Alma Editeur

  • Kaléidoscope

    Paul Andreu

    À travers le récit de plusieurs personnages plus ou moins proches d'un architecte tout juste décédé, le dernier roman de Paul Andreu tisse la toile des vies qui se croisent et se manquent. Un texte lumineux.
    Un architecte célèbre vient de mourir. Il laisse derrière lui de nombreuses réalisations, des projets encore inachevés, certains n'ayant jamais vu le jour, mais aussi une famille, des amis, des proches, eux-mêmes ayant eu une vie remplie de projets et d'autres rencontres.
    Tirant le fil des liens qui ont pu exister entre ces hommes et ces femmes, le roman déroule les récits de différents personnages qui se racontent et dont l'itinéraire recoupe plus moins fortement la trajectoire de l'architecte : l'amante que personne ne se souciera de prévenir et dont personne ne soulagera la peine ; l'astrophysicien porté par son histoire d'amour avec une grande éditrice parisienne ; la femme de l'architecte, la seule ayant su pour l'amante ; le peintre, ami de l'astrophysicien, qui apprenant sa mort accidentelle se souvient du trio amoureux qu'ils ont formé avec une jeune avocate; le jeune architecte en charge à l'étranger d'un chantier dont l'initiateur ne sera plus là pour le voir réalisé....
    Habilement construit, le roman démultiplie la narration sans aucun artifice, chaque récit faisant subtilement écho à un autre. Tantôt ce sont des lieux dans lesquels nous revenons telles ces allées du jardin du Luxembourg, tantôt des personnages qui réapparaissent, tantôt des thèmes comme celui des années qui passent et la façon dont les souvenirs se présentent à nous. Autant de morceaux de vie qui reconfigurent le réel autour d'un point de vue, mais aussi par le prisme du souvenir, comme dans l'oeil du kaléidoscope. Autant de doubles du personnage de l'architecte décédé, mais aussi de l'écrivain...
    Le dernier roman de Paul Andreu résonne comme un texte étrangement prémonitoire (il est mort quelques mois après l'avoir achevé). La justesse de son regard, la douce mélancolie qui s'en dégage, tout comme le sourire bienveillant et distancié de l'écrivain que l'on devine par endroits, en font un texte lumineux.

  • Née dans une famille paysanne de Bourgogne, Anne-Marie Javouhey (1779-1851) est l'une des grandes figures d'un catholicisme intrépide forgé en pleine " déchristianisation " révolutionnaire.
    Elle choisit très tôt de se consacrer à Dieu et à l'enseignement des pauvres - particulièrement des femmes. Quittant la Côte-d'Or, non sans mésaventures, elle fonde en 1807 la première et la plus importante congrégation missionnaire féminine du xixe siècle : les Soeurs de Saint-Joseph de Cluny, toujours actives aujourd'hui.
    Un séjour en Afrique marque profondément la " sainte entreprise " à laquelle Anne-Marie consacre sa vie voyageuse et ses combats. Mais c'est en Guyane, au cours des années 1830, que le projet se concrétise, inspiré par les missions jésuites du Paraguay. Malgré le mépris et l'hostilité de la structure esclavagiste - qui multiplie embûches et vexations -, elle fonde le village de Mana, véritable monde à l'envers. Ici, le pouvoir ne revient à aucun homme blanc et propriétaire. Les cheffes y sont aussi pauvres que ceux qu'elles dirigent.
    Soutenue par une documentation largement inédite, voici l'histoire d'une femme d'exception dans un monde d'hommes. Anne-Marie Javouhey paya durement le prix de sa détermination. Sous ses apparences conformes au monde révolu de son enfance, son engagement dépassait alors les bornes de l'acceptable, sinon de l'imaginable.

  • Disaster falls

    Stéphane Gerson

    " Disaster Falls est une méditation sur une tragédie familiale qui se confronte à l'événement-même et à ses conséquences, dans un langage dont la retenue engendre paradoxalement de profondes émotions. Un livre d'une force immense. " Salman Rushdie (2017)
    Disaster Falls porte le nom d'un lieu perdu - des rapides dans le Colorado - et d'un événement tragique. À l'été 2008, lors d'un voyage organisé, le kayak dans lequel Stéphane Gerson naviguait avec son fils Owen chavira dans ces eaux froides. Après trois heures de recherches, les guides repêchèrent le corps d'Owen. Il avait huit ans.
    " J'incarnais désormais une figure qui hante notre époque, dit Stéphane Gerson : celle du parent qui n'a pu ou su protéger son enfant. Pour comprendre l'univers dans lequel nous avions basculé, ma femme et moi, je me mis dès mon retour à New York à consigner ce que j'observais en moi et autour de moi. Tenu au quotidien, ce journal devint le matériau brut à partir duquel, des années plus tard, j'ai rédigé un ouvrage sur cet événement intime et ses répercussions. "
    OEuvre de non-fiction au croisement du récit, de la chronique et de l'enquête, Disaster Falls marie les émotions du père, l'analyse de l'historien et la quête de sens. L'histoire hante le livre, que ce soit celle de ces rapides depuis leur découverte en 1869, de l'expérience du deuil parental (Shakespeare, Mallarmé, etc.) ou de catastrophes collectives qui, de la Shoah au 11 septembre 2001, donnent sens à ce désastre familial.
    Dans ses derniers chapitres, Disaster Falls s'ouvre à une autre vision de la mort. Atteint d'un cancer inopérable deux ans après cet accident, le père de Stéphane Gerson opta pour l'euthanasie en Belgique. Après avoir perdu un fils, l'auteur accompagne son père durant ses derniers jours. Autre filiation, autre mort - une mort acceptée, apaisée, faite sienne. " J'étais un vivant entre deux disparus. "

  • " Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui ne l'est pas est inutilisable ", disait Paul Valéry. Alors que les impôts font partie du quotidien des Français, la complexité du système fiscal et budgétaire empêche les citoyens comme les parlementaires de se prononcer utilement sur ces questions. L'impression de se perdre dans un labyrinthe confisque le consentement à l'impôt.
    La fabrique de l'impôt et de la dépense publique appartient pourtant aux citoyennes et citoyens. C'est à eux qu'il revient d'y consentir, d'en contrôler l'usage et de demander aux responsables publics de rendre compte de leur action. Devenu à 34 ans le nouveau rapporteur général du budget
    - le plus jeune à ce poste - Laurent Saint-Martin porte un regard neuf sur le travail parlementaire. Il entend permettre à chacun de comprendre l'élaboration du budget et se réapproprier le fonctionnement des finances publiques. Car l'impôt n'a de sens et d'efficacité que si le citoyen en comprend et en contrôle la " fabrique ". C'est le seul moyen pour que le consentement à l'impôt, essentiel à la vie civique, ne soit pas une simple formule de style.

  • Ossip Ossipovitch

    Marie Baudry

    Dans une Odessa fictive, la jeunesse se soulève entrainant la population à braver le pouvoir. Mais la quête de démocratie directe n'est pas si facile. Premier roman impressionnant de maîtrise, cette fable politique où la fantaisie, le burlesque et la poésie se jouent de la fin du monde laisse toute sa place à l'imaginaire.
    Odessa. On ne sait pas trop quand, mais cela pourrait être aujourd'hui. Odessa, certes, mais qui n'est pas tout à fait l'Odessa réelle : cette ville pourrait être n'importe quelle grande ville, enflée de l'orgueil d'être le seul lieu au monde où se passe quelque chose, déniant l'ennui qui la ronge.
    L'un des orgueils de cette ville, c'est Ossip Ossipovitch, le grand écrivain. Au début du roman, il revient, faisant circuler de mystérieuse façon (une sorte de télépathie ?) ses textes que les Odessites commentent fiévreusement. Ce ne sont plus les récits drolatiques d'autrefois, mais d'étranges textes de fin du monde, qui sont discutés par tous, et donnent notamment naissance à un mystérieux groupe, " les Purs ", dont le but est de renverser l'ordre ancien pour mettre fin à une vie qu'ils jugent vide de sens.
    Pourtant les Purs se perdent en vaines discussions, et quand bien même ils parviennent à organiser un prodigieux et apparemment salvateur Carnaval qui embrase toute la ville, ils n'en excluent pas moins deux de leurs membres Reinhardt et Macha. Cette exclusion provoque la dissolution du groupe, et l'on pourrait se croire revenus à la torpeur initiale.
    Ce serait sans compter sur l'irruption d'une jeunesse - garçons et filles - qui, sans discours, passe à l'action, occupe les places de la ville, provoquant une répression sans précédent. Le soulèvement odessite prend alors des couleurs burlesques, tandis que survient une nouvelle catastrophe menaçant bien davantage que l'armée, la survie de la ville.
    Fable d'aujourd'hui et pour aujourd'hui, Ossip Ossipovitch évoque - sous couvert d'Odessa - un monde où l'on peut reconnaître, par anamorphose, certains événements plus familiers : la peur des attentats, la quête de démocratie directe (Nuit Debout, Gilets jaunes), l'impossible insurrection qui redonnerait sens et beauté à la vie... Cette fable politique veut braver la violence et le cynisme des pouvoirs en rendant désirable et possible la révolte.

