Collège de France

  • « Je ne savais pas comment nommer cette dernière leçon, oscillant entre les deux voies que je me suis efforcé de suivre tout au long de ce dernier cycle de cours et durant l'avant-dernière heure encore : une tentation mélancolique, celle des artistes qui réclament une "seconde chance" pour réaliser enfin leur chef-d'oeuvre, et une espérance rédemptrice, chez ceux qui acceptent de n'être rien de plus que l'avatar d'une lignée. Polarité qui ne concerne pas seulement les créateurs, mais peut-être bien aussi les professeurs. » Dans sa quête d'un titre pour sa leçon de clôture prononcée au Collège de France en janvier 2021, Antoine Compagnon convoque ses auteurs de prédilection - de Montaigne à Proust, en passant par Chateaubriand et Baudelaire - et se livre à une série de variations sur le départ, la cessation d'activité, l'immortalité.

  • States are no longer alone on the international scene. Other institutions intervene alongside States, and even sometimes in their place, such as international organizations, multinational corporations, non-governmental organizations, regions or global cities. Still, one would look in vain for clear indications in international law, including for the basic principles of an "international law of institutions" that could address the three fundamental questions of social and political organization that are representation, regulation and responsibility. What institutions may act in whose name internationally? What are the conditions for their actions to bind us legally and have the legitimacy to do so? And what institutions should be held responsible, by whom and how, in case of violation of international law? The time has come to reconstruct the international institutional order.

  • Pour qu'il y ait archive, il faut un acte volontaire, dynamique, réfléchi. C'est ce qu'a réalisé Amos Gitai, de façon exemplaire, à partir des éléments de documentation et de création qui jalonnent les cinquante ans de son parcours de cinéaste, d'artiste, de chercheur et de citoyen engagé. Les textes qui composent ce livre sont issus du colloque organisé en clôture de la chaire annuelle de création artistique occupée par Amos Gitai au Collège de France en 2018-2019. Ils montrent comment l'auteur de Kippour a utilisé les archives existantes pour se faire chroniqueur et commentateur de son pays et de son temps avec les moyens du cinéma. Ils explicitent les stratégies mobilisées par le cinéaste pour constituer des corpus féconds, et faire que ses récits, fictions ou documentaires continuent de contribuer à l'histoire et à la réflexion. Signés de personnalités éminentes dans le domaine des arts (cinéma, littérature, théâtre, musique, architecture), de la recherche et de l'archive, ces textes éclairent, au-delà du cas singulier et remarquable d'Amos Gitai, les ressources d'une pensée de l'archive élaborée par un créateur et partagée avec de nombreuses institutions à travers le monde.

  • Le développement de l'historiographie de l'art, durant le XIXe siècle, a été grandement favorisé par l'invention de la photographie. Peu à peu, les chefs-d'oeuvre de la peinture, de la sculpture et de l'architecture ont fait l'objet de campagnes photographiques au sein des grandes collections publiques et sur les sites monumentaux. L'enseignement de l'histoire de l'art a profité de cette documentation grâce aux projections lumineuses qui, à partir des années 1890, l'accompagnent d'abord en Allemagne, puis dans les autres pays européens, modifiant les comportements de l'orateur et du public, et redéfinissant certaines orientations de la discipline. Roland Recht consacre sa leçon de clôture aux projections lumineuses utilisées depuis plus d'un siècle dans tous les enseignements d'art ou d'archéologie. Cette leçon est augmentée d'un texte écrit en 2020, dans lequel l'auteur retrace son parcours de chercheur à la curiosité insatiable.

  • À l'orée du bicentenaire de la découverte de Champollion, en 2022, Nicolas Grimal dresse le bilan de vingt années d'enseignement et de recherche au Collège de France, et évoque cette science jeune et complexe qu'est l'égyptologie, alliant archéologie, philologie et histoire. Tout en rappelant les grandes thématiques auxquelles furent consacrés ses cours (la géopolitique égyptienne au IIe millénaire av. J.-C., à propos de la salle hypostyle de Soleb, les temples de l'enceinte d'Amon-Rê à Karnak et la littérature égyptienne) et ses séminaires (les Annales de Thoutmosis III et les textes philosophiques connus par le papyrus Prisse), il rend hommage au travail de toute une équipe, à la fidélité de son public, et à une ouverture vers des horizons plus larges qui semble de bon augure pour l'avenir de sa discipline.

