Tête première

  • C'est l'histoire d'un gars qui passe beaucoup de temps sur son balcon, avec la ruelle comme le décor d'une pièce en représentation continuelle. C'est la vie à Montréal par la porte d'en arrière, dans le grondement bienveillant des avions, avec l'autoroute à un jet de pierre. Par la force des choses, ça devient aussi l'histoire de Rose, la vieille voisine/pilier qui donne le ton et la saveur au quartier. Puis le gars déménage à deux rues de là et le rôle de Rose est repris par Rosa. L'histoire continue. C'est comme ça, ça ne s'invente pas.

    De Rose à Rosa, c'est le feuilleton que Michel-Olivier Gasse nous a fait découvrir sur Voir.ca, dont les textes et quelques inédits sont réunis ici en un récit témoin d'une époque, d'un quartier et des gens qui l'habitent.

    On y retrouve bien sûr la plume singulière de Gasse, mais surtout ce regard aigre-doux sur la vie, qui ne peut naître que lorsqu'on prend le temps de la regarder passer.

  • Les oiseaux des temps présents Nouv.

    Ce récit oral surréaliste est campé dans un Québec futuriste. La province a conquis les étoiles et colonisé le Système solaire avant de se dépeupler mystérieusement. Télémaque, le fils du directeur du Centre spatial de Blanc-Sablon, misanthrope et blasé, refuse de secourir l'humanité. Il n'aura pas le choix de prendre action lorsqu'une nuée de drones sauvages commandée par un mystérieux Oiseau-amiral se met à le pourchasser. Télémaque entame alors un périple qui le conduira jusqu'à l'extrême Est du Québec. À travers le sauvetage d'un oiseau électrique, la visite d'une église-observatoire et le dévoilement d'un complot de curés séditieux, il découvrira qu'une force mystérieuse a repris ses droits sur le pays transfiguré. Le jeune homme sera conduit à s'interroger sur sa conception du temps, des dieux et de l'humanité.

    Ce roman met de l'avant la nécessité de se réapproprier l'imagination et de réapprendre à rêver ; c'est la seule façon de sauver le monde, tout comme c'est la seule manière pour Télémaque d'achever son voyage.

  • Panik

    Geneviève Drolet

    Dehors, toundra. Blanche. Toute blanche. La terre, le ciel. Pas d'horizon. Impossible de fixer quoi que ce soit. Les muscles oculaires ne savent plus. L'aveuglement, le grand. Le blanc.

    Dans le Grand Nord du nord, dans le froid et le blanc de partout, Dorothée va vivre avec le Yéti, rencontrer des enfants et des adultes, des Inuit et des Blancs du Sud. Sa vie deviendra un long crissement de bottes dans la neige, quand les pierres veulent fendre et les doigts tomber. Dorothée va devoir se trouver et s'apprendre. Entre le western nordique et le roman d'intrigue, Panik est une fable polaire qui met en scène le Nunavut, une contrée méconnue, un endroit où la réalité dépasse la fiction. Geneviève Drolet signe ici son oeuvre la plus achevée, un des plus beaux romans du Nord et du Froid qu'il nous ait été donnée de lire. Avec ce roman d'une beauté et d'une force inouïes, elle nous montre l'étendue de son immense talent.

  • Gabriel, la tête maintenue fermement dans le fond de la cuvette des toilettes de son école secondaire se demande s'il s'arrêtera de respirer, finalement. Comme sa mère, suicidée dix ans auparavant, comme son père, bien vivant mais pourtant éteint et inutile : mendiant mensuellement.
    Gabriel, en proie à une poursuite automobile aux bords de la route du Sud, se demande si Mathieu et ses sbires le traqueront jusque dans les bois enneigés pour le battre, avant qu'il ne finisse glacé, cassé.
    Puis, entre deux séances d'enfer scolaire, la vie, un fragment à la fois : les amitiés nouvelles, les livres grappillés à la bibliothèque, le cinéma et, à l'écran, Russell : beau. «Beau comme un homme dont on a envie qu'il nous étreigne avec sa force tranquille, avec sa charpente d'arbre dont on devine qu'il continuera de pousser droit et fort. Un gars comme ça.»

