Littérature générale

  • Un étudiant savoyard, promu au rang de précepteur dans la famille d'un banquier de Marseille, occupe ses loisirs à rédiger son journal de vacances. Il a accepté, pour deux mois, la charge d'instruire un jeune garçon, mais il ne tarde pas à s'apercevoir que les femmes qui l'entourent sont autrement intéressantes et que, malgré sa science livresque et ses titres universitaires, il lui reste beaucoup à apprendre. Au départ, François a une haute idée de ses fonctions. Il tient de son éducation de solides principes de morale... La chaleur de l'été, la douceur de la Gloriette, l'intérêt qu'il inspire à une femme séduisante, auront enfin raison de ses méfiances et de sa résistance. Ce roman ne présente que des êtres normaux et assez sympathiques et, s'ils se font du mal, c'est avec les meilleures intentions du monde. Cependant un personnage invisible et diabolique rôde dans les parages ; il se substitue de temps en temps à François et tient la plume à sa place. Asmodée, s'il n'arrive pas exactement à ses fins, parviendra à détourner notre héros de ses devoirs. François n'a entrepris ce journal que pour se faire la main, pour se préparer à son oeuvre future. En effet, il se proposait d'abord d'écrire une tragédie en cinq actes et en vers... Il ne lui manquait plus qu'un bon sujet. Il maudit parfois la littérature, mais c'est par elle qu'à la fin il sera sauvé : par ce goût d'écrire qui se confond chez lui avec le goût de vivre, par cette nécessité d'aller jusqu'au bout, jusqu'au dernier chapitre d'une oeuvre dont il s'est épris : sa propre aventure notée au jour le jour.

  • Pendant des siècles, le mot con n'a été utilisé que dans le langage parlé du peuple et de l'aristocratie. La bourgeoisie le boudait car il n'avait pas bon genre. L'écriture l'ignorait. Il ne figurait que sous forme d'initiale dans les libelles les plus virulents. Et maintenant, le voici qui se répand comme la foudre. On le rencontre à l'université, dans la presse, à chaque détour du discours quotidien, et, plus il va, plus il se multiplie. Au point que la connerie devient parfaitement indéfinissable. Être con, est-ce un état, un statut, un défaut, une force ? Rien de tout cela, et beaucoup plus encore, selon Yvan Audouard qui n'hésite pas à commencer cette Lettre Ouverte aux cons par cette fière affirmation : « Je sais de quoi je parle. J'en suis un. » Sans doute sommes-nous tous plus ou moins cons. Une grande fraternité comme on voit. Il reste que, plus la connerie devient indéfinissable, moins on peut l'éviter. C'est son côté diabolique. Au reste, Yvan Audouard, qui n'a jamais été aussi en verve que dans cette Lettre Ouverte, a mis au point une formule dont la logique est irréfutable. La voici : « Quand on croit tenir la connerie, elle vous échappe. Si elle vous échappe, c'est que vous êtes un con. » Sujet immense que la connerie ! Et immense occasion, pour chacun d'entre nous, de savoir enfin, pour reprendre le savoureux langage d'Yvan Audouard, si on en est un - ou non.

  • Dans les forêts et les montagnes du Vermont, Denis va rejoindre une jeune américaine. Sa passion montre un tel emportement que Kathleen, oubliant sa vocation d'actrice, est enfin touchée par l'amour. Pour quelques heures les deux amants vivent une union absolue. Mais la merveilleuse nuit du Vermont s'achèvera dramatiquement, et c'est un homme dégarni de toute espérance qui fuit à travers les forêts sombres. Denis ne se tuera pas. Son désespoir va être une aventure. Ce roman qui débute par un chant de passion, continue dans les tumultes du monde réel. Denis, pour qui vivre est désormais une fonction, interviendra dans le destin des autres, de quelques autres, qu'il replongera dans le cruel fleuve de la vie : Geneviève, l'allemand Wilhelm, la belle et craintive Irène qu'il abandonna jadis, et Julien, passionné par sa vocation de dramaturge. Enfin, après un combat contre le puissant Frank, Denis montera vers la paix ultime, muni des derniers sacrements humains, trop humains. Pour la première fois, l'auteur du "TEMPS DES RENCONTRES" et du "COMMERCE DES HOMMES" n'a pas fait appel à l'histoire de notre temps pour sous-tendre le destin de ses personnages. Bien des romanciers ont mis leur héros sur le chemin qui va vers l'absolu. Michel Zéraffa, en nous montrant Denis sur le trajet du retour, ajoute "LES DERNIERS SACREMENTS" à la lignée des grandes fictions.

