Don Quichotte

  • " Je suis venu au Liban, voir ce qu'il en était de ces hordes de crevards qui prenaient d'assaut nos frontières, pour nous voler nos emplois et cramer nos allocs. J'ai décollé mon cul de mon divan, éteint ma télé après 59 mois passés à regarder le peuple syrien se faire écraser dans un silence vertigineux. J'ai vu la lumière au milieu de cette misère... "
    Un jour d'été 2015, Bernie Bonvoisin décide de se rendre au Liban et d'aller à la rencontre des jeunes Syriennes et Syriens réfugiés au pays du Cèdre. Dans les camps et les squats de fortunes où les exilés forcés survivent dans un dénuement extrême, le long de la frontière, il veut recueillir les mots d'une enfance volée par la guerre et le terrorisme, dont l'innocence anéantit tous les discours politiques. Là, il rencontre une génération sacrifiée à la maturité spectaculaire, le futur de la Syrie.
    Bernie Bonvoisin, fondateur du groupe Trust, est connu pour ses engagements politiques. Il est aussi cinéaste et romancier.

  • " Je suis à un tournant. Comme souvent. J'ai cinquante-six ans et j'attends la sortie d'un film dans lequel je me suis investi comme jamais. J'y joue le rôle de ma vie, le rôle que j'ai tenu toute ma vie, le rôle du "grand frère', le rôle de l'aîné qui défriche le chemin, l'aîné qui veille et surveille. Je suis Arezki, parisien d'origine algérienne, et parisien dans le sang. Je suis propriétaire d'un bar à Pigalle, j'ai la gueule de l'emploi, une tête de Parigot bien cassée, un mec des banlieues métissées qui vient gonfler le coeur de la ville. Je suis un vrai Parisien, une figure des quartiers populaires. Je suis l'un des Derniers Parisiens. "
    Révélé par Un prophète de Jacques Audiard et Rengaine de Rachid Djaïdani, Slimane Dazi est le fils aîné d'une famille de neuf enfants originaire d'Algérie. Il a beau être présenté comme un acteur français, né à Nanterre en 1960, il doit encore quémander la nationalité française pour obtenir une liberté de mouvements que lui refuse son passeport algérien.
    Indigène de la nation est le récit d'une vie entre deux rives, l'empreinte d'une identité " désintégrée ", celle de la première génération des enfants d'immigrés, nés en France avant la fin de la guerre d'Algérie. Môme des premières cités, Slimane Dazi raconte une existence menée tambour battant, dans la France des banlieues à l'abandon, des petits boulots et des grandes galères, des camelots et des noceurs. Et son éveil au cinéma à quarante ans, quand celui-ci, dit-il, commence enfin à mettre en lumière des gueules comme la sienne. Des " gueules de métèques ".

  • " J'avais vingt-trois ans lorsque je fus engagé comme kinésithérapeute dans le centre de réadaptation de Coubert. J'y restai quinze ans. Quinze ans qui résonnent en moi intensément, comme une peine purgée à mon corps défendant. Durant cette période, la blouse blanche m'a placé du côté des matons, libres en apparence, telles des sentinelles dressées face au handicap déferlant ; libres, ou presque.
    J'ai dû apprendre à dire que non, ce ne serait plus jamais comme avant. Je me suis protégé. Je me suis fait envahir. J'ai nourri ma vie de trajectoires bouleversantes et de fulgurantes leçons. J'ai mesuré l'infortune, prolongé les efforts, soutenu les regards, ouvert mon être pour tenter de donner un sens aux mots "prendre soin'. "
    /> François Chevet, son diplôme de kinésithérapeute en poche, rejoint l'équipe soignante de l'un des meilleurs centres de réadaptation d'Europe, où il travaille auprès des grands blessés du système nerveux central : paraplégiques, tétraplégiques, hémiplégiques, traumatisés crâniens, malades de Parkinson. Prendre soin est son premier livre.

