Université du Québec à Montréal

  • Ce numéro de Voix et Images se consacre à un champ de recherche encore peu défriché, la bande dessinée québécoise.

    Après une introduction qui retrace l'histoire de la forme au Québec, le dossier s'ouvre sur la genèse du langage bédéistique d'ici dans les années 1900 à travers, entre autres, le travail pionnier d'Albéric Bourgeois. Il se poursuit avec un portrait du milieu aujourd'hui à travers les oeuvres majeures de bédéistes établis (Michel Rabagliati, Obom, Zviane et Jimmy Beaulieu) et l'incursion des bédéistes de La Pastèque au Musée des Beaux-arts de Montréal en 2014. Il est ensuite question de l'aspect autobiographique, d'abord à partir de Tuer Vélasquez de Philippe Girard, puis du travail de Jimmy Beaulieu en général. Enfin, le dernier article se consacre à la forme de l'essai en bande dessinée et à l'utilisation que fait Zviane de la marge dans la version commentée de son Ping-pong. Le dossier se clôt sur une bibliographie du corpus théorique sur la bande dessinée québécoise, qui saura constituer un point de départ essentiel pour la recherche à venir.

    En plus du dossier, le numéro comporte une étude du roman Suréquipée, de Grégoire Courtois, ainsi que plusieurs chroniques ayant pour point de départ les récentes parutions québécoises.

  • La revue Voix et Images consacre son plus récent numéro à Laure Conan et plus particulièrement à son roman Angéline de Montbrun. Ce cent-trentième numéro propose des réflexions inédites qui soulignent la contemporanéité du roman. Le premier article propose une relecture des fictions historiques de Conan à la lumière d'une reconstitution du paysage socioculturel de La Malbaie, à la fin du XIXe siècle. Le second approfondit la possibilité d'une lecture religieuse du roman. Les deux suivants abondent dans le même sens, tout en mettant au jour les voix discordantes qui minent l'hégémonie du clergé et du conservatisme religieux à l'intérieur du roman, l'un à l'aide de la figure mondaine de Mina, l'autre à l'aide du réinvestissement du féminin permis par la dissolution de l'utopie ultramontaine. Les articles suivants s'intéressent, eux, au personnage d'Angéline lui-même, au plan entre autres de ses désirs et de son identité. Ce numéro comporte aussi une étude sur les historiettes de Jacques Ferron ainsi que des chroniques sur les parutions récentes en littérature québécoise.

  • Ce numéro de la revue Voix et images se penche sur les expériences contemporaines du temps dans les fictions québécoises. Cette expérience est étroitement liée à la question de la mémoire (et donc de l'Histoire), sans pouvoir s'y résumer totalement, ainsi qu'à celle de l'avenir qui prend la forme d'une intensification du présent ou pire, celle d'une catastrophe annoncée amenant la fin de l'humain. On comprend alors que l'individu contemporain se trouve en quelque sorte prisonnier du présent, poussé à réfléchir le rapport au temps, à son temps. La question des expériences du temps ne se laissant pas aisément saisir, collaborateurs et collaboratrices ont pris des chemins détournés pour en apprécier toutes les nuances, soit celle de l'imaginaire western pour Andrée Mercier, de la mémoire pour Marion Kühn, de l'histoire pour David Bélanger, de la biographie pour Pierre-Olivier Bouchard et de la figure du héros pour Manon Auger.

  • Voix et Images consacre son numéro printemps-été au poète francophone d'origine ontarienne Patrice Desbiens. Actif depuis les années 70, établi au Québec depuis 1988, Patrice Desbiens est l'auteur d'une oeuvre abondante « qui réussit la prouesse de faire et dire beaucoup en peu de mots. » Ce dossier se veut surtout un premier effort collectif de sonder une oeuvre, qui malgré l'engouement qu'elle suscite, n'a encore fait l'objet d'aucune publication d'envergure, monographie, dossier thématique ou volume issu d'un colloque. Comprenant cinq études, le numéro propose d'examiner les « postures vocales » du poète (Marc André Brouillette), les manifestations et effets de « décalage » (Thierry Bissonnette), les dimensions narratives de ses textes (Frédéric Rondeau), la mise de l'avant d'expériences partagées dans un contexte capitaliste (François Paré) et une réflexion sur sa consécration (Lucie Hotte).

