Stock (réédition numérique FeniXX)

  • "Le journaliste regarde ailleurs. Quand le poète explore, à coups de mots, l'espace du dedans, le journaliste balaie, à coups de phrases, l'espace du dehors. Son univers est à la cantonade. Il est celui des autres. Dérisoire s'il est absent, encombrant s'il est présent, il lui faut s'intercaler entre l'arbre et l'écorce, entre chair et peau, entre la vie et son écho."

  • Nous sommes dix à entrer cette année en quarantaine : un journaliste qui crée des magazines mais préfère le travail solitaire, un mari que le féminisme dérange dans ses habitudes et ses partis pris, un manager qui court après le temps de vivre, un père de famille débordé, attendri et qui voudrait mieux faire, un mortel préoccupé de retarder le vieillissement de sa carcasse, un citoyen que la politique fascinait, jusqu'à ce qu'il l'ait vue de près, un cadet d'une famille active, quelquefois encombrante mais qui tient à rester unie, un Parisien qui évolue dans l'establishment de la politique, la presse et les affaires sans parvenir à le prendre au sérieux, un chef d'entreprise à la recherche de la croissance et du profit, puisqu'il faut survivre, un homme qui se sent encore jeune mais voit désormais grandir l'ombre sur l'horizon. A mi-vie rien n'est accompli mais tout n'est plus possible. Qui suis-je ? Où vais-je ? Qu'est-ce que ça va me coûter ?

  • C'était comme si j'avais été envoyé spécial au stalag II B. Comme si je m'étais dit je sais dessiner, un jour je vais sortir d'ici, il faut que je me batte pour rapporter ces dessins. Quelle chance d'être là, au stalag II B pour pouvoir, aussitôt à Londres, être le premier à témoigner. Pour plus de précision, les grandes campagnes, à l'époque, aussi bien à Action qu'à L'Humanité, furent la guerre froide, la guerre d'Indochine et la guerre d'Algérie. À L'Express il y avait déjà Siné et Effel. Philippe m'a dit : Fais-moi un Soustelle, sans préjuger de la suite. Chaque caricature de De Gaulle correspondait à un moment, et non pas tel qu'une fois pour toutes on a admis comme hiéroglyphe de Gaulle. On peut dire, pour l'ensemble de mes dessins du Monde, qu'il s'y trouve un moindre appel à la polémique et qu'ils sont plutôt une description de l'univers dans lequel vivent les auteurs que je représente. Le spectateur est dans un état de non préparation tel, qu'il ne saurait dire : Je le verrai après ; il est arrêté par le dessin. Un article, au contraire, peut amener son lecteur à suivre patiemment le chemin du raisonnement. Si je me méfie des généralités, c'est parce que je refuse la responsabilité collective. J'ai le culte de la personnalité ; je sais que les fonctions que les hommes occupent, le sont par des hommes qui sont chacun différents ; je ne crois pas qu'ils deviennent pareils. Le caricaturiste est celui qui, d'une certaine façon, lève le doigt et tente de dire : S'il vous plaît, je me suis fait un jugement. Je ne sais plus qui m'a dit - mais c'était très bien dit - : Ne regrette jamais le nombre d'heures passées sur ton dessin, c'est autant de temps de plus que le lecteur passera dessus.