  • Les métamorphoses

    Camille Brunel

    Camille Brunel revient avec un deuxième roman détonnant. Une étrange et effrayante épidémie transforme les humains en animaux, menaçant ainsi notre monde d'un retour définitif à l'état sauvage.
    Isis est une jeune femme vegan ultra connectée, animaliste, portant autant (sinon plus) d'affection à Dinah, sa chatte, qu'à ses semblables. Voici qu'apparaît dans son jardin une grue antigone, bel oiseau étranger à l'Europe. Isis poste son étonnement sur les réseaux.
    Très vite se multiplient d'autres apparitions inédites d'animaux, allant de pair avec d'inexplicables disparitions d'êtres humains. Le monde se peuple d'un improbable bestiaire où les uns dévorent ceux qui sont devenus leur proie, les autres fuyant comme ils peuvent un lieu à présent hostile. Les autorités n'osent prononcer le mot de pandémie, mais les scientifiques identifient un mal nouveau: la tératomorphose foudroyante. Une pulsion affective ou sexuelle prononcée en serait un des premiers symptômes, touchant davantage les adultes de sexe masculin, bien que les femmes et les enfants ne soient pas totalement épargnés.
    Isis voit ainsi chacun des membres de sa famille tout comme ses proches se métamorphoser : sa grand-mère devenue araignée écrasée par son oncle, son père hippocampe qu'elle remet à la mer, son beau-frère changé en serpent enfermé dans la chambre de sa soeur... Avec Shravanthi, danseuse indienne de Pondichéry qui l'a rejointe et dont elle est éprise, elle s'efforce de se sauver et surtout de sauver ses deux petites nièces, quittant un monde apocalyptique pour rejoindre un des gynécées nouvellement créé qui protègerait les dernières femmes épargnées par la pandémie. Y arriveront-elles avant que la pulsion amoureuse fasse son oeuvre ?
    Malgré la construction d'un univers fictif saisissant, le roman ne verse jamais dans le fantastique. Rythme effréné, style vif et réaliste entraînent naturellement le lecteur sans qu'il se soucie d'espérer improbable cette fin du monde. Toute l'habileté de l'auteur est d'avoir choisi un personnage principal (Isis) qui porte un regard, non pas résigné mais plein de lucidité sur la situation.
    Tirant les ficelles jusqu'au-boutistes des travers de notre société, Camille Brunel approfondit les thèmes déjà présents dans La guérilla des animaux (Alma, 2018) : l'animalisme, l'anthropocène, l'hyperconnection aux réseaux sociaux mais aussi le rapport à la mort et à la vie.

  • Marlon

    Thomas Grillot

    Thomas Grillot construit un monde saisissant, où les êtres sont déchirés par la guerre et où seules la parole et la recherche d'une vérité peuvent encore sauver les existences. Un premier roman hors du commun.
    Pas très loin d'ici, c'est un très beau pays qui reste à connaître. Difficile à trouver sur les cartes, mais visible si on cherche suffisamment. Ce pays veut qu'on parle de lui - même si ceux qui y habitent ne sont pas très fiers de la manière dont il est né. Dans ce pays, une ville. Ptère, la grande et belle ville. Les Ptèrotes auraient bien aimé ne pas faire partie de ce monde. Mais ce monde les a rattrapés. Ils auraient bien aimé, que leur pays puisse croître à son rythme et se développer. Mais ils n'en ont pas eu le temps. Le monde ne les a pas épargnés. Car il y a l'autre ville, Vièbe, celle qui ouvre sur la mer. De conflits en conflits de territoires, la guerre éclate. Il faut alors faire des prisonniers. Et Ptère a acquis une mauvaise réputation, tout à fait injustifiée : on a accusé cette ville de se moquer du droit international et d'enlever les enfants.
    Marlon sait tout ça. Lui, c'est un jeune de Ptère auquel sa famille ne fait pas beaucoup confiance. Il sait son devoir. Il prend l'uniforme, il sert sa patrie. Mais voilà qu'à son tour il se fait prendre, car l'ennemi, lui aussi, fait des prisonniers. Bien sûr que Marlon va s'en sortir ! Mais il y a tant de personnes qui veulent sa mort. Et tant d'autres qui veulent le sauver. Encore maintenant, alors qu'il est blessé, dans une chambre d'hôpital.
    Alors Marlon écoute ceux qui, autour de son lit, lui disent sa propre histoire. Tour à tour, le prêcheur Samson Bornifle, sa soeur Marjane, son ami Guigui vont donner leur version des faits. Tout en s'adressant à Marlon, ils nous racontent leurs itinéraires, leurs combats, les origines de cette guerre destructrice, ceux qui y ont pris part et les derniers mois menant à la fin du conflit. Peut-être qu'à la fin, Marlon comprendra autrement ce qui lui est arrivé. Peut-être que sa vie reprendra.
    Texte audacieux, d'une grande richesse, le roman n'hésite pas à mêler différentes formes de narration, du discours au témoignage, ou encore du journal intime au compte rendu de jugement. Mais au-delà de cet enchaînement de voix, c'est avant tout la force de la parole des personnages et de la langue qui nous emportent. Derrière cet univers purement fictif et parfois surréaliste, se cache un laboratoire d'exploration des âmes insaisissables.

