à côté de sa vie ? Ou ce solitaire retiré de la compagnie des hommes ?
    Jane se prend au jeu des vérités parfois contradictoires tandis que son environnement se détraque. La violence du réel, son humanité aussi, s'engouffrent dans les brèches à mesure qu'elle perd le contrôle.

    Après le succès du Livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher revient, avec ce septième roman, à la pure fiction. Un texte up tempo, énergique et moderne, entre intime et sociétal. La voix de Jane est-elle celle d'une génération qui s'éveille ?

    Erwan Larher, après avoir travaillé dans l'industrie musicale, a tout quitté pour se consacrer à l'écriture. Il est l'auteur de sept ouvrages: Qu'avez-vous fait de moi ? et Autogénèse(Michalon, 2010, 2012), L'Abandon du mâle en milieu hostile et Entre toutes les femmes (Plon, 2013, 2015).
    Erwan Larher publie désormais chez Quidam éditeur: Marguerite n'aime pas ses fesses (2016), Le Livre que je ne voualis pas écrire (2017).

  • « Je suis de ces personnes que l'on catégorise parce qu'on les craint. »

    Ex-tireur d'élite qui a renoncé à tuer, Joan n'a plus pour compagnons qu'un chat, un libraire et un vagabond et fait l'apprentissage du métier de jeune père veuf auprès de Laoline, sa toute petite fille. Désormais gardien des Lacs d'Aurinvia, un espace protégé et mystérieux, il apprend à être en symbiose avec une biosphère de plus en plus menacée. Une série d'événements le conduisent à entamer clandestinement un combat inédit où la Nature mène la danse.

    Cinquième roman de Jérôme Lafargue, Le temps est à l'orage navigue dans un monde où la violence colle à la peau sans que l'amour et l'amitié soient négligés. Fidèle au pouvoir de l'imaginaire, il prend aussi à bras-le-corps quelques-unes de nos incertitudes, climatiques comme politiques.

    Jérôme Lafargue est né en 1968 dans les Landes. Il est l'auteur de L'Ami Butler (2007 - Prix Initiales 2007, Prix ENS Cachan 2008, Prix des lycéens 2008 Fondation Prince Pierre de Monaco), Dans les ombres sylvestres (2009) et L'Année de l'hippocampe (2011), En territoire Auriaba (2015), tous parus chez Quidam éditeur.
    Une oeuvre portée par une écriture rêveuse, ardente et sensuelle, qui travaille le thème de la Nature et de la révolte par toutes sortes de biais, souvent les plus inattendus.

  • « Le piano n'est pas un instrument pour jeunes filles, Massimo, c'est un instrument pour gorilles. Seul un gorille a la force d'attaquer un piano comme il devrait être attaqué, défier le piano comme il devrait être défié. » Noble, riche et excentrique, Tancredo Pavone est un compositeur d'avant-garde dont la vie est rapportée par Massimo, son ancien majordome. Massimo se souvient de l'ego bien trempé comme des opinions très tranchées de son maître, donnant parfois le sentiment de ne pas avoir tout à fait conscience de ce qu'il dit. Vérité ou imagination ? Au fil de ses propos surgit le portrait complexe et contrastée de Pavone - un homme qui donne voix à la musique en lui -, et le lien très singulier qui lie deux hommes socialement aux antipodes. Infini - l'histoire d'un moment décortique le processus créatif musical sans rien perdre de l'originalité de son « sujet », hors norme, parfois jusqu'au comique.

  • Un homme sauvage, jeteur de sorts, venu d'un nulle part archaïque et terrifiant, s'installe à Cluquet, petit village pris entre l'océan et une forêt tout aussi immense. On l'y craint comme on profite de ses dons, jusqu'à ce que la guerre l'emporte comme des millions d'autres. Mais ce révolté dans l'âme a-t-il tout à fait disparu ? Audric, son arrière-petit-fils, éprouve d'énormes difficultés à assumer cette ascendance pesante, dans un hameau désormais abandonné par la faute de son aïeul et de sa magie funèbre, mais qu'il ne peut lui-même se résoudre à quitter. N'est-il qu'un fétu de paille ballotté par l'histoire sombre de sa famille ? Ou quelqu'un d'encore plus inquiétant, esprit insurgé porteur d'un destin qui le dépasse ? Dans Les ombres sylvestres n'est pas seulement une ode à la forêt et ses enchantements. C'est aussi un portrait à fleur de peau d'un homme fragile, amoureux, et désespéré à l'idée de ne pas se montrer à la hauteur d'ancêtres hors du commun dans un monde qui se disloque jour après jour.