  • Plus de data ont été récoltées cette année que depuis le début de l'histoire de l'humanité. Cette nouvelle matière première nourrit quantité d'algorithmes qui déterminent les conditions d'accès à un crédit ou à un emploi, prévoient le décrochage scolaire, détectent les profils à risque terroriste, et repèrent les prédispositions à certaines pathologies.
    Comment fonctionne ce monde opaque dans lequel nous vivons ? Sur quels critères sont prises ces décisions que nous déléguons à des mécanismes qui nous dépassent ? Seule une approche pluridisciplinaire permet d'envisager ces nouveaux rapports de force entre États, plateformes, consommateurs et citoyens.
    Largement illustré, L'Empire des données retrace la grande histoire de cette collecte, et offre des clefs pour protéger l'individu et la collectivité des avancées technologiques. Les data ne sont qu'un outil, à l'homme de décider de leur rôle.
    Adrien Basdevant est avocat au Barreau de Paris, spécialiste des enjeux du numérique et enseigne la gouvernance des données au sein du master Data Science de l'ESSEC - Centrale Supélec.
    Jean-Pierre Mignard est docteur en droit pénal (thèse en Sorbonne sur la cybercriminalité), avocat au Barreau de Paris, maître de conférences à Sciences Po et membre du Comité consultatif national d'éthique.
    Tous deux sont associés au sein du cabinet Lysias.

  • " La jeune et brève histoire de Mediapart fait partie de ces nombreuses volontés citoyennes résistant à la régression qui donne la main aux plus forts et aux plus riches, c'est-à-dire aux États qui surveillent et aux financiers qui spéculent. Si novatrice soit-elle, ce n'est sans doute qu'une contribution parmi d'autres. Mais j'ai voulu en tirer quelques enseignements utiles à celles et ceux qui cherchent les voies d'une refondation démocratique de l'écosystème médiatique en inventant des réponses nouvelles à la crise d'indépendance et de qualité de l'information.
    Je me propose d'expliquer ce chemin de résistance, en m'attachant à toutes les dimensions du mot "valeur' qu'entraîne ce choix exigeant : valeur de la démocratie, valeur d'un métier, valeur du participatif, valeur d'un public, valeur d'une entreprise, etc. C'est en défendant la valeur de l'information que nous apporterons, face au choc de la révolution numérique, des solutions durables qui soient au service de l'intérêt général.
    Mon seul souci est que nous soyons à la hauteur du défi que doivent affronter nos démocraties, qui, à force de se laisser dépérir, prennent le risque de se renier. Car la défaite du journalisme annonce toujours le recul de la liberté. "
    Journaliste, Edwy Plenel est cofondateur et président
    de Mediapart, journal en ligne indépendant et participatif fondé le 16 mars 2008. Il a notamment publié chez Don Quichotte
    Le Droit de savoir (2013), Dire non (2014) et Dire nous (2016).

  • Pierre Simon, médecin, gynécologue, premier français expert en sexologie, a lutté tout au long de sa vie pour changer les consciences et la société. Son nom revient avec insistance quand est évoqué aujourd'hui le droit des femmes à disposer de leur corps.
    Initiateur en France de l'accouchement sans douleur et de l'éducation sexuelle, cofondateur du Planning familial, artisan infatigable de la légalisation de la contraception et de la dépénalisation de l'avortement, Pierre Simon pensait que la vie humaine était avant tout une succession de choix, de la décision de donner la vie au droit de mourir dans la dignité.
    De Metz, où il est né en 1925, à Londres, en 1963, d'où il revient les valises chargées de diaphragmes contraceptifs, de la Résistance, où il s'engage à 17 ans, au Sain-Germain-des-Prés des écrivains et des peintres, et à la Grande Loge de France dont il deviendra Grand Maître, mais encore et surtout de l'URSS de 1953, où il découvre l'accouchement sans douleur, aux cliniques de Pigalle et aux premiers services publics proposant l'avortement, le roman d'une vie menée tambour battant pour libérer les corps, les esprits et la société.
    Emmanuel Pierrat est écrivain ainsi qu'avocat spécialiste de la propriété intellectuelle et de la censure, conservateur du musée du Barreau de Paris, auteur d'essais et de romans.