  • Considéré dans le monde entier comme l'un des principaux pianistes français, le " flâneur élégant " revient, pour la première fois, sur son itinéraire. Une subtile réflexion sur son métier, sur la virtuosité et sur la musique, cette " rencontre du son et du coeur ".
    " La musique est le lien ténu qui unit les hommes. Elle résiste aux conflits, apaise les douleurs, enchante l'âme. Elle sera toujours là quand nous partirons et sa
    souveraineté ne cessera de s'étendre. "
    Considéré dans le monde entier comme l'un des principaux pianistes français, Jean-Philippe Collard revient, pour la première fois, sur son itinéraire. De sa Champagne natale où la musique était au coeur de la famille jusqu'aux grandes salles de concert à travers le monde, le pianiste raconte son apprentissage puis son long compagnonnage avec le clavier. Si la musique est
    d'abord pour lui un exercice d'amitié et d'admiration comme en témoigne sa rencontre avec Vladimir Horowitz, c'est avant tout le plus beau cadeau que lui ait fait la vie, et qu'il entend partager avec tous.
    On trouvera ici une subtile réflexion sur le métier de musicien, sur l'art du piano et sur la quête permanente d'une " rencontre du son et du coeur ".

  • La population urbaine ne cesse d'augmenter. En 2050 nous serons dix milliards, dont sept vivront en ville contre quatre actuellement. Nous ne pourrons pas étendre la ville en proportion. Pour éviter l'étalement urbain, la ville se densifie inexorablement. Est-ce une raison pour priver les citadins du contact avec la nature ?
    À travers l'exemple d'initiatives novatrices dans des villes françaises et étrangères, Jean-Noël Carpentier montre qu'une nouvelle ère urbaine est possible. La végétalisation des villes est devenue un impératif écologique autant qu'un instrument d'agrément. Il faut planter, planter et planter encore. Fermons les yeux un instant et imaginons la ville-jardin. Des arbres dans les rues, l'herbe qui grignote le bitume, des fruits et des légumes dans les espaces publics, des insectes plus nombreux, le bruit des oiseaux enfin perceptible... La ville se confond avec la nature. C'est le rêve que nous pouvons faire et l'espoir que nous devons porter.

  • Le jeune géohistorien Vincent Capdepuy raconte les mondialisations en cinquante histoires et cinquante cartes. Des premiers contacts entre l'homme de Néandertal et Homo sapiens jusqu'à la mise en réseau de l'espace-temps par Wikipédia, voici une histoire ludique et inédite de la façon dont notre " orange bleue " est sillonée depuis les origines.
    Qu'il raconte la pérégrination en compagnie de l'ambassadeur Zhang Qian envoyé dans " les territoires de l'ouest " en 139 avant notre ère ; la réunion à Porto Alegre du premier Forum social mondial en 2001 ; les amours de la princesse Pocahontas et de John Smith au début du XVIIe siècle ; l'analyse en 1937 de la crise de l'économie mondiale par un universitaire nazi ; l'expédition du marin Vitus Béring, au service de Pierre le Grand, vers le détroit qui portera son nom..., Vincent Capdepuy installe une méthode passionnante.
    Ceci n'est pas " une histoire, mais un ouvroir d'histoires. " Ainsi Vincent Capdepuy présente-t-il son travail inspiré par Le château des destins croisés d'Italo Calvino et d'Au pas de l'oie d'Antonio Tabucchi. " Imaginez un damier de cinquante cases. Chaque case est une fenêtre sur le labyrinthe de la mise en Monde de l'humanité. Chaque case est une histoire à la croisée d'autres histoires. "
    Ce livre est donc constitué de 50 chapitres à la fin de chacun desquels le lecteur est appelé à choisir le chapitre suivant - à partir des propositions faites par l'auteur. Au gré de sa lecture, de sa réflexion et de ses envies.
    Bienvenue dans l'archipel planétaire.

  • Retourner dans le village pour vendre la maison.
    Ça devrait être facile, elle ne l'a jamais aimée cette maison plantée au bord d'une voie ferrée.
    C'est la dernière chose à faire, les parents sont morts. L'un après l'autre. Se sont suivis de peu, mais dans le désordre. C'est parti de là. Ou de la télé qui hurlait dans le salon.
    Elle n'y est jamais retournée depuis l'accident du père. L'accident qu'on avait classé sans suite, elle ne savait pas qu'on classait les accidents. Elle ne savait pas non plus qu'à dix ans, on ne redessine pas le monde avec du café sur une toile cirée.
    Ça devrait être facile, elle a une vie maintenant.
    Revenir, vendre, accueillir tout ce qui pourra la faire tenir debout.
    Et garder près d'elle le grand chien gris.