  • En 2019, Kazuyoshi Yoshikawa achevait la troisième traduction japonaise d'À la recherche du temps perdu, fruit d'une aventure éditoriale de près de dix ans. Comment rendre accessible ce monument de la littérature française au public nippon ? Et que peut apprendre l'exercice de la traduction sur l'oeuvre ? S'appuyant sur de nombreux exemples, l'auteur nous livre les secrets de sa traduction, des méthodes mises en oeuvre aux choix adoptés pour conjuguer lisibilité du discours et restitution du sens. Mais au-delà des principes d'établissement du texte, l'expérience du traducteur se révèle d'une incroyable fécondité : elle éclaire l'oeuvre sous un jour nouveau. Kazuyoshi Yoshikawa dévoile ainsi des réflexions inédites sur divers pans du roman, comme la mondanité et le modernisme, la judéité et l'homosexualité, ou encore le sadomasochisme. Cet ouvrage donne à lire le cycle de quatre conférences que le spécialiste japonais de Proust a commencé de prononcer au Collège de France en mars 2020, avant d'être interrompu par la vague pandémique, et qui est présenté ici dans son intégralité.

  • Les sens, mais aussi le mouvement, le système vestibulaire ou encore la mémoire spatiale, recouvrent des fonctions à la fois perceptives et cognitives, qui sollicitent et révèlent toute la complexité du cerveau. Ils jouent un rôle essentiel dans la construction de soi et dans l'interaction avec autrui et le monde. Fruits d'un dialogue interdisciplinaire cher à Alain Berthoz, ces découvertes ont renouvelé notre conception de la perception et de l'action, comme du cerveau et des neurosciences. Dans sa leçon de clôture, le neurophysiologiste revient sur les projets qui ont nourri ses réflexions et lui ont permis, grâce à des dispositifs technologiques inédits, de mettre au jour l'incidence de la perception non seulement sur le développement de certaines maladies, mais aussi sur des problématiques sociétales et culturelles. Ces travaux trouvent aujourd'hui des applications en psychiatrie de l'enfant, et inspirent la robotique, les mondes virtuels et la pédagogie.

  • Du Moyen Âge à l'époque moderne, du moins jusqu'à Érasme, la tradition latine repose sur le principe des universels. Au temps de la mondialisation et de la globalisation, ce legs nous invite, plus que jamais, à renouer avec des valeurs fondamentales qui puissent être reconnues par tous et partout - l'universel - et partagées - l'essentiel. Dans cet ouvrage issu de sa leçon de clôture, Carlo Ossola déroule le fil de ses vingt ans d'enseignement au Collège de France. Mais plus encore, il suggère quelques points à partir desquels notre condition humaine d'abalietas (« abaliété »), constitutive de chacun de nous, peut nous montrer la voie à suivre en lui donnant un sens qui soit véritablement orienté vers autrui.

  • Qui ne s'est un jour demandé ce qu'est vraiment le temps ? Quelle est sa réalité ? Quelles propriétés lui reconnaître ? Nous avons l'impression que le temps passe ou s'écoule. Mais cela correspond-il à sa nature réelle ? Comment rendre compte des distinctions entre passé, présent, futur ? Les enseignements des sciences contredisent-ils notre conception ordinaire du temps ? Ces interrogations, aussi anciennes que la philosophie elle-même, ont fait l'objet d'un examen renouvelé dans la métaphysique contemporaine. Sans prétendre à l'exhaustivité, les contributions réunies dans ce volume entendent offrir un guide des questions les plus disputées, aujourd'hui, en ce domaine.

