UPPR Editions






  • Extrait
    Introduction
    « La vérité c’est que l’égo est bien incapable d’être heureux…L’égo veut être sage, l’ego veut méditer, l’ego veut avoir des expériences transcendantes, l’ego veut réussir dans un domaine ou un autre, et pourquoi pas dans le domaine de la spiritualité…Si on lui propose simplement « Be happy...» « soyez heureux », l’égo ne peut pas l’entendre ….»……Vous avez tous besoin d’entendre aussi cette parole et de considérer que cela ne vous glorifie en rien d’être malheureux, cela ne vous grandit en rien, ne vous anoblit en rien. C’est seulement un échec. Voilà le meilleur critère pour mesurer vos progrès sur le Chemin. Est-ce que je me rapproche du moment où je pourrai dire : ‘oui, je suis heureux ? » Oui ou non ?...tout ce que vous pourrez dire ne pourra jamais masquer la simple vérité : est-ce que je suis heureux ? et même : est ce qu’il y a encore une part de moi qui trouve une grandeur quelconque dans le fait de souffrir, qui croit que ça me rend intéressant et que ça fait ma valeur ? »
    Arnaud Desjardins
    « Un enseignement qui prétend nous sortir de la souffrance dès le départ pervertit quelque chose. Il cautionne en fait un des mécanismes de base de la souffrance : notre croyance au bonheur »
    Yvan Amar
    Ce petit texte n’est pas un livre de « recettes ». Contrairement à ce que prétendent aujourd’hui nombre de marchands de prêt à penser et à vivre, il n’existe pas de formule pour être heureux.
    Personne ne détient l’abracadabra du bonheur. Par ailleurs, si j’aime la simplicité et considère que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, je déteste le simplisme et tout ce qui cherche à réduire la complexité du réel.
    Comme le disait un graffiti que j’ai vu un jour dans des toilettes à Québec : la vie est facile, vivre est difficile.
    Etre heureux est un sujet grave. Prétendre en faire le tour serait ridicule ; tout au plus vais-je tenter de relever le défi lancé par ce titre et le format même de la présente collection : partager en quelques pages ce qui m’apparaît possible, à la lumière de mon expérience d’homme.
    Plutôt que de me lancer dans un long exposé, j’ai senti opportun de donner à ce texte la forme d’un dialogue : moi-même parle à moi-même, au fil de questions et réponses que je souhaite encore une fois simples mais non simplistes. Puisse ce dialogue trouver écho chez ceux et celles qui, comme moi, croient que si la condition humaine est à bien des égards tragique, elle n’en exclue pas pour autant la possibilité de ce sentiment entre tous inestimable : ici et maintenant, je suis heureux.
    Gilles Farcet, Angles sur l’Anglin, janvier 2014

  • Extrait
    Pourquoi ce petit livre à propos de l’ego et du possible « travail » le concernant ?
    Avant tout parce que, à y bien regarder, le flou règne autour de cette notion d’ « ego » pourtant constamment utilisée dans les discours spirituels, thérapeutiques ou de « développement personnel ». Qu’entend-on au juste par « ego » ? À l’imprécision sur la nature même de cet ego s’ajoute quantité d’approches contradictoires quant au traitement à lui réserver. Certains le voient comme l’ennemi à abattre, d’autres comme un allié… D’aucuns insistent sur la nécessité de le « guérir », tandis que d’autres, soutenant qu’il ne s’agit que d’une illusion, considèrent toute tentative de le soigner comme un renforcement de ladite illusion… Quoi qu’il en soit, le fait est que l’ego fait beaucoup parler de lui, et pas toujours en bien.
    Ce petit livre aurait pu s’intituler « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’ego » ou encore « à la recherche de Mister Ego ». Son intention est de venir en aide au chercheur (vous et moi) en mettant un commencement d’ordre et de clarté autour de cette question centrale.
    Si ces quelques pages ont bien une dimension théorique, elles sont nées d’une pratique et visent à une pratique – sachant que théorie et pratique ne s’opposent pas mais marchent main dans la main pour servir une maturation intérieure. Si je reste convaincu qu’avant de prétendre se diriger vers une destination inconnue, consulter une carte reste une judicieuse idée (en d’autres termes que la « théorie » n’est jamais tout à fait superflue, même si, pour filer la métaphore, l’étude de la carte ne donne pas l’expérience de la destination), mon étude de la question de l’ego s’est toujours située dans une dimension quotidienne et empirique. Engagé depuis le début des années quatre-vingt sur une voie spirituelle bien précise, aujourd’hui moi-même investi (avec et parmi d’autres) de la transmission de cette voie, je peux sans exagérer considérer avoir consacré une grande partie de ma vie à me colleter à cette question, avec comme premier terrain d’ étude et d’expérimentation ma propre personne et ses fonctionnements. Les quelques observations et réflexions que je veux partager ici, si simples qu’elles puissent paraître, sont ainsi le fruit d’une longue et vitale interrogation.
    Mes références sont connues, je n’en fais pas mystère : c’est d’abord et avant tout d’Arnaud Desjardins (dont je suis élève depuis 1982) et de son propre maître Swami Prajnanpad, aujourd’hui bien connu dans le monde francophone, que je me réclame, étant entendu que le présent essai ne consiste pas en un condensé de leur approche mais en exprime plutôt mon assimilation. Je m’exprime en mon propre nom et partage mon approche de cette voie telle que j’en suis venu à la vivre au stade présent de mon intégration comme de ma compréhension. Tant il me parait vrai qu’il ne s’agit pas de « suivre un enseignement » mais, dans les termes mêmes de Prajnanpad, de « l’assimiler, le digérer », jusqu’à « le faire sien ». Les erreurs et approximations éventuelles sont donc bien les miennes. Ce que j’ai à partager est également très imprégné de « la quatrième voie », autrement dit l’approche transmise par G.I Gurdjieff, laquelle présente d’étonnantes similitudes avec celle de Prajnanpad. Précisons encore que, si Swami Prajnanpad était hindou (Arnaud lui-même, quoique marqué par certains aspects de l’hindouisme et du bouddhisme, était de sensibilité avant tout chrétienne), l’approche ici exposée se veut résolument occidentale. Elle s’inscrit dans la perspective d’une voie vécue non dans le renoncement et la retraite mais au cœur de l’existence ordinaire.
    Étant enfin convaincu que les sujets les plus sérieux s’appréhendent mieux avec un brin d’humour, la dimension du sourire, voire de l’ironie bienveillante, ne sera pas absente de ces propos. Puissent-ils contribuer à éclairer ne serait-ce qu’un peu le chemin de celles et ceux qui les rencontreront.