  • Follement espéré, désespérément attendu, sublime, tragique... Voici l'histoire, la poétique et la métaphysique du baiser à travers la littérature, de Kleist à Marguerite Duras. Une leçon de finesse, de sagesse et d'amour de la littérature.
    " Le baiser isolé est rarement un problème pour les amoureux, c'en est sans doute un pour la littérature. Car autant elle aborde le thème du plus grand nombre de baisers possible, autant elle s'intéresse au baiser singulier. Celui-ci est un événement qui doit éclipser toute pluralité.
    Scène chargée symboliquement, le baiser singulier est un phénomène de l'art qui doit être questionné à la lumière de sa place et de sa fonction dans chaque oeuvre. La phrase maintes fois citée et attribuée à Jean Paul, " Dix baisers sont plus facilement oubliés qu'un seul ", montre clairement que le baiser unique et sans pareil appartient bel et bien à la réalité humaine de la vie et de l'amour. Pour le savoir, il n'y a nul besoin de citer des poètes, certes, mais une valeur particulière lui revient pourtant dans la littérature, dans la structure délicate d'un roman, d'une pièce, d'un film : c'est un événement spectaculaire de la création. "
    Ainsi Peter von Matt fixe-t-il les règles du jeu - les règles de lectures - qui lui font visiter les baisers littéraires, sur lesquels il fonde, avec sa malice habituelle, la science de l'osculologie (science du baiser) fondé sur la poétique, l'imaginaire, voire la métaphysique. De Kleist à Marguerite Duras, un beau voyage au pays du bonheur qui fait parfois le malheur de l'écrivain, et du malheur qui fait son bonheur...

  • A-t-on le droit de sacrifier une vie pour en sauver plusieurs autres ? Jusqu'où doit-on se montrer solidaire envers quelqu'un qui ne nous est rien ? Comment rendre justice quand il y a mort d'homme, mais ni responsables, ni coupables assignables ? Est-il juste de mourir pour ses idées ?
    Des questions de justice sociale jusqu'aux nouveaux enjeux de la bioéthique ou du droit international, le débat moral s'invite sur tous les terrains. Mais la théorie de la justice ne peut pas tout : un scrupule, un souvenir, un doute, peuvent submerger ou brouiller la réflexion. Parce qu'elle prend en charge cette part des émotions et de l'imagination, la littérature offre de brillantes et nouvelles ressources pour nous aider à répondre à la question récurrente : qu'est-il juste de faire ? Forte de son expérience auprès d'étudiants et de futurs décideurs, Frédérique Leichter-Flack nous propose de réfléchir, avec Kafka ou Gogol, Camus ou Melville, Dostoïevski ou Hugo, aux questions primordiales d'aujourd'hui. La littérature est le laboratoire des cas de conscience.

  • " Ce témoignage est celui d'un jeune député que rien ne prédisposait à entrer au Palais Bourbon. C'est l'histoire d'un Français issu de l'immigration, fils de bûcheron né à Aurillac. L'itinéraire d'un ado qui vivait la politique comme une passion et l'expérimente, vingt ans après, dans sa réalité. L'envers du décor, je le connais : je vous le présente sans réserve. "
    Simple militant à l'origine, devenu collaborateur auprès de poids lourds du PS puis député en 2017, M'jid El Guerrab tire un premier bilan de sa découverte de la vie parlementaire. Le jeune député est frappé par la détestation des élus qui trouve sa plus criante expression dans le mouvement des gilets jaunes ou les tensions suscitées par la réforme des retraites. Ce mélange de haine et de dégagisme démontre, selon lui, la nécessité de repenser la démocratie représentative. Il trace ainsi les contours d'une réforme constitutionnelle ambitieuse, sans tabou, pour revitaliser la vie parlementaire. Scrutin proportionnel, réduction du nombre d'élus, augmentation du pouvoir des députés : sans céder au populisme, tous les thèmes sont abordés pour identifier les points de blocage et rétablir la confiance des Français dans leurs institutions. Comme le précise Didier Maus dans sa préface : " Chaque suggestion est avancée avec prudence et conviction, soutenue par un vrai raisonnement, appuyée par une proposition de rédaction et inscrite dans un courant nettement parlementaire, le tout au nom de la démocratie la plus classique qui soit. "

  • La cantina

    Frank Le Gall

    1967. Une cantina oubliée dans le désert de Sonora, Mexique.
    Louis-Marie, l'amnésique, y partage sa solitude avec le dévoué, brave et stupide Felipe. Mais son véritable confident est un cactus cierge qu'il a nommé Ferdinand, et dont les grands bras levés vers le ciel seraient des antennes permettant de communiquer avec Dieu. Une solitude à deux bientôt troublée par
    l'arrivée surprise de la trop belle et provocante Rita, flanquée de son vieil amant, Juan...
    Oui, tout peut arriver à la Cantina. Et tout arrive : des chassés croisés amoureux, une horde de flower children, des coups de feu dans le désert, la recette du véritable tequila sunrise, les extraterrestres, l'amour sous peyotl... De ce désordre insensé pourrait bien jaillir la vérité qui échappe à Louis-Marie. Une vérité dépassant de loin tout ce qu'il avait oublié, tout ce qu'il
    aurait pu imaginer.

