SKA

  • Le dernier Jour d'un condamné

    Victor Hugo

    • Ska
    • 26 Octobre 2019



    De Victor Hugo à Robert Badinter, retour sur un combat pour l'abolition de la peine de mort à travers leurs textes...

    Il est dix heures.
    Ô ma pauvre petite fille ! encore six heures, et je serai mort ! je serai quelque chose d'immonde qui traînera sur la table froide des amphithéâtres ; une tête qu'on moulera d'un côté, un tronc qu'on disséquera de l'autre ; puis de ce qui restera, on en mettra plein une bière, et le tout ira à Clamart.
    Voilà ce qu'ils vont faire de ton père, ces hommes dont aucun ne me hait, qui tous me plaignent et tous pourraient me sauver. Ils vont me tuer. Comprends-tu cela, Marie ? Me tuer de sang-froid, en cérémonie, pour le bien de la chose ! Ah ! grand Dieu
    S'il est un artisan historique de l'abolition, c'est bien notre Victor national. Ce grand bourgeois, sensible à la misère du temps, à la férocité du système pénal, fut pugnace et constant. Il fallut le mûrissement des années et le cheminement à bas bruit dans les têtes et les coeurs des arguments et des raisonnements où se mêlèrent également : compassion et croyance en l'homme. Et un siècle et demi les séparant, on pourra lire également deux discours, celui de Hugo en 1848, et celui, mémorable, de Robert Badinter, alors Garde des Sceaux en 1981.





  • Boule de Suif

    Guy De Maupassant

    Une « grosse fille » au grand coeur flouée par l'égoïsme bourgeois. (Préface Max Obione)

  • LA DAME DE PIQUE

    Alexandre Pouchkine


    Obtenir la martingale gagnante par tous les moyens, voilà le ressort criminel qui propulse le héros désargenté... jusqu'aux extrémités.
    ON JOUAIT CHEZ NAROUMOF, lieutenant aux gardes à cheval. Une longue nuit d'hiver s'était écoulée sans que personne s'en aperçût, et il était cinq heures du matin quand on servit le souper. Les gagnants se mirent à table avec grand appétit ; pour les autres, ils regardaient leurs assiettes vides. Peu à peu néanmoins, le vin de Champagne aidant, la conversation s'anima et devint générale.
    « Qu'as-tu fait aujourd'hui, Sourine ? demanda le maître de la maison à un de ses camarades.
    - Comme toujours, j'ai perdu.

    Cette nouvelle est connue comme l'une des plus marquantes du grand Pouchkine. Tout son univers romanesque parait y être contenu. La société tsariste est illustrée à travers une galerie de portraits d'une certaine aristocratie désoeuvrée s'enivrant dans le jeu d'argent. La fin tragique du héros précède celle de l'écrivain, annonçant la révolution bolchevique qui balaiera cette caste. (Préface de Gus Dusemeur)




  • Les frasques de Morny Vibescu, Prince Hospodar de Roumanie, amoureux forcené des culs potelés. (préface Ava Ventura)

  • 813

    Maurice Leblanc



    Une aventure parmi les plus noires des péripéties lupinesques... Notre héros y commettra un crime... découvrira l'énigme du chiffre 813... et sauvera la patrie...

    Le nom du célèbre aventurier sembla faire sur M. Kesselbach la meilleure impression. Lupin ne manqua pas de le remarquer et s'écria :
    - Ah ! ah ! cher monsieur, vous respirez ! Arsène Lupin est un cambrioleur délicat, le sang lui répugne, il n'a jamais commis d'autre crime que de s'approprier le bien d'autrui une peccadille, quoi ! et vous vous dites qu'il ne va pas se charger la conscience d'un assassinat inutile. D'accord... Mais votre suppression sera-t-elle inutile ? Tout est là. En ce moment, je vous jure que je ne rigole pas. Allons-y, camarade.
    Il rapprocha sa chaise du fauteuil, relâcha le bâillon de son prisonnier,...