  • Transformer le « zinc » en or ? Les Aveyronnais de Paris ont découvert ce secret en investissant bars et brasseries dans les années trente, souvent au prix de luttes féroces entre clans. À travers l'histoire des Astruc, ce roman nous raconte leur saga. Surnommés « les milliardaires » au pays, les Astruc comptent parmi ces princes de la « bistrocratie » régnant en maîtres sur leur empire : dans le Rouergue, ils régentent leurs châteaux, leurs fermes, leurs somptueuses résidences secondaires ; à Paris, aucune belle affaire ne se monte sans leur appui. Par son mariage avec une héritière, Antoine Pereira appartient à cette famille dont il supporte de plus en plus mal l'âpreté et l'arrogance. Son aventure avec Laurence de Marnhac va renforcer son désir de couper les ponts. Mais c'est durant l'été, rythmé par les repas dominicaux, les fêtes paroissiales et les manifestations mondaines, qu'une affaire dans laquelle il est impliqué risque de faire éclater la famille et le scandale, de ruiner des années de dur travail... Pierre Christin, Aveyronnais de coeur, scénariste et auteur des plus grands succès de bande dessinée de ces dernières années, nous donne ici son troisième roman. Un roman de moeurs aux résonances balzaciennes, où amour, ambition et pouvoir, rivalisent. Une chronique de ces familles provinciales dont l'opiniâtreté au gain n'a d'égal qu'un sens inné des affaires.

  • Saint-Tropez, résumé de la folie et du désordre humains, tel est le sens de ce roman qui nous entraîne des bas-fonds de Saint-Tropez aux collines de Ramatuelle, dans les forêts sauvages qui dominent Pampelonne, où vivent cachés d'étranges personnages, les uns charmants, les autres terrifiants, des monstres. À travers un texte accéléré, volontairement un peu fou, comme le pays lui-même, de rebondissement en rebondissement, drôle ou féroce, parfois tragique, sur un fond de guignolade avec le choeur antique des éternels figurants de la comédie tropézienne : l'antiquaire, l'avocat, l'architecte, le médecin, le peintre, les coiffeurs, le milliardaire, le voyou, la comtesse..., l'auteur va très loin dans l'étude des formes diverses de la débauche et de la cruauté dès qu'elles trouvent le lieu, l'époque, le climat et les moyens de s'exprimer. Les Hauts de Ramatuelle disent très clairement qu'au-delà des apparences bon enfant et d'un luxe tapageur- Sodome et Gomorrhe entre pizza et dom Pérignon - la verte presqu'île est un de ces lieux où règne le Malin. Sous un ciel admirable, Valmont et Sade y font la ronde. Un roman où l'imaginaire galope si fort qu'il rejoint la réalité. Un grand roman de moeurs.

  • On considère volontiers le couple franco-allemand comme le pivot de la construction européenne. Et pourtant ce « couple » a connu bien des vicissitudes, comme en témoignent ces textes qui vont de la Chanson de Roland à nos jours. Depuis Montaigne, les voyageurs ont traversé les terres allemandes. Les échanges commerciaux, les guerres ont mis les peuples en contact. Avec De l'Allemagne, Madame de Staël a participé à la mode allemande, mais aussi fait circuler des clichés durables. Après l'époque romantique, s'amorce une période noire que le vingtième siècle ne dément pas : l'Allemagne devient un État, cela ne peut-il se faire qu'aux dépens de la France, du reste de l'Europe ? Alsace-Lorraine, tranchées, Occupation, camps de la mort : la suspicion, la peur et la haine envahissent les relations, sans que disparaisse pour autant l'attirance française pour ce peuple de philosophes, de poètes et de musiciens... Naïveté des Français ? Duplicité des Allemands ? Si l'Allemagne est aujourd'hui une démocratie respectée, la hantise des « vieux démons » n'a pas disparu... Avec ce pays si proche - les Francs étaient après tout un peuple germanique -, le malentendu ne date pas d'hier ! Le choix de textes proposé ici entend donner un aperçu de la manière dont les écrivains français, tantôt ironiques, tantôt enthousiastes, souvent amers, ont vu l'Allemagne. La palette est variée qui va de l'amour à la haine. L'Allemagne décidément fascine, comme une énigme qui reste à déchiffrer.