  • La folie Fischer

    Christian Carisey

    Considéré par beaucoup comme le plus grand joueur d'échecs de tous les temps, Bobby Fischer fut, à l'image des temps de Guerre froide, hanté par les complots et le double jeu. Une aubaine pour le biographe et un bonheur pour le lecteur.
    Champion du monde d'échecs en 1972 contre Boris Spassky, Bobby Fischer est le premier Américain à avoir remis en cause la suprématie des joueurs soviétiques. Pourtant, des années plus tard, le héros national devient un véritable pestiféré au point de se réjouir publiquement des attaques du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center.
    La folie Fischer retrace le parcours d'un joueur en ces temps de Guerre froide où les échecs sont considérés comme un " sport " éminemment politique. De Che Guevara en 1964 à La Havane jusqu'à Slobodan Miloševi´c, en 1992, alors que la guerre de Serbie fait rage, c'est à qui réclamera la présence de Bobby Fischer.
    Quitte, pour celui-ci, à se placer en porte à faux contre les États-Unis.
    La folie Fischer est aussi le récit d'une descente aux enfers. Persuadé qu'on le bombarde d'ondes magnétiques, le champion déchu fuit d'imaginaires complots du FBI, du KGB ou du Mossad. Il rejoint l'Église Universelle de Dieu en plein délire postapocalyptique. Proscrit, malade, il poursuit une partie sans fin. Mais qui est l'adversaire ? Et quelles sont les règles du jeu ?

  • Stupeur à l'institut universitaire : un professeur a disparu. Le doyen désigne un de ses confrères et la secrétaire administrative pour mener l'enquête. Erudits farfelus et personnages gigognes mènent la ronde sur fond de kabbale. Un éloge de la folie sous forme de polar.
    Professeur brillant, fantasque et séducteur, Ben Halfman a disparu. Le doyen de l'Institut où il enseigne donne une semaine à Jacques, chercheur sans talent et stérile, pour le retrouver. Et demande à sa secrétaire, Mauricette, fausse blonde au physique très changeant, de faire équipe avec lui. Errant d'abord dans les rues d'un Paris très en désordre, au gré d'inspirations improbables, ce duo gagne bientôt d'étranges lointains, maritimes ou désertiques, et croise sur sa route une foule de personnages insaisissables : universitaires loufoques, rabbins atypiques, espions, anges et fantômes, garçons de café, hôteliers, serveuses... Sans compter une sénatrice. Et peut-être Dieu lui-même.
    Point de Ben, pourtant, à l'horizon. Jusqu'au jour où...

  • Bouleversé par le drame des migrants et les images sans cesse reprises de tragédies sans cesse répétées, Alain Giorgetti en exprime le caractère universel. Ecrit au rythme des vagues, avec la beauté d'un poème, ce premier roman rappelle nous sommes tous sous le signe de l'exode.
    Adèm est allongé sur la plage, incapable de bouger.
    Pour quitter son pays, il a payé très cher sa traversée.
    Malheureusement, l'embarcation a fait naufrage. Où sont les autres ? Qu'est devenue sa soeur avec qui il se trouvait ? Attendant que le jour se lève et la venue peut-être des secours, il se souvient de toute son histoire.
    Enfance insouciante dans la montagne, ombres de la dictature, disparition de son père enlevé par la milice, de sa mère partie le rejoindre. Puis la fuite avec sa soeur, les camps, l'espoir têtu d'arriver de l'autre côté de la mer, là où il est permis d'espérer un futur.
    Les souvenirs et les pensées d'Adèm se mêlent au rythme des vagues. Il s'accroche à sa mémoire afin de conjurer la nuit qui menace de l'engloutir. On ne sait pas d'où il vient, ni quelle langue il parle, ni comment s'appelle son pays, mais ses paroles nous emportent en
    un long poème faisant écho à tous les exils. Au nôtre ?