    On ne présente plus Maurice Leblanc, on ne le vante plus non plus. Il est l'un des auteurs monument de la littérature policière française. Hormis les détails et le contexte qui révèlent une époque révolue évidemment, le style narratif reste d'une grande modernité. Méconnu, 813 est certainement le roman de Leblanc le plus caractéristique de la saga lupinienne. (Préface de Michel Bussi)

  • Biribi

    Georges Darien

    Froissart, le double romanesque de George Darien, raconte ses 33 mois passés dans l'enfer du bagne militaire de Gafsa, dans le sud tunisien à la fin XIX° siècle...Terrifiant !
    Ils se sont précipités sur moi, trois ou quatre, m'ont ramené les bras en avant et m'ont serré les poignets dans la chaîne infâme.
    - Encore un cran ! N'ayez pas peur de tirer dessus. Ça lui apprendra à rouspéter.
    Ça ne m'apprendra rien du tout. Ce que ça pourrait m'apprendre, je le sais depuis longtemps : c'est que le jour où j'ai jeté bas mes effets de civil pour endosser l'habit militaire, j'ai dépouillé en même temps ma qualité de citoyen et que, étant soldat, je suis un peu plus qu'une chose, puisque j'ai des devoirs, mais beaucoup moins qu'un homme, puisque je n'ai plus de droits.
    Le gendarme qui doit m'escorter m'a conduit à l'entrée de la cour, devant la route qui traverse la Kasbah et m'a fait asseoir sur une grosse pierre.
    - Attendez-moi là.
    J'attends. On doit me prendre pour une bête fauve exhibée à la porte d'une ménagerie pour attirer les curieux.
    « Je ne sais si c'est un livre, je voudrais que ce fut un cri. » Biribi est certes un roman, mais un roman vrai, un reportage romancé, décrivant l'horreur de ces établissements tortionnaires. L'oeuvre de George Darien, « est le plus rigoureux assaut que je sache contre l'hypocrisie, l'imposture, la sottise, la lâcheté » selon André Breton. Conclusion de la préface de Max Obione.

  • L'affaire Lerouge

    Emile Gaboriau

    • Ska
    • 1 Juillet 2018


    Dans l'histoire littéraire, voici le premier roman - dit policier... indispensable à votre culture livresque...

    Ceux qui avaient parlé de crime ne s'étaient malheureusement pas trompés, le commissaire de police en fut convaincu dès le seuil. Tout, dans la première pièce, dénonçait avec une lugubre éloquence la présence des malfaiteurs. Les meubles, une commode et deux grands bahuts, étaient forcés et défoncés. Dans la seconde pièce, qui servait de chambre à coucher, le désordre était plus grand encore. C'était à croire qu'une main furieuse avait pris plaisir à tout bouleverser. » Emile Gaboriau est le premier à créer la figure romanesque du policier enquêteur qui aura, comme on le sait, une descendance féconde.
    Il faut évoquer le plaisir qu'on a à relire ce classique du roman policier, au-delà de la résolution de l'affaire elle-même. L'Affaire Lerouge, et les autres livres de Gaboriau, héritiers des romans populaires, ce sont des digressions, des chemins de traverse, des péripéties compliquées, l'exploration du passé des protagonistes, l'explication des motifs du crime et du modus operandi. Cela possède un charme véritable, qui faisait les délices d'André Gide, grand amateur de polar, comme Cocteau ou Mac Orlan. » (extrait de la préface d'Hervé Delouche)


  • Les portes claquent et les quiproquos s'enchainent dans ce bordel au nom évocateur... (Préface de Max Obione)

