Éditions de la Sorbonne

  • Entre le XIIIe et le XVIe siècle, dans les régions de la Méditerranée occidentale, princes, grands seigneurs, prélats et hommes d'affaires ont aimé décorer richement l'intérieur de leurs demeures. Ils y ont fait entrer l'image, précurseurs d'une longue histoire des espaces domestiques. On redécouvre aujourd'hui, à la faveur de restaurations, le foisonnant décor des plafonds, plus rarement celui des murs. Ce sont des centaines, des milliers d'images inédites qui nous parviennent et révèlent un Moyen Âge profane presque inconnu. Parmi la luxuriance des corniches et moulures où s'enroulent des rubans ou s'épanouissent fleurs et feuillages, les planchettes glissées entre les solives ont reçu des peintures dont la variété thématique nous ouvre une nouvelle part de l'imaginaire de ces siècles. La rigueur du programme héraldique voisine avec un monde animal souvent fantastique, mais aussi domestique, familier, ou exotique. Ici et là, des saynètes montrent des personnages humains, au jeu, en fête, au travail (fort peu), ou au combat. Ici, la veine est raffinée, là, d'une truculence comique. Cet ouvrage parcourt, pour la première fois, toutes les régions méditerranéennes qui ont participé de ce goût pour les charpentes peintes, trace la chronologie de leur histoire, observe les traits communs de leur inspiration et fait ressortir les nuances : la Renaissance et l'Antique s'expriment en même temps que la drôlerie des fabliaux.

  • Ce neuvième volume de la collection Le pouvoir symbolique en Occident (1300-1640), publiée conjointement par les Éditions de la Sorbonne et l'École française de Rome, contient les actes du second colloque organisé dans la série des rencontres d'analyse politique comparative du cycle Les vecteurs de l'idéel : intitulé De Dante à Rubens : l'artiste engagé, il s'est tenu du 13 au 15 septembre 2012 à l'auditorium du château de Versailles et à celui de la bibliothèque universitaire de l'université de Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines. Cette rencontre a été organisée par Patrick Boucheron et Étienne Anheim dans le cadre du programme SAS (Signs and States), un advanced program du European Research Council, en collaboration avec le laboratoire Dynamiques patrimoniales et culturelles (DYPAC) et l'Institut d'études culturelles et internationales (IECI) de l'université de Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines, avec le soutien du Centre de recherche du château de Versailles.

  • Appréhendant l'univers des officiers de l'administration des finances des xviie et xviiie siècles en Nouvelle-Espagne comme un espace social, cette étude reconstitue les pratiques, autant collectives qu'individuelles, d'un groupe de l'élite coloniale. La démarche suivie associe l'étude des parcours socioprofessionnels à celle de l'insertion familiale, sociale et économique de ces officiers. Au-delà, la reconstitution de leurs comportements débouche sur une réflexion relative aux modes de fonctionnement de l'appareil d'État dans une société coloniale de l'époque moderne. L'originalité de l'approche permet de défricher de nouvelles interprétations concernant les enjeux, les objets et les moyens mis en oeuvre par le pouvoir métropolitain pour imposer son autorité à l'une de ses principales colonies. Simultanément, l'étude s'oriente vers une anthropologie de la pratique du pouvoir parmi les élites coloniales. La mise en évidence de l'étroitesse des relations nouées par les officiers royaux avec le milieu local souligne la place centrale des stratégies familiales et l'influence décisive des pratiques clientélistes. Débouchant sur de vastes réseaux relationnels, ces dernières constituaient l'une des principales forces d'animation et de structuration de la société coloniale. Leur reconstitution éclaire sous un jour nouveau la place des groupes familiaux au sein de l'appareil d'État impérial et renouvelle notre perception de l'exercice du pouvoir dans la Nouvelle-Espagne du xviiie siècle.