  • Jocko, aveugle, erre avec ses deux filles, Antigone et Ismène, sur une route qui ne conduit nulle part. En chemin, il croise plusieurs laissés-pour-compte qu'il emmène avec lui. Il les prend sous sa protection et fonde alors les fils de demain. Retirée dans une fabrique à l'abandon, la famille de Jocko est bientôt victime de Prince. Celui-ci, par des échanges continuels, brouille les pistes et entrecroise les destins ; il séduit l'un après l'autre les membres de la secte et les transforme en fils d'aujourd'hui, autant dire en individus obéissants et soumis. Jocko perçoit trop tard le cours inattendu que prend l'histoire. Il se retrouve au coeur d'un drame qui met en jeu tout son passé. Pour lui et pour ses filles, la tragédie se noue une dernière fois.

  • Le dernier capitaine est l'histoire d'un Commando qui, en 1954, attaqua un camp Viet-Minh derrière la frontière de la Chine. Ce fut le rêve fou d'un vieux Capitaine à qui le commandement refusait l'autorisation de rejoindre ses camarades encerclés, pour mourir avec eux, à Dien Bien Phu. Pour y parvenir, le Capitaine choisit d'entraîner avec lui dix soldats de 18 ans qui n'avaient jamais fait la guerre. Le Capitaine et ses adolescents firent en dix jours une marche meurtrière, de 300 kilomètres à travers les jungles et les lignes des Viets. Ce livre est l'histoire d'une Superbe Folie telle que les aimaient Kipling, Conrad et Lawrence, un conte fabuleux où surgissent le Roi de la montagne, les officiers ambigus des Missions Spéciales, le colonel Yen, Chevalier de l'Empire des Indes, Mike le fou, le prince Vassilovitch et vingt autres étranges personnages. Ce livre est aussi un défi jeté à la jeunesse désabusée de 1978, par des jeunes qui avaient choisi de partir pour l'Indochine et d'y risquer leur peau, pour cent francs par mois, parce qu'ils avaient eux aussi des Rêves. André Malraux disait que la guerre, c'est le Sang, la Jouissance et la Mort. Le Dernier Capitaine est alors un livre cruel, mystique, tendre, et peut être un des plus vrais jamais écrits sur les rêves des Hommes de guerre.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Commencé à vingt-trois ans et écrit au long de sept années, Une guerre amoureuse restera peut-être comme les nouvelles confessions d'un enfant du siècle. Ou plutôt d'un enfant de l'anti-siècle, tant ce chant de la passion désespérée est aussi un cri de guerre contre ce siècle. Contre le siècle lui-même, ni plus, ni moins. D'où la liberté de sentiments et de ton de ce roman. Et pourquoi il parvient à magnifier un désir dont la littérature avait admis depuis longtemps, sous forme de plaidoyer ou de provocation, la culpabilité. Car dans ce livre d'amour masculin où alternent le lyrisme et l'ironie, l'introspection et le rêve, le péché est étonnamment absent. Seule la mort est accusée. Le titre de ce roman a une autre raison. Dans l'esprit crucifié du narrateur, l'amour et la politique n'en finissent pas de s'opposer et de s'épouser. Comme s'il y avait un être politique de l'amour et une nature amoureuse de la politique. Comme s'il y avait un lien entre la solitude amoureuse et celle d'un certain 18 juin. Et si ce livre déclare la guerre amoureuse avec une rare violence, c'est pour mieux avouer qu'on ne sait pas même s'il s'agit de conquérir l'autre ou de s'anéantir soi-même. À travers l'histoire du narrateur et de Jean-Pierre, où chacun meurt à sa façon, se détachent aussi l'inoubliable visage de Jean-Jacques, l'ami, et celui de Fabien, l'enfant qui ne naîtra pas.

