Tallandier

  • Gustave Flaubert a posé sur son siècle un regard féroce ; il l'a pourfendu avec véhémence dans son oeuvre épistolaire et avec une ironie corrosive dans son oeuvre romanesque. Bourgeois et béotiens de tout ordre ; société du nombre ; révolution industrielle et culte de la vitesse ; standardisation du travail ; dégradation de la culture, il n'a qu'un cri contre tout ce que le modernisme exalte au mépris du Beau.

    Il ne faudrait pourtant pas réduire Flaubert à un renfrogné aigri, il n'est pas l'homme d'un seul registre. Vivant, chaleureux, aimant, bouffon parfois, sensible, il prodigue dans toutes ses relations des gestes et des paroles d'amitié et d'affection, dont George Sand, Tourgueniev, Louis Bouilhet, les Goncourt, l'impératrice Mathilde et tant d'autres ont pu goûter les agréments. Antimoderne fondateur du roman moderne, largement incompris de son vivant, c'est de manière posthume, au XXe siècle, que l'auteur de Madame Bovary est devenu l'un des plus grands romanciers français.

    Avec sensibilité et érudition, Michel Winock, qui connaît en profondeur l'oeuvre de Flaubert, a puisé dans ses écrits, ses lettres ou ses brouillons les plus beaux passages qui symbolisent son génie.

  • Roi du Paris de la Belle Époque et dramaturge de génie, Georges Feydeau (1862-1921) a dédié sa vie à distraire ses contemporains tout en les caricaturant. Aujourd'hui encore, ses « machines à rire » fonctionnent à plein.

    Un Fil à la Patte, Le Dindon, La Puce à l'oreille, N'te promène donc pas toute nue !, On purge Bébé... Depuis 1886, les spectateurs s'esclaffent au diapason de la plume alerte et chatouilleuse de Georges Feydeau. À quoi tient ce succès ? Au génie. Celui du comique, car il est le maître des situations irrésistibles autant que celui de la langue française avec laquelle il jongle brillamment.

    Sous les mots de Feydeau, l'art dramatique est une horlogerie de la bonne humeur grâce à l'incontournable trio « mari-femme-amant » et ses dérivés : le désir, la fidélité, la tentation, la jalousie, la vengeance, mais aussi l'argent, la vanité et les plaisirs. Fin observateur de la bourgeoisie rentière et arrogante de la IIIe République, il raille ses contemporains sans jamais les mépriser.

    Homme de plume et amoureux du théâtre, Christophe Barbier nous montre combien l'art de Feydeau est intemporel. En scrutant malicieusement la nature humaine, son théâtre nous ramène à une salutaire humilité tout en nous faisant du bien. Du grand art.

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