  • Au xixe siècle, l'industrialisation et l'élaboration de politiques éducatives systématiques sont deux phénomènes concomitants, dont seul le premier est ordinairement analysé dans sa dimension internationale. Les politiques scolaires, en revanche, n'ont guère été envisagées jusqu'à présent que dans un cadre étroitement national, pour donner naissance à des stéréotypes et des mythes solidement ancrés dans la conscience collective de chaque pays. En réalité, ces politiques ont revêtu un caractère supranational, qui rend urgente une approche comparée. Seule, une appréciation correcte de la part des différents facteurs nationaux et supranationaux, des motivations éducatives ou étrangères au champ de l'éducation permettra de comprendre leurs conditions d'évolution, leurs chances d'avenir et leurs possibilités de changement. La sélection des communications présentées au Colloque international de Sèvres, tenu en septembre 1981 à l'occasion du centenaire des lois scolaires françaises, que l'on trouvera dans ce livre, veut aider à démêler l'écheveau de ces facteurs et rendre le lecteur conscient de ce qui, dans sa formation intellectuelle et morale, le relie à sa propre nation ou le rend citoyen d'une communauté éducative plus large.

  • Dans le tiers-monde, l'échec des grands programmes de « développement » - qui se sont soldés au mieux par des modernisations inégales et inégalitaires - est d'abord un échec de l'État. N'induit-il pas une crise de la légitimité et ne souligne-t-il pas l'étroitesse de sa base sociale, dans le même temps où ses capacités d'intervention sont réduites par la crise économique et les politiques d'ajustement structurel ? Dans un contexte de désengagement de l'État, la démocratie apparaît encore comme un processus ambigu, inachevé et souvent manipulé par l'État lui-même. Cependant, n'est-ce pas à une redéfinition du politique, des rapports entre État et société, qu'appellent les constats d'échec et les revendications légitimes qu'ils nourrissent ? De nouveaux acteurs n'émergent-ils pas un peu partout, qu'ils soient d'emblée politiques ou que se reconstituent des groupes sociaux ou économiques ?

  • L'abolition de l'Apartheid en Afrique du Sud marque une victoire importante pour les idées démocratiques et pacifiques. Cette passation politique est l'aboutissement de plus de dix ans de mobilisation populaire contre les classifications dites chromatiques: « black », « white », « colored ». Aujourd'hui il subsiste une zone d'ombre sur ces forces antiapartheid. Quel fut le rôle des personnes classées « white » ? Ce livre décrit les trajectoires de trois associations: Black Sash, End Conscription Campaign, Five freedoms Forum. De plus, sont examinées les importantes contributions apportées par les historiens et les artistes. Enfin, l'analyse des symboles d'unité nationale permet de comprendre comment a pu naître une nouvelle identité sud-africaine.

  • Depuis Saussure, nous savons tous que la langue est la plus importante de toutes les institutions d'une société, celle sans laquelle, précisément, il n'y aurait pas de société. Elle est pourtant trop peu étudiée par l'historien : si ses sources sont sacrées, que fait-il de la langue dans laquelle elles lui sont parvenues ? Sans doute lui prête-t-il la plus grande attention, s'il doit éditer un texte ou si celui-ci lui oppose, par sa difficulté ou par les problèmes d'authenticité qu'il soulève, une résistance : l'historien ne répugne pas à se faire philologue, dans la mesure de ses moyens, puisqu'il s'agit là d'une des composantes requises de l'érudition académique ; de même, sa culture lui permet souvent de juger du style ou des qualités « littéraires » d'un texte. Mais il va plus rarement au-delà, alors que des approches pluridisciplinaires ouvrant la voie à des analyses linguistique, sociolinguistique ou logo- métrique lui apporteraient des informations historiques du plus haut intérêt. De Méroé au Burundi, des discours des présidents de la République française aux chartes royales éthiopiennes, des démonstratifs en moyen fiançais au bilinguisme gréco-romain en passant par les glissements du « français du roi » au picard ou aux langues du midi, le présent volume, reflet partiel d'une fructueuse rencontre organisée par l'École doctorale de Paris 1 en 2006, offre une dizaine d'exemples de ces approches, ainsi qu'une mise en perspective générale de la place qu'occupe la langue dans les préoccupations des historiens depuis une cinquantaine d'années. Autant qu'à la réflexion méthodologique, il incite à la mise en commun des savoirs et des compétences entre historiens et linguistes, pour que la langue soit prise enfin par l'historien pour ce qu'elle est, l'un des éléments essentiels de ses sources.

