Bruno Doucey

  • Drive

    Hettie Jones

    "et donc jeunes femmesvoici le dilemmequi est en soi la solutionj'ai toujours été à la foissuffisamment femme pour être émue aux larmeset suffisamment hommepour conduire ma voiture dans n'importe quelle direction"

    Il y a deux façons de présenter Hettie Jones, née dans une famille juive de Brooklyn en 1934. La première, c'est de rappeler qu'elle fut l'épouse de LeRoi Jones, artiste afro-américain qui rejoindra le mouvement des Black Panthers. La seconde, c'est de dire que cette écrivaine, qui côtoya Allen Ginsberg, Thelonious Monk, Jack Kerouac ou Billie Holiday, est l'une des voix majeures de la Beat Generation. Une femme d'exception qui conduit sa vie une main sur le volant et une main dans les airs.

  • Le livre d'Hélène Cadou que font paraître les Editions Bruno Doucey rassemble ses deux premiers recueils publiés aux Editions Seghers au cours des années 1950 : Le Bonheur du jour (1956) et Cantate des nuits intérieures (1958). Celle qui a perdu l'homme de sa vie, disparu prématurément à l'âge de 31 ans, n'entre pas dans le lamento d'une vie brisée par le chagrin, mais dans un dialogue fertile, souvent solaire, avec la poésie de l'absent. D'un texte à l'autre, Hélène Cadou s'attache à faire revivre les heures passées en présence de celui qui savait mieux qui quiconque enchanter le réel. Elle évoque cette seconde naissance que provoque l'amour et « salue le bonheur / pour tous ceux qui n'en ont pas ».

    Hélène Laurent naît à Mesquer, en Loire-Atlantique, en 1922. Après des études de philosophie, elle rencontre le poète René Guy Cadou et l'épouse en 1946. A la mort de René Guy en 1951, elle se consacre à son tour à l'écriture poétique, publie ses premiers recueils aux éditions Seghers, avant de devenir conservateur de la demeure du poète. Celle qui inspira à René Guy Cadou quelques-uns des plus beaux poèmes d'amour de la littérature française est aussi une grande voix de la poésie.

  • "Tu n'as pas d'autres armes que les mots
    Sentinelles et veilleurs d'espoir
    Souviens-toi de ton premier retour
    Ton pays ravagé par la peur
    L'amertume
    Les larmes l'incertitude"

    Née à Abidjan en Côte d'Ivoire, en 1954, Tanella Boni effectue ses études supérieures à Toulouse puis à Paris IV Sorbonne où elle obtient un doctorat de philosophie. Professeur de philosophie à l'Université d'Abidjan, et présidente de l'Association des écrivains de la Côte d'Ivoire de 1991 à 1997, elle écrit à la fois des romans, des livres pour les enfants et de la poésie. Elle vit aujourd'hui en France, où elle est considérée comme l'une des voix féminines majeures de la littérature africaine.

  • La baie vitrée

    Yvon Le Men

    Les poèmes de La baie vitrée sont nés d'une catastrophe quasi planétaire et de ses minuscules répercussions intimes. À la mi-mars, comme plus de trois milliards d'individus, Yvon Le Men se trouve confiné à son domicile. Il est enfermé au milieu de ses livres, à l'écoute des mauvaises nouvelles du monde et des chants d'oiseau qui l'apaisent. Seul et relié aux autres. Assigné à résidence, avec nulle part où aller sauf à l'intérieur de soi. Des poèmes naissent de ce quotidien empêché. Les mots du poète découpent alors des morceaux de ciel pour les oiseaux en cage. Ils ouvrent portes et fenêtres, conjurent l'absence et invitent des hôtes essentiels à sa table de silence. Avec La baie vitrée, le poète a écrit « le livre des oreilles et des yeux » qui manquait à son oeuvre. Un ouvrage essentiel.