  • « Parmi les noms d'oiseaux dont on m'affuble, innombrables et souvent peu imaginatifs, l'un revient avec l'obstination des vagues sur la baie d'Étretat au plus haut de la tempête : vieux con. Je ne disconviens certes pas de la logique persuasive et constante de la chose, ayant passé le plus clair de ma jeunesse à me faire traiter de jeune con. Disons qu'aux yeux du monde, j'aurai évolué, très tranquillement et en quatre-vingts années, d'une connerie aggravée d'immaturité à une autre lestée de gâtisme. » Un homme va mourir. Et il y trouve son compte. Marc Villemain est né en 1968. Il est notamment l'auteur de Et que morts s'ensuivent (Grand prix SGDL de la nouvelle 2009).

  • 1942 : la barbarie nazie est à l'oeuvre en Europe. L'Allemagne a quasiment défait tout le continent et menace la Russie. Dans Paris occupé, Karl Bazinger, officier de la Wehrmacht, réalise qu'il ne peut plus ignorer ce qu'est cette guerre. Aventurier, voyageur, parfait gentleman, Karl a jusqu'alors toujours privilégié la vie à la politique mais désormais il s'interroge sur le régime qu'il sert. En Allemagne, son ami de la Luftwaffe, Hans Bielenberg, a trouvé la réponse dont il sait avec certitude qu'elle le conduira à la mort. À Kiev, la doctoresse et guérisseuse Katia Zvesdny prend soin de ce qui reste de sa famille, décimée à la fois par le Goulag et le massacre de Babi Yar. Dans un style lumineux et sur le ton de l'élégie, Nella Bielski entremêle, dans ce roman très russe, les destins de vies prises dans les soubresauts de l'Histoire. « Un roman dense et insaisissable, bouleversant et totalement original. » John Le Carré

  • « J'ai toujours pensé que ce monde-ci est trop petit, ou plutôt que ce que l'on nous donne pour réalité ne constitue qu'une infime partie de l'infinité du monde. Nos rêves, la force et l'inventivité de notre imaginaire le déploient déjà dans des directions inattendues, mais il y a davantage. Il m'arrive de prendre des décisions incongrues alors que je souhaitais faire le contraire. Au dernier moment, j'opère un revirement incompréhensible à mes yeux, j'accepte de vivre avec un choix dont je ne saisis pas la nécessité ou l'intérêt, mais je me dis que ce n'est pas grave, que ce qui me semble une impasse ou une imbécillité est bien à l'inverse le chemin qu'il fallait suivre. Je réitère des gestes, reviens dans des endroits, revois des personnes sans qu'aucune raison objective le justifie, seulement parce que je sais dans mon for intérieur que je le dois, pour faire mieux que je n'ai su jusqu'alors, non pas tant pour celui que je suis à ces moments précis, mais pour celui que je serai, ou ai été dans un autre monde, ou une autre vie. Ou pour quelqu'un qui a disparu, n'est pas encore né, quelqu'un que peut-être je ne rencontrerai jamais ou qui n'existe que dans mes rêves. » Le comportement insolite d'un jeune garçon orphelin de père plonge dans l'inconnu deux vieux amis, Archibald et La Serpe. Ils se retrouvent sur la piste d'un fugitif qui tente de les perdre dans une forêt immense et flamboyante. Mais ils ne sont pas les seuls à mener la traque... Protéiforme et à l'imagination virtuose, En territoire Auriaba est le quatrième roman de Jérôme Lafargue, né en 1968 dans les Landes.

  • Un trentenaire meurtri par la bourlingue de ses jeunes années se réfugie dans une minuscule station balnéaire. Il y rencontre le grand amour et se lie d'amitié avec des individus singuliers. Son malaise ne disparaît pas pour autant. Tiraillé entre des souvenirs traumatisants et l'appel de la quiétude, il erre d'un état à un autre. Le projet délirant qu'il fomente peut-il le sauver ? Quelle est la part d'invention dans la vie de cet homme à l'équilibre fragile ? Avec L'Année de l'hippocampe, Jérôme Lafargue solde provisoirement quelques-unes de ses obsessions (l'amour, le thème du double, l'engagement, l'illusion). Tendus, vivants, inquiets, ses personnages sont de ceux qu'on n'oublie pas.

