Société des Océanistes

  • Le projet de traduire de l'espagnol le texte du Journal de Maximo Rodriguez, premier Européen à avoir séjourné durablement à Tahiti (de janvier à novembre 1775), eut pour origine la proposition faite par Francisco Mellén Blanco, éditeur espagnol du Journal dans le cadre du bimillénaire de la Découverte de l'Amérique, d'en faire une version française. Horacio Belçaguy, jeune archéologue océaniste argentin étudiant de José Garanger à l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne et membre du Laboratoire d'Ethnologie préhistorique du CNRS se fit l'interprète de Fr. Mellén auprès de Michel Orliac et, en parfait bilingue qu'il était, s'offrit à en faire la traduction en français. Le texte français dont nous disposions alors était la traduction souvent résumée, incomplète de Pugeault publiée en 1930 à Papeete, faite à partir de la version anglaise de Bolton Glanville Corney, incluse dans The Quest and Occupation of Tahiti by Emissaries of Spain during the years 1772-1776, ouvrage publié à Londres par The Hakluyt Society entre 1913 et 1919. L'intérêt d'une traduction nouvelle directe de l'original espagnol s'imposait. Cette opportunité présentée par Michel Orliac en bureau de la Société fut retenue, mise à exécution et concrétisée par le présent livre.

  • Le témoignage que nous livre, ici, Alfred Testard de Marans date de 1889, peu après son séjour entre 1887 et 1888 en qualité de vice-résident. Il est capital pour ceux qu'intéressent les îles Marquises, qu'ils y résident, y aient séjourné ou souhaitent tout simplement les connaître. C'est le récit d'un homme de qualité tel qu'on l'entendait dans la deuxième partie du xixe siècle. Il est curieux et intéressé par ce qu'il découvre. Il sert dans la Marine nationale et, à ce titre, a déjà connu des pays lointains et considérés comme exotiques, c'est-à-dire caractérisés par l'archaïsme du mode de vie. C'est en érudit et en homme instruit qu'il observe cette population marquisienne. Il livre à notre curiosité une époque postérieure à la deuxième conquête qui eut lieu en 1880, époque qui n'apparaît pas vieillie au regard des écrits rapportés un siècle plus tôt par Cook.

  • On ne peut manquer d'être frappé - à la lecture du Journal de Morrison - par deux caractéristiques : la première est cet extraordinaire don d'observation chez un homme que rien n'avait préparé à cela ; la seconde est cette indulgence qu'il manifeste vis-à-vis des Tahitiens lorsque la description de leurs moeurs l'amène à nous décrire ce qui à nos yeux, pourrait passer pour des défauts. Ceux qui, par goût, ont vécu ou vivent à Tahiti seront particulièrement sensibles à cette faiblesse et se demanderont comme nous l'avons fait, si Morrison n'est pas le premier Blanc à avoir subi cet envoûtement auquel tant de nous ont succombé, pour la plus grande joie de leur existence.

  • Cet ouvrage fait le récit d'un premier contact, hors du commun, entre des colons occidentaux et les membres d'une société aborigène située dans le Désert de l'Ouest, une étendue aussi gigantesque que peu accueillante au coeur du continent austral. Ce contact eut lieu il y a à peine plus de cinquante ans, en 1956. Les récits et archives abondent, les témoignages oraux existent et, surtout, les autochtones qui ont vu et vécu l'arrivée du premier Blanc vivent encore et en parlent. Les acteurs ont dû se confronter à un type de colonialisme particulier puisque les Britanniques et les Australiens entreprirent d'investir le coeur du Désert de l'Ouest pour y effectuer d'abord des explosions nucléaires, puis des lancements de missiles balistiques. Les termes « mythes », « missiles » et « cannibales » résument ainsi les représentations et les objectifs occidentaux qui ont motivé et orienté cette rencontre culturelle : une Australie espérée identique à l'Europe, des objectifs géostratégiques qui font disparaître les réalités du terrain et des Aborigènes qui sont placés au bas de l'échelle sociale. En passant par l'analyse des notions de « premier contact », de « tribu perdue » et de « présent ethnographique », tout en les situant dans le contexte australien, ce livre discute les mythes qui ont accompagné la découverte occidentale de l'Australie, puis du centre du continent, afin de mieux comprendre les politiques de ségrégation d'abord et d'assimilation ensuite qui ont dominé les rencontres culturelles dans le Désert de l'Ouest. Il fait ensuite l'analyse critique du contexte dans lequel la culture est devenue pour les Aborigènes un objet de revendication politique qui finit par porter ses fruits dans le cadre des exigences de restitutions foncières.