    « RAPHAËLE (une prostituée) Faites-vous bien feuille de rose ?
    MADAME BEAUFLANQUET (une bourgeoise innocente se méprenant sur la nature de l'établissement et de ses occupantes) Feuille de rose ! (à part) ah oui des confitures de Turquie (haut) je n'en ai jamais mangé. (Les femmes se mettent à rire) FATMA Elle ne connaît pas feuille de rose ! Qu'est-ce qu'elle fait alors ?
    RAPHAËLE Et petit salé alors ?
    MADAME BEAUFLANQUET Ah ! ça oui.
    RAPHAËLE Vous connaissez la levrette ?
    MADAME BEAUFLANQUET Oui.
    RAPHAËLE Le postillon - le gamin - soixante-neuf - la paresseuse - la brouette ?
    MADAME BEAUFLANQUET (étonné) Oui, je connais ces choses (à part) quelles drôles de question font les femmes de Turquie. On m'avait dit aussi que les odalisques étaient d'une ignorance. RAPHAËLE Elle me va cette petite femme là. Aimez-vous à bouffer le chat ?
    MADAME BEAUFLANQUET Oh ! j'adore les chats.
    RAPHAËLE Ah ! bien puisque nous avons les mêmes goûts, je vous offrirai le mien. »

    Ska publie cette curiosité théâtrale signée Guy de Maupassant. « La pièce essayant de marier Eugène Labiche et la pornographie crasse penche du côté de la grosse farce aux ressorts graveleux. » selon Max Obione dans sa préface. Cette comédie qui se déroule dans un bordel sordide vaut par la personnalité de l'auteur de La Maison Tellier et celle des spectateurs prestigieux qui l'ont vue.

  • Sidéral

    Antoine Blocier

    • Ska
    • 1 Avril 2021

    Ce qui n'est pas encore « réel » est néanmoins planifié, voire plausible à brève échéance... Une enquête criminelle sidérante...

    Dans un futur très proche, notre vieille planète usée par des décennies d'exploitation sans vergogne, de pollutions gigantesques, d'épidémies hors de contrôle, de famines aux millions de victimes, de terrorismes aveugles et une guerre économique sans merci est devenue invivable. Certains cherchent comment fuir vers un astre plus accueillant, d'autres croient encore possible d'y faire cohabiter huit milliards d'individus. Ultime tentative de réconcilier l'Homme avec l'Humain, la mission Rencontre est envoyée dans la Nouvelle Station Spatiale. Or, deux morts suspectes à bord de ce fleuron de la technologie internationale vont envenimer la situation.

    Ancien de Scotland Yard, reconverti en auteur à succès, Eliott Purcell va mener l'enquête, quatre cent quinze kilomètres plus bas. Une investigation sous tension internationale, où la rapacité du capitalisme mondialisé et les expérimentations transhumanistes seront de rudes adversaires. S'il faut un jour quitter la planète, qui en aura la possibilité ? Si les cerveaux sont numérisés pour voyager dans l'espace sur de longues durées, qui sera légitime pour les reconnecter ? Si une exoplanète est à portée d'imagination, sera-t-elle gérée selon les principes libertariens, discrètement à la manoeuvre dans le projet Rencontre ?




    Antoine Blocier signe ici un roman inclassable. À la fois polar, anticipation, réflexion philosophique, plaidoyer pour un autre monde, cette histoire très documentée s'appuie sur des faits de société, des travaux scientifiques en cours, dont certains semi-clandestins. Sauvons la planète ou quittons-la ?

  • Qui est de la bête noire ou de la femme fatale gantée l'exécutrice des destins ?




  • Ce classique de la littérature licencieuse loue la liberté sexuelle, exaltant une sorte de

    libertine attitude. Une modernité des moeurs très contemporaine... QQ
    À Paris, une fille de treize à quatorze ans reçoit déjà quelques marques d'attention quand elle est jolie. À cet âge, si j'avais eu la clef des propos flatteurs qu'on commençait à me tenir, j'y aurais aisément reconnu l'hommage du désir. Mais, autant j'avais d'intelligence pour ce qu'il me fallait apprendre, autant j'étais bornée relativement à la galanterie. Me disait-on que l'on m'aimait, je répondais bonnement que j'aimais aussi ; mais sans me douter des plus intéressantes acceptions d'aimer, ce mot si commun ! Bref, je ne savais rien, rien du tout ; et sans des hasards heureux qui m'éclairèrent tout à coup, j'aurais peut-être croupi longtemps dans ma déplorable ignorance.
    Au-delà de la libération des moeurs qui s'expose dans ce roman, il s'agit à cette époque (XVIIIe siècle) de l'inscrire dans un mouvement émancipateur faisant exploser les carcans moraux de la religiosité dominante. En d'autres termes, de mettre de la lumière dans ce siècle qu'on désignera, grâce aux porteurs de flambeaux comme Voltaire, Diderot ou Rousseau et aux écrivains sulfureux libertins, comme le siècle des Lumières. (extrait de la préface de Franq Dilo)