  • Passer devant un juge pour régler un conflit de couple est aujourd'hui chose banale. Mais banal ne veut pas dire récent. Le phénomène a une longue histoire, retracée ici dans le cadre de l'Europe occidentale préindustrielle, des Pays-Bas à l'Espagne et à l'Italie, de la France à la Roumanie, sans négliger les évolutions de la diaspora juive installée au sein de la société chrétienne. Partout, les infractions possibles à la loi qui définit le mariage se durcissent et les procès se multiplient devant les tribunaux laïques ou ecclésiastiques. Rapts, viols, mariages clandestins, adultères et toutes les formes de violences conjugales sont autant de chefs d'accusation maniés par la justice, mais le plus souvent à la demande du couple ou de sa parenté. La question est bien de savoir comment et pourquoi la justice a pu être utilisée, voire instrumentalisée comme une arme dans les querelles matrimoniales, et quel regard a pu être porté sur ces conflits où s'est en particulier joué le sort des femmes.

  • Qu'est-ce qu'agir dans une certaine intention ? Faut-il penser l'intention comme une idée d'action que nous formons en l'esprit séparément de l'action, ou bien comme une forme qui se dégage dans l'action accomplie ou en train d'être accomplie ? La pensée pratique est-elle de même nature que la pensée théorique ? Tel est le noyau des questions abordées dans ce collectif critique consacré à l'oeuvre d'Elizabeth Anscombe (1919-2001). D'autres questions s'articulent autour de ce noyau, notamment : en quel sens la perception est-elle intentionnelle ? Du point de vue logique, une action est-elle un prédicat comme un autre, ou bien sa forme verbale est-elle irréductible ? Le plaisir est-il un bien ? Un choix rationnel peut-il être libre ? Dire « je », est-ce faire référence à une personne en particulier ? Une action involontaire peut-elle être rationnelle ? Précédés d'un avant-propos de Vincent Descombes, les essais réunis ici forment une introduction critique à la pensée riche, incisive et radicale d'Anscombe. Ils confrontent aussi les arguments de la philosophe à des problématiques contemporaines et entreprennent de penser à partir d'eux. Où l'on pourra constater que nous avons beaucoup à apprendre de celle qu'on ne connaît souvent que comme exécutrice testamentaire et traductrice de Wittgenstein, alors qu'elle fut aussi et surtout une philosophe de plein droit, et de tout premier ordre.

  • Dès le Moyen Âge, le claustrum et le carcer, le cloître et la prison, ont été associés. Exaltant l'ascèse monastique, Bernard de Clairvaux, pour ne citer que lui, comparait déjà le monastère à une prison ouverte, où seule la crainte de Dieu retenait les moines. Aujourd'hui, les liens entre cloître et prison sont encore perceptibles dans le site exceptionnel de Clairvaux, ancienne abbaye cistercienne fondée au xiie siècle et transformée en centre pénitentiaire au xixe siècle. Dans les années 1960-1970, penseurs des institutions répressives et historiens du monachisme ont âprement polémiqué sur l'analogie entre cloître et prison. Afin de dépasser les apories de ces controverses et de renouer les fils du dialogue interrompu entre historiens du cloître et historiens de la prison, cet ouvrage propose une histoire commune des deux enfermements. Il explore les conceptions et les valeurs associées à l'enfermement, les particularités de la vie en milieu clos, la sociologie des groupes exposés à l'enfermement, dans l'ensemble de l'Europe, de l'Espagne à la Saxe et de l'Angleterre à l'Italie, entre le vie et le xviiie siècle. Faisant appel aux meilleurs spécialistes internationaux de ces questions, il privilégie les vues synthétiques plutôt que les études de cas. Il dessine enfin les renouvellements historiographiques intervenus depuis quatre décennies dans les domaines de l'histoire du droit, de l'histoire sociale et de l'histoire religieuse.