  • Cet ouvrage se veut un bilan de l'action entreprise par l'État français dans le cadre du rééquilibrage prôné par les Accords de Matignon. L'inégalité entre les ethnies au plan de la scolarisation, du partage du domaine foncier, des équipements, du développement et de l'accès aux services et aux emplois a motivé, au terme d'une crise grave dans les années quatre-vingt, toute une série de mesures afin de promouvoir une répartition plus équitable des ressources, des chances et des pouvoirs entre Kanaks et Européens. Des premières opérations de rééquilibrage avant la lettre que représente la réforme foncière, jusqu'aux applications les plus récentes des Accords de Matignon, sont ici explorés les divers domaines de l'économie, de la démographie, du foncier, du champ urbain et de la politique en Nouvelle-Calédonie

  • Document d'une valeur inestimable, le recueil rassemblé au milieu du xixe siècle par le révérend John M. Orsmond (1784-1856) qui avait pris en note, mot pour mot, tout ce qui lui avait été confié des traditions tahitiennes, telles qu'elles sont transmises de génération en génération par les prêtres et les conteurs ma'ohi, dit-on, a malheureusement disparu après avoir été confié à l'administration coloniale française. Teuira Henry (1847-1915), petite-fille du pasteur Orsmond, a consacré une longue partie de son existence à reconstituer l'ouvrage de son grand-père, en mobilisant ses souvenirs et les notes et documents préparatoires qu il avait réunis. Mais, élevée dans le respect des valeurs missionnaires de l'époque, Teuira Henry n'est pas un témoin neutre. Elle a pratiqué à l'occasion la censure, effectuant des coupes dans le texte ou l'édulcorant, et s'est risquée parfois à des interprétations hasardeuses. On peut ainsi déchiffrer, superposée au témoignage sur l'âme de la Polynésie d'autrefois, une histoire des interrogations, voire des errements de l'Occident au contact d'une civilisation inconnue. L'édition originale de Tahiti aux temps anciens a été publiée en 1928 par le Bishop Museum d'Honolulu. Sa traduction française, réalisée par Bertrand Jaunez, a été éditée pour la première fois par la Société des Océanistes en 1951, avec un index établi par Valérie Samouel et Alain Bergaet. Sous sa forme actuelle, il a été réédité par la Société des Océanistes en 2004, avec une nouvelle couverture. Rassemblant des textes sur les plus anciennes traditions de la culture tahitienne : la religion, la magie, la guerre, la vie sociale ; de nombreux chants et récits souvent donnés en langue indigène avec traduction ; d'innombrables généalogies et plus de deux mille noms indigènes cités..., cet ouvrage est le « classique » sur Tahiti. Premier volume de la collection Publications de la Société des Océanistes (SdO), dont c'est ici la 7e réédition, il constitue toujours, avec les Mémoires d'Arii Taimai (Publications de la SdO 12) et les Mémoires de la reine Marau Taaroa (Publications de la SdO 27), l'une des sources les plus précieuses sur la civilisation, la langue et l'histoire des îles de la Société.

  • Depuis une vingtaine d'années, de nouvelles voix se font entendre dans le Pacifique Sud. Les Polynésiens eux-mêmes nous parlent désormais de ce coin du monde qui ne semblait inspirer jusqu'à présent que les écrivains européens. Depuis les voyages du Capitaine Cook, ces îles lointaines ont enfiévré l'imagination européenne qui a produit pour ses lecteurs nombre de récits enchanteurs, tableaux idylliques, décors édéniques pour bons sauvages, et autres ingrédients de la littérature exotique. Quelles sont donc ces voix polynésiennes ?