  • « Ma grande église et ma petite chapelle » : c'est ainsi que Gaston Paris, illustre médiéviste, désignait en 1894 le Collège de France et l'École pratique des hautes études, les deux établissements entre lesquels il partagea son enseignement. Fondées respectivement en 1530 et en 1868, ces deux maisons de la « science en voie de se faire » (Ernest Renan) n'ont cessé d'entretenir des liens presque symbiotiques : de très nombreux enseignants sont passés de l'une à l'autre ou ont exercé simultanément dans les deux. Ce sont ces affinités électives que ce livre, issu d'un colloque organisé au Collège de France lors du cent-cinquantenaire de l'EPHE, tente de mettre en lumière à travers des études sur l'histoire de ces deux institutions, des bilans par discipline (grammaire comparée, histoire des religions, anthropologie, sinologie, assyriologie, égyptologie) et des portraits de quelques personnalités marquantes (Ernest Renan, Gaston Paris, Abel Lefranc, Sylvain Lévi, Louis Robert). Au-delà de l'anecdotique, de la prosopographie ou des hasards des croisements institutionnels, ces études sont l'occasion de réfléchir sur le rôle conjoint de ces deux établissements dans l'histoire des savoirs.

  • Louvre

    Jessica Desclaux

    Le quatrième volume de la collection « Passage des disciplines » appréhende la manière dont la discipline de l'histoire de l'art s'est constituée au Collège de France en nouant un lien privilégié avec le musée du Louvre. Georges Lafenestre, André Michel, Paul Vitry, René Huyghe furent conservateurs au département des peintures et des dessins ou à celui des sculptures du Moyen Âge, de la Renaissance et des Temps modernes, avant d'enseigner au Collège dans le cadre de la chaire d'Esthétique et histoire de l'art, créée en 1878, renommée « Histoire de l'art français » (1920-1925), ou de la chaire municipale, financée par la ville de Paris, « Psychologie des arts plastiques » (1951-1976). En élisant ainsi plusieurs conservateurs à ses chaires, le Collège de France occupe-t-il une place à part dans la cartographie des lieux d'enseignement de l'esthétique et de l'histoire de l'art ? Quelles logiques sont à l'oeuvre dans le recrutement des conservateurs ? Dans quelle mesure l'expérience muséale des candidats pèse-t-elle sur leur nomination ? Une fois élus, quels liens ces derniers entretiennent-ils avec le Louvre ? Transfèrent-ils les débats du musée concernant l'esthétique ou la méthode historique dans leurs leçons du Collège de France ? Circulation d'hommes et parcours professionnel, débat disciplinaire, le musée : un laboratoire du cours ? telles sont les lignes principales que les auteurs de ce volume souhaitent explorer, en exploitant les archives des différentes institutions. Ce volume découle d'une journée d'étude organisée par Jessica Desclaux (Sorbonne Université-musée du Louvre/centre Dominique-Vivant Denon) le 4 avril 2019, dans le cadre du programme de recherche « Passage des disciplines : histoire globale du Collège de France, xixe-xxe siècle », qui porte sur l'évolution des matières enseignées et sur celles qui n'y ont pas été admises et qui forment un « Collège virtuel », depuis la fin du xviiie siècle jusqu'aux années 1960. Le programme est dirigé par Antoine Compagnon, avec la collaboration de Céline Surprenant. Il a reçu le soutien financier de PSL (2016-2019) et de la République des Savoirs.

  • Si l'histoire de la microbiologie a prouvé que l'existence de « bulles » sans microbes était possible, à quoi ressemblerait un monde sans microbes ? Entre représentations utopiques et faits scientifiques, Philippe Sansonetti retrace l'épopée des microbes, de leur découverte en 1674 jusqu'à nos jours, et invite à réfléchir sur le regard que nous portons sur ces êtres vivants apparus il y a 3 milliards et demi d'années. Paraphrasant l'Évangile selon saint Matthieu - tu aimeras tes microbes comme toi-même -, il nous alerte sur les dangers de l'appauvrissement en cours de la diversité microbienne. S'il faut maîtriser les microbes pathogènes, il faut également préserver les microbes indispensables à l'équilibre du vivant et de la planète. Cette perspective nécessite des changements drastiques dans nos approches médicales, vétérinaires et environnementales.