  • Extrait
    En ces premières années du XXIe siècle, un peu plus de 220 ans après la fondation de la Première République, le souvenir de la Révolution française demeure associé à quelques-uns de ses textes fondamentaux (avant tout la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen), à certains de ses protagonistes majeurs en dépit des légendes noires ou dorées qui les entourent souvent, mais aussi aux violences qui l’ont accompagnée. Quiconque interroge des passants au hasard et leur demande de livrer des mots liés à cette révolution entendra presque à coup sûr « guillotine » et « terreur ». Terreur et Révolution française semblent si indissociables que les historiens ne cessent, dans les décennies 2000-2010, de débattre pour en traquer les origines (plutôt une spécificité anglo-saxonne, avec notamment Choosing Terror [Linton, 2013] et The Coming of the Terror [Tackett, 2015]), les fondements intellectuels (The Terror of Natural Right [Edelstein, 2009]), les effets (La politique de la Terreur [Gueniffey, 2000] ; Der Weg in die Terreur [Schönpflug, 2002] ; Les politiques de la Terreur [Biard, 2008] ; Visages de la Terreur [Biard-Leuwers, 2014]), ou encore les échos historiographiques, avec une terreur qui constituerait une sorte de « part maudite de la Révolution » (La Terreur [Martin, 2010]). Certains titres choisis par des historiens étrangers attestent également cette idée d’une macule indélébile qui souillerait à jamais l’Histoire française (The Terror. The Shadow of the Guillotine [Fife, 2006]), ou d’une Révolution devenue « guerre civile » (The Terror. Civil War in the French Revolution [Andress, 2005]). Pire, le mot « terreur » et ses dérivés (« terrorisme/te ») suscitent parfois des amalgames pour le moins contestables. Ainsi, en 2008, un ouvrage collectif paru en Australie (Bowden, Davis et Robertson) proposait une couverture-choc où le mot Terror, accompagné du sous-titre From Tyrannicide to Terrorism (le tout en lettres rouge sang), était encadré d’une image de Charles Ier conduit au lieu de son exécution et de la photo d’un double-decker londonien pulvérisé par une bombe de l’IRA… Cet ouvrage comporte une brève synthèse sur « The Terror in the French Revolution », texte d’un historien sérieux (Gough), mais qui de fait se retrouve noyé dans une vision d’ensemble brassant, à travers les siècles, le thème du tyrannicide, la « terreur rouge » dans la Russie bolchevique, le fascisme et le nazisme, les attentats de l’IRA, sans oublier les « terrorismes » qui sévissent de nos jours. Bien sûr, des voix se sont élevées pour dénoncer l’amalgame entre terreur et terrorisme (Wahnich, 2003) ; pour autant, on en viendrait presque aujourd’hui à considérer comme audacieux un auteur qui publie une synthèse sur la Révolution française sous le titre Liberty or Death (McPhee, 2016), en écho à la devise « la liberté ou la mort » chère aux hommes de la Révolution. Devise dont il convient de rappeler ici qu’elle impliquait non de tuer les adversaires de la liberté, mais de s’engager en sa faveur et de périr pour elle, s’il le fallait, plutôt que de la voir anéantie par ses ennemis. En témoigne le Chant du départ de Marie-Joseph Chénier (1794), appris par des générations d’écoliers des républiques françaises successives et aujourd’hui par trop oublié : « La République nous appelle, / Sachons vaincre ou sachons périr. / Un Français doit vivre pour elle, / Pour elle un Français doit mourir ». Quant à la petite monnaie du débat historiographique dispersée dans les médias, elle n’en est qu’encore plus consternante et une simple heure de navigation sur l’Internet suffit à s’en persuader : ici, un compte rendu d’un ouvrage collectif sur le sujet Terrorismes. Histoire et droit (Laurens et Delmas-Marty, 2009) est intitulé « Le terrorisme de Robespierre à Al-Qaïda » ; là, un titre d’article consacré à la Révolution annonce sans détour « Quand le terrorisme était une valeur républicaine », cependant qu’en 2016 d’aucuns osent rapprocher Daech et « la France de Robespierre » (expression au demeurant dénuée de sens). Or, la vague d’attentats qui a ensanglanté la France en 2015-2016 est, hélas ! venue renforcer cette tendance à la confusion non seulement sur le sens des mots, mais aussi et surtout sur les liens entre terreur et Révolution française.



  • Extrait
    Introduction
    “[…] revenir à soi, se libérer, être soi-même, être authentique, etc., quand on voit l’absence de signification et de pensée qu’il y a dans chacune de ces expressions, je crois qu’il n’y a pas à être bien fier des efforts que l’on fait maintenant pour reconstituer une éthique de soi. Et peut-être dans cette série d’efforts plus ou moins figés sur eux-mêmes […], je pense qu’il y a à soupçonner quelque chose qui serait une impossibilité à constituer aujourd’hui une éthique de soi, alors que c’est peut-être une tâche urgente, fondamentale, politiquement indispensable, que de constituer une éthique de soi, s’il est vrai qu’il n’y a pas d’autre point, premier et ultime de résistance au pouvoir politique que dans le rapport de soi à soi”.
    Michel Foucault, Herméneutique du sujet, p. 241.
     
    Cette notation énergique de Michel Foucault (cours du Collège de France de février 1982) résume à elle seule, en lui donnant sa tonalité propre, la motivation de son dessein, depuis l’histoire de la sexualité. Elle met en avant la finalité politique du projet de constituer une éthique de soi – et cela au moment même où la philosophie rejetait la philosophie du sujet ! Faire la généalogie, au sens nietzschéen du terme, du sujet moderne en interrogeant les rapports du « sujet » et de la « vérité », c’est notamment problématiser les significations que nous accolons spontanément notamment aux deux termes de philosophie et de spiritualité, depuis le commandement delphique de la connaissance de soi – dont le divin Platon fait l’exigence du philosophe, jusqu’au sujet moderne, en passant par la spiritualité chrétienne.
    Dans les lignes qui vont suivre, il ne sera pas question pour nous de prétendre retracer de façon exhaustive une telle histoire de la connaissance de soi (P. Courcelle n’a pas consacré moins de trois volumes à cette question depuis Socrate jusqu’à saint Bernard exclusivement !). Nous aborderons la question en suivant le fil conducteur foucaldien, privilégiant certains problèmes qu’une telle histoire soulève, qu’on n’aurait pas tort d’identifier à une grande part de l’histoire de la philosophie elle-même, comprise comme histoire de la quête de sagesse : problèmes philosophiques bien sûr, mais indissolublement philologiques, historiques, lexicographiques, lexicologiques. Car s’agissant notamment du passage de l’antiquité à la modernité, un tel idiome gagne d’autres significations et en perd certaines. Ainsi, par exemple, on peut, à l’image d’un collectif récent, s’interroger sur la pertinence des deux concepts de moi et d’intériorité dans l’Antiquité grecque (Le moi et l’intériorité, études réunies par G. Aubry et F. Ildefonse).
    Quel est en effet le « soi » à connaître: est-ce l’âme ? le moi ? l’individu ? la personne ? Peut-on déterminer, outre la nature d’une telle connaissance (est-ce une simple prise de conscience ? quel type de rapport à soi ? comment pourrais-je être pour moi-même “objet” ?), sa possibilité et son caractère véritablement souhaitable ? Sur ce dernier point, on peut mesurer la distance parcourue en confrontant l’exigence du précepte de Delphes, “Connais-toi toi-même”, le “commandement paradoxal” comme le nommait en sceptique Montaigne, et sa condamnation moderne dans la bouche, par exemple, du philosophe Clément Rosset : « La connaissance de soi est à la fois inutile et inappétissante… Et moins on se connaît, mieux on se porte » (Loin de moi).
    Mais précisément est-il, dans l’antique adage, question d’identité personnelle ? La chose est connue, trop bien connue : les anciens ignoraient tout de notre “moi moderne”, de notre “sujet”. Il s’agira par conséquent pour nous de suivre le fil de cette exigence assimilée à l’exigence de sagesse ou de prudence par le divin Platon jusqu’au sujet moderne, en passant par le cogito cartésien comme commencement radical, l’invention pascalienne du moi, jusqu’à la quête moderne de l’identité.