    Né à Tréguier en 1953, installé à Lannion, Yvon Le Men est la figure de proue de la poésie aujourd'hui écrite en Bretagne. Depuis son premier livre, Vie (1974), écrire et dire sont les seuls métiers de ce poète qui fait partager sa passion au plus grand nombre dans des spectacles ou au festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo. En 2019, il a obtenu le Goncourt de la poésie pour Un cri fendu en mille, dernier volume de la trilogie Les continents sont des radeaux perdus publiée par Bruno Doucey.

  • " La valise serrée contre ses jambes, il avait laissé ses pensées prendre le large pour apaiser l'angoisse que faisait monter en lui la présence des militaires. Pas un carnet dans la valise, pas un crayon qu'on lui aurait immédiatement confisqué. Non, mais des poèmes par centaines, dans la tête et dans le coeur, que rien ni personne ne parviendrait à lui enlever. Quelle chance, après tout, d'avoir choisi la poésie, et non la peinture ou le piano ! Dans les camps, dans les prisons où on les jette, le peintre privé de toiles et de pigments vit un enfer, le musicien sans piano se voit amputé de la meilleure part de lui-même, mais moi, poète sans stylo, ni papier, de quoi me prive-t-on que je ne puisse trouver en moi ? Les doigts coupés, la langue arrachée, je continuerais à sentir la vibration du poème. Elle est la corde tendue de mes nerfs. Ma résistance."

    Bruno Doucey a de multiples vies ; toutes le ramènent vers cette histoire qu'il a longtemps portée en lui. L'éditeur a publié six recueils de Ritsos, le poète se nourrit du lyrisme et de l'engagement de son ombre tutélaire, l'homme a trouvé une seconde patrie en Grèce, et l'humaniste abhorre la dictature. Quant au romancier, après avoir redonné vie à Neruda, Lorca, Max Jacob, Marianne Cohn, Victor Jara et Matoub Lounès, il se devait de faire entendre le chant et la révolte de ce frère d'âme.

  • "Vivre pauvre sans être rustre
    Avoir peu et tout offrir
    Garder le meilleur pour l'ami ou l'étranger
    Reprendre tous les matins le même chemin
    Savoir que toute la vie sera ainsi
    Et en sourire

    Moi
    J'ai vu
    Sisyphe heureux."

    Katerina Apostolopoulou est née à Volos, en Grèce, en 1981. Après des études de lettres et de civilisation françaises à l'université d'Athènes, elle arrive à Paris, où elle vit encore aujourd'hui, pour effectuer un DEA de littérature comparée à la Sorbonne. Elle se tourne alors vers la traduction et le théâtre. En 2016, elle entreprend de traduire Ceux qui se taisent de Bruno Doucey pour les éditions Vakxikon, à Athènes. Avec J'ai vu Sisyphe heureux, elle publie son premier recueil.

  • "Rien de plus antipoetique que le lien logique entre deux objets de quelque espece qu'ils soient. Il faut briser les amarres des liens visibles et invisibles. Il faut laisser les objets et les concepts aller librement ou ils veulent, qu'ils luttent, qu'ils volent pour que le monde soit plus amusant et que puisse exister la veritable poesie.
    Vous les poetes avez une peur terrible de perdre la tête et un amour incomprehensible de la qualite logique. C'est absurde de te conformer a l'idee selon laquelle la chaussure n'a d'autre utilite que d'être chaussure et la cuillere cuillere. La chaussure et la cuillere sont deux formes d'une extrême beaute et ont une vie propre aussi intense que la tienne et surtout elles ont une capacite d'AVENTURE que tu ne soupconnes même pas."

    Federico García Lorca est né le 5 juin 1898 dans le village de Fuentevaqueros près de Grenade. Poète, dramaturge, prosateur, mais aussi peintre et musicien, il est l'auteur d'une oeuvre qui fait de lui l'un des voix majeures de la littérature mondiale. En 1927, ses romances le propulsent sur le devant de la scène poétique, mais il refuse d'y être identifié et décide d'explorer une autre voie, celle de la prose. Il sera fusillé en août 1936, entre Viznar et Alfacar, par des milices franquistes.