  • Kaly est un orphelin de onze ans lorsque Antoine Morat, cinéaste français, le rencontre au village d'Edalé, sur le mystérieux territoire des Bassaris, une peuplade animiste régie par des coutumes et des rites ancestraux. C'est au coeur de cette Afrique archaïque que le toubab adopte le jeune Bassari. Les anciens du village n'imposent qu'une condition : que Kaly, amené au savoir des Blancs, revienne un jour apporter ce qu'il aura appris. Ce livre est l'histoire drôle et émouvante d'une amitié merveilleusement insolite, entre deux êtres qui s'échangent les clés de leurs univers et de leurs cultures : une Afrique noire de la magie pure, mais vulnérable et menacée de disparition ; un Occident trop rationnel, mais ouvert sur le monde. Un monde dont Kaly, devenu photographe, sera à son tour l'ethnologue, en l'explorant de la France profonde à l'Himalaya.

  • « On peut se passer du bonheur. Il suffit d'être assez attentif à la vie, assez occupé à l'affronter ou à la fuir. Le héros du « Rendez-vous » s'y emploie avec talent. Il a très peur de mourir. Il est très amoureux. Cela fait deux raisons de continuer. Il s'intéresse à tout. Il ne croit à rien. La femme qu'il aime, dont il parle merveilleusement, ne veut aimer qu'un écrivain. Il écrit donc. Quelle meilleure raison ? Écriture amoureuse. Écriture de conquête. C'est un roman qui serait une lettre d'amour, une lettre d'amour qui ferait un roman. On soupçonne un livre autobiographique. Trop de fraîcheur pour être tout à fait inventé. Trop d'étrangeté pour n'être pas vrai. C'est à la fois cocasse et grave, émouvant et déroutant. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Celui-là, oui. Il n'est pas comme les autres ; c'est pourquoi il nous éclaire sur nous-mêmes. Le corps de cette femme, pour lui, vaut plus que tous les livres. Cela met la littérature à sa place, qui n'est pas la première. Et ce roman à la sienne, singulière et belle. On peut se passer du bonheur. On peut se passer de la littérature. Mais de l'amour, non. » André Comte-Sponville

  • En 18 tableaux où se mêlent humour et rigueur scientifique approximative, Benoît Jacques démontre (par l'absurde) au lecteur encore sceptique que la terre est bien ronde.

  • Témoin privilégié de la grande aventure du cinéma, Maurice Bessy (aujourd'hui Délégué général du Festival de Cannes) fut l'un des premiers à en déceler les promesses artistiques ; l'un des premiers aussi à suivre les créateurs et les héros dans leurs oeuvres et leur légende. C'est pourquoi, depuis cinquante ans (il a commencé dès l'adolescence), il a vu et continue de voir tous les films. De Paris à Hollywood, en passant par Londres, Berlin, Venise, Cannes et vingt autres lieux, il a rencontré tous ceux qui ont utilisé l'écriture de lumière ou se sont illustrés sur les écrans. Avec Les Passagers du souvenir, Maurice Bessy a choisi de faire revivre ses rencontres et ses amitiés. Voilà les rois de la nuit, qui se nomment Chaplin, Pagnol, Jeanson et Orson Welles. Et puis vingt, trente, cent personnages auxquels le septième art doit d'être ce qu'il est. Les grands créateurs, d'abord : D.W. Griffith, Mack Sennett, Von Stroheim, et aussi Zecca, Robert Florey, Preston Sturges et, en France, Julien Duvivier, Sacha Guitry, Jean Renoir et Jean Cocteau. Des auteurs dramatiques comme Yves Mirande et Fernand Crommelinck. Et Léo Joannon, René Simon, le maître des acteurs, ou encore Paul Poiret, grand couturier et témoin lui aussi. Des comédiens, bien sûr : de Greta Garbo à Marie-José Nat, de Michel Simon à Grace Kelly, de Fernand Gravey à Jean-Paul Belmondo, de Brigitte Bardot à Jeanne Moreau... Portraits, anecdotes, confidences, petits et grands secrets... Le livre de Maurice Bessy, riche de verve et d'humour, d'émotion et d'intelligence, enchantera tous ceux pour qui le cinéma est un des miroirs le long du chemin.