  • Harmonie

    Anne-France Dautheville

    Voyageuse, aventurière, amoureuse des plantes, voici longtemps qu'Anne-France Dautheville explore les mythes, légendes et récits de le Grèce ancienne. Elle donne maintenant la parole à l'immortelle Harmonie, fille du dieu de la guerre et de la déesse de l'amour.
    Ce jour-là, les douze dieux de l'Olympe ont quitté leur séjour pour assister à des noces mémorables. Harmonie, fille d'Aphrodite (l'Amour) et d'Arès (la Guerre) épouse un mortel : Cadmos, prince de Phénicie. Dans ce roman - fruit d'une très ancienne passion pour la Grèce - Anne-France Dautheville donne la parole à la bienfaisante déesse.
    Harmonie raconte l'amour de Cadmos et le destin prodigieux de leur couple. Entre légende et réalité, nous voyons naître la Béotie, dont Harmonie et Cadmos sont les fondateurs. Ils façonnent la première véritable nation dans une Grèce émiettée en petits royaumes où l'on ne voit pas plus loin que le bout de son champ. Quand la terre tremble, il suffit de demander à Poséidon de calmer le jeu, quand on veut relier les humains les uns aux autres, il suffit d'inventer un alphabet pour leur offrir l'écriture, de construire des routes, d'ouvrir des écoles... Mais tout cela non sans rebondissements et merveilles. Le monde des dieux, des géants et des hommes n'est pas de tout repos...
    Anne-France Dautheville retrouve la grandeur et la saveur des mythes qu'elle a longuement fréquentés et qui sont à la fois sagesse, enseignements et bonheur de vivre. Elle en invente même quelques-uns. Car, dans ce livre, tout est vrai d'une autre façon, Autrement. Ailleurs. C'est un concentré d'Histoire, de savoir, qui peut se lire comme un conte, en toute légèreté ou en toute profondeur, au choix.

  • Maître incontesté du piano, Andras Schiff s'est aussi affirmé comme l'un des meilleurs connaisseurs de Bach et Beethoven. Au-delà de la musique, c'est une philosophie qui s'impose et un témoignage personnel et spirituel nourri par les drames et les grandes espérances de l'Europe du XX e siècle.
    Andras Schiff est sans conteste l'un des plus grands pianistes vivants. Il joue avec une égale maîtrise la musique de Bach et celle de notre siècle. Il fait aussi partie de ces interprètes qui parlent avec un rare bonheur de leur art et de ces intellectuels engagés à qui il convient de prêter une oreille attentive pour le courage de leurs prises de position.
    Dans cet ouvrage, Andras Schiff nous livre sa vision de la musique, partageant avec nous ses secrets interprétatifs de pianiste et de chef d'orchestre tout en brossant le portrait des grands artistes qu'il a croisés. En même temps, revenant sur son histoire personnelle marquée par le souvenir de l'Holocauste, une jeunesse passée dans la
    Hongrie communiste puis l'exil, il nous livre aussi la vision politique d'un des grands penseurs de la musique d'aujourd'hui.

  • " L'Angleterre, comme Carthage, sera détruite ! " Jean Hérold-Paquis (1912-1945), reste l'homme de la collaboration à outrance et d'une formule inlassablement reprise à Radio-Paris, l'anti Radio-Londres. L'histoire saisissante d'une voix grisée par son pouvoir.
    Se fondant sur des archives exceptionnelles - notamment celles de l'INA et du procès de 1945 - Yves Pourcher analyse la trajectoire d'un petit journaliste agité prêt à tout pour se hisser en haut de l'affiche. Localier magouilleur dans les journaux de Nancy, il devient polémiste politique à Paris. Jean Hérold découvre la radio et ses effets dévastateurs. Sa voie est tracée. Il sera le relais et l'amplificateur de tout ce qui râle et dénonce. D'abord soutien de l'Action française puis animateur du service français de Radio Saragosse, au micro des Franquistes.
    Après la défaite, Hérold-Paquis entre au service de Vichy où son zèle et son agressivité finissent par déranger. Le Maréchal est trop mou ? Hérold-Paquis rejoint les nazis, nouveaux maîtres de Radio-Paris. Après le débarquement, il fuit en Allemagne où il continue son métier de speaker enragé. Arrêté, il est jugé, condamné à mort et fusillé le 11 octobre 1945. À 33 ans.
    Cette histoire est aussi celle des années conquérantes de la radio, l'influenceur le plus puissant de la période 1930-1940. Yves Pourcher en restitue de manière très vivante la profusion, l'inventivité aussi bien que les ambiguïtés. De quoi faire réfléchir, à l'heure tout aussi vertigineuse des réseaux sociaux et des infox...

