Éditions Les Herbes rouges

  • L'urine des forets 2e ed. Nouv.

    Dans les années 1990, Denis Vanier a publié aux Herbes rouges une série de recueils à la sobriété brutale. L'urine des forêts, à la fois souvenir de l'amour perdu et abjection quotidienne, est l'avant-dernier de ces livres. Le poète y admet la puissance terroriste du mal qui l'a envahi. Il affirme vivre le plus ancien combat de l'homme.

    Ces textes sont ceux de la révolte adolescente, écrits avec les mots lucides de la maturité.

  • Quatorze fois Huguette a été harcelée, touchée, embrassée contre son gré, violée. Quatorze fois elle s'est relevée, grelottante de honte ou couverte de sang. Et, comme toutes les Huguette, elle s'est refermée sur ses secrets.

    Quatorze fois, Huguette a survécu. Aujourd'hui qu'elle est vieille, lui reviennent les mots d'un poème ancien : « Ô madame, pourquoi ce chagrin qui vous suit ? »

    Alors, Huguette s'attelle à extraire de sa mémoire ces événements qui l'ont marquée. Exilée dans un conteneur sans fenêtre, au milieu d'un paysage beau et aride (comme dans son film préféré, L'homme sans passé), elle se consacre tout entière à la tâche. Une fille sans fusil est son histoire, celle d'une Huguette qui aurait voulu être Jeanne d'Arc.

  • Qu'advient-il de nous lorsque les liens qui nous unissent, longtemps éprouvés, se dissolvent ? Quand « il ne reste qu'une lande soumise / au brouillard, aux aléas des vents orageux, / que l'herbe, les montagnes, les fleuves / et les rochers perdent leur essence, » la poésie au souffle inébranlable de Marcel Labine s'élève, comme surgie d'en dehors du temps.

    Ces poèmes, phrases disloquées, amples, entêtées, racontent de nombreuses facettes de la même dépossession : ne rien devoir à personne, ne faire aucune promesse, n'obéir qu'à soi-même, vivre détaché, indépendant, bâtard, sans ancêtres à louanger ni legs à préserver. Naître de ses oeuvres, nier la mort, jubiler, « riche de l'admiration que l'on voue / à ceux qui ne regardent pas derrière eux ».

    Et disparaître, sans faire de vagues, entre un requiem et un opéra, entre les hurlements du poète forcené et la cohue du métro.

  • Paule a grandi étouffée par une mère rigide. Maintenant sa mère est vieille, et Paule doit s'occuper d'elle. Les migraines ne mentent pas : le passé irrésolu gruge le corps de Paule comme une maladie. « Mon problème, c'est que je voudrais détester pleinement ma mère, elle qui m'a fait tant de mal, et parfois j'y arrive vraiment, et alors cela me rend joyeuse et claire, comme le ciel bleu acier d'un hiver cinglant, je la déteste et c'est tout, je peux vivre ma vie. Mais ça ne dure jamais longtemps, toujours la culpabilité revient, et l'incertitude aussi, était-elle vraiment méchante? » Journal du doute, Une mère enquête sur les fils de douleur qui se nouent d'une génération à l'autre. Avec une franchise radicale, Paule Baillargeon déplie sous nos yeux la valse-combat qu'elle aura menée avec sa mère toute sa vie. * Faisant écho à Une mère, le texte du film Trente tableaux raconte des moments forts de l'existence de l'artiste : de son enfance en Abitibi à sa vieillesse, en passant par sa prise de parole au cinéma et l'expérience déterminante de la maternité.

  • Hochelaga : dans les ruelles, les gros mots se mêlent aux cris d'enfants et à la sirène de la police. À travers ce tapage, est-il encore possible de s'entendre penser ?

    Volière est une collection d'oiseaux un peu fous coincés dans une tête. La tête est coincée dans un appartement, sauf quand elle va au dépanneur. Par la fenêtre, il y a la lune, et devant la lune, un chat. C'est dans le glissement des perspectives que la poésie de Frédéric Dumont déploie sa douce bizarrerie.

    Avec ses poèmes légers qui brusquement s'écrasent au sol, Volière invite à aiguiser le regard, à prendre les images pour la réalité et à prendre la réalité pour un terrain de jeu.