  • Dans ce livre-témoignage au titre nostalgique, c'est toute une époque, beaucoup plus brillante en réalité que celle qu'on a accoutumé d'appeler ridiculement rétro , qui déroule ses fastes. Les vedettes du monde, de la politique, des arts, des lettres, du théâtre, bref de la vie parisienne , défilent dans un tourbillon vertigineux. Jean-Pierre Dorian a été l'ami, ou le commensal, de ces éblouissantes personnalités, mais son regard, et surtout son oreille , n'ont jamais perdu vis-à-vis d'elles leur ironie, parfois impitoyable. La main d'acier dans le gant de velours. Et c'est en moraliste qu'il les fait revivre devant nous. Parmi ces fantômes agités du passé ou parmi ceux et celles dont l'éclat se prolonge encore aujourd'hui, on peut citer Cocteau, Morand, Valéry, la princesse Edmond de Polignac, le R.P. Riquet, la comtesse Greffulhe (dont Proust à fait la duchesse de Guermantes )... Et aussi Normandie , le paquebot super-star de 1934, qui se faisait des noeuds de ruban bleu, faute de pouvoir loger toutes les têtes couronnées candidates au voyage... Et encore le chah, en 1951, sur les planches de Deauville ; le roi Farouk, au Touquet ; Florence Gould, la célèbre milliardaire, entourée au cours d'un fabuleux déjeuner, en 1947, de Pierre Benoit, Léautaud, Dali, Stravinski, Jean Paulhan, etc. Et puis Toscanini, l'Aga Khan, le prestigieux chef d'orchestre Furtwaengler, Arthur Rubinstein, Greta Garbo, Léon-Paul Fargue et tant d'autres ! De cette fascinante lecture, on sort émerveillé. Émerveillé d'avoir vécu un film unique au monde, qui dormirait pour toujours dans la poussière des archives si notre malicieux témoin ne l'avait arraché à son sommeil.

  • Quel vertige pousse les personnages de ce livre vers une débâcle existentielle qui semble faire leur bonheur ? Pourquoi s'acharnent-ils ainsi à se gommer du monde ? Tous sont en fuite : la soeur est partie, encore adolescente, au bras d'un ouvrier agricole ; le père va se terrer dans un hospice, pour y attendre calmement sa mort ; la mère a choisi de sombrer dans la plus sordide prostitution ; quant à Romain, leur fils et frère, peintre coté devenu clochard, que restera-t-il de lui à part un livret militaire, portant la mention tireur d'élite au fond d'une boîte à chaussures ? Loin de tout misérabilisme, Le tireur d'élite est un livre savamment construit, à l'écriture envoûtante. Mais, s'il s'agit d'un livre-puzzle qui pourra quelquefois dérouter son lecteur, c'est avant tout un roman extrêmement émouvant et sensible. La vie, la souffrance, la déchéance ou la mort prennent ici un relief extraordinaire. Il n'y a décidément pas qu'une seule façon de créer des personnages de chair et de sang - ce beau roman en est une nouvelle preuve.

  • L'ouvrage du médecin-général Merle vient à son heure, pour rappeler l'oeuvre considérable accomplie dans les territoires d'outre-mer, par 5 000 médecins français de la fin du siècle dernier jusqu'à nos jours. Une oeuvre trop souvent oubliée, et reléguée par des campagnes de dénigrement systématique contre l' abus du colonialisme et l'ensemble des réalisations de la France dans les territoires qui étaient dans sa dépendance. Ces médecins ont, en effet, sauvé des milliers d'existences, avec un dévouement inlassable, et au mépris de toute publicité, en luttant sans trêve contre les grandes endémies : paludisme, fièvre jaune, maladie du sommeil, lèpre, peste, choléra, variole. Lui-même ancien élève de l'École de Santé Navale de Bordeaux et de l'École d'Application du Pharo à Marseille, le médecin-générale Merle a vécu trente-trois ans du Niger à la Chine, du Congo et du Cameroun à l'Indochine. Il a, par ailleurs, accompli plusieurs missions lointaines comme consultant de l'Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.). Mieux qu'un simple plaidoyer, ce livre emprunte la forme de souvenir de récits vécus à travers le monde, teintés d'humour, riches d'émotions, anecdotes souvent piquantes ou comiques, d'épisodes héroïques. Du médecin de brousse, au médecin d'un bataillon de marche de la Légion, du médecin d'hôpital, au responsable des soins destinés à 25 000 lépreux, on découvre la mission humanitaire et scientifique, mais aussi la vie aventureuse et passionnante de ce missionnaire de la santé aux prises avec les grands fléaux de l'humanité.