  • Un inédit de Yannis Ritsos. Dès les premiers chants de ce long poème écrit en 1938 sous le régime dictatorial de Metaxas, Yannis Ritsos fait allusion aux drames qui ont jalonné le printemps de sa vie : l'effondrement économique d'une famille noble, la mort prématurée de sa mère et de son frère, la démence qui conduisit son père dans un asile psychiatrique, le désespoir qui l'a lui-même guetté. Mais une présence lumineuse, celle d'une femme, vient effacer les traces de ce passé, apportant la jeunesse, l'espérance et la vie. Une invitation à ouvrir portes et fenêtres pour regarder le monde ? Oui, et à relever la tête, car dans le contexte difficile de la Grèce des dictateurs, le lyrisme explosif de Yannis Ritsos est une tentative de libération par l'imaginaire.


    Yannis Ritsos est né à Monemvassia, en Grèce en 1909, dans une famille de propriétaires terriens. Proche du parti communiste grec, il associe la poésie à l'engagement politique, aspire à un idéal de fraternité et lie l'héritage du surréalisme aux forces vives de la culture populaire. Ses combats contre la droite fasciste et la junte militaire, l'expérience de la prison, l'exil ne l'empêchent pas de mener à bien une oeuvre poétique de tout premier ordre. Il s'éteint en 1990.

  • D'abordils ont coupéle cordon ombilicalpour des raisons naturellesEnsuiteils ont coupéle prépucepour des raisons d'hygièneEnfinils ont coupéla languepour des raisons de sécurité

    Née en Algérie en 1965, Souad Labbize a vécu en Tunisie avant de s'exiler volontairement en France. Elle est l'auteure d'un roman, J'aurais voulu être un escargot (Séguier) et de recueils de poèmes, comme Une échelle de poche pour atteindre le ciel (Al Manar) et Brouillons amoureux (Éditions des Lisières). Très engagée dans la défense de l'égalité entre hommes et femmes, elle écrit au nom de toutes celles qui prennent un jour la route de l'exil pour affirmer leur féminité et leur indépendance.

  • l'arbre étend ses bras
    comme des poussées d'îles
    avec une fraternité
    chaînée en archipel
    des ramifications souterraines
    constellées de l'enfance
    la richesse se calfeutre
    au lieu de se donner

    Nassuf Djailani est né à Mayotte, dans l'archipel des Comores, en 1981. Après avoir passé son baccalauréat, il quitte son île natale pour étudier le journalisme, s'installe à Limoges où il travaille pour France 3. Très impliqué par la situation dans l'archipel des Comores, il crée en 2010 Project-îles, revue d'analyse, de réflexion et de critique sur les arts et les littératures de l'océan Indien. Sa plume est avant tout celle d'un écrivain, romancier, dramaturge et poète engagé dans le monde.

  • "L'avez-vous vu ?





    Il portait son enfant dans ses bras


    et il avançait d'un pas magistral


    la tête haute, le dos droit...





    Comme l'enfant aurait été heureux et fier


    d'être ainsi porté dans les bras de son père...


    Si seulement il avait été


    vivant. "

    Née à Lattaquié en Syrie, Maram al-Masri entreprend des études à Damas, avant de s'exiler à Paris où elle connaît une situation difficile. En 2003, Cerise rouge sur un carrelage blanc la révèle au public francophone. Sa poésie, saluée par la critique des pays arabes et traduite dans de nombreuses langues, fait d'elle une des grandes voix féminines du Moyen-Orient.
    Ses derniers recueils, Par la fontaine de ma bouche et La robe froissée, ont été publiés par les Éditions Bruno Doucey.

  • La Robe froissée reprend en l'enrichissant un court recueil de Maram al-Masri publié en 2009 aux Editions La nuit myrtide sous le titre La femme à la fenêtre. Dans ces textes, un regard de femme se pose sur la Grand place d'une ville du nord de la France. Il y règne une ambiance de fête foraine, ducasse où se côtoient barbes à papa et pommes d'amour, rires d'enfant et détresse sociale. Mais qui est cette femme surprise au petit matin nordique ? Une immigrée venue de loin, voyageuse du Levant née dans la poussière des caravanes. Bien sûr la vie est là, simple et tranquille, qui ne saurait faire oublier les pays malades de la guerre, la crise économique, la fermeture des usines. Et si nos joies n'étaient finalement que cela, frêles coquelicots, « gouttes de sang de la terre blessée » ?


