Stock (réédition numérique FeniXX)

  • Ce jeune ministre de trente ans - « le plus jeune ministre depuis l'Empire » - aux traits réguliers, à la lèvre gonflée d'avidité et de mépris superbe, croyait-il marcher sur les brisées de Mazarin ? On ne lui pardonne pas d'avoir siégé dans onze ministères de la IVe République, preuve irréfutable d'un penchant naturel pour l'intrigue, baptisée florentine, et d'un goût du pouvoir pour lequel la compromission et l'opportunisme vont de soi. Sans doute n'est-il pas le seul a avoir fait carrière, comme l'on dit, dans un régime qui usait un ministère par problème. Mais lui, à la différence des autres, apparaît tel qu'il est. S'il triche, il ne peut le cacher : étrange paradoxe d'un mensonge inachevé, d'un traître né qui ignorait le moyen de dissimuler sa traîtrise. L'ombre de la IVe République s'éloigne. Le régime a changé et François Mitterrand aussi a changé. Un Nivernais qui n'est pas précisément de ses amis constate : « En vieillissant, il s'améliore. C'est comme le bon vin. ». Hier on lui reprochait sa réussite, aujourd'hui on découvre qu'il a passé bien davantage de temps dans l'opposition qu'au pouvoir. Cet arriviste serait-il condamné à l'échec ? Onze fois ministre, il n'a pas obtenu d'occuper le poste de Président du Conseil qu'il convoitait. Mais s'il a subi l'échec, il l'a aussi choisi : depuis 1958, refusant de se rallier au régime du général de Gaulle, le combattant de toutes ses forces, se mesurant à l'ancien chef de la France Libre au cours de l'élection présidentielle de 1965, rassemblant les organisations de gauche autour de son nom, accédant à la direction du Parti socialiste, il est devenu le symbole d'une opposition intransigeante au gaullisme et à la droite de tous les temps. L'homme, qui est parvenu en 1965, pour la première fois depuis la guerre, à réaliser l'union électorale de la gauche et, en 1972, à ce que communistes, socialistes et radicaux signent un accord sur un programme de gouvernement tel qu'il n'en existe aucun exemple dans leur histoire, mérite que soient dépassées les images habituelles, pittoresques et simplistes, dont sa légende noire abonde.

  • Quand Georges Pompidou le charge de former le premier gouvernement de l'après-gaullisme, on connaît le général de la Résistance, le maire de Bordeaux, le fringant président de l'Assemblée Nationale, l'ancien international de rugby toujours assidu sur les stades. Baron de la Ve République, certes. Mais cachait-il un homme d'État ? D'emblée, le 16 septembre 1969, il propose aux Français de les conduire au-delà de la « société bloquée... » vers la « Nouvelle Société ». Un programme vaste et ambitieux qui frappe l'opinion : moderniser l'économie, transformer les relations sociales, débarrasser la France de la tutelle de l'État. Et puis la réalité : l'affrontement avec Séguy et les péripéties des contrats de progrès ; la libéralisation de l'O.R.T.F. et la grogne de la majorité ; la loi anticasseur et la feuille d'impôt ; la percée de J.J.S.S. et l'abandon de la régionalisation ; l'échec de Pompidou au référendum et le limogeage en juillet 72. Les Français, déplorait Chaban, ne peuvent accomplir des réformes qu'en faisant semblant de faire des révolutions. Après trois années au gouvernement Jacques Chaban-Delmas a-t-il changé la règle du jeu ?

  • Les lycéens, ces nouveaux hommes, ce sont les élèves du premier et second cycle de l'enseignement du second degré. Ils étaient des enfants et mai 1968, soudain, a consacré leur maturité. Les adultes doivent se faire une raison ; il n'y a plus d'enfants. Est-ce aussi vrai ? Sans doute lorsqu'un lycée en a "ralbol", c'est tout le lycée qui descend dans la rue. Mais le monde scolaire n'est pas unanime. Il y a des minorités sensibilisées, politisées quelquefois, et il y a une majorité silencieuse, qui freine souvent et suit à l'occasion. Le monde scolaire n'est pas unanime non plus parce que les chances ne sont pas égales. Alors, comment se présentent le malaise et la revendication dans les différents types d'établissement, C.E.T., C.E.S.... ? Comment un conflit très particulier devient-il un conflit général, affaire Guyot à Paris, affaire du lycée Gay-Lussac à Limoges ? Les mouvements lycéens ont-ils un poids réel sur les événements ? Quels sont-ils ? Quels sont leurs analyses et leurs projets ? Face à ce monde en ébullition qui a conscience du malaise et qui l'analyse souvent très bien, comment réagissent les professeurs, les syndicats et les associations de parents d'élèves ? Des marginaux prétendent apporter une solution, l'enseignement libre, les disciples de Freinet. Les pouvoirs publics ont-ils vraiment le souci d'apporter une solution à ce malaise ? En ont-ils les moyens ? La colère des lycées rejoint la nouvelle colère des commerçants et des paysans. A des titres divers, ils étaient les fondements de l'État républicain sous la IIIe et la IVe République. L'école était leur gloire et leur réservoir. Paysans et commerçants étaient leur stabilité. Tout craque. La crise des lycées est une crise de la société.

