Éditions Nota bene

  • Né en Allemagne, Hans-Jürgen Greif émigre à Québec en 1969, où il a accepté un emploi de professeur à l'Université Laval. Il y enseigne jusqu'en 2004. Essayiste, puis nouvelliste et romancier, il fait paraître un premier livre en français en 1990, L'autre Pandore. C'est le point de départ d'une oeuvre de fiction dont le titre le plus récent, Insoumissions (2020), est le seizième ouvrage.
    Dans les entretiens de La matière des mots, menés avec François Ouellet au cours de l'été 2019, l'écrivain revient sur son parcours littéraire, aborde chacun de ses livres, partage sa vision de la littérature, rappelle ses études universitaires ainsi que le milieu familial et social dans lequel il a grandi. L'ensemble des propos, sensible et généreux, jette un éclairage inspirant sur une oeuvre singulière de la littérature québécoise contemporaine.

  • En recueillant dans ces entretiens les propos de quelques grandes voix de notre littérature, Gérald Gaudet effectue un travail essentiel de mémoire vivante. Il accueille par sa générosité sans complaisance les paroles les plus vives, celles qui mènent au coeur de notre nuit humaine, celles qui laissent parler la fureur de vivre et d'écrire, celles qui, en un mot, nous tiennent en éveil, en attente d'une lumière qui, on l'espère, nous permettra d'enfin mieux habiter le monde.

  • Tout le monde converse, constamment. Tout se dit, mais l'on ne dit pas tout. On ne parle pas aujourd'hui des mêmes choses qu'hier, et on n'en parle pas de la même façon dans toutes les sociétés. Il y a des sujets privilégiés et des manières valorisées de les aborder. Les conversations quotidiennes, de l'échange le plus banal à la discussion décisive, sont donc « travaillées » par l'ensemble des manières de faire, de dire, de réagir que l'on tient collectivement pour bonnes, convenables et signifiantes.
    Plus largement, ces échanges constituent le grand flot constant de la socialisation, de la reproduction des rapports sociaux, bref, la société même. Celle-ci d'ailleurs, qu'est-elle d'autre, au fond, que ces milliers d'interactions quotidiennes qui reproduisent inlassablement, jour après jour, de manière assez banale, nos rapports à nous-mêmes et aux autres ?

  • Oublie l'harmonie. Oublie les contours clairs et nets. Transforme-toi en sanglante éruption. Crache ton fiel. Deviens l'a-pic noir qui se dresse dans l'épouvantable nuit de jais. Peu a peu, ton souffle se désemballera. Paqueté. Tu le seras moins. Et tel est précisément le but. C'est pour parvenir a des moments comme ça que tu te mettras a écrire. Pour parvenir a des moments sans agitation.

    Quand les grands mots ont surgi, je me suis jeté comme un épervier sur les plus infimes, quand l'affecte est venu, je me suis mis a courir, en invoquant la muse familière (ma bêtise), vers le plat et le bancal; confronte par le mystère de l'inspiration a quelques intuitions élevées, j'ai entrepris de fouiller ma mémoire simplement humaine, ou j'ai recueilli des anecdotes et des souvenirs.

  • Le présent ouvrage propose de reconsidérer les schémas qui orientent souvent le discours récent sur la filiation et l'héritage à partir d'un cas de figure précis : celui de l'appropriation productive de textes qui appartiennent à une tradition éloignée. Le corpus à l'étude est constitué de romans, de nouvelles et de recueils de poèmes québécois parus entre 1989 et 2011, qui proposent un dialogue intertextuel et/ou hypertextuel avec les oeuvres de Thomas Bernhard et de Peter Handke. L'examen attentif d'un tel dialogue entrepris par sept écrivains québécois (Normand de Bellefeuille, Diane-Monique Daviau, Denise Desautels, Nicole Filion, Catherine Mavrikakis, Rober Racine et Yvon Rivard) dévoile que les revers dans la transmission ne consacrent nullement l'empêchement de l'auteur contemporain de se tourner - de manière parfois fulgurante - vers des modèles élus, inattendus. Ici, une telle association à des auteurs du canon littéraire germanophone est interprétée à la lumière du concept d'affiliation, qui évoque une adhésion choisie à des contenus d'héritage, mais par laquelle l'écrivain contemporain ne met pas en péril l'originalité profonde de sa propre démarche. Le concept permet ainsi de décrire le travail d'écrivains contemporains qui ne se contentent pas de développer de réelles formes d'appropriation et/ou de réception productives, mais dont l'entreprise tend à renforcer leur propre signature d'auteur dans le lien qu'elle développe avec un héritage littéraire. Les principes de l'affiliation sont exposés à partir d'une typologie quadripartite qui permet par surcroît de relever des modes d'appropriation du canon au sein de textes contemporains et d'éclairer les inflexions spécifiques qu'adoptent ces modes d'appropriation dès lors qu'il est question d'un héritage issu d'une tradition étrangère.