  • La revue Voix et Images vous propose « Mémoire du conte et renouvellement du roman québécois contemporain », un numéro printemps-été qui s'intéresse au regain d'intérêt pour le conte au Québec, mais moins en ce qui concerne la réécriture de nouveaux conte que le renouvellement de l'écriture sous l'influence des récits traditionnels. « [...] Le conte traverse nombre de romans et de récits contemporains sur les plans de l'intertexte, de la langue et de la trame narrative [...] mais qui ne souscrivent pas pour autant aux attentes du genre, voire les dévoient. » Sylvie Vignes s'intéresse au rapport au conte dans Les fous de Bassan d'Anne Hébert et Marie-Hélène Larochelle au rejet de l'éthique du care dans Les Sangs d'Audrée Wilhelmy et Demoiselles-cactus de Clara B.-Turcotte. Marise Belletête, elle, se penche sur Javotte de Simon Boulerice, Carmélie Jacob sur la filiation dans Trois princesses de Guillaume Corbeil et Sophie Ménard, sur la dynamique narrative dans Frères de David Clerson.
    Le numéro comprend aussi, en plus de ses chroniques habituelles, une étude hors thème de Marie-Pier Luneau, qui analyse de nombreuses notices biographiques d'auteurs de premier roman pour voir quelles mythologies se constituent autour d'eux.

  • L'édition automnale de Voix et Images se consacre à la place des régions dans la littérature québécoise et à son renouveau durant les dernières années. Ce dossier délaisse l'héritage parfois lourd et poussiéreux de la littérature du terroir « en rassemblant des analyses critiques d'oeuvres récentes [...] [et] ambitionne de montrer comment ces oeuvres déjouent avec bonheur certaines attentes. » David Bélanger et Cassie Bérard se penchent sur trois romans construits autour d'un meurtre et des impacts de cet événement dans une petite communauté. Francis Langevin s'intéresse lui aussi au motif de la mort, mais aussi à celui de la filiation et à la relation entre héritage et territoire. Élise Lepage se penche plutôt sur un recueil de poésie dépeignant un lieu-dit dépeuplé, alors qu'Isabelle Kirouac Massicotte analyse l'écriture de la périphérie à travers La Déesse des mouches à feu de Geneviève Pettersen et Nutshimit de Naomi Fontaine.

  • Autour des composantes que sont l'espace, le corps et la filiation, le dossier de ce numéro de la revue Voix et images étudie l'oeuvre de Lise Tremblay pour confirmer sa pertinence et son originalité dans le paysage littéraire québécois actuel. Les tensions entre les trois pôles évoqués permettent de poser, entre autres, l'enjeu d'une violence larvée du cadre québécois qui n'est pas si fréquemment révélée. Même si Lise Tremblay publie peu, ses livres constituent des jalons dans une démarche concertée et cohérente pour mettre en forme des mémoires oubliées du Québec contemporain autour de protagonistes complexes à la conscience blessée, mais perçante. L'oeuvre de Lise Tremblay aborde à la fois des histoires intimes et collectives ; elle dépeint les espaces tant de la forêt, de la ville, que de la banlieue. Il apparaît dès lors plus que nécessaire de dresser un réel premier bilan de cette oeuvre phare de la littérature québécoise qui se déploie depuis près de 30 ans. (source : Voix et images)

  • La question posée dans ce numéro concerne la façon dont le rapport à la mort, social, politique, subjectif s'exprime pour ses dissidents et dissidentes, notamment celleux qui ne se conforment pas à la binarité du système, soit les personnes trans et non binaires.

    Cette parution est l'occasion de croiser les perspectives historiques, anthropologiques, sociologiques, psychologiques et cliniques autour des déterminants sociaux, des situations de vie mais aussi de l'expérience intime de la mort pour les personnes trans.