  • Du noir
    Quoi de plus réjouissant que d’évoquer le noir ? Qui plus est, proclamer haut et fort que l’Univers se pare de noir voire de noirceurs ? Le mot pourtant, dans son acceptation culturelle, traduit rarement une qualité. On imagine sans peine la noirceur d’un Thénardier opposée à la blessure d’un Jean Valjean ou à l’humanisme du prêtre qui l’accueille. Mais les noirceurs que je me propose d’évoquer ne décrivent aucunement les traits d’un univers malveillant ou présumé hostile à notre endroit. Noir qualifie par effet de miroir inversé, que notre îlot de lumière terrestre reste un lieu d’exception et que les étoiles demeurent des balises rares, mais indispensables à notre prédisposition à rêver.
    Certes, le noir est abîme, il cache, inquiète, on ne sait ce qui peut en surgir. Dark Vador représente la force qui défie le héros positif auréolé de lumière. Fiat Lux est la source d’énergie qui se met en branle la création. La lumière est associée aux origines des structures matérielles et de la vie ; pour certains, elle émane d’un Créateur. Pourtant, comme l’écrit Pierre Soulages, le noir est antérieur à la lumière, il forme une boucle à partir du néant pour terminer sur la mort. Cette représentation caractérise-t-elle notre culture occidentale ? A contrario en Orient, le noir orne les parures des célébrations festives tandis le blanc accompagne le deuil.
    D’ailleurs, comment définir le noir ? Du point de vue culturel, on peut le considérer comme une couleur. Du point de vue de la physique, elle n’en est pas une et serait le signe d’une absence qui exalte la lumière !
    Ajoutons que le noir dont nous parlons décrit le point de vue de notre œil, par essence anthropomorphiste. La lumière, dite visible, ne l’est qu’en raison de la longue adaptation de l’œil à la lumière de l’astre solaire. Cette adaptation nous est propre, d’autres êtres vivants perçoivent d’autres lumières, plus conformes à l’environnement qui est le leur, lumières qui pour nous seraient invisibles : ultraviolette ou les ondes infrarouges. En réalité, le concept de lumière doit s’élargir à tous les phénomènes électromagnétiques dont la plupart sont invisibles. Nous y reviendrons. Le physicien Jean-Marc Levy-Leblond rappelle que la fascination de l’esprit humain pour le noir n’épargne pas l’imaginaire scientifique. Le jargon scientifique recense de nombreuses expressions, liées à des problèmes, souvent énigmatiques pour le grand public, qui évoquent le noir : le rayonnement du corps noir, la lumière noire, les éclipses, voire l’Eve africaine qui serait notre mère à tous. Du plomb peut surgir l’étincelle de l’or, raison pour laquelle nos ancêtres alchimistes attachaient tant d’importance à l’œuvre au noir.
     
    Que nous dit le ciel ?
     
    Le ciel est semblable à une coupe renversée que les étoiles criblent de scintillations à peine tremblées. Par une nuit d’été, allongé sur l’herbe fraîche j’aime contempler les étoiles filantes et, vers le zénith, apercevoir les trois belles de l’été que sont Altaïr, Deneb et Véga. Contrairement à un sentiment d’infini largement partagé, le nombre d’étoiles visibles à l’œil nu est très limité. 3000 par nuit claire. Entre ces points lumineux, on discerne quelques étoiles pâlottes mais le noir prédomine. La Voie Lactée, cette grande écharpe lumineuse qui traverse le ciel fait exception, mais partout ailleurs les étoiles sont rares, trop rares pour couvrir l’ensemble du firmament.
    Il n’empêche, elles luisent comme des promesses étincelantes et nourrissent nos projets de rencontres, de voyages et d’aventures. Imaginons un seul instant l’humanité en leur absence. Il est possible que des êtres vivants habitent une planète lointaine, à des millions d’années-lumière de chez nous, il est possible que leur ciel soit obscurci par un nuage persistant, que sais-je ? S’ils rêvent, à quoi rêvent-ils ? Sans étoiles, nous n’aurions probablement jamais levé les yeux vers le haut, vers l’inaccessible. Les étoiles portent nos rêves et les protègent.
     
    Depuis que les astronomes observent, ils se rendent à l’évidence : l’Univers est sombre et la lumière est exception. J’ajouterais que si la lumière est le seul lien qui nous relie à l’univers, c’est son absence qui retient notre attention. Ainsi, l’obscur est le sceau qui clos notre ignorance, que l’on espère provisoire. Le noir de la nuit fut une source d’interrogation pour une poignée d’entre nous seulement. Mais lorsqu’on évoque la matière noire ou l’énergie noire, ce qualificatif traduit plutôt notre incapacité à identifier leur nature. Quel type de matière, quelle sorte énergie ? Nul ne le sait encore. A l’évocation d’un trou noir, nous acceptons de plonger dans un monde occlus bordé de mystère. Nous rencontrerons aussi d’autres noirs, celui de la matière qui se rassemble et prépare l’éclosion de nouvelles étoiles ou celle qui prépare la vie. Ces invisibles nous convient à un voyage dans l’obscur, épaulé par une sentinelle étincelante : la lumière.

  • Extrait
    Nul besoin de revenir sur les caractéristiques de ce continent extraordinaire qu’est l’Afrique – par son histoire, sa géographie, sa (ou plutôt ses) population(s) – et qui, ce n’est plus à démontrer, occupe déjà et occupera une position stratégique, à tout point de vue, dans les années à venir. Les contextes africains sont un terreau favorable au développement de l’intelligence économique pour deux raisons principales : le développement économique et l’autonomie économique. Il s’agit, de façon plus opérationnelle, d’efficacité et de compétitivité.
    Le contexte mondial actuel, marqué par la libéralisation croissante des échanges, induit des expériences d’intégration régionale. Les exemples ne manquent pas dans le monde, de l’Union Européenne à la Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC) en passant par l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). L’Afrique est d’ailleurs, à ce sujet, une zone où de nombreux modèles d’intégration régionale, notamment à vocation économique, sont en place (voir carte n°1). Il est indéniable qu’une des conditions principales de l’efficacité et de la compétitivité de ces grands espaces économiques est la cohérence juridique. L’exemple de l’Union Européenne, par exemple, dans le domaine de l’intégration juridique, n’est plus à démontrer, même si l’avènement de la monnaie unique exige sans doute une intégration juridique encore accrue en matière de droit du commerce et des entreprises. Or il est une organisation africaine de premier ordre en matière d’intégration juridique : l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA). L’harmonisation du droit, en l’occurrence le droit des affaires, est un pilier de la croissance et du développement économique [ONANA ETOUNDI, 2012]. Une autre réalité indéniable est que l’entreprise et le commerce jouent un rôle majeur et crucial dans la vie économique et sociale d’un pays, d’une région, d’un continent. Les propriétaires y tirent des dividendes, les salariés des revenus, les prêteurs des intérêts sur les prêts consentis, l’État des impôts et la création d’emplois [ALILI, 2006]. C’est bien là le sujet du droit des affaires, du droit du commerce et des entreprises.
     