  • " Au sortir de cette chose difforme et noire, qu'on appelle le bagne, l'évêque lui avait fait mal à l'âme comme une clarté trop vive lui eût fait mal aux yeux en sortant des ténèbres. La vie future, la vie possible qui s'offrait désormais à lui toute pure et toute rayonnante le remplissait de frémissements et d'anxiété. "
    Victor Hugo, Les Misérables
    Face au bien qu'incarnent le prince Mychkine ou Aliocha Karamazov, face à l'innocence que porte le beau matelot Billy Budd ou encore face à l'incrédulité de Jean Valjean devant le don insensé de l'évêque de Digne, nul ne reste indifférent : ni les personnages qui gravitent autour d'eux, ni le lecteur qui se trouve, à son tour, sommé de répondre à une expérience existentielle radicale.
    Telle est la puissance du bien que le nouvel ouvrage de Michel Terestchenko explore dans des exercices de lecture généreux, où se découvre la profonde humanité de l'homme.
    Michel Terestchenko est philosophe et écrivain.

  • Ariane

    Myriam Leroy

    " Quand j'ai eu douze ans, mes parents m'ont inscrite dans une école de riches. J'y suis restée deux années. C'est là que j'ai rencontré Ariane. Il ne me reste rien d'elle, ou presque. Trois lettres froissées, aucune image. Aucun résultat ne s'affiche lorsqu'on tape son nom sur Google. Ariane a vécu vingt ans et elle n'apparaît nulle part. Quand j'ai voulu en parler, l'autre jour, rien ne m'est venu. J'avais souhaité sa mort et je l'avais accueillie avec soulagement. Elle ne m'avait pas bouleversée, pas torturée, elle ne revient pas me hanter. C'est fini. C'est tout. "
    Elles sont collégiennes et s'aiment d'amour dur. L'une vient d'un milieu modeste et collectionne les complexes. L'autre est d'une beauté vénéneuse et mène une existence légère entre sa piscine et son terrain de tennis. L'autre, c'est Ariane, jeune fille incandescente avec qui la narratrice noue une relation furieuse, exclusive, nourrie par les sévices qu'elles infligent aux autres. Mais leur histoire est toxique et porte en elle un poison à effet lent, mais sûr.
    Premier roman sur une amitié féroce, faite de codes secrets et de signes de reconnaissance, à la vie à la mort. Myriam Leroy est journaliste, presse et radio, et écrit pour le théâtre. Elle habite Bruxelles.

  • En France, une vingtaine d'experts, souvent autoproclamés, monopolisent le débat public. Dette, chômage, fiscalité, mondialisation... leurs analyses et solutions sont reprises en boucle par les journaux et à la télévision, tandis que gauche et droite se les disputent pour donner du crédit à leurs projets économiques.
    Mais, qui a eu l'idée d'expertiser ces experts ? Quelles sont au juste leurs compétences ? Pourquoi la plupart d'entre eux ont-ils été incapables de prévoir la crise économique et financière sans précédent qui ébranle le monde depuis 2008 ? Surtout, ces donneurs de leçons sont-ils vraiment indépendants et leurs avis désintéressés ? Rien n'est moins sûr...
    Outre les invraisemblables bourdes commises par plusieurs " économistes " de renom, Laurent Mauduit révèle l'affairisme, les compromissions, les conflits d'intérêts mais aussi le double jeu politique dont certains d'entre eux se rendent coupables. En toute impunité ! Car, aujourd'hui en France, une petite caste, soumise au pouvoir de la finance, a fait main basse sur le débat d'idées, les grands médias et même l'Université. Et elle n'a qu'un seul intérêt : le sien.
    Pourquoi les pseudo-experts médiatiques nous trompent. Comment la finance a acheté les économistes vedettes.
    Laurent Mauduit est journaliste. Il a notamment été chef du service économique de Libération et directeur adjoint de la rédaction du Monde avant de cofonder Mediapart en 2008.