  • Le clergé chrétien s'est essentiellement attaché à organiser la dévotion à saint Jean autour de son rôle de baptiste, qui l'établit comme Précurseur du Christ. Mais Jean ne s'est pas contenté de venir en Précurseur pour prêcher la pénitence aux hommes ; il a aussi connu une mort, interprétée par les chrétiens comme un martyre. Loin que l'histoire se close ici, la tradition populaire, une fois le récit de la décapitation de Jean fixé par les évangiles, a utilisé ce thème comme support de nombreuses croyances, légendes et cultes qui ont su lui prêter, en retour, une ampleur nouvelle au moyen d'une véritable exégèse populaire qui peut s'observer jusque dans les représentations sacrées. Ce sont quelques-unes de ces traditions, forgées en marge du récit évangélique, que Claudine Gauthier analyse dans cet ouvrage, en les envisageant au regard du complexe mythologique et culturel qui les sous-tend et dont elles ont transformé le sens. Car, comme le dit Michel Tardieu dans sa préface : « Il y a plus d'un mort dans la mort de Jean-Baptiste. » Mais toutes les traditions ethnographiques relatives à saint Jean décollé ne peuvent se résumer ainsi. Suivant toujours le fil de saint Jean décollé, Claudine Gauthier montre également que l'hagiographie doit parfois être lue d'un point de vue différent, en considérant l'influence du politique sur la construction de certaines vies de saints. Étudiant le rôle dévolu à l'image du chef de saint Jean lors de l'accompagnement rituel du condamné à mort par des confréries de pénitents répandues en Italie et dans la France méridionale, elle nous permet également de saisir toute la complexité du concept de « bonne mort » dans le monde médiéval.

  • Alors que la part des femmes dans la délinquance est restée moindre que celle des hommes et que le droit traite, en principe, les deux sexes à égalité, pourquoi le récit de leurs crimes les transforme-t-il si facilement en monstres ? Pour répondre à cette question, paradoxale, cet ouvrage croise les analyses d'historiens, juristes, crimino­logues, historiens de l'art et plasticiens. Ces chercheurs mobilisent des sources abondantes et multiples, fragments bibliques, vases antiques, miniatures médiévales, chroniques judiciaires, dessins de presse, grands procès reconstruits par la télévision... qui nous donnent à voir la complexité des représentations des femmes criminelles, construites et sédimentées depuis trois millénaires. Des figures de femmes criminelles contemporaines - Jeanne Weber, l'ogresse de la Goutte d'or, Violette Nozière, l'empoisonneuse, les soeurs Papin - aux figures archétypales « intemporelles » - Eve, Pandora, la sorcière, la prostituée, la femme adultère, qui ne sont pas coupables de crimes mais pensées comme coupables du désordre de l'humanité -, on retrouve les mêmes stéréotypes dépréciatifs des femmes dans l'imaginaire occidental. Cette image peut connaître des nuances, des changements concernant les infractions féminines sont intervenus dans le champ juridique, mais sur le long terme la société n'accepte guère que la femme soit criminelle. Si la femme est réellement criminelle, elle donne une image repoussante, celle du monstre, ou au contraire aguichante, celle de la tentatrice dont les prostituées sont les filles. Cela revient, dans les deux cas, à renier le crime au féminin. Est-ce la raison pour laquelle, aujourd'hui encore, les historiens n'arrivent pas à expliquer le phénomène, sauf à dire que les femmes sont portées à la paix et les hommes à la violence ?

