Editions Sulliver

  • Son murmure couvert par le galop emballé de notre monde et par les imprécations des cavaliers fous qui l'éperonnent vers le pire, comment l'âme pourrait-elle encore se faire entendre ?
    Mais, face à cette fureur autodestructrice qui repousse chaque jour son paroxysme, comment l'âme pourrait-elle se taire ?
    Terrée en chacun de nous, l'âme est notre lanceuse d'alerte. Notre ultime garde-fou.
    Aux sinistres perspectives (« Partance imminente incinérateurs du néant »), elle oppose ici la « salubre inclination de l'être à être ».
    Et nous exhorte à rétablir la poésie active comme force de pensée et de résistance.

    André Bonmort anime depuis 2008 la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver. « Romans-poèmes », « pamphlets poétiques » ou « méditations lyriques » selon la critique, ses livres s'affranchissent des genres pour élaborer le récit d'une conscience en rupture qui appelle à une autre grille de lecture de notre temps. Ils visent à briser les schémas mentaux dominants et, rétablissant dans ses droits la cohésion du vivant, à redonner la parole à « la part fragile du monde ».

  • Pilade

    Marc Jaffeux

    « La vérité est la suivante. Je voudrais ne jamais quitter le cri que j'ai poussé à l'annonce de sa mort. Je voudrais ne jamais sortir de ce moment furieux. »
    Écrire ce cri. Écrire pour perpétuer l'incrédulité, pour gommer l'inexorable. Écrire pour corriger le manuscrit défectueux de la vie. « J'imagine Fenezia, son Opéra, comme si j'allais bientôt m'asseoir à son orchestre et l'entendre, entendre ma vie, tout comprendre. »
    Écrire un roman, refaire le parcours autrement, tenter de recomposer le couple qui vient de se dissoudre, donner d'autres noms, d'autres visages, d'autres destins aux personnages dont il s'agirait de rectifier les errements qui les ont menés au pire. Les transplanter dans un autre pays, une ville fantasmée, ces lieux s'inscrivant pourtant inéluctablement dans un monde si proche du nôtre, une « OEurope » en décomposition où rejet et xénophobie s'affichent comme seules réponses aux crises du continent.
    Écrire sans limites et prolonger ainsi le « moment furieux », prolonger jusqu'à la confusion entre réel et fiction ce temps suspendu qui seul peut différer le retour de la conscience lancinante scandant la perte de l'amant.

    Auteur de récits et de romans, Marc Jaffeux a publié chez Sulliver Étymologie d'une dictature (2015), C'est là-bas (2016) et Un déicide (2017). Il a aussi écrit des fictions radiophoniques (France Culture, Radio Suisse Romande), des pièces de théâtre, ainsi qu'une vingtaine de livrets pour la musique contemporaine. Son écriture interroge les liens multiples du réel aux mots ; elle est souvent plurielle, partagée entre plusieurs approches, comme si le fait d'écrire devenait lui-même fiction.

  • Oraison fun

    Michel Hoëllard

    « Faire un bouquin de tes cendres. Un boucan. Un agent de refroidissement des souffrances. »
    Non pas un livre sur le deuil, mais un livre sur le refus du deuil. Sous la forme du roman épistolaire - longue lettre qui défie la mort, ambitionne de prolonger la présence (« Je te retiens : je volubile. ») - cette Oraison fun est un grand livre baroque, à la fois portrait de la défunte et récit de ses luttes (« ... ta résistance toi ta bravoure sans rejet sur vingt-cinq ans de greffe coeur-poumons. ») ; portrait d'un couple contraint par la maladie de vivre hors des normes l'intensité d'une union bousculant routines et conventions (« ... cette attention follement précise à la moindre minute réelle et ce plaisir de vivre à cru... ») ; portrait de l'époque à travers celui de la faune cosmopolite des touristes arpentant les allées du Père Lachaise où repose Muriel, l'absente à jamais présente « au centre pile de solitude ».

    Dans une langue revendiquant sa hardiesse, l'écriture littéraire empoigne ici le deuil, l'humour, l'amour, la mort et ses lois.
    Refusant la fin sans issue, cette célébration rythme le pouls d'une vie d'outre-tombe.

    Michel Hoëllard a publié un premier roman, Lunes noires, en 2001, et un recueil de nouvelles, Inseguendo le lune, en Italie, en 2005. Son second roman, Ronde séminole, est paru en 2012 aux éditions Sulliver. Polémique, il collabore parfois au blog Stalker, dissection du cadavre de la littérature, et à la revue L'Atelier du roman.

  • « ...et aujourd'hui, après cette longue nuit de notre conscience, nous nous réveillons en panique et découvrons atterrés que nous n'avons plus sur cette Terre de demeure et nul asile intérieur où nous réfugier... »
    Dans un monde qui se dérobe chaque jour un peu plus sous nos pas, la citadelle Espérance ne sera bientôt plus que ruine.
    « ...les espèces elles-mêmes ne peuvent échapper à cet emballement elles disparaissent avant d'avoir fait leur temps et l'espèce humaine emportée par ce mouvement glisse à pleine vitesse sur la pente qu'elle a savonnée... »
    Dressant l'hallucinant recensement des maux qui nous minent, ce texte en rupture en appelle à la résistance de notre bastion intime et à l'exploration de nouveaux territoires.
    /> « ...au bord du précipice des siècles là où s'ouvre cette immense bouche et tentant maladroitement mais de toute ton énergie tentant de réapprendre à parler au temps... »

    Nouvelle édition.