  • Il s'appelle Jean. C'est un vieil homme. La montagne aura été l'une des grandes passions de sa vie. Et le voilà qui y retourne une nouvelle fois, une dernière fois. Folie ? Quête ? Destin ? En tentant cette ultime ascension, Jean provoque la mort - pour une vie plus haute, peut-être... Si bien qu'entre la montagne et lui, ce sera, tout au long de ces pages passionnées, un combat singulier. Singulier, par l'effort extrême du corps et de la volonté de ce vieil homme ; singulier par cette ascension à laquelle Georges Sonnier, en grand écrivain de la montagne qu'il est, nous fait assister jour après jour, heure après heure ; singulier, enfin, par l'extraordinaire leçon de vie qui s'en dégage... Après Où règne la lumière, Meije, Terre du ciel, Un médecin de montagne, La montagne et l'homme- autant de livres où il affirmait fortement les valeurs humaines de l'alpinisme - Georges Sonnier, dans ce nouveau roman, va plus loin encore : la montagne devient vraiment un personnage, à l'égal de l'homme qui, dans ce corps à corps où se joue son destin, lui arrachera la réponse à bien des questions essentielles.

  • Charles M. Schulz et ses Peanuts : vingt-cinq ans de l'une des plus étonnantes et des plus retentissantes aventures de la bande dessinée. Les Peanuts c'est, avant tout, la personnalité de Schulz, un artisan à la base d'un immense empire commercial et financier. C'est aussi un microcosme enfantin, reflet du monde des adultes, parabole naïve où se lisent en filigrane les angoisses et les contradictions de notre époque. Marion Vidal trace, au-delà d'une exploitation commerciale qui peut sembler outrancière, un portrait du mystérieux Charles M. Schulz dissimulé derrière ses personnages de fantaisie un peu névrosés et profondément attachants : un pianiste virtuose, un théologien en herbe, un fanatique de l'échec, une psychanalyste adepte du M.L.F., un chien hédoniste et rêveur... Pour la première fois dans la collection Graffiti, cet essai est illustré par une série de dessins inédits signés des plus grands noms. Ces dessins, parodies du grand Charlie Brown Circus, sont le plus bel hommage qu'un cartoonist puisse rêver.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Un paralytique mène une vie recluse au rez-de-chaussée d'un grand immeuble. Le monde se limite pour lui à ce qu'il peut voir de sa fenêtre et à ce qu'il peut entendre, l'oreille collée à la cloison des voisins. Ces voisins que l'on ne voit jamais, dont on ignore les noms, forment en fait l'intrigue du roman. Ils nous donnent la notion du temps qui passe et sont le contrepoint aux propres « aventures » de l'Infirme, aventures surtout intérieures, faites de rêves, de visions étranges, de cauchemars, d'obsessions sexuelles, de maniaqueries accentuées encore par le personnage de la mère qui revient chaque soir avec les nouvelles de la Journée. Une grande place est donnée aux détails sordides (toutes ces petites choses qui prennent hélas dans la vie quotidienne une place obsédante, lancinante) et surtout aux bruits. Michel Ragon a repris dans « Le jeu de dames », en les amplifiant, les recherches techniques qu'il avait abordées dans son précédent roman : « Les américains ». Critique d'art, il a pensé que quelques-unes des techniques que ses amis peintres emploient déjà depuis quelques lustres, pouvaient être appliquées au roman. « Le jeu de dames » est un livre étrange, où Michel Ragon s'est laissé aller à son humour, un livre d'une grande originalité, contrastant d'ailleurs singulièrement avec les précédents romans « exotiques » de l'auteur, puisqu'il s'agit là, en fait, d'une sorte de « voyage autour de ma chambre ».