  • L'avion n'est pas un simple moyen de transport, c'est aussi un objet de réflexion. Pour preuve, cet ouvrage rassemble de façon novatrice aussi bien des analyses de spécialistes de l'aéronautique civile et militaire, que des études de philosophes, sociologues et anthropologues. Chacun donne un point de vue distancié et critique sur l'histoire et le devenir de l'avion et ses enjeux contemporains - le rêve, la puissance et le doute. La part du rêve de l'aviation est paradoxale, entre Icare ou la délivrance de la pesanteur et le désir de contrôle d'un ciel d'où tombera le feu capable d'anéantir l'ennemi. Avant même l'histoire de l'avion, puis à ses débuts, des auteurs de science-fiction l'ont imaginé comme une arme décisive, avant que Giulio Douhet n'en établisse, le premier, la théorie en 1916. L'aviation civile a, en réalité, toujours été propulsée plus loin et plus haut dans les airs par l'aviation militaire et sa puissance: c'est de la guerre de 39-45 que sont nés les contrôles aériens modernes et les avions gros porteurs qui nous transportent d'un continent à l'autre. Par la conquête de la liberté et la volonté de maîtrise du temps et de l'espace, l'avion incarne aujourd'hui l'intense vibration de la modernité, le flux incessant du voyage. Mais les progrès informatiques et la complexité croissante des technologies, tant dans le domaine civil que militaire, déréalisent le contrôle des appareils et des trajectoires. De nouvelles logiques se mettent en place, au profit d'une virtualité qui s'efforce, avec peine, de laisser un espace à l'humain. Confrontée désormais à la critique écologique, enfermée dans sa dépendance quasi absolue au pétrole, associée au danger mortel du crash puisque la sécurité totale est impossible à atteindre, guettée par la toute-puissance électronique, soumise aux aléas géopolitiques et économiques, l'aviation doit faire face aux interrogations sur sa capacité de croissance continue dans un monde en crise soucieux de découvrir de nouveaux modèles. Du rêve à la puissance, l'avion génère maintenant le doute.

  • Ce volume rassemble vingt-deux articles, publiés entre 1979 et 2007, que Claude Michaud a consacrés à l'histoire de l'Europe centrale à l'époque moderne. Il s'organise autour de trois grands thèmes : la nation hongroise, les représentations du despotisme éclairé et les relations de l'Europe catholique avec l'empire ottoman entre croisades et Secondes Lumières. À partir du « cas hongrois », Claude Michaud propose une histoire située au centre de l'Europe, lieu de passage, d'échange, de croisement mais aussi miroir dans lequel se jouent et se dénouent des conflits français. Au plus près des archives, il trace le portrait de grandes figures nobiliaires, soldats, diplomates, savants, qui illustrent leur nom et servent leur prince, à Paris, à Vienne, à Constantinople ou à Saint-Pétersbourg. Dans l'interaction du politique et du religieux, de la tradition et du changement, Claude Michaud donne finalement à voir les multiples formes de l'engagement à l'époque moderne.

  • Les montagnards sont-ils différents ? Sont-ils façonnés par l'espace qu'ils arpentent ? D'où vient leur esprit de famille ou, si l'on préfère, leur goût pour les clans ? On a vu parfois dans les montagnes archaïques et solitaires des réservoirs de prêtres, on a dit qu'elles hébergeaient facilement les maquisards, les insoumis, les sorciers, les juifs, les cathares... Vingt-neuf chercheurs sont allés voir de près. Ils ont bien découvert des familles de prêtres, de ces clans qui donnent à leurs cadets les bases de l'écriture et de la lecture : de quoi en faire en effet des prêtres, mais aussi des colporteurs et des instituteurs... Ils ont mis en valeur la singularité de ces clergés montagnards : prêts à se sacrifier pour leurs familles, pour leurs ancêtres, pour leur foi, pour un absolu, dans toutes les religions, et surtout en cas de faiblesse des pouvoirs supérieurs. Ils ont vu que ces familles devaient trouver en elles-mêmes les règles de leur survie : des subsistances pour le corps, les écritures pour rendre des comptes ; des symboles pour rêver, des rites pour échapper à l'angoisse et d'autres pour maintenir la vie à tout prix. Espace fragile, isolé, grandiose, la montagne s'impose à l'homme dans ses excès. Les hommes des montagnes croient toujours qu'ils ne sont pas tout à fait comme les autres, même et surtout quand ils sont en plaine.