  • How can we explain the fundamental paradox of living matter, which combines stability and robustness of form with constant internal dynamics? It is not only the genetic information contained in every cell, but also numerous stochastic biomolecular processes that are at work in morphogenesis. In addition, the shaping of an organism is driven by mechanical forces that operate within and between cells, across tissues and organs. The dynamics of morphogenesis is a self-organized process that emerges from biological control and physical constraints at all scales. Its study is currently bringing together a fast-growing interdisciplinary community that observes, analyses and models living organisms.

  • Par essence interdisciplinaire, l'histoire des idées construit des ponts entre des domaines qui, d'ordinaire, ne se rencontrent pas. Mais quelles relations l'histoire des idées entretient-elle exactement avec la critique littéraire et la philosophie ? Est-elle ce vers quoi nous devons nous tourner ou, au contraire, ce dont nous devons nous prémunir lorsque nous cherchons à comprendre les mutations intellectuelles collectives sur la longue durée ? Ce volume, qui réunit philosophes, spécialistes de littérature et historiens, aborde l'histoire des idées à travers ses écoles, ses oeuvres et des figures atypiques telles que celles d'Étienne Gilson, Arthur O. Lovejoy, Hippolyte Taine, Anatole France, Isaiah Berlin, Paul Bénichou, Paul Hazard, Michel Foucault ou encore Martin Heidegger. Il brosse ainsi un portrait critique d'une discipline aux contours imprécis, qui a connu bien des variantes méthodologiques et soulevé bien des problèmes tout au long du xxe siècle et jusqu'à aujourd'hui.

  • Depuis que la sociologie s'est édifiée en discipline, la question de l'articulation entre pensée empirique et pensée normative - entre faits et valeurs - y occupe une place à la fois centrale et problématique. La multiplicité et la diversité des « ontologies » semblent en effet n'avoir offert aucune perspective totalement satisfaisante, laissant cette question en suspens. D'Émile Durkheim à Max Weber, Andrew Abbott revisite les théories classiques qui se sont construites en réaction au dualisme kantien des trois Critiques, pour poser les jalons de sa propre théorie du processus social. Il tente ainsi de dépasser l'opposition stricte entre le monde des faits et celui des possibilités et des valeurs : entre l'historicisme (Karl Marx) et les thèses du droit naturel et de l'économie scientifique (Alfred Marshall). Au fil d'une réflexion ponctuée d'exemples concrets et de métaphores éclairantes, les fondements d'un nouveau « processualisme » se dessinent peu à peu. Cette approche du monde social prône l'instauration d'un dialogue dynamique entre faits et valeurs - entre passé et futur - pour saisir le flux des processus historiques qui interagissent en permanence au sein d'un présent « épais ».