  • 2015 - Un barman montréalais ayant fait voeu de chasteté s'intéresse malgré lui à une cliente qui s'appelle tantôt Oscara, tantôt Fanny ou Cléopâtre.1999 - Sous la pluie de bonbons d'une piñata, un adolescent tombe amoureux de sa tante.1899 - Au nord des États-Unis, dans un village reculé, un pasteur récite à ses fidèles des passages salaces de la Bible.2027 - Trois jeunes femmes se moquent en secret du gourou de leur groupe extinctionniste. Quelque chose ne colle pas, n'a jamais collé dans le rapport entre sexe, amour et procréation. Des générations de person­nages, coincés par les normes sociales, testent tour à tour les limites de la décence. Mais entre le tabou et l'acceptable, la frontière n'est pas aussi claire qu'on aimerait le croire. Pas plus qu'entre la vérité et le mensonge... La trajectoire des confettis dépeint un monde en dripping : gouttes de peinture et confettis tombés au hasard s'assemblent en un tableau chamarré. Entreprise vaste et captivante, ce livre déchiquette le grand cliché des romans d'amour, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants.

  • Golgotha est un lieu d'apparitions, espace où se déploie un « je » massif et creux, habité. Constellé d'altérités, il se sonde, se sculpte, remonte ses époques. Il revient du passé le visage dissimulé par un loup, et laisse parler le loup.Le corps, la voix du poète forment un théâtre privé : dans la boîte de son crâne des créatures tonnent de colère, s'offrent comme énigmes ou se replient dans la honte. En orbite entre les mondes, ces présences rappellent que la parole est un sort.Avec des poèmes parfois lapidaires, contondants, parfois logorrhée vertigineuse, Benoit Jutras présente « les humains qui dorment / debout dans les accidents », et demande, envahi : « combien de totems en moi maintenant » ?

  • .« Ce qui sous-tend tout le livre c'est qu'il faut se travestir pour vivre : se travestir pour survivre, pour exister; on ne peut jamais être soi-même, il faut toujours changer sa personnalité pour vivre dans une société. »- Josée Yvon « Francine pensait à toutes ses amies : les crosseuses, les tuées, les abusées, les stupides, les merveilleuses. » Celles-là et une foule d'autres sont les facettes qui scintillent, les insectes qui grouillent, pris dans l'engrenage des marges, au sein de Travesties-kamikaze. « Toutes les situations et personnages décrits dans ce livre ne font aucunement partie de la fiction et toute ressemblance avec des personnes vivantes ou mortes ou des lieux réels est voulue et écrite pour les représenter. » Les fragments de récits, de poèmes, les collages qui composent Travesties-kamikaze en font un objet chargé, dégénéré et puissant. La réalité apparaît en gros plan, en morceaux; le fil des événements se dissout dans la nuit et dans l'alcool, dans les viols et les coups de couteau, les drogues et les médicaments. Pour Francine, Gina, Brigitte, Jasmine, la narration furieuse et imagée de Josée Yvon se fait antre, lieu percé de « trous dans le plâtre qui s'effrite, mais confortable, chaud, bizarre, attirant, peut-être une famille ». « Et elle a ajouté : "Je suis une revendication quand je manque de gaz." »

  • François Charron, né à Longueuil en 1952, publie dès 1972 une oeuvre à la fois lyrique et engagée. Puis survient un point de bascule, un choc. De l'autre côté émerge, dans un dépouillement déroutant, Toute parole m'éblouira.

    Remarques vives, questions posées au vide, aveux nus qui grattent un mystère : ce livre compte parmi les plus intrigants de la poésie québécoise des années 1980.

  • Où convergent les corps désirants, trahis, meurtris? Imaginons un ciel complexe, peuplé d'astres et d'anges, où André Roy leur forge une place à eux.

    C'est à même son propre corps que le poète, grand réconciliateur de la beauté et de la détresse, se montre traversé par les passions singulières. Avec Comment allons-nous dorénavant écrire?, il met « de l'ordre dans ses douleurs ».