  • Ce numéro de la revue Voix et images se penche sur l'oeuvre de Jacques Poulin, auteur entre autres du roman Volkswagen blues. « [...] Si la question de l'américanité constitue encore aujourd'hui un angle d'approche privilégié, on [constate] que l'écriture de Poulin se veut le lieu d'un récit intime où le sujet hésite constamment entre le repli sur soi et l'inévitable ouverture à l'autre, comme en fait foi l'importance des intertextes comme fondements mêmes de l'écriture romanesque, mais aussi la délicate investigation des relations humaines dans les romans de l'auteur. La question de l'entre-deux apparaît centrale à cette écriture de l'intime, car les romans de Poulin mettent en scène différentes postures intermédiaires qui s'inscrivent dans une tentative d'ensemble de redéfinition de l'être et de l'espace. En plaçant cette question de l'entre-deux au coeur de la relecture des romans de Poulin, les articles retenus pour le présent dossier parviennent à leur offrir un éclairage nouveau qui en souligne toute la richesse. » (Jimmy Thibeault, Jacques Poulin : une poétique de l'entre-deux) 

  • Quels rapports les adolescents entretiennent-ils avec la fin de la vie? Comment se représentent-ils la mort? Quelles sont leurs pratiques funéraires? Quelles sont les questions qu'ils se posent sur la mort? Des auteurs ici rendent compte de ce que vivent des jeunes en lien avec la mort, le suicide, le deuil, l'après-mort. Il n'est pas rare que des jeunes soient tourmentés suite à la mort d'une personne aimée. Chaque fois le deuil est bouleversant pour eux. L'expérience d'un décès a des répercussions profondes. Lorsqu'un ami de leur âge meurt d'un accident ou d'une maladie, nombre de jeunes initient, pour soulager leur souffrance, des rites intimes qu'ils pratiquent entre eux. Dans ce numéro plusieurs auteurs rapportent et discutent de ces nouvelles pratiques funéraires des jeunes. La plupart des jeunes utilisent les médias sociaux et les pages d'Internet pour immortaliser l'histoire d'un ami décédé. Les jeunes d'aujourd'hui rencontrent la mort, réelle ou fictive, dans le cinéma, les téléséries, les jeux vidéo, les informations télévisées, etc. Ils n'ont plus les réserves d'autrefois pour parler de la mort. Même s'ils ne la rencontrent pas dans le réel de leur existence, ils connaissent tous un copain qui, par ses conduites, a risqué sa vie pour en évaluer le sens. Nombre d'entre eux, notamment les jeunes djihadistes, discutent sans voile de la possibilité de mourir, d'aller jusqu'au bout d'une passion létale. Toutefois, d'autres se sentent plus fragiles devant la mort. Des adultes peuvent les accompagner, leur donner, dans le cadre scolaire ou dans d'autres cadres sociaux, des occasions de paroles. Les réponses que l'on peut fournir aux adolescents n'ont de sens que si elles sont placées dans la diversité des contextes sociaux et historiques dans lesquels ils évoluent. Des auteurs ici montrent comment certaines pratiques de soutien peuvent aider les jeunes à exprimer leurs réflexions et leurs sentiments sur la mort, le mourir, le deuil et les douloureuses expériences de fin de vie.

  • À première vue l'humour et la mort ne présentent pas de points de rencontre. Comment peut-on rire d'un évènement aussi tragique que la disparition de soi ou d'êtres chers? Les modalités complexes du deuil, les affects de tristesse et de chagrin suggèrent qu'un décès s'accompagne d'émotions fortes qui ne laissent que peu de place à la légèreté et à la plaisanterie. À l'inverse, l'humour peut être source de réactions extrêmes pouvant aller jusqu'à la violence et au meurtre. L'exemple des caricatures de Charlie Hebdo, et de la fusillade qui a suivi, que la raillerie, montre que l'ironie et la satire ne sont pas appréciées quand elles s'attaquent à des sujets porteurs de valeurs considérées comme absolues.