  • Bernard Vienne, chercheur éminent de l'Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre Mer, travaille depuis de longues années au Vanuatu (ex Nouvelles-Hébrides) et plus particulièrement aux îles Banks dans le nord de l'archipel. Il reprend les travaux classiques du Révérend Codrington (The Melanesians, Studies in their anthropology and folklore) et de W.H. Rivers, fondateur de l'école d'anthropologie sociale britannique (History of the Melanesian Society). Bernard Vienne a su aller patiemment plus loin, à partir des recherches déjà connues, et sans mépris pour ses prédécesseurs. Le résultat est une synthèse très neuve, où tout est repris en compte, où les matériaux sont originaux pour la plus grande part et qui répond définitivement à certaines hypothèses théoriques. Nous apprenons aussi comment s'imbriquent aux alliances matrimoniales les stratégies foncières en vue de l'accès aux meilleures terres à ignames, comment les systèmes de parenté s'organisent globalement pour l'ensemble des groupes et comment les familles glissent lentement d'une île à l'autre, les zones les moins peuplées de Vanua Lava se remplissant d'habi-tants nouveaux en fonction d'une politique concertée et consciente. Comment en fait, un peuple s'est géré tout seul, en dehors des structures coloniales qui l'ignoraient et dont il savait se protéger ; comment il a su aussi admirablement régler ses problèmes tout en restant fondamentalement lui-même. La pro-tection de la Melanesian Mission, anglicane et « high church », n'a pas été étrangère à cette réussite.

  • Cet ouvrage posthume de Bernard Juillerat élève le mythe au rang d'« "objet transitionnel" entre l'inconscient individuel et la société » et permet de repenser encore une fois des questions dont l'intérêt excède évidemment le domaine mélanésien, notamment la sexualité, la procréation, la parentalité, la filiation, l'émergence du social ou la mort. À partir de l'analyse comparative d'un corpus de mythes mélanésiens, essentiellement néo-guinéens, Bernard Juillerat en dégage la logique sémantique globale, en repérant les thèmes disséminés à travers les récits de multiples sociétés qui prennent sens comme autant d'éléments de configurations inconscientes universelles. La transmission orale des mythes, qui véhicule ce sens, contribue surtout à le produire à travers les transformations que leur répétition induit inévitablement au cours du temps. Ainsi, comme il l'écrit, le « sens n'est pas préétabli avant même que le mythe n'existe socialement : il se constitue dans une poussée de la pensée qui, par la médiation du récit, passe dans la parole et devient un bien culturel transmissible ». Au coeur des mythes réside la question des conflits permanents entre la jouissance individuelle et la construction du social qui travaille à sa domestication, le mythe parlant des « concessions que le sujet doit concéder au social pour maîtriser sa part "naturelle" ». Ainsi la pensée mythique fait-elle resurgir ce que la société a refoulé comme non socialisable. Dans la première partie, l'auteur traite des héros phalliques, personnalités solitaires, narcissiques et pulsionnelles qui défient l'ordre social et auxquelles appartiennent notamment les figures répandues des changeurs de peau. La deuxième partie porte sur les héros oedipiens, personnages disposant d'un accès privilégié à l'abondance - qu'elle se dise en termes de richesses matérielles ou de femmes. Ces types de héros vécurent sous le règne du principe de plaisir avant qu'une transgression individuelle n'y mette fin en provoquant l'apparition du principe de réalité qui régit désormais la vie de la société. La troisième et dernière partie concerne l'intrication mythique des thèmes de l'amour, de la mort et de l'abondance. L'analyse se termine sur l'observation qu'une structure ternaire apparaît commune à la presque totalité des récits. Écrit de façon claire et avec la sobriété qui était coutumière à l'auteur, ce livre offre un large panorama de mythes dans lesquels les ethnologues de la Nouvelle-Guinée en particulier retrouveront des échos familiers des récits qu'ils connaissent. L'interprétation qu'en livre Bernard Juillerat ici entend mettre en évidence les récurrences thématiques qui se font jour entre eux, sans chercher à les contextualiser de façon spécifique. Il n'est donc fait référence, par exemple, ni aux rites susceptibles d'être associés à ces mythes et de les éclairer, ni aux modalités sociales de leur énonciation.