  • Dans Mes chères petites ombres, le narrateur, un artiste haïtien hésitant entre son pays d'origine et sa Suisse adoptive, se rend dans une rencontre d'anciens étudiants. Or dans ce groupe, on retrouve le récent Président de la République, fatigué, sous pression constante, tanné de devoir porter tout le poids de sa nation sur ses épaules. Pour bien faire comprendre à ses anciens collègues de classe tout le poids de sa charge, et aussi pour tenter de réfléchir le pays autrement.
    « Sans une définition de la ligne idéologique, sans énoncer les grands points des termes de référence à venir, sans attendre la réaction de ses condisciples pris de court, le président propose de mettre en place le pouvoir du peuple, un gouvernement de l'ombre pour l'aider à sauver ce qui peut être sauvé. Un shadow power avec des vieux amis de trente ans. Ici et cette nuit. »

    Mes chères petites ombres est le cinquième roman de Jean-Euphèle Milcé, son premier depuis la parution de son étonnant, Les jardins naissent (Coups de tête, 2011), le premier roman haïtien post-séisme.

  • Abba bear

    Philippe Girard

    Dans son premier roman pour adultes Philippe Girard met en scène une partie de chasse à l'ours où l'Ours n'est pas la proie; où les Américains viennent dans Charlevoix pour affronter les démons de leur passé, où les jeunes garçons apprennent à devenir des hommes.

  • Emelyne parcourt le nord de l'Europe en quête du sauna ultime, spirituel, salvateur. Finlande, Estonie, Allemagne; loin de sa fille, loin de Benoît et de toutes ses Elles. Loin d'elle-même.
    À la recherche de tendresse maternelle, de la violence du chaud et du froid, le coeur d'Emelyne livre un combat constant dans un sifflement d'eau versée sur les pierres brûlantes.
    Le Guide des Saunas Nordiques, un livre à fleur de peau et viscéral sur la douceur et la rugosité, sur la brûlure et le gel, sur l'amour et le désir.

  • Après Parti pour Croatan, Michel Vézina poursuit sa réflexion sur la littérature : son rôle, ses enjeux, mais aussi ses contradictions, qui se mêlent à celles de l'homme, tantôt l'Écrivain, tantôt le Clown, deux entités difficiles à conjuguer. Il relate par le fait même la genèse du projet Le Buvard, ce camion-librairie qui parcourt les routes du Québec depuis déjà deux ans. Cet ouvrage unique et hybride - entre roman, essai, récit et poésie - questionne les nouvelles formes de description du réel et cherche, au fil même de ses pages, à «[...] trouver un engagement au texte qui permettrait d'inventer de décrire et de documenter dans un seul élan, une seule forme. Et par le fait même, arriver à me-je-tu-la raconter. »

  • Quand la trotteuse de ma vie s'est superposée à la grande aiguille de la tienne, nos minuteries ont fait BOUM! Le temps s'est arrêté, du moins c'est ce que j'ai cru. «Détrompe-toi, m'as-tu affirmé alors, le temps ne s'interrompt jamais.»

    Marie-Chantale Gariépy s'est laissé imposer des sujets par la clientèle d'un café montréalais aux moyens d'une petite boîte destinée à cet effet. La quarantaine de textes qui en découlent, toujours très brefs, saisissent sur le vif l'être humain dans toute sa complexité et les denses imbrications du monde qu'il habite. La romancière et nouvelliste prouve une fois de plus un talent indéniable à mettre quelques mots sur des sujets complexes et vibrants d'une émotion pure. Avec un regard tantôt tragique, tantôt amusé, mais toujours précis et incisif, les textes de ce recueil sont autant de fenêtres sur l'autre.

  • Enfants des années 80, adolescents du nouveau millénaire, adultes d'une hypermodernité revendicatrice et décomplexée.

    Avoir trente ans aujourd'hui, c'est avoir vécu la moitié d'une vie au XXe siècle et l'autre, au XXIe siècle. C'est être à cheval sur deux époques : n'appartenir ni tout à fait l'une, ni tout à fait l'autre.

    Dix auteurs de la relève, dont les styles sont tout aussi variés qure le rythme effréné de cette «ère-seconde» dans laquelle elle vit.

    Guillaume LAMBERT spécule sur la prise de parole, un jour de canicule;
    Frédérick LAVOIE explore les amours utopiques dans un monde qui ne sait plus l'être;
    Caroline ROY-ÉLÉMENT trace le parcours qui mène à l'abandon de la maîtrise;
    Alexandre SOUBLIÈRE scrute les lieux de l'appartenance, matériels et affectifs;
    Mélissa VERREAULT témoigne de l'attente insoutenable du premier baiser;
    Sophie DUPUIS prône les vertus du câble à la maison;
    Mathieu VÉZINA expose la fougue d'un usager compulsif des réseaux sociaux;
    Ralph ELAWANI raconte une famille accro à la technologie, le soir de Noël;
    Philippe BOUTIN plonge dans les bas-fonds du coup de foudre
    Rébecca DÉRASPE sonde la trop grande innocence qui précède la trentaine.