  • Les autrices et auteurs de cet ouvrage collectif tentent de cerner les particularités de l'écriture de soi lorsqu'elle est subvertie par différents brouillages. Iels cherchent à voir ce que le mélange des genres créatifs et théoriques peut faire subir à la posture du « je », tout en s'intéressant aux histoires qu'on raconte et qu'on se raconte, à l'écriture dans et depuis les marges, à l'altérité et aux croisements des disciplines de manière essayistique, fictionnelle et poétique. Se faire éclaté·e est à envisager comme une exploration hybride et collective des écritures de soi - un soi qui, depuis les marges dans lesquelles il a été placé et depuis les violences qu'il a subies, ne peut faire autrement que se penser de manière éclatée.

  • Dans un monde où l'interdit mène à un questionnement moral, la raison est une maladie. La perception pure, l'obligation de la maintenir, enfièvre celui qui redoute la possibilité d'un autre monde et l'intrusion malicieuse de ses « créatures ». Chez Georges Bataille, les femmes incarnent cette dimension insidieuse, elles qui jouissent, prédatrices comme des louves, la fente velue comme des bêtes. Simone, Dirty et Hélène reprennent le langage corporel des désaxés pour mettre en péril la conscience et la vie. Si cette férocité se manifeste de manière moins draconienne chez Anne Hébert, les héroïnes y sont tout de même possédées par l'angoisse. L'outrance - sous les manifestations de la frustration et des pulsions sexuelles - fait de ces femmes des étrangères à qui l'on assigne les noms de diable, de folle, de sorcière. Ainsi ponctuent-elles le récit, orientant le scandale vers la lumière pour mieux révéler la désagrégation de leur existence. On les croirait alors venues d'un ailleurs où le corps malade - en voie de se débarrasser des idéologies - est par lui-même un « envers du monde » laissant soudainement transparaître sa phénoménalité.

  • « Deviens ce que tu es », se dit à lui-même l'enfant du millénaire, avant de comprendre qu'à l'époque virtuelle qui est la nôtre il ne sera pas simple de répondre à cette injonction. En ressassant ses souvenirs, ses lectures et en soupesant les paroles de ses proches, engagés dans la même incertitude, une voix cherche à se dire, un être cherche son chemin en empruntant les sentiers de l'essai lyrique pour recomposer les fragments de sa vie.

  • Pour opérer son passage entre l'univers de la revue et celui du livre, Contre-jour propose ici non pas un bilan de son existence en tant que cahiers littéraires, mais plus intimement un album de famille. En feuilletant ce regroupement d'essais, le lecteur reconnaîtra (ou découvrira) l'esprit de Contre-jour. Même s'il a ruisselé sur des pentes et en des directions diverses, cet esprit possède une même source : la croyance qu'il se cristallise dans la littérature quelque chose de mystérieux et de puissant, quelque chose qu'on ne se lasse pas d'interroger puisqu'on sent qu'une part de nous, et du monde, nous y attend.
    Tous les collaborateurs de ce livre, qui ont fait partie du comité de rédaction des cahiers littéraires à un moment ou un autre, ont choisi eux-mêmes un texte que les années, la lassitude, la lente répudiation de ce qu'on a été n'ont pas encore réussi à épuiser.

  • Concept encore insuffisamment reconnu dans le monde du travail, les loyautés multiples trouvent écho dans la réalité de bien des professionnels et gestionnaires, que ce soit devant la complexité des tâches et devoirs qui s'accumulent, des responsabilités qui se superposent, des réalités changeantes et des rapports hiérarchiques divers.
    Dans un contexte où nous sommes de plus en plus nombreux à porter de multiples chapeaux, à qui faut-il être loyal ? Son supérieur, sa profession, son employeur, ses collègues, ses patients ou clients ? Dans quelle mesure et dans quel(s) contexte(s) ? Et surtout, dans quelles conditions et à quel prix ?
    Poursuivant la réflexion entamée dans le premier tome, cet ouvrage propose un exercice en deux temps. Premièrement, la présentation de vignettes exposant différentes réalités de travail, inspirées de cas vécus et observés. Deuxièmement, des propositions et réflexions quant aux pistes pouvant apporter des éclaircissements et des solutions destinés aux professionnels étant aux prises avec le mal-être et les tensions que suscitent les loyautés multiples.

  • L'établissement de cet inventaire descriptif vise d'abord à mettre en valeur la bibliothèque de Réjean Ducharme. L'accès à cette extraordinaire collection (plus de 1 800 titres, dont 175 disques) devrait également infléchir les études consacrées à l'oeuvre. C'est du moins dans cet état d'esprit que nous avons élaboré cet outil de recherche qui propose une sorte de portrait de l'atelier de travail de Réjean Ducharme.