  • Marie-Laure Dufresne-Castets est avocate en droit du travail, du côté des travailleurs et des syndicats, contre les multinationales et les représentants du patronat. À travers une dizaine de combats emblématiques de sa carrière, elle raconte la violence inouïe mise au service de la gestion de leur " masse salariale " par les dirigeants. Avec humour et obstination, elle bataille aussi contre une novlangue qui contamine l'opinion, y compris celle des juges : le travail ne " coûte " rien, il a un prix ; le dialogue social désigne des décisions prises unilatéralement par les employeurs ; les plans de sauvegarde de l'emploi ne sauvegardent rien, si ce n'est le profit des actionnaires ; les partenaires sociaux sont en réalité les collaborateurs du patronat ; etc. Avec d'autres, elle s'inscrit ainsi dans la tradition des grandes luttes sociales pour plus de justice et de solidarité, qu'il est urgent de remettre au goût du jour.
    À l'âge de 33 ans, Marie-Laure Dufresne-Castets a commencé des études de droit. Son diplôme d'avocate en poche, elle a travaillé principalement avec la CGT, avec laquelle elle a obtenu des victoires judiciaires, notamment contre McDonald's, Renault, Continental ou PSA.

  • Edgar Morin, philosophe militant pour une réforme de pensée qui affronte les complexités, et Tariq Ramadan, penseur et théologien militant pour une réforme radicale de la tradition islamique, dialoguent ensemble sur leurs divergences et sur la nécessité d'un humanisme revivifié. Les interlocuteurs, au-delà de leurs désaccords, attestent l'urgence d'affronter les problèmes essentiels de notre humanité et de résister au pire. De cette rencontre féconde naissent ces échanges sur la condition humaine et les grandes questions de notre temps – de l'économie à l'art, de la philosophie à l'histoire, en passant par l'anthropologie et les sciences. Un livre-manifeste, contre le repli sur soi, une exhortation à l'ouverture et au dialogue.

  • La déflagration de Petrograd provoqua des destinées extrêmes. Des femmes et des hommes se jetèrent à corps perdu dans cette envie révolutionnaire, portant leurs engagements jusqu'à l'incandescence. Beaucoup s'y consumèrent. Voici quatorze portraits de destins exceptionnels, forgés dans la tourmente d'Octobre-17.
    Ils ne sont pas tous acteurs de premier plan, mais chacun se saisit de l'événement pour l'amplifier ou pour se construire une vie nouvelle. La future diplomate Alexandra Kollontaï imposa à Lénine la libération des femmes. L'affairiste truand Naftali Frenkel participa à la construction du Goulag. Nestor Makhno organisa le premier grand soulèvement anarchiste. Yakov Blumkine, tout à la fois poète, espion, tueur et martyr de Staline. Jeanne Labourbe, l'institutrice française tuée à Odessa, Larissa Reisner, déesse guerrière de l'Armée rouge, Roman von Ungern-Sternberg, le baron fou de Sibérie, Isaac Babel, l'écrivain juif s'enrôlant comme soldat sur les conseils de Gorki, pour " courir le monde "...

  • Moi, la Révolution

    Daniel Bensaïd

    Moi, la Révolution, le coup de colère d'une victorieuse défaite, mangeuse d'hommes et femme à histoires. Un voyage passionné à travers les enjeux idéologiques de 1789 et de ce qu'on en retient.
    En 1989, la Révolution venait hanter son bicentenaire. Prenant à partie sur le mode du tutoiement sans-culotte le citoyen-président, elle s'emporte contre ces festivités officielles dont elle se sent la grande absente, escamotée sur fond de conversion au réel et de régression des utopies. Contre ceux qui la voudraient terminée, cette éternelle dissidente se proclame infinie, et réplique : en finir avec Thermidor !
    Irrévérencieuse et querelleuse, elle chemine entre passé et présent avec des compagnons d'infortune inattendus – Jeanne d'Arc et Charles Péguy notamment – et se livre à son examen de conscience, discutant des Droits de l'homme et de la Terreur, de la République et du Progrès, de l'Argent et de la Morale...
    Daniel Bensaïd, philosophe et militant, politique et poète, indocile comme les causes qui l'animaient, inclassable comme les irréguliers qu'il défendait, est un passeur pour toutes celles et tous ceux qui ne se rendront jamais à l'ordre des choses et du monde, à ses injustices et à ses mensonges. Son parti pris des révoltes fondatrices, insaisissables et imprévisibles, est une invite à découvrir les inépuisables émancipations qu'elles appellent.
    Directrice de recherches au CNRS et auteure d'une trentaine d'ouvrages, Arlette Farge a reçu en 2016 le prix international Dan David. Elle signe la préface.