    L’harmonisation du droit des affaires, pilier du développement économique, constitue-t-il dès lors un socle pour l’ancrage de l’intelligence économique en Afrique ? L’OHADA peut-elle en être le vecteur ? Trois grilles de lecture sont à considérer. Premièrement, la nature du droit des affaires dans l’espace OHADA revêt une importance capitale : il s’agit d’un droit de tradition civiliste qui par nature s’oppose à la common law. On peut dès lors parler d’une « guerre des droits » en Afrique. Deuxièmement, la seconde grille de lecture se situe au niveau des États eux-mêmes. La sécurisation de l’environnement juridique des entreprises constitue en effet un atout majeur pour les États africains en terme de développement économique, d’une part, et de puissance, d’autre part. Enfin, le droit des affaires étant « l’affaire » des entreprises, les opérateurs économiques, dans ce cadre, renforcés par l’intelligence économique, créent et répondent à une dynamique de développement de leurs activités. C’est au travers de ces trois grilles de lecture que le Traité de l’OHADA et les Actes uniformes seront abordés ci-dessous, après un bref retour sur l’imbrication entre intelligence économique et droit des affaires. Cet opuscule n’a aucune prétention juridique, il constitue une tentative de mise en exergue du rôle stratégique du droit des affaires pour l’entreprise, les États et l’espace OHADA lui-même. Il se veut particulièrement opérationnel et pratique, tentant de vulgariser quelque peu certains aspects juridiques.



  • Extrait
    Pour qui, pourquoi ce livre ?
    Pour « l’honnête homme » (et femme, parité oblige) du XXIe siècle, toujours pressé(e) et stressé(e) qui doit savoir que la minceur est gage de longévité en bonne santé, mais… pas n’importe quelle minceur ! Ce livre pourrait se résumer en peu de mots : « Bien ÊTRE, Bien BOUGER, Bien MANGER ». Il existe déjà un certain nombre de slogans émanant des autorités de santé comme « Manger 5 fruits et légumes par jour » qui sont bien connus du grand public mais non pratiqués comme le montrent différentes enquêtes. De plus, ces mêmes autorités ont dénoncé récemment les différents « régimes »  de gourous divers et variés qui effectivement font maigrir mais au prix d’une altération de la santé, surtout du fait de l’effet « yoyo » particulièrement délétère. Par ailleurs, l’industrie pharmaceutique, après des procès retentissants, semble avoir heureusement abandonné tout espoir d’interférer avec les centres de la faim, trop liés au maintien millénaire de notre espèce sur la terre et de ce fait proches de mécanismes cérébraux absolument vitaux. La minceur, aujourd’hui objectif de santé, a longtemps été vue comme un objectif de beauté et fait à chaque saison de nouveaux ravages. Depuis le milieu du XXe siècle « l’épidémie » d’obésité a progressé lentement puis rapidement et la seule réponse pendant un demi-siècle a été la restriction alimentaire (les « régimes » !!!), c’est-à-dire des châtiments corporels. Ceux-ci, abandonnés depuis longtemps dans l’enseignement, font encore florès dans les pratiques courantes alors que l’on sait aujourd’hui que les seuls apprentissages durables se font par notre système cérébral de récompense et autres mécanismes subtils où le plaisir occupe une place centrale. D’autres connaissances majeures accumulées par la physiologie au cours des trente dernières années, notamment dans le domaine de l’exercice physique, mais encore peu appliquées, supposent un changement complet de paradigme. La génétique, par ailleurs, nous apprend que nos gènes n’ont pas changé depuis que nous étions cueilleurs et chasseurs, alors même que notre environnement est devenu toxique par surabondance de nourriture souvent de mauvaise qualité. Il faut donc revenir à un mode de vie plus conforme à nos gènes.



  • Introduction
    Les inégalités et la pauvreté sont les causes principales de ce que l’on pourrait définir comme étant un « développement à l’envers ». Une fois ce processus enclenché, les conflits sanglants sont rois et le fléau de l’ignorance devient un instrument politique pernicieux. Un système éducatif qui reproduit les valeurs et les attitudes des groupes dominants peut, de surcroît, être un facteur concourant aux affrontements. Comme nous le savons, les conflits qui sévissent dans les régions défavorisées du monde ont un effet dévastateur sur l’éducation notamment en termes de pertes humaines, de dégradation du système éducatif et de ses infrastructures. N’oublions pas, à titre d’exemple, que lors du génocide au Rwanda (1994), les deux tiers des enseignants des écoles primaires et secondaires ont perdu la vie. Pire encore, à l’issue du génocide des khmers rouges au Cambodge durant les années 1970 presqu’aucun enseignant qualifié n’était resté en vie. Ceci étant dit et hormis le cas du conflit au Cambodge – qui a complètement paralysé le système scolaire dans le pays – il est intéressant de remarquer qu’en règle générale l’éducation ne subit pas un arrêt brutal en situation de guerre. En revanche, elle continue de représenter un nid protecteur pour les enfants et permet de rétablir un sens de normalité dans le chaos ambiant.
    La corrélation entre l’éducation et la guerre soulève de nombreuses questions. Quelles sont les méthodes pour éviter l’effondrement total du système éducatif à l’issue d’un conflit ? Le système éducatif permet-il d’assurer une protection aux communautés affectées par la guerre ? Quel est le rôle de l’éducation dans la prévention des conflits et comment peut-elle servir de pierre angulaire à la reconstruction d’un pays ? Et encore, comment l’enseignement de l’histoire peut-il influer sur le comportement des étudiants en promouvant une culture de la paix ? Les organisations internationales, les experts de l’éducation et les chercheurs s’interrogent en permanence sur la place de l’éducation dans la guerre et dans la reconstruction post-conflit. Le triptyque conceptuel de l’éducation, de la guerre et de la paix mérite ainsi d’être analysé à la lumière des théories élaborées par les universitaires et les spécialistes de l’aide humanitaire. Une synthèse des fondements théoriques de l’éducation d’urgence et de son rôle dans la reconstruction de la paix sera dès lors proposée dans le cadre de cette analyse.



  • Extrait
    Introduction
    La criminalité organisée transnationale s’est prodigieusement développée ces trente dernières années. Elle représente désormais la menace principale pour les sociétés démocratiques. En effet, son influence potentielle valorisée par une puissance financière colossale lui permet d’agir notablement sur la vie économique quand elle ne tente pas d’en prendre le contrôle en sous-main. Elle bénéficie à plein de l’ouverture des frontières qui a suivi l’effondrement du bloc communiste en profitant notamment de la libre circulation des biens et des personnes. Elle tente de ne pas apparaître au grand jour, laissant la « une » des média à la menace terroriste. Par contre, il existe des liens entre les deux phénomènes. Par exemple, elle est bien présente dans les trafics d’êtres humains et de drogues qui se déroulent depuis les côtes nord-africaines et celui du pétrole et des antiquités qui trouvent leurs origines dans les zones contrôlées par les salafistes-djihadistes, sans compter le commerce illégal d’armes. Sa discrétion est ancienne puisque, selon le célèbre mafieux américain Meyer Lansky (1902-1983), il convenait déjà à l’« Organisation » (la mafia italo-américaine) de se retirer de la rue, les activités de terrain étant dévolues à la petite criminalité locale. Cette discrétion volontaire se poursuit de nos jours puisque la presse parle régulièrement de la « disparition des mafias », des « derniers parrains », quand certaines figures politiques ne nient pas carrément son existence par incompétence ou parce qu’elles ont quelques chose à se reprocher. C’est exactement l’inverse qui est en train de se passer : la pieuvre étend progressivement ses tentacules sur l’ensemble de la planète.
    Ses maîtres mots sont : « innovation, diversification et flexibilité ». Elle innove dans de nouvelles activités jugées rentables comme les trafics de migrants clandestins et de matières premières, dans les escroqueries sur le net (dont les paris en ligne) sans abandonner ses activités traditionnelles : drogues, armes, prostitution, racket, etc. Diversification car les bandes criminelles ne se spécialisent plus dans une seule activité. Ainsi, les cartels de la drogue exportent leurs produits de mort mais aussi des êtres humains, des armes, des contrefaçons, des espèces protégées, etc. Enfin, la flexibilité permet au crime organisé de profiter de l’évolution de la situation politique, économique, militaire pour coller le plus possible à la réalité. Ce qui se passe aujourd’hui sur le continent africain, et tout particulièrement en Libye devenue le hub de tous les trafics en raison de la disparition d’un État régalien central, est révélateur.
    Le souci principal du crime organisé est d’imbriquer l’économie illégale à sa consœur légale. Pour cela, il utilise un moyen infaillible : la corruption à tous les niveaux de la fonction publique et du privé. Par exemple, si le crime n’est pas à la base de la crise économique mondiale, il sait en profiter largement en investissant dans des secteurs déficitaires mais légaux.