  • En 1914, Albert Einstein avait été invité à donner les conférences Michonis au Collège de France, organisées à partir de 1905 grâce au mécène Georges Michonis, pour y accueillir des savants étrangers. L'entrée en guerre l'empêcha de venir à Paris. Sous l'impulsion de Paul Langevin, professeur de Physique générale et expérimentale (1909-1946), l'invitation fut renouvelée en février 1922, peu après les tests de la théorie de la relativité générale effectués par l'astronome Sir Arthur Eddington en 1919, qui contribuèrent à la renommée mondiale d'Einstein. Le Collège se singularisera encore par la suite dans la réception des idées d'Einstein, en créant, en 1933, une chaire pour le physicien, qui avait fui l'Allemagne. Ayant déjà accepté un poste à l'Institut des études avancées de Princeton nouvellement créé (1930), Einstein n'occupera jamais cette chaire. Avec pour fil conducteur la visite d'Einstein au Collège, ce 3e volume de la collection s'intéresse à l'impact des idées d'Einstein sur la physique française et, plus largement, dans la formation des savoirs et des arts (des années 1910 jusqu'à la Seconde Guerre mondiale) en France et au-delà. Contrairement à Freud et à Darwin, dont l'accueil au Collège a été difficile, accueil qui a fait l'objet de deux volumes précédents de la collection, la théorie de la relativité d'Einstein y a très tôt été présentée par Langevin, qui en a fait le sujet de ses cours dès 1910-1911. D'autres professeurs du Collège s'y sont intéressés (Léon Brillouin [Physique théorique, 1932-1949], Frédéric Joliot [Chimie nucléaire, 1937-1958] et André Lichnérowicz [Physique mathématique, 1952-1986], de même que des professeurs de philosophie, de poétique et d'histoire (Henri Bergson, Paul Valéry [Poétique, 1937-1945]), Lucien Febvre [Histoire de la civilisation moderne, 1933-1949], ou Maurice Merleau-Ponty [Philosophie, 1952-1961]) pour nous limiter à ces quelques noms. Ce volume découle d'un colloque organisé par Antoine Compagnon (Littérature française moderne et contemporaine), Jean Dalibard (Atomes et rayonnement) et Jean-François Joanny (Matière molle et biophysique) les 11 et 12 juin 2018, dans le cadre du projet « Passage des disciplines : histoire globale du Collège de France, xixe-xxe siècle », qui porte sur l'évolution des matières enseignées aussi bien que celles qui n'y ont pas été admises et qui forment un « Collège virtuel », depuis la fin du xviiie siècle jusqu'aux années 1960. Il est dirigé par Antoine Compagnon, avec la collaboration de Céline Surprenant et reçoit le soutien financier de PSL (2016-2019), et de la Fondation Hugot.

  • Comment trois siècles de continuelles invasions, d'Alexandre le Macédonien aux Kouchans, ont-ils involontairement favorisé un bouleversement religieux et artistique extraordinaire en Inde du Nord ? Gérard Fussman fait ici le bilan de soixante années de recherches internationales qui ont profondément transformé notre perception de l'histoire ancienne de la péninsule indienne. Il y évoque les circonstances de la création d'une représentation anthropomorphique du Buddha et de la diffusion du bouddhisme en Asie centrale et en Chine continentale, aujourd'hui dans le monde entier. Il revient aussi sur son parcours personnel et intellectuel d'enfant d'immigrés.

  • How can we hope to understand Islam without knowing how its founding text, the Qurn, took shape and then crystalized? The discovery of a palimpsest in Sanaa in 1973 confirmed the existence of other recensions of the Qurnic text in the first centuries of Islam. Studies of these documents and of the manuscripts of the predominant transmission have made it possible to identify the various strata of texts and the variants that were gradually excluded. This unprecedented approach to the Qurn profoundly renews the intellectual and cultural history of the Muslim world.

  • The history of architecture constantly combines two perspectives: one is panoramic and turned towards urban ensembles so as to reveal social or technical policies, while the other looks in close shot at buildings, their interior, and their reflection of the ideals and engagement of their creators and occupants. By articulating the thoughts of twentieth-century theoreticians, philosophers, writers and architects (such as Mies van der Rohe, Wright, or Le Corbusier), Jean-Louis Cohen offers a new approach to architecture as a subject of inquiry and as a practice - one that is rooted in cultural history and in its human dimension.

  • Qu'en fut-il de l'architecture et de l'urbanisme sous l'Occupation ? Si les travaux sur la France de Vichy foisonnent, le champ architectural et urbain est longtemps resté ignoré. Les politiques conduites en la matière ne sauraient se mesurer à la quantité d'édifices réalisés, mais plutôt à l'ampleur des réorganisations administratives - telle la création de l'Ordre des architectes en décembre 1940 - ou à l'abondante production de textes et de plans. Les architectes furent-ils majoritairement collaborateurs et profiteurs de guerre, dans des contextes allant de la spoliation des biens des Juifs à la pressante reconstruction des villes détruites ? Quel rôle jouèrent des architectes comme Le Corbusier ou Auguste Perret ? Quelle place les langages architecturaux ont-ils réservé au moderne et à la tradition ? Quel enseignement dispensait-on dans les écoles ? Sans prétendre en dévoiler toutes les continuités et les ruptures, l'ouvrage pose de front la question des politiques architecturales et urbaines mises en oeuvre sous le régime de Vichy, de leurs origines et de leur héritage.