  • Les lycéens, ces nouveaux hommes, ce sont les élèves du premier et second cycle de l'enseignement du second degré. Ils étaient des enfants et mai 1968, soudain, a consacré leur maturité. Les adultes doivent se faire une raison ; il n'y a plus d'enfants. Est-ce aussi vrai ? Sans doute lorsqu'un lycée en a "ralbol", c'est tout le lycée qui descend dans la rue. Mais le monde scolaire n'est pas unanime. Il y a des minorités sensibilisées, politisées quelquefois, et il y a une majorité silencieuse, qui freine souvent et suit à l'occasion. Le monde scolaire n'est pas unanime non plus parce que les chances ne sont pas égales. Alors, comment se présentent le malaise et la revendication dans les différents types d'établissement, C.E.T., C.E.S.... ? Comment un conflit très particulier devient-il un conflit général, affaire Guyot à Paris, affaire du lycée Gay-Lussac à Limoges ? Les mouvements lycéens ont-ils un poids réel sur les événements ? Quels sont-ils ? Quels sont leurs analyses et leurs projets ? Face à ce monde en ébullition qui a conscience du malaise et qui l'analyse souvent très bien, comment réagissent les professeurs, les syndicats et les associations de parents d'élèves ? Des marginaux prétendent apporter une solution, l'enseignement libre, les disciples de Freinet. Les pouvoirs publics ont-ils vraiment le souci d'apporter une solution à ce malaise ? En ont-ils les moyens ? La colère des lycées rejoint la nouvelle colère des commerçants et des paysans. A des titres divers, ils étaient les fondements de l'État républicain sous la IIIe et la IVe République. L'école était leur gloire et leur réservoir. Paysans et commerçants étaient leur stabilité. Tout craque. La crise des lycées est une crise de la société.

  • Quand Georges Pompidou le charge de former le premier gouvernement de l'après-gaullisme, on connaît le général de la Résistance, le maire de Bordeaux, le fringant président de l'Assemblée Nationale, l'ancien international de rugby toujours assidu sur les stades. Baron de la Ve République, certes. Mais cachait-il un homme d'État ? D'emblée, le 16 septembre 1969, il propose aux Français de les conduire au-delà de la « société bloquée... » vers la « Nouvelle Société ». Un programme vaste et ambitieux qui frappe l'opinion : moderniser l'économie, transformer les relations sociales, débarrasser la France de la tutelle de l'État. Et puis la réalité : l'affrontement avec Séguy et les péripéties des contrats de progrès ; la libéralisation de l'O.R.T.F. et la grogne de la majorité ; la loi anticasseur et la feuille d'impôt ; la percée de J.J.S.S. et l'abandon de la régionalisation ; l'échec de Pompidou au référendum et le limogeage en juillet 72. Les Français, déplorait Chaban, ne peuvent accomplir des réformes qu'en faisant semblant de faire des révolutions. Après trois années au gouvernement Jacques Chaban-Delmas a-t-il changé la règle du jeu ?

  • Le communisme, en France, inspire respect et crainte, dévotion ou répulsion. On pense confusément à Maurice Thorez, à l'argent de Moscou, aux promesses de la Révolution sociale, au stalinisme, à la puissance de la machine bureaucratique et à la défense des « petits ». Clichés qui ne traduisent plus la réalité d'aujourd'hui. Les nouveaux communistes sont là sous nos yeux. Ceux qui vivent le communisme, sont, par la force des choses, coupés de leurs « camarades » des autres villes et villages. Leur information sur « Je parti » n'est que partielle, émanant de l'appareil et de ses organes de presse et de propagande, ou provenant des adversaires. Les nouveaux communistes ne se connaissent pas eux-mêmes. Ceux qui les combattent sont encore moins bien informés et s'en tiennent, le plus souvent, à un anti-communisme dépassé. Comme si Staline n'était pas mort, comme si la guerre froide entre l'Est et l'Ouest durait encore. Communistes et non communistes perçoivent mal l'image d'un parti qui a changé et qui n'a peut-être pas fini de changer. Changement d'hommes, de comportements et d'analyses politiques. Ce sont désormais, les communistes d'après la guerre, d'après Staline, qui dirigent vraiment le P.C.F. : Georges Marchais, Roland Leroy, Paul Laurent, Georges Séguy, etc. Des hommes qui se sont émancipés de Moscou et qui aimeraient faire leurs preuves au pouvoir. Derrière eux se profilent les dirigeants de demain. Cet ouvrage décrit l'évolution du P.C.F. depuis une quinzaine d'années, montre le chemin parcouru et ses limites. Divergences d'appréciations sur la portée du phénomène gaulliste, puis du gauchisme, quête d'un nouveau front populaire, conquête de nouvelles couches socio-professionnelles, émancipation vis-à-vis de l'U.R.S.S. Par deux journalistes du Monde, tout ce qui fait la complexité des nouveaux communistes, est exposé et analysé à l'intention de ceux qui vivent au présent.