  • Hombres

    Paul Verlaine

    • Ska
    • 29 Avril 2020


    Quand la poésie du pauvre Lelian transcende ses amours mâles...

    [...] Mes amants n'appartiennent pas aux classes riches :
    Ce sont des ouvriers faubouriens ou ruraux,
    Leurs quinze et leurs vingt ans sans apprêts sont mal chiches
    De force assez brutale et de procédés gros.

    Je les goûte en habits de travail, cotte et veste ;
    Ils ne sentent pas l'ambre et fleurent de santé
    Pure et simple ; leur marche un peu lourde, va preste
    Pourtant, car jeune, et grave en l'élasticité ;

    Leurs yeux francs et matois crépitent de malice
    Cordiale et des mots naïvement rusés
    Partent non sans un gai juron qui les épice
    De leur bouche bien fraîche aux solides baisers ;

    Leur pine vigoureuse et leurs fesses joyeuses
    Réjouissent la nuit et ma queue et mon cu ;
    Sous la lampe et le petit jour, leurs chairs joyeuses
    Ressuscitent mon désir las, jamais vaincu.
    ...
    Hombres de Paul Verlaine est un recueil de poèmes parus sous le manteau et faisant l'apologie des amours au masculin. Miss Ska se devait de faciliter l'accès à ces merveilles érotiques et fortes. Voilà qui est fait quand les mots du poète s'accordent à sa sexualité, comme un alcool puissant et que résonne sa musique du désir de foutre en cul. Un fleuron de la collection Perle Rose. (Avant-propos d'André Lacaille)

  • Aphrodite

    Pierre Louys

    • Ska
    • 1 Février 2018


    La belle et sensuelle courtisane et le beau sculpteur vivent une passion tragique à Alexandrie, au temps des Ptolémée...

    « Elle marcha très lentement par la chambre, les mains croisées autour de la nuque, toute à la volupté d'appliquer sur les dalles ses pieds nus où la sueur se glaçait. Puis elle entra dans son bain. Se regarder à travers l'eau était pour elle une jouissance. Elle se voyait comme une grande coquille de nacre ouverte sur un rocher. Sa peau devenait unie et parfaite ; les lignes de ses jambes s'allongeaient dans une lumière bleue ; toute sa taille était plus souple ; elle ne reconnaissait plus ses mains. L'aisance de son corps était telle qu'elle se soulevait sur deux doigts, se laissait flotter un peu et retomber mollement sur le marbre sous un remous léger qui heurtait son menton. L'eau pénétrait dans ses oreilles avec l'agacement d'un baiser. » « [...] revivre, par une illusion féconde, au temps où la nudité humaine, la forme la plus parfaite que nous puissions connaître et même concevoir puisque nous la croyons à l'image de Dieu, pouvait se dévoiler sous les traits d'une courtisane sacrée, devant les vingt mille pèlerins qui couvrirent les plages d'Éleusis... »

    Telle est l'invitation de Pierre Louÿs, entre autres. Cette évocation invite le lecteur à découvrir « cet ouvrage signé d'un grand auteur trop méconnu en dépit du succès du roman, encensé par François Coppée au moment de sa sortie. » nous informe Max Obione dans son avant-propos et d'ajouter : « Sexe et tragédie, ces deux ingrédients romanesques indispensables de la littérature, celle qu'on aime. »