    La structure de l'inventaire rend compte de son « dispositif intellectuel ». Chaque livre s'est vu attribuer une cote alphanumérique, qui correspond à son emplacement précis dans le bureau de Ducharme, dans la bibliothèque de chevet ou encore dans diverses étagères de sa maison de la rue Quesnel, la dernière qu'il aura habitée. Le premier livre de la bibliothèque porte donc la cote A1.1.

  • La précarité de sa condition expose l'être humain sur tous les fronts. Son besoin de protection tend, au fil de l'évolution et du processus de civilisation, à s'exacerber jusqu'à prendre la forme, pathologique, de la névrose de défense. Un mystérieux syndrome d'enfermement semble condamner l'humain à se prendre au piège des structures (domestiques, politiques, techniques, symboliques...) qu'il sécrète comme des sortes de bunkers pour se mettre à couvert. Aux murs que l'individu édifie dans l'espace physique répondent, dans le registre psychique, les grilles théoriques, les fantasmes, les manies et les idéologies sous le masque desquels il se fuit.
    Se privatisant dans le for intérieur ou se dilatant à l'extérieur jusqu'à couvrir la planète entière, le bunker, au sens élargi où on le conçoit ici, se décline d'innombrables manières. Il parle du passé aussi bien que du présent, de la guerre d'hier et de la hantise d'aujourd'hui. Il témoigne, plus que tout, de la difficulté de se mettre à nu et d'aller à la rencontre de l'inconnu - d'être, tout simplement, sans s'évertuer à interposer entre soi et le réel dont on a si peur une infinité d'écrans qui en travestissent la nature.
    La lecture de cet essai se présente comme un voyage initiatique au sein du monde opprimant des murs et des clôtures, afin de pénétrer un peu mieux les raisons de cette frayeur portant les individus aussi bien que les États à se replier dans leur quant-à-soi, comme si l'on ne pouvait même plus envisager de sortir de l'angoisse devenue endémique.

  • Quand on pose les questions « Depuis quand parlons-nous ? » ainsi que « Depuis quand écrivons-nous ? » et qu'on examine plus en profondeur les origines de l'écriture et de la parole, l'évidence de la réponse se perd en conjectures. Certains diront que nous avons commencé à écrire il y a 3 500 ans, au moment de l'invention de l'alphabet hiéroglyphique égyptien et de l'alphabet cananéen/phénicien ougaritique (écriture cunéiforme). Nous aurions alors lié l'apparition de l'écriture au facteur urbain, d'une part, et aux nécessités de la comptabilité, d'autre part. D'autres affirmeront plutôt qu'il ne fait pas de doute que les formes totalement abstraites, qui abondent dans la plupart des ensembles préhistoriques de toutes les périodes et de toutes les régions depuis le Paléolithique moyen (entre 250 000 et 35 000 AP), constituent les premiers véritables symboles graphiques, les premières écritures ou inscriptions si l'on veut user de prudence.
    Le présent essai réaffirme l'importance de l'art pour le genre Homo et nous amène sur les traces des premières écritures, avec comme principal outil le chant. L'auteure ouvre cet espace-temps historique en conviant le lecteur à la découverte de la grotte de Niaux, ornée de chefs-d'oeuvre créés par nos ancêtres il y a plus de 14 000 ans.

  • Eftihia Mihelakis voulait discuter d'enseignement sans se parer de concepts vides. Avec Catherine Mavrikakis, Jérémie McEwen et Josianne Poirier, elle propose ici une réflexion nouvelle sur le Québec, issue des points de vue incarnés dans les milieux universitaire et collégial, avec un regard décloisonné et résolument tourné vers l'avenir.

  • Qu'est-ce qu'un scandale en art et que révèle-t-il ? Comment se déploie-t-il dans l'espace public et comment agit-il rétrospectivement sur ce qui fait mémoire ? Comment s'enracine-t-il aux contextes artistique et sociopolitique tout dévoilant certaines de leurs facettes ? Comment s'articule-t-il au pôle censure / liberté d'expression ? Comment l'analyse rétrospective de celui-ci est-elle elle-même ancrée dans des choix théoriques et des sensibilités éthiques et politiques qui peuvent en redéfinir les contours ?

  • Ce petit livre est une grotte, une caverne littéraire sur les parois de laquelle se projettent les hantises et les rêveries d'une alter ego nommée Frida Burns. Brève autobiographie intellectuelle et lyrique, ce carnet interroge les liens hasardeux qui se tissent entre les livres et les existences. Il se veut un hommage à la littérature et aux histoires d'amour (qu'elles soient de chair ou de papier) qui embrasent les êtres, leur permettant de perdre joyeusement leurs contours et d'accéder à la puissance de l'anonyme au coeur du plus intime.