  • Rêveur raconteur, le Capitaine est l'une des figures du bar Chez Pedro. Le soir, Jimmy, ex-grutier sans emploi, s'installe pour boire à ses côtés, l'écouter et prendre place dans l'étrange chronique collective dentelée de disparus, d'énigmes et de coups du sort de ce petit port de Bretagne. Autour d'eux bourdonnent d'autres voix qui se perdent : chasseurs, boulistes, solitaires qui n'ont trouvé meilleur refuge pour fuir la canicule qui sévit. Pas de quoi entamer le débit du Capitaine, qui s'en va parler aux morts du cimetière d'en face dès lors que les vivants sont un brin moins attentifs à ses propos. En cet été torride, la vie s'effiloche plus vite que d'ordinaire. Les plus faibles tombent, d'autres s'éteignent à petit feu, emportant avec eux des pans d'histoires et de solitudes que le narrateur de Cloués au port s'attache à restituer.

  • "Ce pourrait être ici ou ailleurs. C'est en Grèce à l'heure d'une crise que la société ne supporte pas." Deux inconnus se rencontrent dans un train en direction d'Athènes. L'un déverse brutalement son quotidien : les étrangers et la pauvreté ont littéralement envahi son quartier, Victoria, et il a même imaginé une « solution finale » au problème. Victoria dont le passé resurgit à travers quelques monologues entrecoupant son récit. Peur, résignation ou apathie, l'autre voyageur oscille, quasi silencieux, entre voyeurisme et politiquement correct. Yannis Tisrbas est né en 1976 à Athènes où il vit. Victoria n'existe pas est sa première oeuvre. « Un texte dense, à la puissance langagière bluffante. » Démosthène Kourtovik, Ta Nea « Sur la réalité de l'Athènes d'aujourd'hui, ce petit livre s'impose comme fort et prometteur de l'avenir littéraire de son auteur. » Kostas Agorastos, Bookpress

  • « Jamais je ne lui faisais aucun reproche, c'était pas possible, des fois que ça déclenche une crise on disait rien et même des fois en disant rien ça déclenchait. » Juliette raconte. Anna prend des notes ; mais que cherche-t-elle en réalité, sinon reconstruire sa propre mémoire et pousser dans ses retranchements l'homme qui manqua un jour l'étrangler. Son petit réseau de confidents est-il à même de la protéger ? En un entrelacs de courriers et récits qui circulent d'un personnage à l'autre, Attachements tisse le roman noir de troubles amours où personne n'a le dernier mot : une vision dérangeante de la violence dite conjugale. « On n'explique rien, Anna, on n'explique pas les gens, on ne peut même pas raconter l'histoire des gens, on ne peut que raconter des histoires sur les gens. Je n'ai pas dit : des mensonges : j'ai dit : des histoires. »

  • Amor

    Maïca Sanconie

    Les nouvelles de Maïca Sanconie sont des histoires où l'objet d'amour est le plus souvent insaisissable. La séparation, l'absence, le sommeil, le rêve ou la mort imprègnent son univers. Son écriture est une peinture de l'instant. Ses personnages sont la proie de leurs émotions. Dans sa composition, ce recueil en égrène les variations. Douces ou violentes, elles circulent de façon souterraines et donnent lieu à des tableaux tragiques ou lumineux.

  • Venu d'un ailleurs paléolithique et seul parmi les glaces, Arcas est condamné à survivre et retrouver les siens malgré le froid et la faim. Quant à Mâchefer, assujetti aux figures d'Ana et Mia, c'est un modeste employé à la Galerie d'anatomie comparée du Jardin des Plantes. Fasciné par la minéralité des grands corps fossiles dont il a la garde, il ne songe, dans son délire anorexique, qu'à épurer le sien à leur ressemblance. Qu'ont en partage ces deux personnages que 35 000 ans séparent ? Qui sait si nous ne gardons pas la mémoire organique et mimétique des terreurs ancestrales ?

  • Héritière d'un double exil, une petite fille tient dans ses mains inexpertes deux fantômes à l'écrasante majesté : l'Empire britannique, légué par un père au grand coeur ; sorte d'anarchiste bourgeois qui oublie de lui en donner les clefs, et l'Algérie française, côté tennis et garden-parties, à la perte de laquelle elle voit sa mère assister dans la terreur et, prisonnière du silence d'une mémoire cassée, se replier dans le giron amer de l'extrême-droite catholique. Faisant feu du bois qu'on lui propose à l'école, elle croit se fabriquer un destin par l'invention d'une patrie : Rome - et d'une langue maternelle imaginaire : le latin -, sans remarquer qu'elle a jeté son dévolu sur un autre empire écroulé. Du haut de ses douze ans, elle se figure barrer la route aux Barbares, relever Rome. Elle échoue naturellement et croit sombrer corps et biens... De cet héritage singulier, les récits entrecroisés de Grand Ménage dressent le bilan et la clarté de leur prose éclaire le chemin inattendu pris par leur auteur.

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