  • La Danse des Cafards

    Gildas Girodeau

    • Ska
    • 23 Novembre 2020

    Paul Féder, sa goélette, son équipage et ses amours : aventures au rendez-vous quand les nuisibles se pointent...
    Le thonier fonçait à pleine vitesse dans la nuit noire, au moins dix-sept noeuds, la mer semblait calme. Pourtant, une imperceptible houle commençait à l'agiter, menaçante respiration de la tempête approchant par le nord. En cette fin mai la lune n'était qu'un mince croissant que l'on apercevait encore vers l'ouest, entre les nuages. Le jour ne tarderait plus maintenant. Dans la timonerie éclairée par la lueur orange des instruments de bord, José sentait une boule d'angoisse durcir peu à peu dans son ventre. Décidemment ce commandement ne lui plaisait pas. Il ne l'avait accepté que contraint par la misère où il se trouvait, la crise de la surpêche du thon l'ayant privé d'embarquement. Cette année-là, tous les navires sous pavillon français étaient restés à quai, ayant largement dépassé les quotas fixés par l'Europe. Enfin, c'est ce qu'ils avaient dit, car José n'y comprenait plus rien à ces histoires de quotas. Les espagnols, eux, pouvaient encore pêcher un peu et certains bateaux passés sous pavillon Libyen continuaient tranquillement à travailler sans limite. Ils faisaient fortune avec les navires usines japonais, pendant qu'eux cherchaient désespérément à s'embarquer, même sur une « estrasse » !


    Réédité aux Editions du Horsain sous le titre La danse des Cafards ce roman appartient à la Suite Catalane. Un polar mais pas que. Une réflexion sur la fameuse Françafrique qu'à tort l'on croit morte. Ce roman a reçu le Prix Delta Noir 2015.
    (Edition papier chez Horsain, distribution Pollen)

  • Histoires épouvantables

    Gaston Leroux

    • Ska
    • 31 Mars 2021

    Le père de Rouletabille met en scène, sur une terrasse de café, cinq loups de mer qui se racontent des histoires épouvantables: C'est à qui dira, avec une délectation certaine, la plus effroyable...




    Il y a de cela bien des années, je me trouvais à Guersaü, petite station sur le lac des Quatre-Cantons, à quelques kilomètres de Lucerne. J'avais décidé de passer là l'automne pour y terminer quelque travail, dans la paix de ce charmant village, qui mire ses vieux toits pointus dans une onde romantique où glissa la barque de Guillaume Tell. En cette arrière-saison, les touristes avaient fui et tous les affreux Tartarins, descendus d'Allemagne avec leurs alpenstocks, leurs bandes molletières et leur chapeau rond inévitablement adorné d'une plume légère, étaient remontés vers leurs bocks et leur choucroute et leurs « gross concerts », nous laissant enfin le pays libre entre le Pilate, les Mitten et le Rigi. [...]



    Gaston Leroux s'amuse beaucoup à écrire ces histoires, qui sont autant d'hommages à ses maîtres, Balzac, Stendhal, Dumas, Maupassant et Mirbeau... Le maître ne perd jamais de vue que le bizarre, l'étrange, le grotesque savent très bien s'accommoder d'un zeste d'humour noir et de dérision, elles procurent toujours un délicieux frisson au lecteur bien emmitouflé sous ses couvertures par un soir de tempête. (Extrait de la préface de Roger Martin)

  • Le Monde est un bousillage

    Jose Noce

    • Ska
    • 27 Juin 2020

    Les troubles d'un ex prof plongé dans une paranoïa éblouie sous le soleil d'Italie. Une villégiature riche et débilitante à la fois, un roman original arrosé au limoncello et baigné du bruit des cigales...


    [...] Pensez, se souriait-il en haussant involontairement les épaules, il fallait, entre autre, qu'il la rencontre, elle, et dans la plus grande discrétion, cette magnifique pute de luxe, si redevable en haut lieu de tant d'intelligentes compassions.
    Il ne put pas s'empêcher de produire un petit rire sarcastique à peine étouffé.