  • Une organisation syndicale, ce n'est pas qu'un Georges Séguy, qu'un Edmond Maire ou qu'un André Bergeron. C'est, plus justement, une masse d'hommes et de femmes engagés dans une lutte quotidienne et sans gloire. Des méconnus qui ne surgissent aux yeux de l'opinion que le temps d'un conflit ou d'un congrès comme celui que tiendra la C.F.D.T. en 1973. Des salariés qui se battent pour que leurs rêves d'aujourd'hui deviennent les réalités de demain. On les appelle des militants. Pour une fois, ils ont la parole. Certains, dans cette foule, sont différents : ceux de la C.F.D.T., parce qu'ils ont accompli, en moins de dix ans, une formidable évolution, se détachant de la morale sociale de l'Église pour un socialisme qu'ils veulent démocratique. Parce qu'ils prononcent des mots « mal connus » comme responsabilité, respect de la base, autogestion, etc., parce qu'ils apparaissent volontiers comme les « gauchistes responsables » de la Gauche française. Ainsi, au travers des régions, des entreprises, des professions, au travers de problèmes comme la hiérarchie, la politique contractuelle ou les relations avec les autres syndicats, des hommes se révèlent. Des hommes qui constituent, dans le domaine syndical comme le domaine politique, une force essentielle. On les craint ou on espère en eux. Car chaque fois que la société industrielle française s'interroge sur elle-même et sur son devenir, ils sont présents ; que ce soit pour analyser le capitalisme actuel ou pour définir un socialisme éventuel, que ce soit pour comprendre le sens du « gauchisme » ou l'enjeu de prochaines élections. Il y a sans doute dans la C.F.D.T. un espoir pour l'avenir du syndicalisme français. Un espoir aussi pour ceux qui veulent se libérer sans tomber sous le joug d'une avant-garde, bureaucratique, fût-elle puissante. Personne ne sait évidemment ce que pourrait être « la révolution ». Comme d'autres, mais sans doute avec plus de rigueur et d'exigence, la C.F.D.T. est à la recherche de ce futur. Dans tous les cas, elle sera au rendez-vous, armée des sans-nom et des sans-grade, armée de « La C.F.D.T. des militants ».

  • Ce jeune ministre de trente ans - « le plus jeune ministre depuis l'Empire » - aux traits réguliers, à la lèvre gonflée d'avidité et de mépris superbe, croyait-il marcher sur les brisées de Mazarin ? On ne lui pardonne pas d'avoir siégé dans onze ministères de la IVe République, preuve irréfutable d'un penchant naturel pour l'intrigue, baptisée florentine, et d'un goût du pouvoir pour lequel la compromission et l'opportunisme vont de soi. Sans doute n'est-il pas le seul a avoir fait carrière, comme l'on dit, dans un régime qui usait un ministère par problème. Mais lui, à la différence des autres, apparaît tel qu'il est. S'il triche, il ne peut le cacher : étrange paradoxe d'un mensonge inachevé, d'un traître né qui ignorait le moyen de dissimuler sa traîtrise. L'ombre de la IVe République s'éloigne. Le régime a changé et François Mitterrand aussi a changé. Un Nivernais qui n'est pas précisément de ses amis constate : « En vieillissant, il s'améliore. C'est comme le bon vin. ». Hier on lui reprochait sa réussite, aujourd'hui on découvre qu'il a passé bien davantage de temps dans l'opposition qu'au pouvoir. Cet arriviste serait-il condamné à l'échec ? Onze fois ministre, il n'a pas obtenu d'occuper le poste de Président du Conseil qu'il convoitait. Mais s'il a subi l'échec, il l'a aussi choisi : depuis 1958, refusant de se rallier au régime du général de Gaulle, le combattant de toutes ses forces, se mesurant à l'ancien chef de la France Libre au cours de l'élection présidentielle de 1965, rassemblant les organisations de gauche autour de son nom, accédant à la direction du Parti socialiste, il est devenu le symbole d'une opposition intransigeante au gaullisme et à la droite de tous les temps. L'homme, qui est parvenu en 1965, pour la première fois depuis la guerre, à réaliser l'union électorale de la gauche et, en 1972, à ce que communistes, socialistes et radicaux signent un accord sur un programme de gouvernement tel qu'il n'en existe aucun exemple dans leur histoire, mérite que soient dépassées les images habituelles, pittoresques et simplistes, dont sa légende noire abonde.