  • L'Ordre du Méchoui

    Lionel Noel

    Au sein d'une mystérieuse confrérie dédiée à la cuisine sur broche, des apprentis sont formés, deviennent eux-mêmes maîtres, et la tradition se poursuit depuis des siècles.

    L'enseignement est transmis par des hommes et des femmes pittoresques, de toutes les origines et de toutes les spécialités culinaires - marinades méditerranéennes, asado argentin, wagyu japonais, lama des Andes au chimichurri -, non sans le caractère épicurien avide de plaisirs sous toutes ses formes.

    De la Belgique de la fin du XIXe jusqu'à Montréal, en 1962, Sans Loi, le narrateur, retrace son parcours au sein de l'Ordre du Méchoui, un récit dans lequel se fond l'histoire du vingtième siècle, mais qui reflète aussi ses grands enjeux; une modernisation inévitable et les divisions qu'elle entraine entre conservateurs et réformistes.

  • Une jeune femme née dans d'étranges circonstances doit se rendre avec sa mère sur les lieux de sa conception. Suite au décès de la grand-mère, les seules «survivantes» d'une secte qui a beaucoup fait parler d'elle à Rivière-aux-Hiboux et dont la plupart des membres sont morts plusieurs années auparavant dans un suicide collectif sont les héritiers de la maison où tout a commencé.

    En ces bois profonds est une descente infernale dans les méandres de la folie, de laquelle cette jeune narratrice cherchera à tout prix à trouver le sens. Ainsi se dévoileront les détails d'une histoire familiale où les croyances l'ont emporté sur la raison, ponctuée de la légende autochtone du lac Misiginebig et des aspirations messianique d'un certain Nicolas Jones, guérisseur patenté et gourou. Investie d'une quête, l'adolescente ne pourra que plonger elle aussi dans cette folie qui, après tout, coule dans son sang...


    François Lévesque poursuit la même recherche stylistique expérimentée dans En attendant Russell (jeux sur la répétition, phrases courtes et scindées, aux limites de la poésie), mais dans un récit des plus noirs, un thriller rural aux atmosphères inquiétantes et aux retournements sinistres, et qui se veut également une forme d'hommage à celles qu'il nomme ses «marraines gothiques»; Marie-Claire Blais et Anne Hébert. L'auteur prouve une fois de plus sa grande maîtrise de l'écriture des ambiances et de l'environnement dans un récit bien ficelé qui trace les minces lignes de la limite entre lucidité et démence.

  • Vingt femmes couchent sur papier leurs déboires amoureux. Elles sont écrivaines, poétesses, scénaristes, dramaturges, journalistes. Elles ont l'écriture dans le sang, et le sang qui s'enflamme pour des amours foutues d'avance.

    Larguer les amours, ce sont des variations sur le thème de la rupture, l'exploration de cet instant cru, brutal, fou, de cette fois où elles ont planté quelqu'un là, de cette impulsion saine ou salope, douce ou violente, de cette décision irrémédiable, ou non...

  • «Partout, les gens dorment, dans les avions, les trains, les hôtels; sur le dos, le ventre, ronflant, rêvant, tous endormis, les amoureux, les bébés, les grands-mères, les divorcés et les nouveaux mariés. Loin des rêves polychromes de mes semblables, ma nuit est blanche.»

    Blanches et longues, les nuits de l'insomniaque sont aussi ponctuées de discussions avec Guy, ce hamster déjanté qui ne rate pas une occasion de s'enquérir du sens de la vie, de la fidélité dans le couple, de la ride du lion...

    Dans cet entretien avec une conscience qui revêt des airs de rongeur effronté, surgit aussi la douce extase des jours heureux : des enfants lumineux, des amies merveilleuses, une crêpe qui sent bon la vraie vie et, de temps en temps, une bouteille qui fait pop!