    Les relations entre ces deux ordres, mort et humour, n'ont pas encore fait l'objet d'une réflexion critique et empirique et, dans cette perspective, ce numéro de la revue Frontières vise à aborder cette problématique à partir d'un point de vue interdisciplinaire.

    Divers angles sont privilégiés : la place de l'humour et de la dérision :

    1. Dans le champ politique, social et éthique,

    2. Dans la littérature, le cinéma et l'art contemporains,

    3. Dans le cyberespace,

    4. Dans l'intervention auprès des mourants et de leur entourage.

    Cette analyse multidimensionnelle permet de croiser les points de vue et de proposer de nouvelles pistes de recherche et de réflexion dans un domaine qui demande à être défriché de façon plus approfondie et ce, dans un contexte socioculturel où ce questionnement apparait comme essentiel puisqu'il soulève les enjeux entourant la liberté d'expression et ses limites.

  • La mort ou la disparition des animaux soulèvent aujourd'hui des enjeux scientifiques, éthiques, juridiques, politiques, sanitaires, affectifs et économiques cruciaux. Conditions d'abattage des animaux d'élevage, dénonciation de la surpêche, introduction de la notion de sensibilité animale dans les textes juridiques, émotion suscitée par le « meurtre » d'un rhinocéros dans un zoo français afin de dérober sa corne ou encore par l'agonie d'ours polaires victimes du réchauffement climatique... il ne se passe pas un jour sans que s'impose dans le débat public et les médias l'idée que nous serions confrontés à un véritable « problème animal », aux échelles d'individus singuliers comme d'espèces entières. L'une des raisons des sensibilités actuelles à la condition animale est certainement le caractère inédit et parfois irréversible des pressions (et des oppressions) que les sociétés contemporaines, industrialisées, urbanisées, globalisées et technicisées font peser sur le vivant.

  • « Que fait la parole ? » se demandent les auteurs de ce dossier de Voix et Images. Ce dernier aborde la parole dans l'écrit, au sens d'une « pratique littéraire qui insuffle rythme et corps au texte et, de ce fait, module et infléchit son discours ». Il vise autre chose que la transposition de la langue parlée, et s'attache plutôt à des oeuvres et des pratiques d'écriture où l'acte de parole et ses effets sont reconnus comme centraux, voire fondateurs. Lisez l'entretien avec Mathieu Arsenault et Hervé Bouchard, puis Anne Élaine Cliche sur Victor Lévy-Beaulieu, Jacques Ferron et Gilbert La Rocque; Louis-Daniel Godin sur la fonction de la parole dans Mailloux d'Hervé Bouchard; Laurance Ouellet Tremblay sur le scénario commenté de La bête lumineuse de Pierre Perreault; Lucie Robert sur La peau d'Élisa de Carole Fréchette; et Catherine Cyr sur les pièces Yukonstyle de Sarah Berthiaume et Nacre C de Dominick Parenteau-Lebeuf.

  • Dans le numéro printemps-été de Voix et Images, Micheline Cambron et Mylène Bédard proposent un dossier consacré à un corpus peu étudié dans une perspective littéraire : les genres médiatiques de 1860 à 1900. Guillaume Pinson s'y intéresse à la mondialisation de la presse francophone à travers l'étude du reportage, alors que Vincent Lambert étudie la visée et les postures de quatre chroniqueurs phares. Mylène Bédard, quant à elle, interroge la frontière entre roman-feuilleton et fait divers à travers la figure du féminin dans Le Pionnier de Sherbrooke, puis Louis-Serge Gill étudie le caractère multiforme de la critique littéraire par le biais de la réception du Pèlerin de Sainte-Anne de Pamphile Le May, et Lucie Robert discute des enjeux commerciaux et poétiques soulevés par la critique théâtrale. Enfin, Charlotte Biron, prenant appui sur le récit du tour de monde qu'ont effectué Lorenzo Prince et Auguste Marion en 1901, tisse des liens entre reportage, récit d'aventures et développement des transports.

