République des Lettres

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Zola. Chef-d'oeuvre de la littérature naturaliste, "Au Bonheur des Dames", véritable "poème de l'activité moderne", est le onzième volume du cycle des "Rougon-Macquart". Octave Mouret fait, en quelques années, du modeste commerce de son épouse Caroline Hédouin, un grand magasin moderne pour les femmes, une entreprise colossale qui dévore peu à peu tout le quartier, tue le petit commerce alentour et réalise des recettes considérables. À Octave Mouret, jeune et séduisant veuf qu'il pare de toutes les qualités et de toutes les réussites, Zola oppose Paul Vallagnosc, ancien condisciple de Mouret, qui, prônant un pessimisme inspiré par Schopenhauer, voit lui sa vie se transformer en échec. Octave Mouret ne voit dans la femme qu'un moyen de gagner de l'argent, jusqu'au jour où il se laisse prendre par le charme d'une de ses employées, une jeune provinciale qui repousse ses offres malgré les énormes difficultés qu'elle affronte. Mouret, fou d'amour et reconnaissant en elle une associée idéale pour la direction de l'entreprise, lui demande alors de l'épouser. Émile Zola s'inspire de deux grands magasins de l'époque: "Au Bon Marché" et "Le Louvre". De haute tenue littéraire et romanesque, "Au bonheur des dames" est aussi une grande enquête journalistique, toujours pertinente de nos jours, sur le commerce et la consommation de masse (condition des employés, psychologie des clients, organisation et architecture des magasins, spéculation immobilière, etc.).

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Jean de La Bruyère. Constamment remanié et enrichi de 1688 à 1694, les "Caractères ou Les Moeurs de ce siècle" connaîtront neuf éditions du vivant de La Bruyère, passant de 420 maximes, portraits et réflexions à 1120. Ce succès et ces métamorphoses du livre s'expliquent par la qualité de l'oeuvre, par l'originalité surprenante de sa structure, par le brillant du style, mais aussi par la vérité d'une peinture des moeurs qui sait également refléter des maux sociaux et culturels éternels. Après avoir exposé sa doctrine littéraire dans le chapitre "Des ouvrages de l'esprit", La Bruyère décrit les divers éléments de la société, traitant d'abord "Du mérite personnel" puis "Des femmes" et "Du coeur". Il traite ensuite "De la société et de la conversation", abordant la peinture des classes sociales et s'en prenant aux richesses mal acquises ("Des biens de fortune"). Il se moque de la bourgeoisie vaniteuse dans "De la ville" (Paris) et dénonce les graves erreurs "De la Cour". Le chapitre "Des Grands" est d'une ironie mordante pour ceux qui profitent des avantages d'une illustre naissance. Presque au centre du livre se trouve un éloge de Louis XIV, où l'enthousiasme est tempéré par de prudentes exhortations ("Du souverain ou de la République"). Le moraliste proprement dit apparaît dans le chapitre "De l'homme", suivi "Des jugements". On revient aux observations concrètes dans les chapitres "De la mode", "De quelques usages" et "De la chair". La conclusion ("Des esprits forts") est une attaque en règle contre les libertins. Dans cette riche galerie prennent place toutes les professions et les types les plus divers: le riche, le pauvre, l'égoïste, le bel esprit, l'efféminé, l'affairé, le pédant, le collectionneur, le distrait,... Incisifs ou longuement développés, il ne fait pas de doute que La Bruyère ait trouvé ses modèles dans le monde où il vivait, dans cette société des Condé à Chantilly, où se retrouvait tout ce qui comptait alors en France, et qui offrait à l'observateur l'anthologie la plus colorée des passions humaines. La Bruyère n'a pas son pareil pour isoler le mot, le geste, le "tic" où se trahit d'un coup tout un caractère. Mais il va va toujours au-delà de la simple anecdote et la plupart de ses portraits rassemblent et fondent en de parfaites unités romanesques les traits de toutes ces variétés du genre humain. Sa lucidité, sa raison ironique et son réalisme concret, si bien servi par un style agile et incisif, marque à lui seul une transition entre les grands classiques et les philosophes du 18e siècle. Grâce à son étonnante mobilité de style, de ton et d'esprit, La Bruyère sollicite l'intelligence et l'imagination du lecteur, le déplaçant d'un point de vue à l'autre, des hypothèses à leur retournement polémique, des amplifications à leur chute ironique, provoquant des effets de miroir et des jeux d'échos nous rendant les "Caractères" si contemporains.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Friedrich Nietzsche. Nietszche se laissera-t-il jamais interpréter ? Près de deux siècles après sa naissance, le philosophe allemand laisse encore derrière lui l'impression vivace qu'il en savait effectivement très long. Cette réédition du très lyrique "Ainsi parlait Zarathoustra", son grand livre prophétique sous-titré "Un livre pour tous et pour personne", qu'il présente lui-même comme un nouvel Évangile pour notre temps, est l'occasion de faire le point sur les étapes de la réception de Nietzsche entre les lectures politiques et la mort de Dieu. C'est en effet dans "Ainsi parlait Zarathoustra" que le philosophe au marteau conçoit le Surhomme - ou plutôt le Surhumain - et exalte les valeurs vitales aux dépens des valeurs de la connaissance. Pour Nietzsche, la culture moderne a besoin d'être fondée sur une croyance à des valeurs qui ne soient pas celles d'une décadence, comme celles qui inspirent le christianisme, le rationalisme ou le moralisme. Zarathoustra est l'homme qui brise les anciennes tables de valeurs pour les remplacer par d'autres entièrement nouvelles; ce n'est pas un destructeur, c'est un messie.

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