  • L'étrange décès en 1991 d'Alix Thériault et de Raymond Savard, deux habitants du village de Saint-Sieur-des-Quatre-Cascades crée l'émoi dans la région, puis bascule dans l'oubli, jusqu'à ce que Jonathan, 20 ans plus tard, après une discussion avec un ancien habitant de son Rimouski natal, soit pris par l'urgente nécessité d'en apprendre plus sur les causes de l'événement.
    Jonathan entreprend ses recherches et comprend rapidement qu'une grande injustice fut commise et que «Celui qui reste», caché depuis des années dans les bois, en souffre encore. Il entreprendra donc de fouiller le passé sombre de la petite municipalité et d'en faire le sujet de son deuxième roman : Le récit fantastique de l'épidémie ayant provoqué la transformation de certains hommes et certaines femmes de Saint-Sieur en oiseaux.

    Pour ce deuxième ouvrage, Jonathan joue d'une habile mise en abîme pour explorer les possibilités et les limites du récit à travers l'écriture. L'auteur se met littéralement en scène et se commet en tant qu'écrivain au service de l'histoire à raconter.

  • Chérie

    Cynthia Masse

    Premier roman de l'autrice Cynthia Massé, Chérie explore la compétition entre femmes passant par la concurrence envers une figure fantomatique. Ce récit intime, au ton franc et à l'humour incisif, offre une réflexion sur le rapport au corps, sur la performance de la féminité et sur les relations amoureuses. Composé par fragments comme autant d'îlots identitaires, il accorde une importance aux territoires et aux espaces à conquérir pour prendre la place de la femme précédente, qui n'a pas manqué de laisser sa marque dans la vie de l'homme désiré. La narratrice de ce roman se voit ainsi aspirée par le souvenir de l'autre femme et par le désir de la remplacer. Mais peut-ont réellement supplanter la toute-puissance d'une disparue ?

  • Mars

    Marie-Jeanne Berard

    Anaïs souhaiterait ne plus être Anaïs. Se départir de sa personne, se dissoudre dans l'universel. Ce qu'elle ignore, c'est le prix exorbitant à payer pour réaliser son désir. Prisonnière d'un mois de mars insurpassable, elle doit affronter ses démons qui prennent, sous ses yeux, des incarnations troublantes.

    Abordant les questions de la réappropriation de l'animalité et de l'embrassement de la mort, ce roman devient l'occasion d'un rite initiatique, d'un réapprentissage de la condition humaine, dans toute son horreur et sa sublimité.

  • Les personnages féminins sont rarement de mauvaise foi, et lorsqu'ils le sont, c'est toujours pour une bonne raison. Ce collectif de nouvelles, réunissant dix autrices et auteurs aux genres et aux voix variés, plonge dans la cruauté non négociée ou excusée des femmes.

    En explorant de manière audacieuse les différentes manifestations de la méchanceté (physique, psychologique, morale), les onze textes du recueil de nouvelles Cruelles mettent en scène d'odieuses amies, d'impitoyables mères et d'inquiétantes soeurs. Des femmes irrémédiablement cupides, perverses, et surtout, non-repentantes.

  • Trois habitants d'une ville minière autrefois prospère sont enclavés dans la solitude, le silence et l'hypocrisie. Un quatrième, capable d'amour et de mémoire, fait malgré lui ressurgir les souvenirs douloureux du trépas d'un cinquième. Tous envahis par cette figure spectrale, ils sont la preuve que la disparition d'un nomme ne suffit pas à l'effacer des lieux qui l'ont vu être.

  • FOLLE
    La folie se présente comme un syndrome fourre-tout qui enferme les femmes dans une illégitimité chronique. En qualifiant les femmes de folles à tort et à travers, on leur retire le droit d'être blessées, en colère ou injustement traitées. Mais la folie n'est pas qu'une tare, elle est aussi moteur de création, génératrice d'idées et d'innovations.

    FRUE
    La femme frue, c'est la féministe enragée, la féminazie, réduite à sa seule colère. Frustrées sont ces courageuses qui continuent à lutter contre le backlash et le masculinisme rampant. En refusant de se plier au statu quo, elles se trouvent à être répudiées et dévalorisées publiquement : on les traite de mal baisées, de misandres et de... folles.

    FORTE
    La douceur et de la fragilité sont des attributs liés à la « vraie » féminité. En contrepartie, la force, physique et mentale, serait l'apanage du masculin. Les Fortes, qui n'ont rien des poupées de porcelaine ou des nymphettes soumises, dérangent. La Forte est un modèle de puissance, de résilience et d'audace.

    Alors, et si au lieu de discréditer la folie, la frustration et la force, on s'en réclamait fièrement?