  • Voici enfin le volet 2 du numéro que Voix et Images consacre à André Belleau, sous la direction de David Bélanger, Jean-François Chassay et Michel Lacroix. La grande figure du monde savant des années 60 à 80 n'a jamais voulu être confinée à sa spécificité littéraire, et de nombreux fragments constitutifs de son rôle de penseur et de passeur engagés sont abordés par les chercheurs qui participent à ce numéro. Il y est notamment question de Belleau homme de radio, que celui-ci se penche sur la théorie littéraire ou sur la cybernétique; de son rapport à la poésie; de sa conception de la figure de l'intellectuel; de sa correspondance avec l'avocat, syndicaliste et écrivain Pierre Vadeboncoeur; de son penchant pour le carnavalesque et de l'importance fondamentale de Rabelais; ainsi que de la place des femmes dans sa conception de la pratique intellectuelle.

  • Le dossier de ce numéro d'automne est le premier d'une série de deux consacrée à l'essayiste André Belleau, cofondateur de la revue Liberté et professeur à l'UQAM. Cet incontournable de la vie savante québécoise des années 1960 à 1980 s'est enflammé sur des sujets aussi importants que le nationalisme, la recherche en littérature ou le rôle particulier de l'intellectuel dans la société. Ce premier volume porte précisément sur l'écriture de l'essayiste, pour découvrir « comment ses énoncés de savoir se collent à une subjectivité, à une manière, à un style ». Une dizaine d'auteurs s'attaquent, avec une surprenante méthode critique, à l'héritage de celui que l'on a parfois nommé le Barthes québécois. Évaluation esthétique de l'oeuvre, essais autoréférentiels, traque ludique de l'« essayiste fictif », culture et classes sociales, autant de thèmes abordés dans ce numéro de la revue Voix et images : « Tout le problème serait peut-être qu'André Belleau s'avoua toujours intellectuel, et ne put jamais vraiment, jamais totalement, être écrivain ».

  • C'est un lieu commun de dire que la Révolution tranquille a divisé l'histoire du Québec en un « avant » et un « après ». Un avant irrémédiablement marqué par le sceau de l'Église catholique et un après... moderne? Libre et émancipé? Si les recherches récentes démontrent combien des aspects de notre société restent façonnés par le catholicisme, les études littéraires ont jusqu'à présent peu exploré l'héritage religieux dans l'oeuvre des auteurs contemporains. Avec son numéro 123, la revue Voix et Images a justement l'ambition de remédier à cette lacune et d'explorer les Destins de l'héritage catholique : « Force est de constater, en relisant quelques oeuvres modernes et contemporaines, que le matériau catholique occasionne un ensemble de représentations et de détournements qui témoignent d'un désir de s'approprier les signifiants d'une histoire, pour les inscrire dans la fiction et les enjeux fantasmatiques qu'elle suscite ». La publication explore les complexes dualités filiation/rejet qui caractérisent l'écriture des cinquante dernières années, par-delà la rupture : des textes de Jaques Ferron au cinéma de Bernard Émond, un dossier passionnant.

  • Cette nouvelle parution de Voix et images nous propose un réexamen de « La révolution littéraire des années 1940 au Québec ». Voulant éclairer autrement le récit officiel, ce dossier cherche à déterminer les interactions qui existent entre le centre et la marge, entre les oeuvres reconnues et les discours trop souvent délaissés par la critique. En tenant compte des productions populaires et médiatiques, les articles réunis ici proposent une saisie inédite des bouleversements de la décennie 1940, marquée par la Seconde Guerre mondiale, le déploiement des grands journaux et de la presse spécialisée, l'essor de la radio, etc. En somme, ce dossier souhaite faire voir la complexité du choc qui provoque l'exceptionnelle ébullition des années 1940 et qui offre l'occasion de saisir la façon dont le littéraire fait sens de l'ensemble de la société de l'époque, où à la fois le pôle littéraire, le pôle médiatique, le marché, la critique savante et les institutions acquièrent d'un coup une maturité sans précédent.