    Née en Syrie en 1962, Maram al-Masri entreprend des études à Damas, avant de s'exiler à Paris. En 2003, Cerise rouge sur un carrelage blanc la révèle au public francophone. Quatre ans plus tard, elle obtient le prix de poésie de la SGDL pour Je te regarde, avant de publier Je te menace d'une colombe blanche aux éditions Seghers. Sa poésie, saluée par la critique des pays arabes et traduite dans de nombreuses langues, fait d'elle une des grandes voix féminines du Moyen-Orient.

  • Ligne 5, République, Bobigny... Ligne 9, Jasmin, La Muette, Charonne... Chaque jour des millions de femmes et d'hommes se croisent dans le métro parisien, les yeux rivés à l'écran de leur téléphone mobile, pressés d'arriver à destination. Et pourtant, il y a tant à voir et tant à vivre dans ce monde souterrain. Tant de livres à déchiffrer sur les visages que l'on côtoie. Tant de scènes à filmer avec la caméra de l'empathie. Tant de jeunes et de vieux, de malades et de bien-portants, de riches et de pauvres "emportés dans le même voyage". Il fallait un regard de poète pour mettre au jour l'inépuisable richesse de ces transports en commun. Ce regard, c'est une femme venue de Syrie qui nous l'offre, dans ces "métropoèmes" écrits directement en français. La poésie aussi est un service public.

    Née à Lattaquié en Syrie, Maram al-Masri entreprend des études à Damas, avant de s'exiler à Paris où elle connaît une situation difficile. En 2003, Cerise rouge sur un carrelage blanc la révèle au public francophone. Sa poésie, saluée par la critique des pays arabes et traduite dans de nombreuses langues, fait d'elle une des grandes voix du Moyen-Orient. Ses six précédents recueils, parmi lesquels Elle va nue la liberté, Le Rapt et La femme à sa fenêtre ont été publiés par Bruno Doucey.

  • « J'en pleure

    Les quatre points cardinaux
    ne lui suffisaient pas

    Il a fallu
    qu'il en trouve
    un cinquième

    et qu'il enferme
    cinq fois par jour
    tous les horizons de sa vie
    dans le corps d'une seule
    femme vêtue de noir »

    Quels points communs entre les habitants d'un village de Grèce, un lit d'hôpital où se meurt un ami et la femme d'une cité de banlieue dont le fils a choisi le Coran ? On ne les entend pas, on ne les voit pas. De la Crète à Créteil, de elle à il, le talent de Bruno Doucey est de savoir donner vie à ceux qui sont privés de parole. Sous sa plume, « les mots remontent du silence comme l'odeur de la terre sous une pluie d'été ». Ses poèmes sont autant de chroniques d'une crise violente d'où émergent des noms et des visages : ceux d'un peuple qui ne veut pas vivre à genoux, d'un homme qui combat le crabe entouré des siens, des migrants qui se massent aux portes de l'Europe, d'une mère alliée à d'autres mères. Avec S'il existe un pays (2013), il nous invitait à un voyage autour du monde ; avec Ceux qui se taisent, c'est le monde qui vient à nous. Le livre-témoin d'une époque.

    Pour Bruno Doucey, poète, éditeur de poètes, la poésie permet de faire entendre ce que les mots ne disent pas, de voir ce que les yeux ne regardent pas, de toucher ce que la main ignore. Avec son dernier recueil paru en 2013, S'il existe un pays (ed.Bruno Doucey), ce sourcier des images nous offrait en partage le fruit de ses voyages autour du monde ; avec Ceux qui se taisent, il donne la parole à ceux qui ne l'ont pas. Et ce sont les silences que sa poésie habite, en témoin engagé de son temps.