  • Les affaires du corps s'opposent aux affaires de l'esprit, le côté aliments au côté croyance. Ce sont là des manières différentes d'exprimer un clivage fondamental de l'existence et de l'univers tels qu'ils sont perçus par les Rapas. Essentiellement, c'est la distinction entre le profane et le sacré. En d'autres termes, les Rapas incluent dans le « coté nourriture » pae ma'a ou dans le « côté corps » pae tino ces aspects de la vie que nous avons coutume d'appeler économiques, sociaux ou politiques. La religion et la morale appartiennent au « côté esprit », pae varua ou au « côté croyance », paea fa'aro'o. Ce livre traite du « côté corps » de l'existence à Rapa. J'ai cherché d'une part à décrire l'économie, la société et la vie politique telles qu'elles me sont apparues au cours d'un séjour d'une année en 1964. J'ai organisé ces données de manière à les rendre intelligibles aux lecteurs de chez nous ; cependant j'essaierai, dans la mesure du possible, de montrer en quoi les diverses coutumes, croyances et organisations qui composent le « côté nourriture » sont signifiantes pour les Rapas. En cela nous suivons les préceptes de Malinowski : « Notre objectif est de saisir le point de vue de l'indigène, sa relation avec la vie, de comprendre sa vision de son monde ». C'est Malinowski lui-même qui souligne.

  • Les recherches entreprises au cours de nombreuses missions organisées par le Centre d'expérimentation du Pacifique visaient principalement à améliorer nos connaissances des espèces animales et de la couverture végétale des îles des atolls de la Polynésie française. Les résultats de ces travaux ont été réunis ici avec simplicité, clarté et de nombreuses illustrations par les chercheurs eux-mêmes, à l'intention du grand public. Un guide précieux et maniable pour celui qui, de près ou de loin, s'intéresse à l'univers étrange, mais combien attrayant, de la Polynésie.

  • Le grand intérêt que présentent les îles Marquises dans le domaine de la préhistoire polynésienne tient à deux raisons essentielles. En premier lieu, les indices matériels témoignant de l'arrivée des premiers découvreurs de la Polynésie Orientale ont été mis au jour dans cet archipel. Sur la base des données archéologiques et linguistiques les plus récentes, l'origine des migrants qui devaient plus tard devenir des Marquisiens, se situe sûrement quelque part en Polynésie Occidentale, probablement aux îles Samoa-Tonga, à quelques 2 000 milles de l'archipel des Marquises. Deuxièmement, contrairement aux premières théories relatives aux migrations polynésiennes, ce sont les Marquises plutôt que Tahiti et l'archipel de la Société qui paraissent avoir été le grand centre de dispersion à partir duquel furent peuplés les autres archipels et îles de la Polynésie (Mangareva, Ile de Pâques, Tahiti, Nouvelle-Zélande et Hawaii). L'objet de cette étude n'est pas d'apporter de nouveaux éléments ou de développer plus avant cet état actuel des connaissances mais plutôt de présenter une étude relativement détaillée des vestiges de surface d'une vallée marquisienne, la vallée de Hane sur l'île de Ua Huka.

  • Marau Taaroa naquit le 20 avril 1860. Elle était la troisième fille de la Princesse Ariioehau, la princesse de la Paix, et d'Alexandre Salmon dont le mariage n'avait pu avoir lieu que grâce à l'appui de la Reine Pomare IV, cousine et soeur d'adoption de ma mère. Pomare suspendit à cet effet pendant trois jours une loi édictée par les missionnaires en 1835, loi qui interdisait toute union entre étrangers et indigènes dans le but d'empêcher quiconque de prendre influence dans le pays au détriment des missionnaires. Suivant la coutume, ils reçurent pour nom de mariage celui d'Ariitaimai, prince venu de la mer, Alexandre Salmon, anglais, étant venu par la mer.

  • L'ouvrage présenté ici par la Société des Océanistes, dû à la plumé d'Alain Saussol, est le fruit de la révolte d'une conscience honnête et d'un esprit lucide. Tous ceux qui ne sont liés au système colonial par des liens économiques ou politiques savent que la Nouvelle-Calédonie ne sera pas viable tant que n'auront pas été réparées les injustices d'un passé fort lourd, et en premier lieu l'injustice au plan foncier. Minéralisée à l'extrême, infertile pour sa plus grande part, la terre calédonienne reste pourtant ce pourquoi les hommes sont prêts à s'entretuer. Le système colonial maintenu, quelque peu libéralisé, malgré tout plus ouvert, accepte de privilégier des gens de toutes origines, sociales ou ethniques, pourvu qu'ils ne soient pas mélanésiens et parce qu'on croit pouvoir constituer un bloc de tous les immigrés pour résister à la promotion autochtone.