  • Lundi mon amour

    Guillaume Siaudeau

    Puisque l'agence de voyage refuse de lui fournir deux billets pour la lune, Harry décide de se lancer, en chambre, dans la construction d'une fusée, faite de bric et de broc. L'humour, la tendresse et la poésie de Guillaume Siaudeau font une nouvelle fois merveille.
    " Une grande majorité d'entre nous pourrait citer le nom du premier homme à avoir été sur la lune, mais personne ne saurait dire qui a été le premier à être dans la lune. Il faudrait, pour cela, remonter bien plus loin. Ce livre n'est donc pas un hommage à ce qu'il y a dessus, mais bien à ce qu'il y a dedans. Quand avez-vous été pour la dernière fois dans la lune ? Combien de temps y avez-vous passé ? Combien étions-nous ce matin, dans la lune, au lieu d'être au turbin ? Alors, c'était bien, dans la lune? Pas possible, tu y as été toi aussi ?
    La lune dont nous parlons ici pourrait être facilement remplacée par n'importe quel endroit, de type plage, petite maison de vacances avec volets bleus, ou encore creux de bras de ceux qui nous sont chers, bien au chaud. Voilà pourquoi je voulais que ce livre parle d'un lieu où nous avons tous été, et duquel, heureusement, on ne revient jamais vraiment. D'un lieu où tout le monde, sans exception, a déjà mis les pieds. Nul besoin de billet de banque ou de transport, de poser des jours de congé, nul besoin d'attendre la fin de la réunion ou d'écouter jusqu'au bout les niaiseries qu'on nous raconte.
    Pour ne rien vous cacher, il m'arrive d'y passer des journées entières dans la lune. Qui sait, peut-être nous y croiserons-nous un de ces quatre ?
    Bon voyage à toutes et à tous. " (G. S.)

  • En moins de deux-cents ans (VII e-VIII e s.), les conquêtes arabes lancées par Mahomet créent un empire islamique dont la genèse reste aujourd'hui un fort enjeu mémoriel et symbolique. L'Anglais Robert Hoyland en propose une histoire nouvelle bousculant les idées reçues.
    Pour les chroniqueurs et théologiens arabes du Moyen Âge, l'expansion de l'islam des premières batailles du VIIe siècle jusqu'à l'islamisation et l'arabisation de ce vaste et prospère empire au VIIIe siècle est l'une des preuves de l'élection divine et de la perfection de la révélation faite à Mahomet, qui fut aussi un chef guerrier. En s'inscrivant " dans la voie de Dieu " (c'est le sens du mot jihad), les conquêtes arabes s'affirmaient comme un indépassable alliage politico-religieux. Pour les chrétiens d'Orient et d'Occident ce succès apparemment irrésistible passa pour un avertissement et un châtiment divin.
    Archéologue et parfait connaisseur des sources écrites, Robert G. Hoyland propose, sans esprit polémique, une approche historienne de ces deux siècles qui virent les empires perse et byzantins balayés par un bouleversement géopolitique toujours à vif en ce XXIe siècle. Dans la voie de Dieu présente ainsi les conquêtes arabes de Mahomet et de ses successeurs au regard des contemporains des événements (VIIe-VIIIe siècle) en dehors de la lecture providentielle privilégiée par les historiens musulmans du Moyen Âge et souvent reprise par de nombreux historiens modernes. Il invite à voir l'expansion arabe, non pas comme un mouvement religieux (ou essentiellement religieux) mais comme un phénomène social, économique et national. Ses pages finales sur les mécanismes et de l'arabisation de l'islamisation de peuples et de cultures très divers apportent un précieux éclairage aux crises que traversent aujourd'hui le Proche et le Moyen Orient.

  • Cette poupée des années noires naît d'un peuple détruit. Elle vit dans un pays qui existe à peine et n'existera plus. Voici le roman d'une mère tourmentée, d'une fille improbable, d'une Europe fantôme. D'un père par défaut. Et d'une poupée tonique !
    1938. À Marseille, Vladimír, tout juste nommé consul de la nouvelle Tchécoslovaquie, s'installe dans ses murs, ébloui par la vitalité du grand port. Pendant ce temps à Strasbourg, Bojena - jeune Praguoise en route pour l'Amérique - vole le bébé d'une autre émigrante, une Juive morte en couche. Ou le sauve ? En tout cas, elle poursuit son chemin avec l'enfant et sa poupée de chiffon. Mais à Munich, ce même an 1938, le sort de la Tchécoslovaquie est scellé. Celui de l'Europe aussi. Ce sera la guerre. Et plus que jamais la quête d'un Nouveau Monde.
    La tourmente européenne réunit tous ces destins en Provence. Séparations, retrouvailles, résistance, clandestinité... Jusqu'au retour à Prague et aux espérances trahies.
    La poupée a tout vu de ses yeux de nacre émerveillés. Elle a tout entendu. Dans ce tumulte terrible et merveilleux elle fait entendre sa petite voix où l'on retrouve l'humour, la poésie, la tendresse et la gravité de Lenka Hornakova-Civade.

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