  • Le dossier de ce numéro, dirigé par Michel Nareau et Jacques Pelletier, et comprenant des articles de Julien Desrochers, de Jimmy Thibeault, de Daniel Laforest, de François Ouellet et de Robert Dion, tente une première exploration collective de l'oeuvre foisonnante de Louis Hamelin. En plus de ces articles de fond, le dossier propose trois incontournables pour le chercheur en littérature contemporaine québécoise : un entretien avec l'auteur, un texte inédit et une bibliographie actualisée incluant tant l'oeuvre de Louis Hamelin que les articles qui en traitent. Aussi au sommaire de ce numéro, une étude de Louise-Hélène Filion sur la perception polémique de l'Autre dans Ça va aller de Catherine Mavrikakis et un essai de Jonathan Livernois à propos du livre de Jean Larose, Essais de littérature appliquée et de celui d'André Langevin, Cet étranger parmi nous.

  • À l'époque contemporaine, la mort et le fanatisme - qu'il soit de droite ou de gauche - continuent à entretenir des rapports étroits. Même si le sens initial de la notion de fanatisme était dépourvu de malveillance, une réprobation s'attache depuis le xviiie siècle « à la défense intransigeante et outrancière d'une communauté, d'un parti, d'une idée, d'une opinion » (Vaneigem, en ligne). Le Dictionnaire philosophique portatif, publié par Voltaire en 1764, présente un article qui associe le fanatisme à la religion. Cette dernière n'en aura cependant pas le monopole. Les idéologies totalitaires fasciste, nazie et communiste, les deux guerres mondiales et les pratiques mortifères des États autoritaires fanatiques au xxe siècle en sont des exemples tragiques. Pourtant, depuis les années 1970 et surtout depuis le 11 septembre 2001, c'est l'internationalisation du fanatisme religieux, surtout pratiquée par des groupes transnationaux comme al-Qaida et, plus récemment, Daech[1] qui domine. L'énorme fréquence de la « mort sanctifiée », souvent sous ses formes suicidaires ou kamikazes, a mené à une banalisation de la mort, selon certains spécialistes (Bersay, 2006). Les recherches académiques sur le fanatisme religieux contemporain et la mort (Bramadat et Dawson, 2014; Grenshaw, 2010) divergent toutefois considérablement au sujet des motivations sous-jacentes aux opérations suicidaires, allant des considérations stratégiques aux récompenses spirituelles en passant par l'espoir de provoquer des changements sociopolitiques. Pourtant, aucune étude, à notre connaissance, n'a suggéré que le nihilisme et la pulsion mortifère interviennent dans ces conduites en les considérant comme à la base des désirs ultimes et des sources de motivation des djihadistes, hormis celle d'Olivier Roy. Ce chercheur émérite, spécialiste de l'islam radical, a publié en 2016 un ouvrage intitulé Le djihad et la mort, qui a suscité des débats animés. La section suivante réagit à l'observation de Roy sur la pulsion mortifère djihadiste en mettant l'accent sur les liens entre témoignage, djihad et martyre dans l'islam.

  • Cas à peu près unique dans la littérature québécoise, André Major, qui a contribué à la définir et à la promouvoir, entend n'y participer qu'à partir d'un écart, d'une certaine "retraite" maintes fois figurée et thématisée dans ses écrits, et bien avant la rédaction des carnets, comme le montre le dossier de ce numéro. L'originalité et le paradoxe de cette position - et des textes qui l'aménagent et la défendent -semblent en justifier l'examen, à la fois dans les publications les plus récentes et dans l'ensemble de l'oeuvre, qui gagne à être ainsi rétrospectivement réévaluée. De plus, ce numéro comprend une bibliographie de l'auteur, un entretien et un inédit. Vous pourrez aussi y lire un article de David Bélanger sur l'autofiction ainsi que les chroniques de Pascal Riendeau, d'André Brochu et de Lucie Robert.