  • Cet essai porte sur l'oeuvre de David Foster Wallace et s'intéresse au choc que les livres peuvent provoquer en nous. Il a pour point de départ la notion d'influence : celle des oeuvres du passé sur le travail d'écriture, celle du texte sur ses lecteurs, mais aussi celle de l'auteur sur les critiques qui se penchent sur son oeuvre. Dans tous les cas, il s'agit de mesurer la force de frappe du texte, sa capacité à imprimer sa marque sur l'histoire des idées, mais aussi de manière plus intime sur les lectrices et les lecteurs.

  • Le public québécois manifeste aujourd'hui un engouement certain pour le théâtre documentaire. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. La rapidité avec laquelle cette esthétique s'est imposée depuis les années 2000 est à la source de cet ouvrage collectif et en explique la forme : non pas celle d'une histoire qui reste à faire, mais celle d'un étoilement que les auteur·e·s de l'ouvrage appréhendent à partir de multiples perspectives. Sont regroupés sous l'appellation de « théâtres documentaires » une variété de créateurs et de démarches que réunit l'idée d'interprétation du réel, à comprendre ici dans sa double acception de jeu avec la réalité et de point de vue sur celle-ci. On cherchera donc à saisir le fonctionnement - tant sur le plan éthique et politique que dans sa dimension véritablement esthétique - des principales manifestations de ce mouvement au Québec et à se demander à quels besoins répond cette prédilection soudaine pour la factualité dans une vie théâtrale qui s'en était très bien passée jusque-là.

  • Après avoir vécu son enfance à Québec où elle a amorcé son oeuvre, Marie-Claire Blais a habité quelques lieux qui ont eu une énorme importance dans son écriture. Après Québec, il y eut Montréal, Cape Cod, Paris puis, jusqu'à maintenant, Key West, en Floride.

  • Avec ces méditations qui sont des « promenades accompagnées », selon une belle expression de Robert Lalonde, l'essayiste sait aussi, d'expérience et par ses lectures, ne plus être seul. Il formerait avec les siens, selon un mot de Jan Patocka retenu par Étienne Beaulieu dans L'âme littéraire, la « communauté des ébranlés ». Au lieu d'être le seul « penseur de soi-même par l'entremise de la culture », il devient « un penseur de la culture s'étant égaré lui-même ».

  • Et si Eudore Évanturel - le plus grand poète oublié de la littérature québécoise, sans doute l'envers exact de la figure du barde national avec son humour décalé, sa légère tendance au voyeurisme, son précieux bol de café solitaire et sa tombe oubliée derrière celle de François-Xavier Garneau -, et si Eudore n'était pas en marge de notre histoire littéraire mais, pour toutes ces raisons, précisément au centre ? 

    Il y a cent ans Eudore Évanturel, en exil à Boston, mourait dans l'oubli. Auteur d'un seul véritable recueil de poésies, Premières poésies, 1876-1879 (le second n'étant qu'une reprise mutilée du premier, avec l'ajout de quelques inédits). Les auteurs de ce recueil de texte soulignent cette disparition en revenant de façon analytique sur l'oeuvre à redécouvrir du poète.

    L'oeuvre complète (comprenant des inédits) d'Évanturel est disponible dans notre collection poche (Alias, 2018) sous le titre OEuvre poétique. Texte établi et présenté par Guy Champagne.

  • Libertés de la solitude est un recueil de respirations, de pensées, de collages et, parfois, d'envols. L'écriture naît d'une alchimie des êtres qui distille les mots et les jours en une oeuvre où s'entremêlent essai, prose et poème. Telle la voie des bouddhas, celle de tout écrivain n'est-elle pas de soulever le voile qui obstrue notre vision du monde et de la réalité ?

  • L'essai littéraire, c'est bien sûr une manière d'écrire, mais aussi de voir et d'être, une présence au monde accrue, subtile et ambiguë, qui convoque les savoirs pour les révoquer immédiatement au nom de l'expérience. L'essai littéraire s'écrit comme pour son fondateur, Montaigne, dans un espace fermé, une chambre à soi, ici une chambre claire, où l'amitié des voix permet de révéler, au sens quasi photographique du terme, la présence des autres au sein de la solitude.

    Les textes rassemblés dans ce livre interrogent l'art de l'essai et témoignent de façons de lire et de différentes manières d'être et de se tenir devant la pensée, la création et le savoir. En s'emparant de ce qui se joue dans l'essai, ils offrent à lire et à entendre des voix singulières, libres, résistantes et ouvrent ainsi de nouveaux espaces habitables pour la recherche-création.

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