  • La métaphysique s'entend depuis toujours comme la science des « premiers principes ». Mais comment comprendre ces termes ? Existe-t-il vraiment des principes proprement métaphysiques ? Faut-il y voir des vérités générales ou fondamentales, qui concerneraient l'ensemble de la réalité ? Portent-ils, au contraire, sur certaines régions spécifiques de l'être ? Ont-il trait à des rapports nécessaires entre les choses ? Faut-il les concevoir comme des « fondements » ? Interrogent-ils tant l'actuel que le possible ? Les connaît-on de manière immédiate ou a priori, ou sont-ils plutôt épistémiquement dérivés ? Comment différencier les principes qui conditionnent la connaissance métaphysique de ceux qui concernent plus directement la structure ou l'ameublement de la réalité ? En quoi les principes métaphysiques se rapportent-ils à ceux de la science ou du sens commun ? Comment se distinguent-ils des principes logiques, épistémologiques ou théologiques ? Autant de questions, trop rarement étudiées pour elles-mêmes, auxquelles les contributions ici réunies voudraient apporter des éléments de réponse. De manière transversale ou via des études de cas plus spécifiques, cet ouvrage tâchera de déterminer quels sont, dans la tradition comme dans la philosophie contemporaine, les candidats sérieux au titre de « principe métaphysique ».

  • Le processus de mondialisation ouvre des possibilités inédites, mais suscite aussi des menaces pour l'être humain et l'ensemble de l'écosystème, provoquant ainsi un repli souverainiste dans un monde de plus en plus « déboussolé ». Quelle place, donc, pour un humanisme juridique au sein de la gouvernance mondiale ? Mireille Delmas-Marty confronte au récit de l'effondrement celui de la mondialité, communauté de destin unie et solidaire dans sa pluralité. Au croisement des droits nationaux et du droit international, elle revisite trois voies qu'elle avait explorées près de dix ans auparavant : résister à la déshumanisation, responsabiliser les acteurs globaux et anticiper les risques à venir. Ponctuée de nouveaux commentaires, et relue sous l'angle d'une « boussole des possibles », cette leçon de clôture prononcée en 2011 se révèle d'une actualité saisissante.

  • Peut-on évaluer le risque d'avoir une maladie en lien avec nos gènes, nos comportements ou notre environnement ? L'épidémiologie, qui étudie la répartition et les déterminants des maladies dans la population, permet de répondre à ces questions. Le développement fulgurant de cette science, dans la seconde moitié du xxe siècle, a permis de faire des progrès considérables dans l'identification des facteurs de risque des maladies cardiovasculaires et de nombreux cancers. Les progrès du séquençage du génome humain au début du xxie siècle et, d'une façon plus générale, l'accès aux données massives (big data), ont révolutionné la recherche en épidémiologie tout en lui imposant de nouveaux défis scientifiques et éthiques.

  • Au cours des dix dernières années, une nouvelle approche de l'étude du développement économique et de la pauvreté a émergé : l'approche expérimentale. Les politiques de lutte contre la pauvreté sont testées lors d'expériences pilotes menées avec la rigueur des essais cliniques. Idées nouvelles et solutions anciennes sont évaluées sur le terrain, ce qui permet d'identifier les politiques efficaces et celles qui ne le sont pas. Ce faisant, nous améliorons notre compréhension des processus fondamentaux qui sont à l'origine de la persistance de la pauvreté. Avec la méthode expérimentale, la science et la lutte contre la pauvreté se renforcent mutuellement.

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