    Porté par la mélancolie autant que par la révolte, ce livre prend une tonalité définitive : « Adieu nuées poèmes calvaires / couleurs des animaux parlures / brûlure des yeux brûlés / je dis adieu à mon écriture ». Or le temps zéro, le temps de la poésie, tourne et se rejoue comme un film au cinéma.

  • Il pourrait être question d'unoe metteuroe en scène en train d'expliquer à unoe comédienone comment atteindre un public absent, comment entrer en relation avec des êtres qui s'ignorent.

    Il y a dix ans, Christian Lapointe signait un Petit guide de l'apparition à l'usage de ceux qu'on ne voit pas. Avec Les jours gris, il poursuit sa réflexion sur le théâtre, le jeu, le langage : ce « petit traité inoffensif sur l'émergence de la parole et la mise en contexte du silence » défie les notions de personnage et de situation. À quel point une pièce existe-t-elle en dehors de la fiction ? La friabilité des corps, l'absence de liens, la mort en devenir se voient ici déployées sous la forme d'une spirale vertigineuse.

    Ce pourrait aussi être une comptine, une singulière comptine rythmée par des schémas qui en illustrent le propos, « pour qu'à partir de vous ça puisse enfin finir par réussir à parler - dans l'étrangeté de cette infiniment belle petite grise journée ».

  • Cet éminent artiste national, décédé depuis peu, était-il pédophile? Un jeune journaliste s'empare du sujet, content d'échapper le temps d'une enquête à sa propre angoisse rampante. Dans un village anonyme aux environs de Thetford Mines, une victime lui offrira son témoignage.

    Personne n'est dupe : la vérité est une chose, le récit qu'on en fait en est une autre. Entre la parole du survivant et les articles qui lui permettront d'être entendue, quelque chose d'essentiel se perd. Chez le journaliste étourdi par la curiosité et par le succès, les questions les plus insidieuses s'installent bientôt à demeure. Qui est-il pour avoir raconté cette tragique histoire? Existe-t-il une échelle des traumatismes - toutes les souffrances se valent-elles? Quand on crée, est-ce qu'on se dévoile ou on se dissimule?

    À l'image d'un bungalow qu'on rénove au fil du temps, Le fond des choses se déplie et se reformule, se remeuble pour aboutir, peut-être, à la tranquillité.

    Avec un humour tonique, Thomas Desaulniers-Brousseau fait preuve d'une intime connaissance des diverses sortes de trous qu'on peut creuser pour aller au fond des choses.

  • L'histoire commence dans les airs, avec le rapt du soleil. Une blessure suffisamment grande pour pousser une fille hors d'elle-même. Dès lors l'avenir semble perdu : « l'horizon quelque part / se jette d'une falaise ». Ce livre, déplié comme une carte routière, retrace le trajet de sa guérison.
    Au fil de ces poèmes tout en images vibrantes et en incantations, l'attention descend pour entrer dans le corps, le percer, creuser un terrier. Jusqu'aux racines.
    On ne se métamorphose jamais seule, et c'est entourée de celles qui l'ont précédée dans cette marche vers le pouvoir d'être soi que l'héroïne se rebâtit. Celles qui flambent, en brûlant, se transforment : « je souderai mes visages / en un corps vieilli ».
    /> « Il y a une consolation possible », oui, à même cette quête, à même le courage de brûler. Parmi celles qui flambent s'offre comme un baume à celles et ceux qui portent aussi une blessure.

  • Donc le paradis en 1987, je vous le dis, le paradis ce serait d'écrire des livres singuliers et puis après de pouvoir dire : « J'ai fait ça. » Ce sont les livres qu'on a pensés en rêves. Car ils sont si fous qu'on n'aurait pas pu les rêver éveillé. Car il faut qu'ils soient fous. Je vais vous raconter tout sur la ville et le monde, sur le ciel et l'enfer. Mais il n'y a pas d'enfer, mes amis. Ni de monde. Nous voulons être des femmes avec du tonus musculaire.

  • Mitchell s'écroule sur son dactylo, poignardée dans le dos. Par sa fille, la petite Donna.