  • Extrait
    Mardi 23 juin, 2015
    Le mot constellation, emprunté du latin constellatio au sens de position respective des astres, signifie par métonymie « groupe d’étoiles formant une figure ». Par métaphore, constellation désigne au Moyen-Âge un groupe de personnes remarquables (par exemple le groupe des poètes de la Pléiade) ou tout ensemble d’objets liés entre eux. Consteller apparaîtra beaucoup plus tard, dans le langage poétique, mais ce sont bien des groupes d’étoiles dont nous parlerons dans ce texte. Leurs noms reflètent la fascination qu’elles ont exercée sur l’esprit humain.
    Nous dénombrons dans le ciel 88 constellations célestes, délimitées par des frontières précises et qui ne se recouvrent pas. Leurs noms officiels sont en latin et leur abréviation en usage comporte 3 lettres (exemple : la constellation de l’Aigle est Aquilae abréviée par Aql et l’étoile la plus brillante de cette constellation est notée α Aql, la suivante β Aql, etc.). Leur histoire fait l’objet de cet ouvrage. Or l’astronomie a été le souci commun de tous les peuples sous toutes les latitudes. Aussi, des choix ont été nécessaires. J’ai décidé de présenter en priorité les ciels qui s’observent sous nos latitudes. Les constellations décrites et leur genèse se rapportent principalement à l’Occident. Quand nécessaire et parce que mondialisation oblige, les apports d’autres cultures sont mentionnés ainsi que les constellations les plus marquantes de l’autre hémisphère.



  • Extrait
    Introduction
    Le Moyen-Orient est au cœur de l’actualité. Ce n’est pas nouveau. Longtemps le conflit israélo-palestinien a fourni depuis les années 50 son lot d’actualités brûlantes et de conférences internationales. Puis ce fut le tour du Liban dans les années 70 et son cortège de violences propres à toute guerre civile. La guerre Iran-Irak occupa près de 10 ans le devant de la scène jusqu’à la fin de la Guerre Froide. Alors que le principal affrontement géopolitique semblait devoir s’éteindre avec la fin de l’URSS, ce sont les initiatives américaines dans la région qui relancent les conflits, avec deux guerres du Golfe qui aboutissent à la fin de l’Irak comme pays unitaire. Mais, à partir de 2010, c’est en quelque sorte de l’intérieur que la région se remet à ébranler l’ordre international tant la zone, riche en ressources et placée à un carrefour stratégique majeur, garde une importance géopolitique qui ne se dément pas. Instabilité, foyer du terrorisme, ventes d’armes, risques d’États faillis, jeu des Puissances, tous les éléments sont réunis pour en faire encore longtemps un incroyable imbroglio où plus que jamais, les enjeux concernent le monde entier. Le Moyen-Orient est aussi, il faut le souligner, le cimetière de toutes les prévisions, analyses, expertises : l’idéalisme démocratique, le néoréalisme huntingtonien, l’angélisme européen, ont trouvé maintes occasions de se voir démentis à tout jamais. Pour autant, il n’est pas sûr que les politiques et les influenceurs tiennent compte de ces échecs. La lenteur des remises en cause, la réitération des erreurs passées, l’incompréhension face à certains phénomènes semblent devoir rester encore longtemps une fatalité. « L’Orient compliqué », formule éculée attribuée au Général De Gaulle, est voué à rester, semble-t-il, le maître-mot des discours et des actions dans la région.
    Pourtant, on peut y voir clair. Si l’on prend en compte les conditions sociales et économiques de base, les grands traits culturels, l’Histoire et le jeu naturel des Puissances, il est possible d’arriver à une compréhension plus fine de ces phénomènes, à rebours de l’immédiateté journalistique et du prophétisme de pacotille. De ce Moyen-Orient en genèse sous nos yeux dépendront les 30 années à venir, c’est certain. Parce qu’il reste un réservoir fabuleux de ressources, notamment gazières. Et du fait de sa proximité géographique avec l’Europe, l’Afrique et l’Asie centrale. Repérer les Puissances de demain, identifier les contours de ce que sera devenue la carte de la région, être capable de désigner nos amis et nos ennemis et tenir compte de ce que feront nos alliés, tels sont les outils que ce petit ouvrage propose…



  • Extrait
    Introduction
    Par les détournements sémantiques très en vogue de nos jours, la laïcité n’a cessé d’être dévoyée. Par ses ennemis, cela est normal ; mais elle l’est aussi parfois par ses partisans – ça l’est moins, que ce soit volontaire ou par ignorance. En témoigne une confusion fréquente entre la fin et les moyens, sa nature et son objet. La laïcité ne peut en effet être limitée à la séparation des églises de l’État, ni à la neutralité de l’école publique obligatoire et pour tous, pas même à la République française, entendue comme régime politique. Toutes ont été et sont d’utiles conditions pour la mettre en pratique, surtout en France, où la société a longtemps été dominée par l’Église et l’éducation entre les mains de quelques-uns. Mais la réduire à ces champs d’application, encore une fois utiles, nécessaires et révolutionnaires pour leur époque et leur contexte français, est contre-productif. Car l’époque change et les champs nécessaires d’application évoluent considérablement. Cela l’enferme même dans ce que ses ennemis appellent « l’exception française », interdisant de l’envisager dans sa véritable vocation universelle et civilisatrice.
    Il nous semble utile et plus qu’urgent de revenir d’une part à sa définition, à savoir, selon nous, qu’elle est tout simplement la liberté absolue de conscience et de penser, « le droit au libre examen », le droit de croire, et de ne pas ou ne plus croire ; et d’autre part à son concept, qui est « le dépassement librement consenti de nos croyances, particularismes et singularités » pour, tout simplement, vivre ensemble librement et dignement. Ainsi entendue, elle est non seulement exportable, mais une réponse possible, partout dans le monde, au besoin de vivre ensemble dans la tolérance et le respect mutuel de nos différences.
    L’enjeu est, non pas d’étendre et généraliser par simple transmission des mesures prises en France et quelques siècles plus tôt, mais de défendre et promouvoir la liberté absolue de conscience et de penser librement, dans un monde qui tend à oublier qu’il s’agit peut-être, d’un point de vue humaniste, de la liberté la plus essentielle. Il nous commande d’en soutenir et d’en défendre bien sûr, ici où là, les acquis, mais, tout autant sinon plus, d’en retrouver la dimension civilisatrice et d’en rechercher de nouveaux domaines d’application à la mesure du monde d’aujourd’hui et de demain.