  • Le 7 mai 2017, l'ancien ministre de François Hollande est devenu, à 39 ans, le plus jeune président de la Ve République, au terme d'une OPA sur le pouvoir menée avec méthode, sur fond d'effondrement des partis. En coulisses, Emmanuel Macron a construit une machine électorale destinée à conquérir le pouvoir, transformant en cash machine les ramifications multiples d'un réseau accumulé au fil des ans dans le monde des affaires et le Paris mondain.
    Loin du storytelling macronien, la rédaction de Mediapart a enquêté pendant plusieurs mois sur le " monde " de l'ancien banquier d'affaires, ses réseaux, ses donateurs, la façon dont l'ancien élève de Ricœur a bricolé une pensée ultra-pragmatique collant au moment politique, son zigzag symbolique et opportuniste entre gauche et droite, et la façon dont il s'est hissé au pouvoir. Incarnation du " système " politique, l'énarque jure qu'il saura se démarquer du " vieux monde " dont il est issu.
    À bonne distance de la communication et de la chronique des faits et gestes du président, Mediapart s'est penché sur les hommes et les femmes du nouveau pouvoir, le peuplement des cabinets ministériels, et raconte les coulisses des premiers mois d'une présidence inattendue.

  • Le 7 mai 2017, l'ancien ministre de François Hollande est devenu, à 39 ans, le plus jeune président de la Ve République, au terme d'une OPA sur le pouvoir menée avec méthode, sur fond d'effondrement des partis. En coulisses, Emmanuel Macron a construit une machine électorale destinée à conquérir le pouvoir, transformant en cash machine les ramifications multiples d'un réseau accumulé au fil des ans dans le monde des affaires et le Paris mondain.
    Loin du storytelling macronien, la rédaction de Mediapart a enquêté pendant plusieurs mois sur le " monde " de l'ancien banquier d'affaires, ses réseaux, ses donateurs, la façon dont l'ancien élève de Ricoeur a bricolé une pensée ultra-pragmatique collant au moment politique, son zigzag symbolique et opportuniste entre gauche et droite, et la façon dont il s'est hissé au pouvoir. Incarnation du " système " politique, l'énarque jure qu'il saura se démarquer du " vieux monde " dont il est issu.
    À bonne distance de la communication et de la chronique des faits et gestes du président, Mediapart s'est penché sur les hommes et les femmes du nouveau pouvoir, le peuplement des cabinets ministériels, et raconte les coulisses des premiers mois d'une présidence inattendue.

  • "L'histoire de ma génération est l'histoire de ceux qui n'ont pas fait la guerre (ni la révolution ni rien du tout)."
    Trop jeune pour être soixante-huitard, trop vieux pour se brancher et se mondialiser, Jean-Christophe Brochier est éditeur dans une grande maison d'édition.

  • La Muette

    Alexandre Lacroix

    Il existe, à quelques kilomètres de Paris, un lieu méconnu, même si des événements majeurs s'y sont déroulés : la cité de la Muette. À l'origine, elle devait être un fleuron de l'architecture française. Dessinée par deux grands architectes, elle représentait une réponse au Bauhaus allemand, et une révolution du logement populaire. Mais le chantier a été interrompu avant-guerre et, de 1941 à 1944, la Muette est devenue le camp de Drancy, administré par les gendarmes et les nazis. Depuis ces bâtiments, soixante-sept mille Juifs furent déportés.
    Le destin de cette cité, qui concentre ce qu'on ne veut pas voir à la fois dans l'histoire et dans la société françaises, ne s'arrête pas là : après la Libération, elle a été aménagée pour y créer des logements sociaux. Les anciennes chambrées des détenus, cloisonnées à la va-vite pour faire des studios et des deux-pièces, sont encore habitées de nos jours.
    Dans ce roman choral, l'auteur nous invite à suivre le parcours de deux personnages attachants, Elsa, détenue en 1943, et Nour, un jeune Beur d'aujourd'hui. Ils n'ont pas la même langue, pas le même rapport au désir ni à la mort, mais leurs histoires s'entremêlent et se répondent. Si bien qu'au croisement de leurs monologues, on croit entendre les voix de la Muette.