  • Le communisme, en France, inspire respect et crainte, dévotion ou répulsion. On pense confusément à Maurice Thorez, à l'argent de Moscou, aux promesses de la Révolution sociale, au stalinisme, à la puissance de la machine bureaucratique et à la défense des « petits ». Clichés qui ne traduisent plus la réalité d'aujourd'hui. Les nouveaux communistes sont là sous nos yeux. Ceux qui vivent le communisme, sont, par la force des choses, coupés de leurs « camarades » des autres villes et villages. Leur information sur « Je parti » n'est que partielle, émanant de l'appareil et de ses organes de presse et de propagande, ou provenant des adversaires. Les nouveaux communistes ne se connaissent pas eux-mêmes. Ceux qui les combattent sont encore moins bien informés et s'en tiennent, le plus souvent, à un anti-communisme dépassé. Comme si Staline n'était pas mort, comme si la guerre froide entre l'Est et l'Ouest durait encore. Communistes et non communistes perçoivent mal l'image d'un parti qui a changé et qui n'a peut-être pas fini de changer. Changement d'hommes, de comportements et d'analyses politiques. Ce sont désormais, les communistes d'après la guerre, d'après Staline, qui dirigent vraiment le P.C.F. : Georges Marchais, Roland Leroy, Paul Laurent, Georges Séguy, etc. Des hommes qui se sont émancipés de Moscou et qui aimeraient faire leurs preuves au pouvoir. Derrière eux se profilent les dirigeants de demain. Cet ouvrage décrit l'évolution du P.C.F. depuis une quinzaine d'années, montre le chemin parcouru et ses limites. Divergences d'appréciations sur la portée du phénomène gaulliste, puis du gauchisme, quête d'un nouveau front populaire, conquête de nouvelles couches socio-professionnelles, émancipation vis-à-vis de l'U.R.S.S. Par deux journalistes du Monde, tout ce qui fait la complexité des nouveaux communistes, est exposé et analysé à l'intention de ceux qui vivent au présent.

  • Une organisation syndicale, ce n'est pas qu'un Georges Séguy, qu'un Edmond Maire ou qu'un André Bergeron. C'est, plus justement, une masse d'hommes et de femmes engagés dans une lutte quotidienne et sans gloire. Des méconnus qui ne surgissent aux yeux de l'opinion que le temps d'un conflit ou d'un congrès comme celui que tiendra la C.F.D.T. en 1973. Des salariés qui se battent pour que leurs rêves d'aujourd'hui deviennent les réalités de demain. On les appelle des militants. Pour une fois, ils ont la parole. Certains, dans cette foule, sont différents : ceux de la C.F.D.T., parce qu'ils ont accompli, en moins de dix ans, une formidable évolution, se détachant de la morale sociale de l'Église pour un socialisme qu'ils veulent démocratique. Parce qu'ils prononcent des mots « mal connus » comme responsabilité, respect de la base, autogestion, etc., parce qu'ils apparaissent volontiers comme les « gauchistes responsables » de la Gauche française. Ainsi, au travers des régions, des entreprises, des professions, au travers de problèmes comme la hiérarchie, la politique contractuelle ou les relations avec les autres syndicats, des hommes se révèlent. Des hommes qui constituent, dans le domaine syndical comme le domaine politique, une force essentielle. On les craint ou on espère en eux. Car chaque fois que la société industrielle française s'interroge sur elle-même et sur son devenir, ils sont présents ; que ce soit pour analyser le capitalisme actuel ou pour définir un socialisme éventuel, que ce soit pour comprendre le sens du « gauchisme » ou l'enjeu de prochaines élections. Il y a sans doute dans la C.F.D.T. un espoir pour l'avenir du syndicalisme français. Un espoir aussi pour ceux qui veulent se libérer sans tomber sous le joug d'une avant-garde, bureaucratique, fût-elle puissante. Personne ne sait évidemment ce que pourrait être « la révolution ». Comme d'autres, mais sans doute avec plus de rigueur et d'exigence, la C.F.D.T. est à la recherche de ce futur. Dans tous les cas, elle sera au rendez-vous, armée des sans-nom et des sans-grade, armée de « La C.F.D.T. des militants ».

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