  • Malgré la parution ininterrompue de livres, d'articles et d'études sur Tahiti depuis sa découverte - pour la bibliographie qu'il prépare, le Père O'Reilly compte déjà plus de 10 000 fiches Le projet d'une traduction des lettres écrites par Henry Adams lors de son voyage dans les Mers du Sud remonte à presque dix ans. Au cours d'une réunion de la Société des Océanistes, son animateur, le père O'Reilly, m'avait tendu un volume de lettres publiées aux U.S.A. par Ford. « J'ai trouvé un jour, me dit-il, ce livre chez un bouquiniste de San Francisco, en 1934, et j'ai été séduit. Depuis 30 ans, je cherche en vain un traducteur qui ferait connaître ce recueil au public français. Il a déjà, sans succès, passé en quelques mains... Vous savez bien l'anglais et vous aimez Tahiti... Serais-je plus heureux avec vous ?... J'espère »... J'acceptai... Sans imaginer la place qu'Adams allait prendre dans ma vie. Rentrée chez moi, j'ouvris le volume à la date du 6 février 1891, date de l'arrivée d'Henry Adams et de son ami John La Farge à Tahiti ; les pages qui suivaient offraient pour moi d'autant plus d'attrait que je revenais d'un séjour de deux ans dans cette île. Française de 1960, je fus d'emblée intéressée par les impressions de cet Américain de 1890. Son talent de narrateur, son intelligence des situations, la finesse de ses observations notées d'une plume alerte et mordante, m'accrochèrent d'emblée. Les ouvrages dignes de foi qui nous donnent une description exacte et détaillée de l'ancienne société tahitienne sont très peu nombreux. Les récits de Banks, Cook et Commerson et les rapports des divers membres des trois expéditions espagnoles entre 1772 et 1776 nous fournissent bien sûr des renseignements souvent très précis sur les vêtements, les armes, les outils, les habitations et sur d'autres aspects limités de la culture matérielle des Tahitiens. Cependant les préjugés et l'optique européenne de ces trois chroniqueurs les rendaient souvent incapables, malgré leur bonne volonté, de bien comprendre les coutumes tahitiennes. Ce qui nous manque surtout ce sont des descriptions de leurs propres cultures et histoire faites, sans intermédiaire, par des savants et historiens tahitiens, sur le modèle, par exemple, des Hawaiian Antiquities de Malo. Même les petits atolls des Tuamotu ont été mieux servis puisqu'il existe parmi les nombreux documents recueillis par les ethnologues du Bishop Muséum dans cet archipel, entre 1929 et 1934, au moins une douzaine de manuscrits de ce genre. Il se peut qu'à Tahiti aussi des individus aux ambitions littéraires aient entrepris la même tâche, après avoir appris à écrire au début du siècle dernier. Mais, quoi qu'il en soit, il n'a été préservé jusqu'à nos jours qu'une seule oeuvre d'un auteur tahitien, à savoir les Mémoires d'Arii Taimai, présentée ici ; encore n'a-t-elle malheureusement pas tout à fait la même authenticité et originalité que les écrits comparables des autres archipels polynésiens. Ceci n'empêche pas ces Mémoires - qui contiennent principalement des légendes, des chants et des généalogies des tribus des Teva - d'être, pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire et à l'ethnologie tahitiennes, une source d'une valeur inestimable.

  • La destinée de Wallis, telle que l'histoire nous la révèle, et vers laquelle par conséquent la divine Providence la dirigeait, était de devenir une chrétienté accomplie, dotée d'un clergé autochtone, mais aussi un pays entrant d'abord dans le sillage de la France, pour se mettre ensuite sous sa protection, avant de se donner plus tard à elle et devenir un territoire français d'outre-mer.

  • L'introduction de notre étude est consacrée à l'émigration chinoise et à ses particularités dans divers pays. Notre livre trouvera normalement sa conclusion dans l'examen de la politique contemporaine de Pékin et de Taïpeh vis-à-vis de ceux que les deux gouvernements veulent considérer comme des ressortissants de l'extérieur : nous verrons alors dans quelle mesure la minorité locale reste encore attentive aux sollicitations du nationalisme. L'émigration des Chinois en Polynésie française et leur adaptation à ce pays, qui s'intercaleront entre cette introduction et cette conclusion, constitueront le corps de l'oeuvre.