  • Un virus mortel et incurable a mis l'espèce humaine face au danger de l'extinction. Baobab, arbre premier, arbre éternel, arbre symbole de grande sagesse, prend la parole et réveille la mémoire de l'humanité. Sous son ombre fraîche, hommes, femmes, enfants pris dans la tourmente, combattants farouches pour la survie, vont confier leur lutte contre les ravages d'Ebola : le docteur en combinaison d'astronaute qui, jour après jour, soigne les malades sous une tente ; l'infirmière sage-femme dont les gestes et l'attention ramènent un peu d'humanité ; les creuseurs de tombes qui, face à l'hécatombe, enterrent les corps dans le sol rouge ; les villageois renonçant à leurs coutumes ancestrales afin de repousser Ebola...
    Écrivaine ivoirienne, Véronique Tadjo a dirigé jusqu'en 2015 le Département de français de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg. Ses livres sont traduits en plusieurs langues, du Royaume aveugle (1991) à L'Ombre d'Imana : Voyages jusqu'au bout du Rwanda (2001) et Reine Pokou, concerto pour un sacrifice (2005).pour lequel elle a reçu en 2005 le Grand Prix de Littérature d'Afrique noire.

  • L'étranger est par essence louche, suspect, imprévisible, retors, de taille à commettre des avanies, même s'il survit dans le plus profond dénuement, s'il souffre de la faim, du froid, qu'il n'a pas de toit pour se protéger. L'étranger, homme, femme ou enfant, représente toujours un danger, qu'il faut combattre à tout prix.
    La loi dispose que " toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d'un étranger en France " encourt jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende.
    Cette sanction pénale est réservée aux " aidants " désintéressés, animés par le seul élan d'humanité et de dignité vis-à-vis d'eux-mêmes et de ceux voués à tout juste subsister. Ils ont choisi, en connaissance de cause, de commettre ce qu'on appelle le " délit de solidarité " ou " d'hospitalité ". Des expressions devenues familières, dans leur obscénité, depuis qu'on a vu traduits devant les tribunaux des " désobéissants ", paysans, professeurs, élus municipaux, citoyens bienfaisants coupables d'avoir, sans contrepartie d'aucune sorte, secouru, protégé, rendu service à des hommes, femmes et enfants qui n'avaient pas l'autorisation de fouler la terre française.
    Les élections présidentielle et législatives en France ont fourni l'occasion d'une chasse aux désobéissants, comme si la majorité des candidats s'étaient accordés pour rassurer l'opinion en la sommant de collaborer : la France ne laissera pas entrer chez elle des hordes de réfugiés, de migrants si menaçants. Chaque jour a apporté son nouveau délinquant, lequel n'a pas désarmé, il est entré en résistance. Il offre le gîte, le couvert, la circulation à des exilés miséreux, il est capturé par des policiers, punit par des magistrats... et il recommence, parce que l'hospitalité et la solidarité ne sont pas une faveur mais un droit, un devoir et qu'il aime accomplir ce devoir-là.
    Des écrivains ont accepté avec enthousiasme d'écrire, à leur guise, dans une nouvelle, fiction ou rêverie, leur respect pour ces gens de bien, et leur inquiétude de voir agiter les spectres de graves menaces incarnés par des êtres humains réduits à peu de choses. Pas seulement : c'est aussi vers l'Autre que va leur curiosité, l'Autre qui gagne toujours à être connu et non chassé.
    Enki Bilal dessine, des écrivains de talent s'expriment parmi lesquels Antoine Audouard, Kidi Bebey, Clément Caliari, Antonnella Cilento, Philippe Claudel, Fatou Diome, Jacques Jouet, Fabienne Kanor, Nathalie Kuperman, Jean-Marie Laclavetine, Christine Lapostolle, Gérard Lefort, Pascal Manoukian, Carole Martinez, Marta Morazzoni, Lucy Mushita, Nimrod, Serge Quadruppani, Serge Rezvani, Alain Schifres, Leïla Sebbar, François Taillandier, Ricardo Uztarroz, Anne Vallaeys, Angélique Villeneuve, Sigolène Vinson...
    Journaliste, membre de l'équipe fondatrice de Libération, Béatrice Vallaeys est aujourd'hui directrice de collection aux éditions Don Quichotte.