  • C'est une farce

    Stephen Thomas

    Le premier ouvrage du torontois Stephen Thomas, The Jokes, d'abord publié au Canada anglais chez Book*hug, arrive au Québec sous la plume d'Alexandre Soublière, qui s'est prêté au jeu de la micro-fiction. Ces textes qui empruntent leur forme à celle de la blague n'en sont pourtant pas, loin de là. Le ton désarçonnant de rigidité et l'apparente dépersonnalisation des figures exposées sont autant d'effets narratifs pour surprendre son lecteur avec de profondes considérations philosophiques ou des états méditatifs inquiétants, et aborder entre autres les questions de l'identité de genre, de la sexualité, et des différentes façons d'appréhender le monde. Un critique canadien anglais a par ailleurs comparé les histoires de Thomas aux scènes les plus troublantes du cinéma de David Lynch, pour la description d'une réalité hésitante et en suspension.

    Les textes de Thomas sont résolument contemporains, tout autant que l'est la nature même du projet, qui rend compte d'une certaine révolution des modes de lectures tronqués et du déplacement des espaces de l'écriture et de sa réception, influencés notamment par les réseaux sociaux et autres modes de communications de l'ère ultra-moderne. Sorte de pied de nez à la forme courte de style Twitter et autres fils d'actualité, l'auteur joue avec les codes et élève la forme courte au rang de pièce de littérature.

    The Jokes s'est retrouvé sur la liste des finalistes du Metatron Prize for Rising Authors of Contemporary Literature.

  • Le lendemain d'une nuit d'amour fusionnel, Rosi et Laurier se réveillent dans le corps de l'autre, du cou aux orteils. Cette étrange transformation terrifie, inquiète, surprend, puis mystifie le couple qui devra désormais trouver les façons de se fondre en société avec ces enveloppes corporelles inconnues et ces allures discordantes.

    En parallèle, une gamine née par jour de déluge vit sous le joug d'un garçon sadique et manipulateur, dans un hameau de Toscane, au milieu des années 1970. Entre le Québec et l'Italie, les histoires depuis longtemps enfouies font surface, et permettent de mieux comprendre le présent.

    Après L'humain de trop (Coups de tête, 2010) la scientifique de formation Dominique Nantel revient avec un roman savamment construit, dont les récits en parallèle s'amalgament dans une suite étonnante et prennent la forme d'une enquête dans laquelle se mêlent une affaire judiciaire non résolue, une oeuvre d'art mythique sauvée de l'inondation, et la fugue d'une enfant qui rêvait d'être une étrangère. Un thriller psychanalitique qui transporte son lecteur.

  • Brasiers

    Marc Menard

    Philippe croyait Mora mort depuis longtemps, tout comme il croyait avoir enterré l'activiste naïf et avide d'action qu'il était à 25 ans. Subjugué par Mora, en qui il voyait alors un modèle à suivre, Philippe avait parcouru l'Europe à la poursuite de néonazis et de leur chef, dans une traque périlleuse jonchée d'attentats et de morts. Lorsque Mora réapparaît de manière inopinée quinze ans plus tard, malgré ses doutes et ses réticences, Philippe abandonne sa famille pour le suivre dans un nouveau périple. De Montréal jusqu'au fond de la forêt québécoise, il devra composer avec les reflux de sa conscience et son désir de vengeance. Il découvrira que ce feu qu'il s'imaginait éteint ne faisait que couvrir des braises encore plus ardentes.

  • Hervé Vallet a toujours été considéré avec suspicion par les membres de sa famille. Les siens trouvent qu'il entretient des champs d'intérêt malsains. L'homme s'entoure de documents occultes, d'affiches représentant des scènes dérangeantes, de livres transgressifs ayant en commun une dimension érotique et macabre. Sa misanthropie et sa nature peu sociable correspondent aux récits acides qu'il consigne dans ses cahiers. Mais où la fiction s'arrête-t-elle et où cède-t-elle la place à la réalité ? Ses goûts se bornent-ils à des créations imaginaires, ou l'homme cherche-t-il vraiment, selon ses propres mots, à « arracher au réel de larges pans et à s'engouffrer dans les trous que sa destruction aurait semés » ?

    C'est ce que découvrira son neveu Robert, le héros du dernier livre de Frédérick Durand, Dans les pas d'une poupée suspendue. Dans ce récit truffé d'énigmes, le protagoniste s'enfonce dans la maison de son oncle, de la même façon qu'il s'enfonce dans ses vices et dépendances. C'est une transformation complète que ce dernier vivra. Dans ce livre sombre et énigmatique, M. Hyde l'emporte sur Dr. Jekyll.

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