  • Extrait
    Dans son ouvrage célèbre Deux siècles de Rhétorique réactionnaire, Albert O. Hirschman résume à trois attitudes stéréotypées le refus opposé à ceux qui proposent du neuf. On leur objecte : 1. on l’a déjà dit ; 2. ça ne servira à rien ; 3. ce sera pire après si l’on vous écoute. Rien de cela ne doit décourager. Car l’Histoire nous enseigne que les réactionnaires, sur le long terme, ne gagnent jamais. En matière de lutte contre les menaces écologiques, et devant les difficultés rencontrées, il ne faut donc pas hésiter à aller vers du grand neuf : « plonger dans l’inconnu pour trouver du nouveau ».
    C’est plonger dans l’inconnu, que défendre la conviction suivante : l’écologie est la science des « rapports de vies », mais ces rapports de vie ne sont pas régis par un Maître nommé ADN. Si l’on veut comprendre la vie, donc les rapports de vies, donc l’écologie, si l’on veut conjurer les menaces et fonder les politiques sécuritaires sur du solide, il faut postuler l’existence d’un organisateur des rapports de vies qui n’est pas l’ADN. Le simple fait d’accepter ce postulat changerait déjà tout.
    On demande aux neurosciences : « Faites-nous de la bonne biologie, nous pourrons faire de la bonne écologie ».



  • Extrait
    Face à la Menace
    Notre temps est celui de la spécialisation et du commentaire, du temps réel et de l’espace virtuel. Tout cela nous vaut de fantastiques pouvoirs de réaction dans l’instant. Mais cette situation a sa contrepartie : lorsque cela coince, comme l’on dit, que faire, pour ménager un avenir sécurisé ? Il faut bien alors re-baliser le temps et l’espace, revenir aux sources, saisir la situation pour comprendre comment et à partir de quels paramètres et comportements, l’écologie, par exemple, a développé sa complexité. Alors et alors seulement peut-on espérer extraire un problème soluble de la complexité foisonnante, déroutante, bloquante. C’est ce que l’on tente de faire ici : considérer le fouillis écologique en se posant cette question simple : où est le problème ? Car on peut résoudre un problème, mais on ne résout pas un fouillis. Or, si l’on ne s’extrait pas du fouillis écologique, nous aurons le Trans-humanisme. Ce qui fait peur. Vraiment.



  • Les sorcières

    Isabelle Durand

    Extrait
    L’évocation de la sorcière fait surgir immédiatement dans l’imaginaire collectif quelques images stéréotypées : la vieille femme au nez crochu, laide et terrifiante, celle des contes et des albums illustrés, celle qui offre à Blanche-Neige la pomme empoisonnée, ou celle qui s’apprête à dévorer Hansel et Grethel. A cette image viennent s’associer des représentations tout aussi terrifiantes, mais où la figure de la sorcière menaçante se renverse en celle d’une victime : les sorcières, ce sont également des milliers de femmes persécutées, torturées, brûlées essentiellement du XVe au XVIIe siècle. Comme le rappelle Colette Arnould, le personnage de la sorcière est une construction imaginaire, essentiellement issue de la littérature : « Personnage maléfique inventé de toutes pièces, la sorcière chevauchant son balai parcourt l’espace et le temps et, lorsque cessent ses courses effrénées, elle fait place à une femme vieille et laide, au regard menaçant qui, devant son chaudron, surveille d’horribles préparations, entourée de ses animaux favoris : chat noir, chauve-souris, chouette, crapaud. Alors, quelques réminiscences de terrifiants récits viennent compléter un triptyque dont le dernier panneau révèle la triste fin dans le feu des grands bûchers. » (Colette Arnould, Histoire de la sorcellerie, Paris, Taillandier, 2009, p. 17).
    Notre propos sera donc d’analyser les différentes représentations de la sorcière, de tenter d’en déterminer l’origine et le développement, et de mettre au jour les divers mécanismes imaginaires liés à l’élaboration de cette figure. Si on associe souvent la sorcière au Moyen Age (ce qui constitue une approximation historique, dans la mesure où les grandes persécutions en Europe datent des XVIe et XVIIe siècles), elle a toujours existé et trouve sa place dans toutes les sociétés. La sorcière est avant tout celle qui se targue de posséder des pouvoirs surnaturels. Elle est magicienne, telle Médée ou Circé, elle compose des philtres et peut jeter des sorts, envoûter et désenvoûter, connaître l’avenir et changer d’apparence. Elle peut être guérisseuse ou meurtrière, parfois sage-femme. Plus tard, au Moyen Age, elle s’associe au Diable dont elle tire son pouvoir de nuisance : elle lui rend hommage, participe au sabbat, signe avec lui un pacte de sang.
    Pourquoi sorcière, et non sorcier ? Dans les sociétés traditionnelles, la sorcellerie se trouve pratiquée aussi bien par des hommes que par des femmes (pensons au sorcier des sociétés africaines ou amérindiennes. Les sorciers avaient également leur place en Occident) ; cependant, passée par le filtre de l’imaginaire collectif, la mémoire a tendance à retenir uniquement l’image de la sorcière (« Pour un sorcier, dix mille sorcières », dit Michelet), associant de fait les forces maléfiques à la féminité…



  • Extrait
    « Il en est des Etats comme d’un bâtiment qui navigue et comme d’une armée ; il faut de la froideur, de la modération, de la sagesse et de la raison dans les conceptions des ordres, commandements et lois, de l’énergie et de la vigueur dans leur exécution. » (Napoléon Bonaparte)
     