    Eh oui cette bombe humaine était paradoxalement le catalyseur indispensable de l'histoire, une effigie vivante du raffinement libidinal.
    En définitive, se marmonnait-il de plus en plus grassement, elle n'a pratiquement rien su cette diablesse. Elle avait le feu vert sommital c'est tout. Et comme lui, le compagnero, elle avait circonstanciellement carte blanche.
    Elle serait la « chèvre-émissaire », ça l'avait fait sourire l'expression, le temps d'une séduction éclair.
    Il fallait vite charmer, dévoiler...
    Elle, elle avait dit avec un petit accent de l'Est qu'elle allait : « Dessiner avec son corps des courbes asymptotiques », c'était exactement ses termes. Asymptotiques, putain !
    Maintenant qu'il y pensait, il lui apparut qu'elle était sans aucun doute possible du type péripatéticienne, mais très cultivée, en tout cas beaucoup plus que ce qu'il en avait pu imaginer au premier contact...
    Elle avait même rajouté avec une moue enfantine : « Autour d'une érection concupiscente de macho gras »...
    Dingue !


    Un beau jour sur une petite île, un type est débarqué d'un hélico avec une oreille en moins, et un petit trou en plus dans la tempe. Sur le point de trépasser, on le ranime avec toutes sortes de petits cailloux blancs aiguisés comme les dents des requins du même métal. Doucement, avec plus ou moins de tact, on ressuscite sa surprenante réalité. Entre flashback émoussés et thérapies de pointe, notre homme, ex professeur de lettres, va revivre, dans tous les sens du terme, le parcours de son existence rocambolesque. Aussi le voyage autour du monde de ce drôle de zigoto est-il à cataloguer dans le registre : pertes et fracas...
    Après Villa confusione, José Noce nous entraîne à nouveau dans son imaginaire frappadingue. Il a emprunté son titre à Nietzsche. À lire, à l'ombre des pins, un limoncello à portée de gosier... Que du bonheur !

  • Gamiani

    Alfred De Musset

    Mourir d'amour, tel est le but de la comtesse Damiani au cours de deux nuits d'excès. (Préface Max Obione)


  • Dévergondages, fessées et pétarades, entre autres, relatées par une fillette passablement délurée...

    « Et m'écartant les fesses, elle me cingla la chair à l'endroit coupable, sur les parois mêmes du trou indiscret. Je rugis, je me tordis. Il fallut toutefois supporter aussi le fouet dans cette partie sensible, après avoir eu les fesses et les cuisses toutes meurtries. Le sang coulait, le balai était brisé, ma tante était fatiguée de me fouetter, elle cessa enfin la correction, mais avant de me laisser aller, elle se fit apporter un bol rempli de vinaigre et m'épongea le derrière. La cuisson fut horrible. Ma croupe fit alors un si brusque mouvement que le bol de vinaigre s'échappa des mains de ma tante et que je me relevai et m'enfuis au milieu des rires des gens du village qui venant à passer devant le jardin avaient assisté à ma correction et s'en étaient divertis. »
    Dans ce couvent de novices impudiques on trouve les figures du tribadisme les plus débridées. N'est-ce point pécher ? Dès lors, le vice doit être châtié. Les châtiments s'imposent pour dresser les récalcitrantes, remettre dans le droit chemin les déviantes, les joyeuses, les petites amoureuses du plaisir enfantin. Alors la fessée corrige, les martinets entrent en action, les badines s'abattent sur les jolis petits culs, mais, comble d'ironie diabolique, l'éducation féroce mène aussi à la jouissance. (Extrait avant-propos de Franq Dilo)

  • Amin's blues

    Max Obione


    Le destin tragique d'Amin qui aurait tant voulu tuer son idole du blues pour conjurer son sort.