  • Un colibrienflamme les ombres bleues en secretne siffle qu'une foiset sombreà la renversedevant moiEn chaque oiseau chante un oiseauLe premier n'a pas de nom

    Hadassa Tal, peu connue dans le monde des lettres, est née en Israël, où elle vitencore aujourd'hui. Son enfance est marquée par la peinture que pratique son père. Lescouleurs de sa palette, l'odeur de l'huile et de l'essence de térébenthine, les oiseaux qu'ilpeint la fascinent. Elle voudrait peindre à son tour mais n'y parvient pas. À l'âge adulte,après une crise personnelle, elle découvre la poésie. Son premier recueil, publié en 2010est vécu comme un envol.

  • "J'ai l'idée d'un poème
    qui changerait l'abord
    du jour qui commence

    Qui te ferait sentir
    le rayon de lumière
    frappant la feuille tombée

    Qui te rappellerait
    d'une suspension de l'air
    la beauté qui se cache

    Dans ce tumulte-là."

    Poète et journaliste, né en 1975, Stéphane Bataillon a co-dirigé chez Seghers l'anthologie Poésies de langue française et présenté un inédit de Guillevic, Humour blanc, avant de publier en 2010 son premier recueil aux Éditions Bruno Doucey, Où nos ombres s'épousent, livre de la perte et du deuil salué comme l'une des révélations poétiques de l'année. Trois ans plus tard, paraissent Les Terres rares, voué à la question de la paternité. Avec Contre la nuit, le poète signe son troisème recueil.

  • "Tout commence par la perte des eaux.
    L'outre se désemplit pour livrer le passage à une entité complète en soi. Pas un corps étranger ; un bourgeon, une ébauche, une excroissance intime, qui, une fois émergé, devient cet autre auquel seuls nous rattachent les liens de l'amour et du désarroi.
    Dès cette première séparation, la joie se teinte de désolation: il ne se souviendra pas de ce temps-là, de ce partage de nos matières, de ce qu'il a pris de moi pour se former, de ce que je lui ai donné pour le façonner. Cette amnésie des enfants, heurtée à la permanence obstinée de la mémoire des mères, c'est la toute première déchirure."

    Née en 1957, à Trois-Boutiques, de parents d'origine indienne, Ananda Devi a grandi au contact de plusieurs langues, dans le tissage culturel et humain si particulier de l'île Maurice. Ethnologue de formation, traductrice de métier, elle est sensible à l'imbrication des identités, à la question de l'altérité et à la situation des femmes dans le monde. Ses précédents recueils - Quand la nuit consent à me parler (2011) et Ceux du large (2017) - sont parus aux Éditions Bruno Doucey.

  • "Aide à la personne, soin, accueil, éducation...
    Prise en charge du corps de l'autre, des besoins de l'autre.
    Entretien des bureaux, des maisons, des écoles.

    Des femmes au travail.

    Ces textes ont été écrits comme des instantanés photos.

    Ici et maintenant."

    Née en 1960, en Moselle, d'un père polonais et d'une mère allemande, Fabienne Swiatly se dit fille des aciéries et de la langue allemande, des bleus de travail et de la soudure, des ouvriers exploités et des manifs." Poète, novelliste et romancière, elle est l'autrice d'une oeuvre qui scrute le quotidien, interroge les frontières de langues et de classes, donne la parole aux êtres qui en sont privés. Dans l'atelier où elle forge ses livres, les mots se baladent souvent en bleu de travail.

  • "Tu n'es pas venu ici pour te battre. C'est l'affaire des soldats, des gens du métier, des patriotes, des républicains. Toi, c'est autre chose qui t'amène.D'abord, il te faut ramener Aimé à la maison ; ensuite, tenir un feuilleton sur Conlie. Raconter l'enlisement de plus cinquante milles Mobiles bretons dans l'attente d'une hypothétique bataille du Mans.Pour l'instant, il te faut étudier le terrain, parler avec les soldats. Collecter leurs paroles, leurs mots, surtout ne pas les trahir - la trahison, les hommes n'en peuvent plus ! (...)Tu voudrais, toi, le poète, que l'on sente la vermine grouiller entre les syllabes. Que l'ont voie l'ergot de mort fleurir dans les bouches, la mâle-mort entre les dents. Tu voudrais des mots qu'ont de la gueule.Mots crus, vécus, poussés vent debout.Paroles de soldats dans leur trou de boue. Paroles d'indigènes bretons. Borborygmes de soudards d'une République qui ne leur fait pas confiance."