    André Bonmort est également l'auteur de L'Âge de cendre, Insurrection du verbe être, Appel au possible, La Guérilla des poètes et Ils ont tué l'albatros, parus dans la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver. Face aux excès de la pensée dominante, il tente à travers ses livres de contribuer à réhabiliter la solidarité du vivant.

  • «... Et le miroir glacé de la nuit est un huissier implacable, qui détaille mon visage décapé d'où a été effacée toute lueur de fraternité, mon regard lisse, où la source de la compassion a cessé de roucouler... Que reste-t-il en moi de ce beau nom d'humanité, dont mes enfants m'avaient baptisée ?... »
    Douloureuse, éplorée, voyant les hommes renier le meilleur d'eux-mêmes, l'humanité les apostrophe, les fustige, les exhorte, les implore.
    « Le savez-vous, oui ou non, que la planète est partagée en deux singulières moitiés ? L'une cent fois mieux nourrie, l'autre dix fois plus peuplée !
    Le savez-vous, oui ou non, que le profit à tout prix est devenu, dans votre cathédrale cathodique, la seule religion digne de foi ? »
    En ces temps sombres où « un matérialisme forcené s'est révélé le plus efficient antidote aux dérangeants ultimatums du rêve », elle guette « une fragile chaleur frissonnant sous la cendre », s'évertue désespérément à « essayer de redonner visage humain à l'homme défiguré »...

    Nouvelle édition.

    André Bonmort a également publié Insurrection du verbe être, Appel au possible, La Guérilla des poètes, La Citadelle Espérance et Ils ont tué l'albatros dans la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver, au sein desquelles il s'attache également, en tant qu'éditeur, à donner la parole à la langue insoumise.

  • « La faim a remplacé ma mère, quand les seins de ma mère se sont asséchés. La faim me berce. La faim me parle. Elle me résume la vie. Je suis vieux avant d'être enfant. Un vieillard de trois ans ! »
    L'enfant africain affamé, le végétal inlassablement mutilé, l'ouvrier sacrifié au nom de la sacro-sainte rentabilité, le guerrier arabe de Poitiers... et la jeune irradiée de Nagasaki, le chimpanzé de laboratoire, le virus, la mort, la vie... et notre Terre épuisée, défigurée, le milan noir, le taureau de combat, la vierge maya immolée à des dieux sourds, et l'apôtre de Jésus-Christ... l'éternelle putain, éternellement mortifiée, le métis rageur de la Caraïbe, Arthur Rimbaud... Tous frappent à la porte de notre conscience avec cette énergie désespérée que seule sait insuffler l'urgente nécessité de réhabiliter une identité bafouée.
    « Un jour, demain, nos voix raffermies ne seront plus balayées d'un revers de mémoire ; un jour la dignité ne sera plus assassinée par l'indifférence. »

    Nouvelle édition.

    André Bonmort est également l'auteur de L'Âge de cendre, Appel au possible, La Guérilla des poètes, La Citadelle Espérance et Ils ont tué l'albatros, parus dans la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver, au sein desquelles il s'efforce également, en tant qu'éditeur, de donner la parole à « la part fragile du monde ».

  • Quand faim ne s'écrit plus que malnutrition et misère paupérisation, quand travail s'écrit production, et amour relation, la poésie n'a plus droit de cité. « La pensée en ligne, l'information en boucle et les idées au carré sont les matériaux imposés pour la construction de la demeure intérieure. »
    Puisque les jours leur sont interdits, les poètes investissent nos nuits, décapent de leur regard acéré le portrait retouché d'un monde reflété par un miroir médiatique trop complaisant. « Monde interminablement bafouillé, gangue de mots, mixture d'idées. Monde bafoué, où la justice elle-même ne parvient plus à se justifier. Monde louche à vous en aveugler. »
    Et dans nos subconscients, dans nos rêves, sous la chape qui voulait les juguler, la révolte se répand sous le souffle de la parole revivifiée. « Dans la maîtrise retrouvée de nos multiples paumes la revigorante fraîcheur des multiples clés s'offrant à débarricader la poésie qu'ils avaient encadenassée ! »

    « La chance enfin donnée au pan spolié de l'esprit, la réhabilitation des sens comme instruments de connaissance. »
    Nouvelle édition.
    André Bonmort est également l'auteur de L'Âge de cendre, Insurrection du verbe être, Appel au possible, La Citadelle Espérance et Ils ont tué l'albatros, parus dans la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver, au sein desquelles il s'attache également, en tant qu'éditeur, à donner la parole à la langue insoumise.