  • Les lunettes haut perchées sur le front, une voix aigrelette, des mots qui se pressent dans sa bouche, c'est Pierre Lazareff. Pierrot les Bretelles, Pierre le patron de France-Soir de 1949 à 1972. Petit homme et géant du journalisme. Un farfadet qui disait : J'ai bricolé ma vie. Il est né à Paris le 16 avril 1907. Au carrefour de la rue Drouot et du Faubourg Montmartre, dans un immeuble occupé surtout par des lapidaires comme l'était son père David, juif russe émigré. Le Gaulois et Le Figaro sont installés à deux pas. Et, sur les boulevards avoisinants, cafés et brasseries accueillent artistes et chroniqueurs à l'affût derrière leur vermouth. C'est l'aube d'une Belle Époque à laquelle Pierre Lazareff restera attaché par un souvenir nostalgique et sacré. Gaston Leroux, l'illustre reporter du Matin le prend en sympathie, reconnaissant dans ce gamin à la longue chevelure rousse, enthousiaste et volubile, informé de tout, déjà familier des coulisses, le personnage de Rouletabille. Entre ses échos de débutant dans La Rampe, et la direction de France-Soir, s'inscrit une carrière exemplaire, marquée surtout par l'aventure unique de Paris-Soir, oeuvre de Jean Prouvost, un jeune industriel du Nord, qui va se révéler l'un des plus prestigieux patrons de presse d'avant-guerre. Pendant la guerre, émigré aux États-Unis, il se voit confier par le Président Roosevelt la direction de la section française de La Voix de l'Amérique. Au lendemain de la Libération, Défense de la France, née pendant la Résistance, appelle Pierre Lazareff qui va très vite en faire France-Soir. De 1959 à 1968, avec Cinq colonnes à la une, il invente un nouveau langage à la télévision, montrant à quel point il était capable de s'adapter à un mode d'expression qu'il avait tout de suite assimilé. Faisant passer l'événement à travers les hommes, Pierre touchait les coeurs, à la limite du mélodrame. C'est un art, dit-on dépassé, mais la popularité de l'émission ou de son journal, est d'abord explicable par cette émotion réelle qui l'animait. Pierre Lazareff était un être généreux, courageux aussi. Pour le meilleur et pour le pire.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • En mai 1968, c'était l'opération Jéricho : comédiens et journalistes, musiciens et techniciens, statutaires et hors statuts, défilaient circulairement autour de la Maison Ronde, en processions inspirées du livre de Josué. Mais c'est en 1974 seulement, qu'à force de souffler dans les antennes, les murs de la citadelle croulèrent. Parmi ces décombres, Pierre Schaeffer entreprend aujourd'hui des fouilles instructives. Mais cet archéologue est aussi un témoin : ingénieur et romancier, musicien et gestionnaire, fondateur et animateur d'institutions hérétiques, mal aimées de leur maison-mère, Pierre Schaeffer a vécu, sous trois Républiques et vingt-et-un directeurs généraux (sans compter leurs adjoints), quarante ans de radio-télévision. Il s'en éveille, un peu surpris. Du grenier des ingénieurs au service de la recherche, de la symphonie pour un homme seul, aux conférences internationales, des exercices étriqués recommandés par Gurdjieff aux aftomatismes de la décolonisation, comment dégager sa ligne de vie des pièges de l'espace courbe ? Comment rester fidèle aux rébellions de sa jeunesse une fois entré dans les Ordres de l'entreprise nationalisée ? Comment proposer une politique de la communication, sans se réclamer d'aucun parti ? Uniquement préoccupée de sa propre survie, la grande entreprise audio-visuelle n'apparaît, en définitive, que comme une firme parmi d'autres. À un détail près : elle est chargée de notre information, de nos échanges, donc de notre avenir. Les gouvernements s'en défient et les gouvernements y paradent. Elle montre tout et ne dit rien. S'agirait-il, en définitive, d'une sorte d'usine de retraitement ? Son fonctionnement est tout aussi impénétrable, et les retombées de l'information aussi imprévisibles que celles du nucléaire. Les images s'accumulent dans l'insconscient collectif. Quelle sera la durée de vie de ces débats ? Ou faut-il comparer la T.V. et la bombe ? L'équilibre de la terreur réclame-t-il, par symétrie, la conspiration du silence ?

  • La dose d'injustice et la dose de honte sont vraiment trop amères. Il ne faut pas de tout pour faire un monde, il faut du bonheur et rien d'autre. Pour être heureux il faut simplement y voir clair. Et lutter sans défaut. Ces vers de Paul Éluard, à qui René Andrieu a emprunté le titre de ce livre autobiographique, sont extraits d'un poème intitulé lui-même Le Château des pauvres par référence à une vieille ferme du Périgord qui porte ce nom. Une vieille ferme bien proche de cette région du Lot, dont René Andrieu fut et reste l'enfant et le maquisard. Ces six vers sont aussi, comme on dit, tout un programme et, dans leur vérité, c'est la trame même de la vie de René Andrieu, la trame même dans ce livre qui se dessine... S'il n'avait pas estimé que la dose d'injustice et la dose de honte étaient vraiment amères aurait-il choisi d'être ce qu'il est, serait-il le rédacteur en chef de L'Humanité. Les millions de téléspectateurs à qui la télévision a rendu le visage de René Andrieu, son rire et sa vigueur polémique familiers, l'ont bien compris. D'accord ou pas d'accord avec lui, ils ont eu souvent l'envie de continuer le débat une fois le petit écran éteint. À travers la Résistance française et le socialisme roumain, à travers le stalinisme et le gaullisme, à travers la guerre d'Algérie et la vie politique de la France, à travers Stendhal et Soljenitsyne, ce livre leur permet de satisfaire leur souhait et de prendre directement part à la discussion avec René Andrieu, dont l'auto-portrait se dessine, élégant et aigu, au fil des questions et des réponses.

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