    Il a fallu de l'audace à Fabienne Juhel, grande spécialiste de Tristan Corbière, pour oser placer le poète au coeur du camp de Conlie, alors même qu'il n'y est allé qu'en imagination. Mais le génie de la romancière est là : elle qui tricote souvent ses livres avec le fil de l'Histoire, et adore les personnages écorchés par la vie - comme dans La Chaise numéro 14, ou La femme murée (Le Rouergue) - sait nous faire ressentir la pulsation du poète au souffle de son indignation devant le massacre.

  • Après la publication des recueils Une île en terre (2016) et Le poids d'un nuage (2017), Yvon Le Men nous offre le troisième volume de sa trilogie Les continents sont des radeaux perdus. Avec Un cri fendu en mille, l'heure n'est plus aux paysages de l'enfance ni aux oeuvres qui ont fait naître une conscience au monde. C'est de la découverte physique, sensible, amoureuse de ce monde dont nous parle ici le poète. Les premières destinations nous entraînent en Europe. Puis viennent les voyages au long cours, autour du mont Liban, à Bamako, en Afrique noire, en Chine, à Port-au-Prince ou au Brésil. D'un pays à l'autre, un même désir d'étreindre le monde, une même soif de découvertes, une même propension à se penser soi-même comme un autre. Un carnet de voyages, au coeur du monde, à travers soi.

    "Où sont passés
    les livres
    lus

    les montagnes
    grimpées

    les étoiles
    contemplées

    les villes
    parcourues

    les fleuves longés
    et traversés

    par toi
    tout au long de ta vie"

    Né à Tréguier en 1953, installé à Lannion, Yvon Le Men est la figure de proue de la poésie aujourd'hui écrite en Bretagne. Depuis son premier livre, Vie, écrire et dire sont les seuls métiers de ce poète qui fait partager sa passion au plus grand nombre dans des spectacles ou au festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo. Après Sous le plafond des phrases et En fin de droits, il confie aux Éditions Bruno Doucey la publication d'une trilogie, dont Un cri fendu en mille est le troisième volume.

  • Cette île en terre, qu'elle est-elle ? Pour Yvon Le Men, qui nous livre ici le premier recueil d'une trilogie, l'île est d'abord le hameau où se déroule une enfance en noir et blanc, aux lisières de la pauvreté, un lieu où des vies minuscules se sont attaché à tracer le sillon de leur humanité. Celle d'un père trop tôt parti, d'une mère chevillée au réel, d'un voisin, l'inénarrable Jean-Claude, auquel le poète consacre un texte épatant et que chacun pourrait avoir rencontré « dans la banlieue de sa vie ». Cette île est aussi celle que l'enfant s'invente pour grandir : des premières lectures une pile électrique sous les draps, aux rêves qui traversent la fenêtre comme des oiseaux blancs, il laisse à la poésie le soin de gouverner son coeur. La première étape d'une traversée des apparences.

    "Il était un pays notre pays.

    Je montais. Le pays de l'enfance devenait plus petit
    et j'oubliais mon rêve si grand. Jusqu'à ce jour de juin
    où j'allais atterrir sur la carte de mes songes
    où vivaient les cygnes et brillaient les lucarnes."

    Né à Tréguier en 1953, installé à Lannion, Yvon Le Men est la figure de proue de la poésie aujourd'hui écrite en Bretagne. Depuis son premier livre, Vie, écrire et dire sont les seuls métiers de ce poète qui fait partager sa passion au plus grand nombre, dans des spectacles ou au festival Étonnants Voyageurs où il programme des poètes du monde entier. Après Sous le plafond des phrases et En fin de droits, il confie à Bruno Doucey une trilogie dont le premier volume s'intitule Une île en terre.