  • C'est vers 1840 que l'on commence à porter de l'intérêt aux îles du Pacifique. À cette époque « les Samoa, les Fiji, les Nouvelles-Hébrides et la Nouvelle-Calédonie attirent assez l'attention pour être placées sur la liste des îles visitées par les bateaux de guerre et pour faire l'objet du rapport des consuls ». C'est également vers 1840 que la marine française « achève sa reconnaissance générale de l'Océanie... et que les visées économiques et politiques se font jour ».

  • Malgré la parution ininterrompue de livres, d'articles et d'études sur Tahiti depuis sa découverte - pour la bibliographie qu'il prépare, le Père O'Reilly compte déjà plus de 10 000 fiches - les ouvrages dignes de foi qui nous donnent une description exacte et détaillée de l'ancienne société tahitienne sont très peu nombreux. Les récits de Banks, Cook et Commerson et les rapports des divers membres des trois expéditions espagnoles entre 1772 et 1776 nous fournissent bien sûr des renseignements souvent très précis sur les vêtements, les armes, les outils, les habitations et sur d'autres aspects limités de la culture matérielle des Tahitiens. Cependant les préjugés et l'optique européenne de ces trois chroniqueurs les rendaient souvent incapables, malgré leur bonne volonté, de bien comprendre les coutumes tahitiennes. Ce qui nous manque surtout ce sont des descriptions de leurs propres cultures et histoire faites, sans intermédiaire, par des savants et historiens tahitiens, sur le modèle, par exemple, des Hawaiian Antiquities de Malo. Même les petits atolls des Tuamotu ont été mieux servis puisqu'il existe parmi les nombreux documents recueillis par les ethnologues du Bishop Muséum dans cet archipel, entre 1929 et 1934, au moins une douzaine de manuscrits de ce genre. Il se peut qu'à Tahiti aussi des individus aux ambitions littéraires aient entrepris la même tâche, après avoir appris à écrire au début du siècle dernier. Mais, quoi qu'il en soit, il n'a été préservé jusqu'à nos jours qu'une seule oeuvre d'un auteur tahitien, à savoir les Mémoires d'Arii Taimai, présentée ici ; encore n'a-t-elle malheureusement pas tout à fait la même authenticité et originalité que les écrits comparables des autres archipels polynésiens. Ceci n'empêche pas ces Mémoires - qui contiennent principalement des légendes, des chants et des généalogies des tribus des Teva - d'être, pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire et à l'ethnologie tahitiennes, une source d'une valeur inestimable.

  • Au cours d'une brève visite dans un pays étranger, un observateur intelligent peut, jusqu'à un certain point, reconnaître les besoins intellectuels, moraux, spirituels d'une population, mais c'est seulement par un séjour prolongé parmi eux, que ces besoins peuvent être reconnus avec précision. Nos rapports quotidiens avec la population de Huahine renforcèrent ses appels à notre sympathie et à nos efforts : nos premières entrevues les avaient déjà provoqués. Toutefois, aussi longtemps que nous sommes restés incapables de nous adresser à eux dans leur propre langue, nous sentions que tout ce que nous pouvions faire, c'était de leur montrer un bon exemple ; mais dès que nous eûmes acquis une connaissance suffisante de la langue indigène pour entreprendre une instruction publique, en même temps que tour à tour, nous nous acquittions de nos obligations régulières à notre station de Pare, nous établîmes des missions en différents points de l'île.

  • Parmi les personnages, qui à des titres divers, jouèrent un rôle de quelque importance à Tahiti à l'époque du Protectorat, il n'en est peut-être pas qui méritent autant de retenir l'attention qu'Alexandre Salmon. L'homme apparaît, aujourd'hui, comme l'un des plus représentatifs de ce temps. Résident anglais, devenu tahitien d'adoption, A. Salmon s'est trouvé intimement mêlé tout au long de sa carrière, de 1842 à 1866, aux événements qui ont caractérisé l'institution et le développement du nouveau régime. Cela, en raison même de ses affinités avec la famille royale et la haute aristocratie du royaume : il avait épousé, dès son arrivée, la petite-fille du grand chef Tati, Ariitaimai, qui était aussi la propre cousine, la soeur d'adoption et l'amie inséparable de la reine Pomare IV. Par suite de ce concours de circonstances très particulières, il fut amené de bonne heure à prendre une part active aux affaires du pays auquel il s'était profondément attaché et qu'il devait servir jusqu'au bout avec un dévouement absolu. C'est ainsi qu'il contribua puissamment à la demande et à l'établissement du Protectorat français dans l'archipel, selon les propres termes de l'amiral Bruat, gouverneur de Tahiti, qui le vit à l'oeuvre et l'utilisa en une période singulièrement difficile. Dans les pages que voici, j'ai cherché à faire revivre cette haute figure d'homme de bien et de parfait citoyen d'une seconde patrie, marquée du sceau de sa fidélité.