    D'ordinaire, le vieux Lodge ne tenait pas trois rounds d'affilée depuis cinq ans, au moins ; normalement, c'était du tout cuit, presque du un contre un, virgule quelque chose, un rapport de misère, quelques cents à gagner qui donneraient à tous ces gagne-petit le sentiment qu'ils n'avaient pas gâché leur soirée. Mais perdre leur misérable mise, à cause de ce sale fils de pute de négro...
    - Tu les entends, dis ? Tu les entends, ces bâtards ! T'es mort, t'es déjà mort !
    Chow avait les foies. L'atmosphère devenait émeutière, les canettes volaient et ricochaient sur la toile du chapiteau.

    Voici le premier roman « américain » de Max Obione. Le fatum tragique est à l'oeuvre comme dans tout bon roman noir. Ça sent la sueur, la pourriture des marais, on entend le lourd blues du Delta. Un roman qui cogne, plus que noir, « blark » : black and dark.

  • Azul

    ,

    • Ska
    • 27 Novembre 2018



    Le voleur d'yeux bleus cherche des proies... pour créer des oeuvres d'art.


    « Dois-je me soumettre ou redoubler de perversité pour survivre ? » Telle est la question que va devoir se poser Clara, jeune femme aux allures de femme fatale, qui semble tout droit sortie d'un polar américain des années 50. Azul, nouvelle noire graphique, nous invite à un aller-simple dans un monde où les petites filles rencontrent les grands méchants loups et où le crime se hisse au rang de chef-d'oeuvre. »


    L'angoissant scénario de Linné Lharsson est servi par le graphisme d'Ikuko Ikeda s'inspirant de l'imagerie manga. Une grande sensibilité affleure derrière cette histoire sordide mêlant amour, complicité et meurtres en série.



  • Nucléar Parano

    Gildas Girodeau

    • Ska
    • 30 Septembre 2020

    À Port-Vendres, le meurtre d'une scientifique travaillant pour un laboratoire d'océanologie entraine Paul Feder dans les couloirs du lobby nucléaire... aux radiations sanglantes...
    Il prépara consciencieusement son matériel, vérifiant une fois de plus les noeuds dans le fil nylon, puis, avant de lancer, il s'agenouilla et scruta la mer au pied de la falaise. Dans la faille, juste à gauche, un objet semblait coincé, mais il ne put immédiatement l'identifier car une vague plus grosse l'engloutit. L'écume monta jusqu'à la plateforme puis redescendit. Il regarda à nouveau et retint un juron, c'était un corps, celui d'une femme vêtue d'une robe. D'instinct il regarda autour de lui. Lors de la guerre d'Espagne, Jaume avait quatorze ans quand il s'était engagé dans les troupes de la C.N.T. et, de Guadalajara à Mauthausen, il avait payé le prix fort et savait reconnaître des emmerdements, quand il en croisait sur sa route. Il semblait seul. Rapidement il remballa son matériel et entreprit l'ascension de la falaise. Il fallait foutre le camp au plus vite, ce cadavre pouvait porter la poisse.
    Nucléar Parano est le deuxième tome de la Suite Catalane signée Gildas Girodeau. La série Paul Feder mêle intrigue criminelle et critique sociétale acerbe, le tout très documenté. De quoi ravir les amateurs de purs polars.
    Ceux-ci sont réédités aux éditions du Horsain en version papier pour une nouvelle vie. (distribution Pollen)

  • Circus Ghetto

    Claude Soloy

    • Ska
    • 27 Juin 2020

    Dans un Rouen bombardé durant la dernière guerre naît un marmot, un têtard, qui raconte avec ses mots disloqués : sa famille, sa vie dans son quartier peuplé de clowns de son âge et de personnages singuliers...