  • Un an après la publication d'Une île en terre, Yvon Le Men nous offre le second volume de sa trilogie, Le poids d'un nuage. L'heure n'est plus à l'espace clos de l'enfance, aux parents, aux voisins, mais aux fenêtres que l'on ouvre, aux portes que l'on pousse. L'oiseau ne chante plus sur son arbre généalogique, il vole désormais à la rencontre du monde. « On granditOn s'ouvre au dehors », écrit le poète dans les premières lignes du livre. Et de raconter cette ouverture qui passe par les paysages : ceux que dessinent le ciel et la mer de Bretagne, les rivières, les visages ; plus encore peut-être, ceux que les peintres ont imagés ou rêvés, que les écrivains ont nommés et animés. « Comme si notre oeil pressentait que regarder c'est toujours regarder une première fois, pour la dernière fois.»

    Ne a Treguier en 1953, installe a Lannion, Yvon Le Men est la figure de proue de la poesie aujourd'hui ecrite en Bretagne. Depuis son premier livre, Vie, ecrire et dire sont les seuls metiers de ce poete qui fait partager sa passion au plus grand nombre, dans des spectacles ou au festival Etonnants Voyageurs. Apres Sous le plafond des phrases et En fin de droits, il confie aux Éditions Bruno Doucey la publication d'une trilogie, dont Le poids d'un nuage est le second volume.

  • Elle dit que « le tournesol est la fleur du Rom », qu'elle est une Tsigane qui aime « la pluie, le vent et l'éclair, quand les nuages masquent le ciel ». Elle dit qu'Auschwitz est son manteau et qu'elle ne connaît pas la peur car sa peur s'est arrêtée dans les camps.
    Elle dit que les notes de ses chansons en romani « sont toutes encore en désordre », mais que cela ne l'empêche pas de dire « Oui à la vie ». Elle, c'est Ceija Stojka, la première femme rom rescapée des camps de la mort à témoigner par l'art et par la poésie. Les poèmes de cette autodidacte ont été arrachés aux carnets où se mêlaient dessins, souvenirs de l'horreur, notes journalières et listes de mots allemands dont elle voulait apprendre l'orthographe. Publiés pour la première fois en France, ils révèlent une artiste majeure de notre temps.
    Merci, Ceija, d'avoir tellement donné.

    Ceija Stojka est née en Autriche en 1933 dans une famille rom d'Europe centrale. À l'âge de dix ans, elle est déportée avec sa famille et survit aux camps d'Auschwitz-Birkenau, Ravensbrück et Bergen-Belsen. Quarante ans plus tard, elle éprouve la nécessité de rompre le silence. Débute alors pour cette autodidacte un extraordinaire travail de mémoire, tant dans le domaine de l'écriture que dans celui de la peinture, qui fait d'elle la première femme rom rescapée des camps de la mort à témoigner.

  • Il y a chez elle comme une clarté inquiète. Des mots de givre et de grands vents. De vastes espaces et des anfractuosités où la pensée s'engouffre. Des sentes qui partent de soi et mènent aux autres. Des brumes de mémoire et cette lumière étrange que l'inachèvement dépose sur les choses de la vie. Plus encore peut-être, un vacillement. Un trépignement. Une interrogation tenace sur les raisons de notre présence au monde. Car Hélène Dorion approche « le mystère qui nous hante » sans lâcher le fil qui lui permet d'habiter en poète « le labyrinthe des jours ». Fidèle à l'enfant qu'elle était, à l'écoute de la femme qu'elle devient, elle cherche le passage « vers l'autre saison ». Lisez-la, écoutez-la : vous sortirez fortifié de cette fragilité consentie. Vous sentirez « comme résonne la vie ».

    Née au Québec en 1958, Hélène Dorion a publié une vingtaine d'ouvrages de poésie au Québec, en Belgique et en France, et qui ont été traduits dans plus de dix langues. Lauréate de nombreux prix littéraires, elle est aujourd'hui considérée comme l'une des voix majeures de la poésie francophone. « Nous avons besoin de sa quête intérieure, de cette immensité du dedans, de ce vent de l'âme que sa poésie ne cesse de faire souffler et de faire entendre », écrit à son propos l'écrivain Pierre Nepveu.

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