    Autour d'elles, la vieille Berta, sa fille trans Belle et « Bobby l'indienne » reprennent leur partie de cartes. La porte claque, la maison tremble : accourt Laurie, imprimeuse-éditrice de faux billets et amante de la défunte. « Tu as raison, Donna, il faut tuer la personne aimée absolument, trop dangereux. »

    Ainsi commence ce livre, une danse désordonnée entre passé et présent, dans une Amérique qui court des plaines glaciales de la Baie-James jusqu'à Chicago.

    Elles sont « quelques-unes, une petite gang pas homogène ». Leur singularité est irréductible. La narratrice de ce texte mangé d'images, mi-récit, mi-poème, s'attache à l'une puis à l'autre, s'éclipse à la sortie de prison. Les « lesbiennes-hobos » se liguent et se quittent, se blessent puis se ramassent, et si elles ont un but, ce ne peut être que de « fucker l'organisme entier ».

    Maîtresses-Cherokees, troisième livre de fiction de Josée Yvon, ne s'éparpille que pour mieux frapper au coeur. « On met-tu tout le monde sur la panique ? »

  • Vous n'avez pas honte de faire des choses pareilles? Voilà ce que l'on entend parfois. La honte, c'est le contraire des belles images. C'est transparent. On voit au travers mais pas comme on pense : on ne la voit pas, c'est par elle que l'on voit. Écrire est un renversement.
    R. L.

  • Jacques Leduc fait son entrée au cinéma en 1964. Le cinéma direct vient de brouiller définitivement les frontières entre documentaire et fiction ; Leduc saura en faire bon usage.

    Réalisateur de vingt films et caméraman pour des dizaines d'autres, Jacques Leduc a défendu au sein d'une époque déterminante de notre cinéma une liberté créatrice hors du commun. « Rattrapant quelques signes des temps qui courent », Trois pommes à côté du sommeil tout comme les huit chapitres formant la Chronique de la vie quotidienne radiographient la vie d'une génération de Québécois.

    Cet essai entrecoupé de passages d'entretiens avec le cinéaste retrace son parcours, du ciné-club jusqu'à L'âge de braise. Robert Daudelin propose une lecture critique de chaque film et répertorie l'activité de Jacques Leduc caméraman, photographe et écrivain.

  • À propos d'ABANDONS :
    Abandon dans la mort, dans l'amour, dans la violence, dans la peur, dans l'alcool: le propos de cette poésie tient dans les faits du quotidien, du réel. Les mêmes attitudes, les mêmes mots se retrouvent d'un poème à l'autre, mais chacun d'entre eux bascule inévitablement dans le rêve ou le fantasme. Abandons révèle des scènes concentrées où l'intensité provient de détails superflus, inattendus, quelque chose qui soudainement serait plus grave que la mort. Peu à peu s'établissent entre ces scènes des liens, des rythmes communs. Ces visions fugitives sont fixées là, tout de suite, sans nécessairement être développées. Le poème est la forme idéale pour qu'on ne puisse oublier ces instants.

    À propos de LA MAISON D'OPHÉLIE :
    La maison d'Ophélie explore la frontière qui sépare la vie normale du chaos. Chaque poème a le pouvoir d'investir les objets et les êtres d'une inquiétante étrangeté en suggérant une menace omniprésente cachée au coeur des apparences. Ces poèmes écrits en écho sont à la fois commentaires l'un de l'autre, et jeu de dualité et de résonances. L'imaginaire y contamine peu à peu la réalité. À preuve, ces nombreuses scènes du quotidien qu'un élément suffit à brouiller et à faire basculer dans une autre dimension.

  • Après de grandes pertes, la mémoire menace de disparaître. Le langage se fractionne. La page blanche se confond aux draps du lit, « la mer inonde notre regard ». Que faire pour résister à l'aphasie qui s'installe, sinon un poème?
    « Écrire, c'est interroger la relation compliquée entre un grand événement historique et un événement plus intime, national; entre un deuil personnel et un deuil historique; entre notre façon individuelle de nous imprégner de l'histoire et notre façon collective de la commémorer. »
    Avec sobriété, marquée par une dévotion pour la vie et pour la mort, l'écriture d'Anne Michaels se risque ici à la limite du connaissable. Elle contemple « le moment où le désir / devient par force / le deuil ».
    Tout ce que nous avons vu est une main tendue, un geste d'audace et d'amour pour ressaisir la mémoire.