    La puissance rêve de démocratie, mais la démocratie craint toujours les caricatures de la puissance qui nous révélèrent le visage glacé de la mort. Le XXe siècle a confondu le nationalisme, le totalitarisme et la volonté de façonner le destin national, c’est-à-dire ce que nous devons – sans angoisse idéologique – qualifier de recherche d’accroissement de puissance. Cette dernière ne se définit aucunement comme quête morbide de domination, projet d’hégémonie et d’extension territoriale ; elle s’affirme comme la mise en œuvre d’une projection souhaitable de l’avenir d’une collectivité humaine consciente d’elle-même. Pour incarner notre propos, il n’est de meilleur exemple que de citer l’ambition gaullienne d’une « certaine idée » de la France qui détermine précisément la politique de puissance patiemment construite par le Général de Gaulle de 1958 à 1969. Le choix de la « troisième voie », d’un chemin d’indépendance passant par une autonomie stratégique et un grand dessein industriel manifesta une conception spécifique de la puissance fondée sur la vieille idée – jaillie du fond de notre histoire – de la France « contre les empires ». Plus que jamais, cette option apparaît comme un choix d’avenir dans une époque qui démontre que les rapports de force géoéconomiques et sécuritaires planétaires, encastrés dans la mondialisation (qui n’a pas effacé les nations), imposent de ne pas choisir un camp.
    Entre les Etats-Unis, la Chine, la Russie et quelques autres, le jeu de la puissance pour la France et l’Europe se confond avec l’espérance d’un gouvernement authentiquement démocratique et soucieux d’une scène internationale favorable aux libertés des nations et des individus. A cet égard, nous ne pouvons mieux dire qu’Emmanuel Todd dans L’illusion économique : « Au cœur de la crise, nous devons donc identifier un effondrement des croyances collectives, et particulièrement de l’idée de nation. Nous constatons, empiriquement, que l’effondrement de cet encadrement social et psychologique n’a pas mené à la libération et à l’épanouissement des individus mais au contraire à leur écrasement par un sentiment d’impuissance. Nous sommes ici au cœur du mystère humain. Toute croyance véritable, forte et structurante, est simultanément individuelle et collective, ainsi que le souligne le terme même de religion qui renvoie à une foi personnelle et à un lien social. Ce que démontre abondamment l’histoire de l’humanité, c’est que l’individu n’est fort que si sa collectivité est forte. Les grands de l’histoire, personnalités décrites et perçues comme exceptionnelles et exemplaires, s’appuient toujours sur des collectivités cohérentes [...]. Seul, et convaincu de sa solitude, l’individu se révèle incapable de croire réellement en la nécessité d’atteindre un objectif quelconque. C’est pourquoi le déclin des croyances collectives mène inexorablement à la chute de l’individu. Dans une telle ambiance peuvent émerger des dirigeants égarés, grégaires, mimétiques, assoiffés de reconnaissance plutôt que de réel pouvoir : simultanément incapables d’agir collectivement et d’exprimer des opinions individuelles »(1). Il est exact que l’on pourrait convoquer des contre-exemples, mais ils s’imposent précisément comme des exceptions.
    S’inscrire dans cette logique libérale et humaniste – mais non naïve – de la puissance, suppose bien entendu de prendre au sérieux la posture stratégique. Qu’entendons-nous par là ? La conviction que la stratégie rend possible la puissance et que son absence réduit à néant les possibilités de développement et d’épanouissement global (matériel et culturel) d’une nation. Pour être encore plus précis, la poursuite d’une action finalisée en milieu conflictuel, qui caractérise la stratégie, forme le socle de tout projet politique. Revenir sur ce théorème de l’art d’organiser le bien commun, y renoncer systématiquement, conduit fatalement à la ruine et, parfois, au déshonneur, 1940 nous est témoin.
    Or, il n’est pas certain que la France ait l’âme stratégique… Souvent dans son histoire, elle semble prouver un déficit de continuité dans le pilotage des affaires de l’Etat. Nul n’est besoin d’ailleurs de tenter de mettre en parallèle les mérites de la monarchie et ceux de la république. Les deux régimes laissent voir des carences stratégiques majeures : il suffit de citer la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV en 1685, et l’absence de réaction de la IIIe République face aux provocations répétées d’Hitler entre 1935 et 1939. Certes, on peut douter que de nombreux pays présentent un plus brillant bilan. Très près de nous, la politique étrangère des Etats-Unis au Moyen-Orient depuis 2001 relève du pur désastre.
    Il n’en reste pas moins que des facteurs critiques d’échec spécifiques placent la France dans une situation structurellement défavorable dès que l’on aborde le raisonnement stratégique en dehors de l’espace militaire. C’est en un sens tout le propos de la démarche intellectuelle du Général Vincent Desportes dans ses ouvrages successifs et dans La dernière bataille de France en particulier. En effet, l’inaptitude de nos dirigeants politiques à se projeter et à regarder au loin (sans se couper du réel) pose aujourd’hui une invincible difficulté.
    Le présent texte s’enracine dans ce constat et explore l’hypothèse que c’est une véritable idéologie de l’impuissance, c’est-à-dire une culture, une construction mentale et une psychologie collective répandue au sein de nos élites, qui aiguise et rend chaque jour davantage problématique l’élaboration et la concrétisation opérationnelle quotidienne d’une stratégie de puissance française, condition fondamentale – de surcroît – d’une éventuelle cristallisation européenne de la dynamique de raisonnement stratégique.
    Nous avons choisi de l’expliquer et de l’illustrer à travers trois cas concrets : l’obsession identitaire, la vassalisation vis-à-vis des Etats-Unis, et l’échec de la politique industrielle française depuis plus de 25 ans.



  • Extrait
    13 novembre 2015, un peu plus de 21 heures, un premier message, puis deux, puis de plus en plus annoncent des tirs dans le 11e arrondissement de Paris. D’autres tweets viennent de la proximité du stade de France, tout aussi angoissants. Des liens font progressivement leur apparition avec des sites d’information, les Lives de Libération, 20Minutes, Le Monde. Des hashtags permettent de signaler des endroits où se mettre à l’abri. L’Internaute clique rapidement d’un réseau à l’autre, d’un live à l’autre. Toute la nuit, cette quête se poursuit en même temps qu’il est possible de demander des renseignements, de proposer d’ouvrir sa porte pour les habitants des quartiers concernés, de rassurer des proches ou d’interroger sur ce que devient tel ami, parent, collègue.
    Ainsi va l’information alors qu’un événement terrible se déroule. La recherche de nouvelles combine réseaux sociaux, moteurs de recherche, liens sur des sites ou de site en site d’information. Comment est-on arrivé à cette démarche, qui peut être qualifiée « d’horizontale » ? Celle-ci associe interrogations et participation, mobilise des acteurs aussi différents que les réseaux de télécommunication, des entreprises de services informatiques devenues des géants de la communication à l’échelle planétaire, des éditeurs d’information bien sûr, ainsi qu’une multiplicité de personnes ordinaires, engagées également dans la recherche, le témoignage, l’expression, sur toutes sortes de supports.
    Voilà trois décennies que le processus est engagé. Il constitue une véritable mutation que connaissent désormais tous les médias. Cette mutation est le fruit de la rencontre de deux mouvements profonds : le premier est technologique ; le second est social. Dans cette mutation s’invente progressivement une nouvelle entreprise de presse, qui sera appelée ici « presse d’information multisupports ». Tel est l’objet de ce livre.
    Le mouvement technologique est désormais qualifié partout de « numérique ». A la fin des années soixante-dix, il fut annoncé dans les termes « d’informatisation de la société » (« rapport Nora-Minc », Simon Nora et Alain Minc, Le Seuil, 1978), de « télématique » (« La télématique grand public », La Documentation Française, 1986). Les années quatre-vingt-dix leur préférèrent la notion de convergence. Puis vint la thématique de la « révolution de l’Internet », etc. Tout avait en fait commencé avec la jonction de l’informatique et des télécommunications, à la fin des années soixante. Plus jamais la marche en avant de la diffusion et de l’innovation dans cet univers du numérique ne s’arrêtera et il est plus que probable, qu’encore plusieurs décennies durant, ce mouvement se prolongera. Un mouvement totalement dominé par l’incertitude, tant les véritables innovations en matière de technologies ne sont pas programmables. Une incertitude que viennent renforcer les usages, pas forcément au rendez-vous des applications attendues. Le « e paper » ou les « Google glass » par exemple sont retournés au laboratoire. La tablette, d’abord symbole de mobilité, est plus souvent consultée dans le canapé en soirée. Le Smartphone paraît au moins pour un temps emporter la mise pour la consultation, tant d’applications d’information que des réseaux sociaux. De nouveaux appareils font sans cesse leur apparition, en même temps que les services, formes de communication, mode de socialisation digitaux se télescopent ou se superposent rapidement. Incertitude tant dans le hard que le soft.