  • Nous avons des guides pour tout. Alors, pourquoi pas tout dans un guide ? Tout ce qui ne sert à rien (sauf à désespérer) réinvesti dans l'autogestion des enquiquinements. Par exemple, que faire avec un crève-coeur, une âme seule, une tête de turc ? À quoi utiliser ces matériaux courants : odeur de renfermé, casse-pieds et restriction des sens ? De quelle manière faire passer les paquets sur l'estomac, les moments-déprime, les cafouillages évolutifs et autres problèmes ?... Tout cela, et cent autres familiers tourments, ce guide vous en propose le tri, l'examen, la mise en perspective, en vous entraînant à l'indignation purgative, aux exaltations drolatiques, à faire l'humeur et pas la gueule, à partir du zéro de votre nombril vers l'infini des chagrins qui chantent... Michel Bédu vous ouvrira une méthode (et même plusieurs) pour voir venir avec délectation les contrariétés, en vous installant une bureautique des chagrins dernier cri, où vous renoncerez aux grincements de dents désuets pour le robot ménageant et l'état de guerre limitée. Que voulez-vous savoir encore ?... Comment avoir des histoires, vivre jeune en vivant vieux, comment administrer votre boudoir, bronzer en pointillé ?... Ce Michelin des chagrins, comme dit Pierre Daninos, avec ses chagrins trois étoiles, ceux qui valent le détour et permettent de jouir... d'un point de vue exceptionnellement mélancolique, vous révélera des merveilles. Le Guide des chagrins vous initiera, par mille traits burlesques et recettes cocasses, à retrouver cet état d'innocence qui vous allège d'exister lorsque l'ennui vous cherche. Mine de rien, comme pour rire...

  • Un enfant et sa mère inaugurent un régime alimentaire qui doit leur procurer une très longue existence - mais peut-être ne songent-ils qu'à la mort. Un homme et une femme jouent à faire revivre un flirt de jeunesse, qui fut peut-être un amour manqué. Un journaliste reçoit à intervalles réguliers un personnage qui tient du clochard, et interrompt la marche de sa revue pour des discussions insolites et dérisoires. Tels sont les thèmes de quelques-uns des récits qui composent ce recueil. Jacques Sabbath nous conte ces histoires avec beaucoup de sûreté, en y mêlant sensibilité, émotion et humour. Tout à la fois incisif, ironique et tendre, il incite le lecteur à entrer dans cette ronde fertile en rebondissements. Et le récit vif et entraînant nous conduit d'un journal parisien au poulailler modèle dont rêve un habitant de Jérusalem, en passant par ce hall de gare (Stazione termini revue et corrigée) où les couples se croisent et se perdent. Mais, au-delà de l'anecdote, apparaît en transparence un autre récit, celui dont on ne parle pas et qui est au plus secret de l'existence. Si les personnages et les situations appartiennent au monde de tous les jours, si les propos échangés sont ceux de la vie quotidienne, l'auteur suggère à travers eux les lointains de l'être, une musique secrète circule entre les mots et leur fait dire autre chose que ce qu'ils semblent dire. Car, en définitive, Le bruit des autres c'est la rumeur profonde des hommes, ce qu'ils ont d'essentiel et de précieux à communiquer, et qui demeure enfoui au creux du silence.

  • Le temps d'un été à La châtaigneraie, la grande maison de campagne dans laquelle Yvonne Rambaud, la vieille dame témoin du passé, s'efforce de conserver, contre vents et marées, le rite annuel des grands rassemblements familiaux. Il y a les filles : Marie-Ange, frêle, éthérée, Antoinette à la sensualité épanouie ; les gendres : René et Robert s'épiant, l'un et l'autre à l'affût de la vie qui passe ; les enfants qui s'agitent à l'intérieur du monde des adultes en jouant à franchir la frontière des interdits. Il y a les autres : Julien, l'adultérin, l'écorché, le révolté ; Léa, la grise, la tendre, l'indispensable ; Gustave affamé d'insaisissables bonheurs charnels et Julie, l'inconnue, surgie de nulle part, comme le destin, comme le hasard. Il y a le poids du passé et la vie qui tourne de plus en plus vite. Les amours, les déchirements, le soleil, les creux d'ombre... Chacun à la découverte des autres, à tâtons, dans le labyrinthe de la vie. C'est tout cela Colin-Maillard, un récit intense, passionné, à la tonalité douce-amère, tout empreint d'une poésie tendre et sensuelle. Une façon de vivre, jusqu'au drame, la tragédie du bonheur.

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