  • Tous les chanteurs français, depuis cinquante ans, sont à la fois les enfants de la Grande Chanson française (Piaf, Brassens, Brel, Ferré, etc.) et ceux des Beatles et de Dylan, ces demi-dieux du rock, dont ils ont rêvé d'égaler la force, la séduction et l'influence planétaire.
    Yves Bigot chronique les conséquences pour eux de cette double paternité... souvent antinomique et analyse cette exception culturelle française, vu par et à travers Téléphone, Balavoine, Cabrel, Murat, Daho, Indochine, Noir Désir, Mylène Farmer, Manu Chao, Benjamin Biolay, Stromae... jusqu'à Christine and the Queens qui a vaincu, après Daft Punk, Air, Cassius, Phoenix et Justice, le signe indien qui empêchait jusque-là aux artistes français d'exister dans l'univers mondialisé anglo-saxon.
    " Yves Bigot est de loin le mieux placé pour analyser les amours complexes du rock et de la chanson française car le seul à avoir parcouru au fil des années toute la chaîne alimentaire de la musique en France - fan, disquaire, journaliste, homme de radio, de télé, auteur, producteur, patron de maisons de disques - et ce sans s'y être fait dévorer ni transformer en requin. "
    Agnès Léglise, Rock & Folk
    " Bigot raconte l'histoire d'une exception culturelle face à la déferlante anglo-saxonne. Et à travers cinquante figures clés, il dessine le portrait du style français. "
    François Armanet, L'Obs

  • Sous la plume de Daniel Bensaïd, nous revient une figure familière, suspendue entre histoire et légende : Jeanne d'Arc. Du 8 mai, anniversaire de son triomphe, au 30 mai, anniversaire de son supplice, Jeanne s'en vient ainsi visiter notre époque incertaine où s'émoussent les convictions et renaissent les fanatismes. Vingt-trois nuits de dialogue complice et enchanteur, où s'entremêlent politique et philosophie, foi et hérésie, droit et force, guerre et paix. Vingt-trois, comme les heures d'une journée trop tôt interrompue d'une vie inachevée.
    " Je l'ai entendue comme je vous entends. Haute et intelligible. Tristement moqueuse. Joyeusement mélancolique " : cette voix de Jeanne d'Arc que Daniel Bensaïd nous fait entendre, traversant les parois du silence, de la résignation et de la défaite, c'est la sienne, toute de lucidité et d'humour, d'élégance et de volonté. Et c'est peu dire qu'elle nous revigore.
    Voici un grand livre qui éclaire une oeuvre encore trop méconnue. C'est celle du regretté Daniel Bensaïd (1946-2010) qui restera comme un exemple pour celles et ceux qui ne se rendront jamais à l'ordre des choses et du monde, à ses injustices et à ses mensonges.
    En 1991, "de guerre lasse', ce marxiste révolutionnaire décidait donc de se tourner vers Jeanne d'Arc pour retrouver le fil de l'espérance, l'érigeant en figure de la résistance universelle qui anime la grande fraternité des vaincus. Un an plus tôt, en 1990, il était parti sur les pas de Walter Benjamin, "sentinelle messianique' interpellant les faux prophètes d'une fin de l'histoire. Et en 1989, il s'était fait porte-voix d'une Révolution qui venait hanter son bicentenaire à la mode sans-culotte, irrévérencieuse et querelleuse.
    Trois livres en trois ans pour faire face à la contre-réforme néo-libérale qui s'apprêtait à piétiner l'exigence démocratique et sociale, alors même que, de 1989 à 1991, s'effondrait le socialisme étatique dont Daniel Bensaïd et les siens, opposants de gauche au stalinisme, n'avaient cessé de dénoncer l'imposture. Trois livres qui disaient le tournant d'une époque et les tourments d'un homme déterminé à en relever les défis et à en affronter les difficultés.
    Pour sauver l'idéal, les résolutions programmatiques et les tactiques organisationnelles ne suffisaient plus : il fallait en retrouver l'inspiration originelle, en donnant vie et force à un imaginaire mobilisateur, associant remémoration du passé et rédemption du présent.
    Edwy Plenel