  • Extrait
    Le temps est assurément passé de mode où l’on pouvait présenter les mercenaires comme des brutes sympathiques ou des anomalies militaires à peine fréquentables mais nécessaires, voire des délinquants avides d’émotions fortes, de gains exorbitants et de sang frais, tout juste bons à finir devant la Cour pénale internationale. Il est révolu, désormais définitivement, le temps où la compréhension du phénomène mercenarial ne pouvait qu’aboutir à l’acceptation des jugements sans appel martelés dans les résolutions onusiennes ou le texte de la loi française du 14 avril 2003 criminalisant les activités d’un Bob Denard et de ses compagnons d’Afrique.
    Le mercenariat ne peut plus être abordé sous le seul angle d’une aberration qui n’aurait de militaire que le recours à la coercition armée et le port d’une tenue de combat. Le mercenariat est, en réalité, une norme militaire ancestrale, avec des variations et même des perversions certes, mais bien une norme qui relève d’une logique double, à la fois commerciale et militaire.
    Des militaires, des décideurs, des chercheurs, des journalistes comptent parmi ceux qui ont compris que cette logique prévaut plus que jamais en ces temps où opérations extérieures, missions de maintien de la paix, guerre au terrorisme s’amplifient et exigent de solides et durables moyens humains, technologiques et financiers.
    Peut-être, pour être mieux entendus, ces militaires, décideurs et spécialistes auraient-ils dû recourir à une sémantique sans aspérité et bannir le terme de « mercenaires » ? Les Anglo-saxons lui ont préféré, dès les années 1980, le mot « contractor » (sous-traitant).
    En France, on a substitué au mot « mercenariat » le sigle ESSD, pour « entreprises de services de sécurité et de défense », dont le « périmètre regroupe un ensemble de prestations nombreuses mais cohérentes, allant du service de sécurité classique aux convois logistiques, en passant par la fourniture de repas sur des bases ou encore la formation de militaires étrangers », précisaient en février 2012 Christian Ménard et Jean-Claude Viollet, auteurs d’un rapport d’information sur les sociétés militaires privées. Et les deux députés d’ajouter : « Si ces activités relèvent de métiers différents, elles ont en commun de se situer à la périphérie de ce qui fait l’essence du régalien ».
    Mais ce choix sémantique n’a ni totalement levé les réticences du pouvoir politique et de l’Institution militaire ni gommé la suspicion populaire envers des activités trop souvent jugées coercitives.



  • Extrait
    Depuis l’Europe, depuis la France, envolons-nous ensemble pour l’Afrique, notre voisin aux portes de la méditerranée. Fiévreux d’un passé colonial violent, d’indépendances douloureuses, et du paternalisme de la Françafrique, nous nous devons désormais de nous projeter dans le long-terme et de construire notre avenir – et celui des pays occidentaux – avec le continent de notre avenir commun, l’Afrique. Les enjeux se jouent aujourd’hui à nos frontières, que nous les accompagnions ou que nous les ignorions.
    Nous devons rassembler deux Afrique divisées(1), l’une francophone et l’autre anglophone. L’Afrique est notre avenir, et la France est désormais prête à poser des priorités pour relancer notre relation avec l’Afrique(2) . Le monde nous regarde et il attend que nous déployons volonté et courage politiques pour accompagner l’Afrique vers la lumière.
    Si aujourd’hui un enfant sur trois ne va pas à l’école en Afrique subsaharienne, trois enfants sur quatre n’ont pas accès à l’électricité. L’accès à l’énergie représente ainsi le premier souci des plus pauvres sur un continent qui comptera, d’ici à 2050, environ 2 milliards d’habitants, une population urbaine deux fois plus nombreuse qu’aujourd’hui, deux habitants sur trois de moins de 25 ans, les principales réserves naturelles mondiales, et dont le potentiel économique est aujourd’hui supérieur à celui des pays asiatiques émergents à la veille de leur décollage économique.
    Le siècle dernier tenait lieu de siècle de crises pour le sous-continent africain(3) : une crise organique – tirée des mutations issues de la constitution des États-nations ; une crise structurelle – liée aux modes de production issus de l’époque coloniale ; et une crise conjoncturelle – conséquence des bouleversements économiques mondiaux sur des économies africaines particulièrement vulnérables. Le XXIe siècle est celui des défis de l’Afrique : jeunesse, densification des campagnes, explosion urbaine, migrations régionales, problèmes de gouvernance, crise environnementale globale, absence d’exutoire migratoire. L’Afrique n’attendra pas d’être accompagnée par la communauté internationale pour exploser sur le plan démographique, urbain, et économique dans les années et les décennies à venir.
    Quelle que soit notre attitude politique, les marchés financiers n’attendront pas après la décision publique : Matthieu Pigasse, Président de la Banque Lazard, annonçait que « le XXIe siècle sera africain », fort de la rentabilité, parmi les plus élevées au monde, des fonds de Private Equity en Afrique. Les consciences politiques s’élèvent ainsi, jusqu’aux États-Unis, à travers la voix de son Président, Barack Obama, qui affirmait, devant le Parlement du Ghana en juillet 2009, que « le XXIe siècle sera influencé par ce qui se passera non seulement à Rome ou à Moscou ou à Washington, mais aussi en Afrique ».
    Il est ainsi de notre responsabilité citoyenne à l’échelle internationale, mais plus particulièrement de notre devoir politique, que d’œuvrer, aux côtés de l’Afrique, à la satisfaction du premier souci des plus pauvres d’un continent qui concentre notre futur économique, climatique, et géopolitique : l’électrification massive de l’Afrique subsaharienne dans les prochaines années.
    Sortons de l’obscurité autour de l’Afrique et éclairons-nous sur tout ce qu’elle a à offrir : ultimement, la stabilisation des enjeux énergétiques, économiques, migratoires, et sécuritaires mondiaux. Embarquons à bord de notre voyage à travers les richesses de l’Afrique subsaharienne.



  • Extrait
    Introduction
    Pour aborder ce vaste sujet, je vous propose un voyage du Zhuangzi au sport de compétition, en passant par la phénoménologie et le travail à la chaîne.
     
    Un boucher découpe un bœuf, un prince le complimente sur sa technique. Le boucher lui répond qu’il s’intéresse au fonctionnement des choses, pas à la simple technique. Cette rencontre entre deux personnages situés aux antipodes de la société est improbable. L’un découpe des animaux morts et l’autre dirige les affaires de l’État. C’est au travers de telles histoires que Zhuangzi (Tchouang-Tseu), considéré comme l’un des plus grands penseurs chinois, nous livre des descriptions fines d’expériences humaines fondamentales : les différentes étapes de l’apprentissage, les limites de la transmission, les rapports entre nature et culture, etc.
    Au début de sa pratique, le boucher s’opposait à toute la masse de la bête. Après quelques années d’exercice, il commença à percevoir son anatomie. Au moment où il parle, il appréhende le bœuf par l’esprit. Le boucher taoïste donne une leçon de choses au prince. Ce faisant, il nous instruit des diverses étapes pour coordonner nos mouvements, pour vaincre l’inertie des objets. Il nous montre le chemin pour passer du « corps à corps » au « corps accord ». Au fil de sa pratique, le boucher a développé une parfaite synergie des différentes parties de son corps. À un moment donné, il atteint un tel niveau d’intégration que son activité passe à un niveau supérieur : celui de l’ « esprit ».
    Dans son échange avec le duc, le charron, mis en scène par Zhuangzi, reconnaît la part intransmissible de tout geste maîtrisé. À ses fils, il n’a pu léguer que la technique. Le tour de main se dérobe aux mots. Par approximations successives, la main trouve les bonnes combinaisons de force et de douceur. À partir des engrammes, l’esprit élabore le schème du geste efficace. La mise en équation du geste expert est d’une infinie complexité. Pourtant, pour celui qui le possède, ce geste est d’une simplicité déconcertante.
    Un autre passage remarquable du Zhuangzi relate l’histoire d’un nageur en parfaite symbiose avec son environnement. Lorsqu’un citadin ritualiste le questionne sur sa méthode pour braver les courants et les tourbillons, le nageur lui répond qu’il ne se soucie ni du pourquoi ni du comment, qu’il se contente de suivre la propension des choses. En réalisant sa nature, il se conforme aux lois naturelles. Cependant, cette activité spontanée apparaît comme l’aboutissement d’un exercice méthodique.



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