  • Le but de ce travail a été d'étudier le fonctionnement du corps de métier de tufuga, nom que l'on donne aux charpentiers traditionnels de l'île Wallis. J'avais observé que les tufuga maniaient l'herminette avec d'autres outils pendant une construction. J'avais moi-même utilisé l'herminette avec un oncle tufuga pour confectionner un kumete (plat usuel) et je m'étais rendu compte qu'il avait une technique précise pour construire ce plat dans la masse et qu'il procédait par étapes. J'avais été étonné de voir avec quelle aisance il avait taillé le bois et était arrivé à fabriquer un bel objet avec des outils d'un autre âge. Je m'étais dit que ce corps de métier traditionnel devait posséder un savoir ancestral qui, avec le temps, risquait de disparaître. En 1979, j'ai suivi une formation aux Iles Loyauté (Lifou) où existait une section de sculpture d'art mélanésien, mise en place par le Territoire de Nouvelle-Calédonie. Les sculptures étaient réalisées avec des ciseaux posés et percutés avec un maillet. Je pus accéder ensuite à une formation muséographique en Métropole, de 1982 à 1984, à la Direction des Musées de France. J'ai pu travailler dans les réserves de différents musées nationaux où j'ai eu tout le loisir de contempler les productions des artisans du Pacifique. Mais c'est en suivant les différents séminaires au Collège Coopératif que j'ai eu le projet de faire un mémoire sur la pratique des charpentiers traditionnels wallisiens appelés tufuga.

  • Après l'Ancient Tahiti et le Journal de James Morrison, la présentation en français des Polynesian Researches d'Ellis était une des ambitions de la Société des Océanistes. Ce texte si important se devait d'être entre les mains des étudiants et des chercheurs intéressés par l'histoire du Pacifique et de ses civilisations. Un de nos membres, dont la générosité égale la modestie, à défaut de pouvoir lui-même tenir la plume comme il l'avait fait pour l'oeuvre de Teuira Henry, nous permit de mettre en chantier cette traduction d'Ellis. Quatre volumes de plus de 400 pages chacun !... Ce n'était pas là une petite affaire. Divers incidents de parcours vinrent, de plus, retarder l'oeuvre entreprise et obliger pratiquement à une révision totale de l'interprétation initiale pour mieux serrer le texte et proposer au lecteur une traduction aussi lisible et aussi exacte que possible.

  • Pomaré n'est, à proprement parler, ni un prénom ni un patronyme ; mais une sorte de nom dynastique s'appliquant aussi bien aux garçons qu'aux filles. Les trois premiers Pomaré furent des hommes. Celle qui va servir de cadre de cette vie quotidienne à Tahiti est une femme, Pomaré Vahine. La reine Pomaré Vahine IV fut reconnue comme souveraine de Tahiti et des îles de la Société en 1827. Elle mourut à Papeete le 17 septembre 1877. Ainsi, « le temps de la reine Pomaré », englobe-t-il la fin de notre Restauration, le règne de Louis-Philippe, la brève deuxième République, tout le Second Empire et les sept années qui virent à l'Élysée le président Thiers et le maréchal de Mac-Mahon... plus d'un demi-siècle. Un demi-siècle au cours duquel cette princesse des mers du Sud a intrigué et émerveillé les navigateurs, causé de graves différents diplomatiques entre la France et l'Angleterre et défrayé la chronique, tant à Tahiti qu'en Europe. Les poètes ont chanté cette charmante souveraine. C'est Aïmata, « la reine aux beaux yeux » qui rappelait Meaha, illustrée par Byron. Les chansonniers parisiens ne sont pas les derniers à s'amuser, sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire, de cette reine exotique, qui n'égala pas Victoria pour la longueur du règne mais la dépassa pour la corpulence !

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