  • Cette contestation française tient en une ligne : que la loi soit appliquée à tous, sans aucune restriction ni distinction. Ce n'est pas le cas en France.
    Chacun de nous est conscient que la République va mal, que l'intérêt général ne cesse d'être bafoué, que la justice est dévoyée en un instrument au service des puissants, et que nos politiques, à quelques rares exceptions près, ne s'engagent pas contre notre ennemi, la finance, mais se complaisent dans cette démocratie de basse intensité.
    Le peuple doit redevenir souverain. Par-delà les divergences et les différences, nous, citoyens, devons mettre ensemble un terme aux dysfonctionnements de notre société, sur la base d'un dénominateur commun que sont nos contestations compatibles, et qui convergent vers une même volonté d'obtenir davantage d'honnêteté et de justice dans la vie publique.
    Ce livre appelle ainsi tous ceux auprès desquels ce propos trouve un écho à se rassembler pour préparer le combat qui vient.
    David Koubbi est avocat à la cour de Paris, associé du Cabinet 28 octobre. En 2012, il prend la défense de Jérôme Kerviel dans le procès qui l'oppose à la Société Générale, et contribue à mettre au jour les graves manquements du système bancaire - et de la justice dans cette affaire. Anarchiste, non-croyant et boxeur pratiquant, il a publié un premier roman, Hélium & Papillons (Fischbacher, 2004).

  • Voici le manifeste du boycott civique de l'élection présidentielle de 2017. Depuis la Libération, la prétendue démocratie représentative n'a jamais produit autant de révolte des citoyens. Ils sont ainsi de plus en plus nombreux à se libérer d'un devoir de voter qui a viré à l'absurde. La rupture radicale avec ce rituel épuisé est un appel à l'action. Elle inaugure la reconquête de notre souveraineté.Voici le manifeste du boycott civique de l'élection présidentielle de 2017. Depuis la Libération, la prétendue démocratie représentative n'a jamais produit autant de révolte des citoyens. Ils sont ainsi de plus en plus nombreux à se libérer d'un devoir de voter qui a viré à l'absurde. La rupture radicale avec ce rituel épuisé est un appel à l'action. Elle inaugure la reconquête de notre souveraineté.
    Plus de 20 millions de non-votants.
    Sur près de 45 millions d'inscrits, au moins 9 millions s'abstiendront résolument, consciencieusement et bruyamment, lors de l'élection présidentielle ; plus de 2 millions feront l'effort de déposer bulletins blancs ou nuls dans les urnes ; ils seront quelque 3 millions de non-inscrits et 6,5 millions de " mal-inscrits ". En 2012, déjà, François Hollande n'a été élu qu'avec 18 millions de voix, à comparer avec les plus de 20,5 millions de non-votants...
    S'abstenir, un acte rationnel et volontaire.
    Le boycott affirmé des urnes présidentielles sera fondé en raison, car les raisons de ne pas voter sont désormais indéniables. Les exposer est l'un des projets essentiels de ce livre où l'expérience du journaliste d'enquête sera autant mobilisée que les analyses savantes de notre monde.
    Corruption, dislocation du patrimoine social, explosion des inégalités, dictature exécutive, violence sécuritaire incontrôlée, fermeture brutale des frontières... sont autant de malfaisances oligarchiques qui appellent l'abstention volontaire.
    Instaurer la souveraineté populaire !
    Sabotons donc la présidentielle du printemps 2017 par une désobéissance civile digne de Thoreau, de Gandhi et de Martin Luther King. Boycottons le train-fantôme d'un scrutin morbide organisé par les disciples de Louis XIV et de Napoléon le Petit, comme les démocrates américains boycottèrent, avec un succès mémorable, les bus ségrégationnistes de Montgomery.
    En 1885, Elisée Reclus affirmait déjà : " Voter, c'est abdiquer, c'est renoncer à sa propre souveraineté. N'abdiquez donc pas, ne remettez donc pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas ! " C'était un prophète.
    Journaliste, Antoine Peillon est l'auteur, entre autres, de Ces 600 milliards qui manquent à la France : enquête au coeur de l'évasion fiscale (Seuil, 2012, prix Ethique ANTICOR 2012 pour l'investigation), de Corruption (Seuil, 2014) et de Résistance ! (Seuil, 2016).

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