  • Création de la chrétienté occidentale médiévale, l'université constitue par nature un objet historique qui doit être abordé dans le cadre européen. Au-delà des clivages nationaux, l'histoire des universités, depuis leurs fondations jusqu'aux crises contemporaines, permet en effet de dégager les lignes de force de l'histoire culturelle de l'Europe, à travers la mutation de son enseignement supérieur. C'est le but de la vingtaine de communications réunies ici dans une perspective délibérément transpériodique et internationale. L'institution universitaire est ainsi examinée à la lumière de quatre problématiques qui traversent l'ensemble de son histoire l'insertion des universités dans la société, leurs rapports avec les pouvoirs, leurs modèles de représentation et la construction d'un espace spécifique. Cet ouvrage croise donc plusieurs champs historiques, depuis la sociologie jusqu'à l'histoire intellectuelle en passant par l'histoire politique et institutionnelle. De la France à la Scandinavie en passant par l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Italie, c'est un panorama véritablement européen qui s'offre à tous ceux qui s'intéressent à la genèse de nos universités.

  • L'histoire de la vengeance, du Moyen Âge à la fin de l'époque moderne, restait à écrire. Les dix-huit contributions de cet ouvrage, issues de trois rencontres internationales, traitent des pratiques de la vengeance en étudiant une série de cas pris dans l'Empire, dans le royaume de France, mais aussi en Italie et en Espagne. Tous les groupes sociaux sont concernés, nobles comme non-nobles, paysans et citadins, clercs et laïcs. L'idée a été de comprendre comment et pourquoi, globalement, la vengeance régresse en Occident. Il fallait pour cela interroger les outils théoriques dont dispose l'historien, la notion de « justice privée », qui renvoie à l'idée d'un État détenteur du monopole de la violence légitime, ou celle de « civilisation des moeurs » qui accompagne nécessairement l'idée d'un progrès de l'homme sur ses pulsions agressives. Ces notions volent ici en éclats pour faire place à des explications plus nuancées et sans doute plus justes. L'État peut louer la vengeance tout en la condamnant par bribes, et la vengeance peut se dérober à l'observation ou, au contraire, envahir la documentation au gré des acteurs qui la manipulent pour en faire mémoire. Enfin, si le lien entre honneur et vengeance est ici privilégié, il n'est pas le seul critère d'explication. Car la vengeance se révèle multiforme et, de ce fait, reste difficilement saisissable

  • Pourquoi conçoit-on des lieux fermés pour les hommes et d'autres pour les femmes ? En quoi les discours autour du genre ont-ils influencé l'émergence et la perpétuation de dispositifs de clôture pour affirmer les différences sociales entre hommes et femmes ? Quelles formes prennent les rapports entre les sexes dans les milieux clos ? Associant des approches historiques et sociologiques, cet ouvrage explore les interactions entre les différentes formes d'enfermements et le genre, ce qui induit une réflexion sur le féminin, sur le masculin et sur leurs interrelations dans les conditions créées par une séparation plus ou moins rigoureuse du monde. Les études de cas rassemblées dans ce volume entendent comprendre tant les effets que la clôture a produits et produit sur les conceptions du genre que, à l'inverse, les effets que le genre a produits et produit sur la clôture. Les rapports qu'entretiennent genre et enfermement sont envisagés sur la longue durée de l'histoire européenne, depuis les monastères médiévaux et les hôpitaux d'Ancien Régime jusqu'aux institutions pénitentiaires, bagnes et camps contemporains. L'ouvrage montre également leur résonance dans des territoires coloniaux d'Amérique et dans le monde chrétien de la Méditerranée orientale. Il révèle ainsi que les lieux clos sont des lieux matriciels où se sont élaborés et s'élaborent des pratiques, des techniques et des savoirs autour du féminin et du masculin.