  • Dans les années 1990, Denis Vanier a publié aux Herbes rouges une série de recueils
    de poèmes à la sobriété brutale. Porter plainte au criminel, livre posthume, est le
    dernier de cette série.

  • Émilie a un barrage dans la gorge, un cimetière d'ossements d'arbres (okinum). Un castor géant lui apparaît en songe : c'est un guide offrant sa médecine. Comment dire « aide-moi à me guérir » en anishnaabemowin?

    Au centre d'une scénographie envoûtante, la jeune femme cherche à déchiffrer le message du castor. En remontant le courant de son ADN, elle fait émerger les voix et les savoirs enfouis à même son corps. Les rêves sont le langage qui permet de communiquer avec les ancêtres, qui affine l'intuition.

    Expérience immersive en trois langues, Okinum invite au théâtre un pouvoir cérémoniel. Émilie Monnet s'élève au-dessus du barrage pour célébrer ses ancêtres et la force du rêve qui l'habite. C'est par la mémoire que passe la guérison.

    Le texte est suivi d'une courte postface dans laquelle l'écrivaine et chercheuse Marie-Hélène Constant, en évoquant son expérience comme lectrice et enseignante non autochtone, engage un dialogue avec cette pièce où « s'érige la vie fragile et forte ».

  • Mourir ne dure qu'un instant. Mais la douleur, lancinante, comme les vagues, recule pour mieux frapper de nouveau, recule et frappe encore.

    « Tout cela se passe en une journée. » Une chute à cheval, le fleuve qui recrache un cadavre, « un fantôme à discipliner », une longue promenade à travers les champs, la promesse du repos.

    Dans ces poèmes obstinés, Tania Langlais distribue les vers comme les cartes d'un tarot. Une histoire se dessine au gré de leurs agencements. Cette histoire, c'est celle de la dernière journée de Virginia Woolf, « le plus beau suicide / de la littérature anglaise »; celle de Perceval, le mort muet de son roman Les vagues; et c'est aussi autre chose, une souffrance tenace qui ne se dévoile que par éclats.

    Au son du galop du cheval qui se répercute dans la mémoire, le temps comprimé déploie ses faces. Tout cela se passe en une journée.

  • Chicoutimi, 1963. À 11 ans, la P'tite et la Grande, l'une aventureuse, l'autre obéissante, font à peu près tout ensemble. Un jour, en visite chez leur voisin sculpteur, la P'tite est captivée par l'étrange tête en argile qui trône sur la table.

    On a beau être curieuse, parfois le monde reste fermé, à moins d'un coup de pouce bienveillant. C'est en l'Abbé que les deux amies trouveront un allié. Alors devant la P'tite s'ouvrent grandes les portes de l'atelier du sculpteur; pour la Grande, la piste de son père, parti il y a des années, donne lieu à des retournements.

    Au contact du sculpteur, la P'tite se découvre une envie de troquer les prières apprises par coeur contre ses propres idoles et une chapelle à ciel ouvert. Au bord de la rivière aux Rats, elle entraîne son amie dans une série de rituels païens, à mi-chemin entre le jeu et la promesse solennelle.

    Forte d'une confiance sans réserve en l'inventivité de deux enfants, Claire Hélie signe avec La robe sans corps une fable sur le pouvoir qu'a l'art de nous délier, d'élargir nos horizons, de remettre entre nos mains le sens du sacré.

  • Il fait chaud. L'obscurité règne, l'immobilité étouffe. C'est le temps de remuer l'eau stagnante, de faire apparaître les noctiluques, qui nimbent les mouvements de la nageuse d'une aura bleutée, phosphorescente. « Qui s'éclaire d'animaux??»


    Le corps traversé d'électricité, Marie St-Hilaire-Tremblay se fabrique avec Noctiluque une «?tempête / sereine pour elle seule?», un grand chambardement où sont conviés insectes et dynamite, sucre, venin et mystère. Vifs, les poèmes surgissent dans l'emportement.


    Avant que « la violence avale ses derniers citrons », la poète, un peu désabusée mais surtout souveraine, «?cerne le noyau / à sang chaud?», et elle rit.

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