    Élargir le fleuve impassible jusqu'à l'horizon pour que s'y engouffre l'océan couleur de catafalque, eau désormais infranchissable pour l'ennemi, se précipiter dans les abris et tant pis si on galope à schlague abattue sur la piste défoncée pour gagner l'autre bord et se terrer, on se bouscule, on saute, on s'éclabousse de soi sans pudeur lorsqu'une balle perdue trouve son maître ou sa maîtresse, la blessure est déjà d'encre, corrompue par la poudre, on se déchire par fragments d'intimité, et c'est ce puzzle de chairs poisseuses, de paletots et de leggins en charpie que charrie l'eau secouée de spasmes. Des chevaux arrachés aux quais y hennissent encore et leurs attelages les tirent par la queue vers les bas-fonds, les poissons se font fritures pour les temps difficiles. Nuit frémissante du fleuve sombre s'étirant jusqu'au delta, cet ultime système veineux incapable de filtrer ses eaux et d'en retenir la substantifique moelle.
    Mon innocence n'était qu'une tétine de biberon voguant sur les pleurs de Chose Mère qui ne comprenait rien à la guerre, ou faisait semblant, je ne sais pas. Pourquoi, disait-elle, on n'était pas trop malheureux avant, et maintenant, avec toutes ces privations c'est encore pire.


    Dans ce voyage au pays l'enfance, Claude Soloy nous donne son roman le plus personnel. Il évoque tous les sortilèges et les peurs engendrés par des lieux ordinaires, les passions et les haines suscitées par des personnages hauts en couleur et surtout l'immense amour qu'il éprouve à l'égard de ses proches. Le tout est magnifié dans le style propre à l'auteur, fait de références et de poésie, où le fantastique le dispute à la fantaisie. L'amoureux de la langue s'y exprime avec une alacrité magnifique. Claude Soloy est un littérateur bêtement ignoré du monde de l'édition. Ska est fier de vous offrir l'occasion de plonger dans son monde imaginaire assis, en l'occurrence, sur les réminiscences extirpées de l'amnésie de son enfance.

  • Une série de tableaux souvenirs décrits magnifiquement avec des mots colorés, un verre de limoncello à la main.

    ALORS, ELLES ETAIENT DE QUELLES COULEURS, Nonno ? demande Augustin, philosophe de 3ans et demi, à mon retour de villégiature. Nonno ? c'est bibi, son grand-père, chromatiste socio affectif. Ça m'a interpellé quelque part, et aussi un peu plus loin, d'ailleurs. Du coup, j'ai peint aussi sec des moments arc-en-ciel, des histoires estivales ou septentrionales, des dégradés en noirs de blues, des camaïeux de roses charnels, des bleus à l'âme et à la mer. Consécutivement j'ai extrapolé le futur pas simple, le passé décomposé, le présent pas vraiment cadeau. Ces vacances sont parfois en congé de vraisemblance, sauf ce scooter monté par des gros nazes, sauf ce moribond hédoniste de terril morigénant les cons en rouge euphorique, sauf ce héros en tongs flapies pestant in petto contre la nature sous marine violette et urticante...

    José Noce manie la plume et le pinceau avec un égal bonheur. La relation de ses pérégrinations est des plus savoureuses comme ses encres sur papier qui fourmillent de détails sous le foisonnement de la couleur.

  • Chroniques d'Elles

    Jeanne Desaubry

    • Ska
    • 1 Octobre 2016


    Des instantanés de vies féminines exposés avec le brio d'une artiste du court-lettrage...

    « Les yeux fermés, elle l'approche de sa bouche, pose ce petit morceau de fraise, à peine, sur ses lèvres. Le pose seulement. Elle lèche doucement la chair grenue de la fraise, les doigts frais qui la tiennent. Doucement. Tout doucement... la fraise... les doigts...Un voeu. Un voeu à garder secret pour conserver une chance qu'il se réalise. Sa langue caresse encore tendrement la chair tranchée à vif par la lame posée devant elle. »

    Ces micro nouvelles flashent des instantanés de vies féminines, exclusivement. Des femmes : jeunes ou vieilles, malades, aigries ou optimistes, alcooliques ou artistes, pleines d'illusions ou de chagrins, mère attendrie, amoureuse comblée, surprises dans un moment d'abandon ou de crainte. Ce « pointillisme littéraire » obéit à des règles strictes : chaque texte compte environ mille caractères, ne comporte ni nom, ni dialogue. Une narration clinique, attachée aux détails, ceux qui comptent.

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