  • Ce second volume de « Byzantina Sorbonensia » répond à la nécessité de donner sous la forme scientifique adéquate la documentation indispensable à l'étude d'un problème important ou d'un domaine précis. Dans notre cas, il s'agit de la fortune impériale, question à tous égards intéressante, dont l'examen doit être étayé par des documents officiels, telles, par exemple, les dispositions impériales se référant à l'organisation, à la gestion et à la nature même des biens relevant de la couronne. Michel Kaplan a su, grâce à sa thèse « La grande propriété dans l'Empire byzantin (vie-viie siècles) : l'État et l'Église », étudier avec bonheur le fonctionnement des institutions qui se rattachent à la fortune impériale, tels la « res privata », le « Patrimonios », la « domus » et les maisons divines en général. Il a dégagé avec clarté les traits de la tâche des fonctionnaires qui assurent l'entretien et l'exploitation, l'économie, dirait-on, des biens de la couronne ; il a présenté avec minutie la diversité d'origine de ces biens ; il a pu enfin avancer des hypothèses souvent convaincantes sur le rôle économique et social des grands domaines ainsi que sur les méthodes d'exploitation ; utilisation d'intermédiaires, personnel chargé de l'exploitation directe, forme des contrats et des baux, obligations réciproques des contractants, etc. D'autres problèmes sont esquissés, sans être résolus d'une manière satisfaisante, tels le statut des terres conquises ou la différence entre terre de la couronne et terre de l'État, pour ne citer que les plus controversés. Toute étude dans ce domaine épineux se doit de prendre un appui solide sur des sources de valeur incontestée. Le présent volume offre justement cet appui à ceux qui voudront continuer l'examen des fondements du régime agraire et par là de l'économie de Byzance. On comprend pourquoi cet ouvrage bénéficie de l'aide du CNRS, ce dont, en tant que Directeur de la collection, je ne peux que me féliciter ; cette aide témoigne à mon sens de la qualité du présent volume, dont l'utilité me semble évidente.

  • L'étude, qui prend force dans le thème essentiel de la propriété foncière et élan dans l'épaisseur historique du Roussillon, est conçue comme une réflexion à plusieurs niveaux, tramés par les temps de l'his­toire : saisir, dans la longue durée, les conditions de mise en place et de développement d'une société rurale viticole méditerranéenne ; rechercher, au rythme de la conjoncture, les facteurs d'instabilité et les réajustements successifs qui l'affectent ; projeter, enfin, l'histoire inscrite sur le sol dans celle qui se grave dans les mentalités, là où se tissent les multiples fils entre l'intelligible et le vécu. Une telle méthode conduit à analyser historiquement la société des propriétaires-viticulteurs roussillonnais, pour comprendre son devenir et l'insérer dans la grande histoire des sociétés rurales.

  • Ce travail est la première partie d'une recherche prosopographique sur la famille des Argyroi. C'est l'intérêt que nous portons à la composition et à l'histoire de la société byzantine qui nous a conduit à l'étude des nombreuses familles qui la composent. Depuis Charles du Cange, qui a publié en 1680 ses Familiae Augustae Byzantinae, jusqu'à nos jours, rares sont les familles dont les membres se sont illustrés de quelque façon que ce soit, qui n'aient fourni matière à un livre, une thèse ou un article dans une revue spécialisée ; mais de plus en plus, les travaux de géographie historique, d'histoire économique ou institutionnelle, rendent nécessaire une identification claire et précise des individus qui ont contribué, parfois de façon modeste, il est vrai, à faire l'Histoire. A cet égard, la notice prosopographique est devenue indispensable ; non seulement elle établit une filiation et des liens familiaux, mais elle se doit de retracer toute une carrière.