  • Dans ses langes, la poésie canadienne est médiatique ou vocale; elle a pour support le journal ou la voix. Dans le premier cas, elle partage l'espace de la page avec la chronique, l'entrefilet, le fait divers, la nouvelle, le roman-feuilleton; dans le second, elle s'énonce dans le brouhaha de la cité, au coin des rues et dans les théâtres, dans les mansardes et les cafés, et le dispute aux débats de l'Assemblée, aux harangues, aux sermons, aux éloges, à toutes les déclinaisons de la parole vive qui remplissaient l'environnement sonore des hommes et des femmes du XIXe siècle. De même que l'étude de la presse comme matrice littéraire a ouvert un nouveau continent à la recherche, celle de l'inscription de la littérature dans la cité, hors l'imprimé, appelle de nouveaux travaux. En proposant quelques études ciblées sur la poésie en voix au Québec, le dossier de ce numéro voudrait offrir une contribution à cette histoire encore à écrire.

  • La société postindustrielle produit de plus en plus de « cités fantômes », ces villes, quartiers et rues désertés par leurs habitants lors d'une crise économique (Détroit, Michigan ; Gary, Indiana), d'un accident nucléaire (Pripiat, Ukraine ; Fukushima, Japon), d'une catastrophe naturelle (New Orleans, Louisiane ; Plymouth, Montserrat) ou encore, à l'occasion d'un plan d'urbanisation forcée, ou d'un projet industriel avorté (Ordos, Mongolie ; Hashima Island, Japon). Ces zones urbaines, si souvent représentées dans leur matérialité brute - décombres, ruines et objets du quotidien désertés de toute âme -, interrogent particulièrement le devenir de nos sociétés ébranlées par les successives crises économiques, écologiques et humanitaires, articulées aux nouvelles configurations du local au global.

    Les ruines et les vestiges de la cité sont depuis longtemps l'objet de réflexions philosophiques. Leur présence, témoignage d'une béance, invite à une méditation sur le déclin et la disparition des civilisations passées, sur l'inexorable passage du temps et l'échec de son contrôle, sur l'incertitude des activités humaines, sur la perte, le manque, la mort. En elles s'exprime « [...] la fatalité en germe au coeur de toute chose » (Lacroix, 2008, p. 85), et elles appellent en ce sens une conscience aiguë, sensible, du temps, un « temps pur » (Augé, 2003) qui se donne, avant toute mise en récit, comme sensation et condition. L'esthétique de la mort dans les ruines de la cité, qui joue de ce dessaisissement vertigineux provoqué par la sensation du temps qui court, se transforme radicalement au début du XXe siècle pour interroger non plus un passé disparu qu'on regretterait, mais bien un présent de guerre et de décombres, un présent-catastrophe (Makarius, 2004 ; Benjamin, 1991).

  • Pour aborder les diverses formes que peut prendre la mort dans les jeux vidéo comme un phénomène unitaire que, faute de disposer comme en allemand du neutre (das Tode, « ce qui est mort ») ou de pouvoir inventer un terme spécifique, nous nommerons simplement : la mort, nous retenons trois lignes de force qui sont autant de pistes de lecture. Nous les donnons ci-après en ordre croissant d'importance. Il faut, disons-nous, préciser le rôle des jeux vidéo en tant que spectacles mettant en scène ce phénomène. Leur existence est certes encore trop récente et leur évolution trop rapide pour qu'il soit possible d'établir à leur sujet un bilan définitif. Tout ce qui va suivre n'a donc qu'un caractère provisoire, voire hypothétique.

    La première ligne de force remonte à l'origine des jeux. Elle a trait à l'effet moral et/ou psychologique exercé sur de jeunes joueurs par la violence mortifère. La seconde incline à voir dans les jeux, préalablement resitués dans le contexte plus global d'une culture de la mort maintenue, le possible reflet de certaines angoisses mortifères de la société actuelle. Quant à la dernière, d'ordre purement technique, elle consiste à souligner deux points dans les jeux vidéo : une visualisation renforcée et, ceci découlant de cela, le nouveau rôle conféré au joueur, passé du statut de spectateur à celui d'acteur. Si les deux premières lignes de force restent sujettes à débat ou demandent à être confirmées, la dernière repose en revanche sur un fait nouveau.

empty