  • Les îles de l'Empire Byzantin est un ouvrage consacré à l'histoire des îles de la Méditerranée orientale à l'époque médiévale, avant l'établissement des Occidentaux. L'auteur étudie les différents spects de cette histoire mouvementée que fut l'histoire insulaire à cette époque : histoire politique d'un monde situé sur les frontières et dont la survie était liée à la puissance maritime de Byzance ; histoire du peuplement d'un monde hérité de l'Antiquité et confronté aux invasions et aux nouveaux flux de population, histoire administrative d'une région à double appartenance, maritime et continentale, devant s'adapter aux nécessités de la stratégie et aux impératifs démographiques, histoire économique et sociale d'un milieu spécifique à la fois par sa diversité interne et par sa profonde intégration au reste de l'Empire. L'ouvrage se termine par l'étude des relations des îles avec le reste de la Méditerranée Orientale, qui caractérisent ce monde éclaté et multiple.

  • Ces conférences données devant l'École doctorale de Science Politique de la Sorbonne se présentent sous le sceau de l'interdisciplinarité, et ceci à un double titre : d'une part, leurs auteurs viennent d'horizons divers, mais se rencontrent sur le terrain de la science politique, d'autre part, la question discutée est justement celle-là même du champ de cette science, et de ses méthodes. Les titres des conférences reflètent bien l'embarras que provoque une telle question. « Faut-il encore une anthropologie politique ? » se demande Georges Balandier, tandis que Jacques Le Goff s'interroge : « L'histoire politique existe-t-elle ? », que Bernard Voutat livre ses « Réflexions sur une discipline sans objet », et que Pierre Ansart, en passionné de sciences sociales, sonde le politique avec ses « Questions de méthode ». Aussi bien, des concepts transversaux à plusieurs disciplines sont-ils souvent utilisés en science politique. Ainsi de la notion de réseau, de public, de civilité. Ils constituent des indices pratiques d'une interdisciplinarité en action, in process. Il en est de même des sous-disciplines « traversières », telles que les « politiques publiques », la « sociologie historique » ou la « communication politique ». Ce recueil de conférences destiné en premier lieu aux doctorants devrait pouvoir aider tous ceux qui sont pris dans un processus de thèse, et au-delà, tous ceux qu'intéressent les champs scientifiques émergeants.

  • Après une première série déjà publiée par le même éditeur, voici la seconde série des conférences de l'École doctorale de Science politique de la Sorbonne, données de 2001 à 2003. Tout comme les premières, ces conférences questionnent l'interdisciplinarité. Le sujet, loin d'avoir été épuisé avec la première série, est toujours d'actualité, tant pour les enseignants que pour les doctorants.Tout d'abord, les « Espaces multiples de la science politique » sont envisagés sous l'angle des questions de société, comme le clonage (Henri Atlan), la bureaucratie (Françoise Dreyfus), la violence (Pierre Hassner) ou sous l'angle d'une recherche de leurs conditions de possibilité : Claudine Haroche examine la question du déclin des formes, et Dominique Schnapper celle de la possibilité d'une sociologie de la nation, tandis que Pascal Durand s'interroge sur la sémiologie du lieu commun. Ensuite, des éléments de méthode sont mis à l'épreuve sur des problèmes concrets aussi divers que la structure du pouvoir en Allemagne de l'Est (Heinrich Best) ou l'organisation des Indiens du Pérou (Nathan Wachtel), tandis que les rapports d'autorité et les cadres juridiques de l'État-providence font l'objet d'analyses de la part de William R. Schonfeld et d'Alain Supiot. Enfin, les thèses des doctorants ne se font pas faute de témoigner del'attention croissante portée à une approche traversière. Ce recueil de conférences intéresse tous ceux qui sont pris dans un processus de thèse, et, au-delà, tous ceux qu'intéressent les champs scientifiques émergents.

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