  • « Je me souviens distinctement de la façon dont tout a commencé, il y a pourtant une éternité. »
    La mémoire de l'Univers la plus enfouie s'éveille dans l'homme d'aujourd'hui. Renouant avec lui un dialogue orageux au-dessus de la béance du temps, elle dénonce les excès de « l'espèce-reine » et pointe la dérive d'un destin dangereusement emballé.
    « La planète elle-même, la fragile pépite délicatement posée sur sa miraculeuse orbite, la planète vacille, son bleu légendaire insensiblement vert-de-grise. Déjà dans les galaxies alentour circulent en glaçants courants d'air les miasmes d'une insidieuse décomposition. »
    Face à la menace montante de l'extinction, se pose comme seul recours l'appel à l'évolution et s'impose une mutation radicale : « Changer d'ère ! »
    « L'évolution est un pari sur la chance, et la chance est un travail de tous les instants. »Nouvelle édition.

    André Bonmort est également l'auteur de L'Âge de cendre, Insurrection du verbe être, La Guérilla des poètes, La Citadelle Espérance et Ils ont tué l'albatros, parus dans la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver. Déplorant les méfaits de la pensée dominante, il tente à travers ses livres de contribuer à réhabiliter la solidarité du vivant.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • « Réalité-jour » : la sauvagerie marchande gouverne le monde, s'appuyant sur ses suppôts, la société tragilibérale, la Sainte Flibanque... Pour lui échapper, Alan Beffroi cherche résolument refuge dans sa « Réalité-nuit » : la dérive nocturne dans la ville, les rencontres improbables, le dérèglement...
    « La Réalité-nuit c'est oublier sa vie d'avant, sa vie d'asservissement. »
    Et quand, sous les coups de boutoir de l'imaginaire, les réalités s'inversent, le jour se délite et la nuit prend le pouvoir.
    « On dit que toute l'Europe occidentale est touchée. Plongée depuis 96 heures dans le noir complet. »
    Voici Beffroi en cavale avec un enfant dangereusement halluciné et une belle Anglaise revancharde dans un monde sens dessus dessous qui n'est peut-être que l'expression de sa propre tempête mentale. Et -au risque de retomber en servitude- pas d'autre choix que d'aller au bout de cet élan créateur. Pas d'autre choix que de s'affirmer poète en rupture dans un monde sans poésie.

    « Roman d'action poétique », ou encore « roman d'aventure intérieure », ce texte transgressif affirme la primauté de la liberté du créateur et sa capacité à influer par sa vision sur le monde qui l'entoure.

    À moins de 40 ans, Yann Bourven publie son huitième roman, poursuivant livre après livre l'exploration d'une « poésie-vérité » qui fait advenir par la seule puissance du verbe le réel véritable si souvent masqué par les artifices d'une réalité truquée.

  • Une jeune femme fantasme sur un homme entrevu dans un bar. Le désir devient bientôt obsessionnel, et s'étend à tous les hommes...
    Mais entrecroisant dans son délire amoureux les fruits défendus de son imaginaire, les bribes d'une réalité magnifiée, des éclats de mémoire enfantine et le scénario d'une histoire qui s'écrit, la narratrice est-elle réellement la « possédée » qu'elle prétend ? Ou plutôt, s'abandonnant sans tabou à l'éveil des sens, une « délivrée » qui dessine, sous couvert d'une pseudo-confession intime, un authentique autoportrait du désir féminin universel ?
    Ce cocktail de fièvre abrasive et de candeur limpide hisse vers les hauteurs de la littérature un texte où il n'est plus dès lors possible de voir un simple livre de genre, tant l'érotisme - pourtant livré à l'état brut - est ici comme clarifié, dépuré, et nous entraîne irrésistiblement du côté de l'âme.

    Sandrine Rotil-Tiefenbach, romancière, poète, illustratrice, peintre et photographe, est l'auteur de J'air, roman (éditions Michalon) ; Dernière fin du monde avant le matin, poésie & aquarelles (éditions Mélis) et Grise, roman (éditions Sulliver). Elle signe également nouvelles, chroniques, poèmes ou images au sein de différents anthologies et collectifs, reconnus ou underground. Karma X est une nouvelle édition de son premier roman, paru initialement sous le titre Sarah K 477 (éditions Que).

  • Un soir d'automne, le narrateur entrevoit un malheur à venir. Comme pour conjurer cette prémonition, un second récit s'impose alors en amples respirations s'insérant dans sa divagation. Le premier n'en poursuit pas moins sa progression fatale et nous projette sur la scène d'un hôpital, théâtre d'une spoliation extrême. Puis dans la chambre du « créateur » lui-même, où s'affrontent l'écran d'une machine informatique et un « je » désormais d'une inquiétante inconsistance - conclusion du déicide.

    Questionnant alternativement la création et la maladie, mais aussi la création comme maladie et la maladie de la création, ce texte radical - tout en laissant entrevoir de plus exaltantes perspectives dont nous nous laissons détourner - trace d'une plume implacable le paysage où sont appelées à s'inscrire nos existences : entre un « Système pour la Vie » basé sur l'exploitation sans limite de nos organismes et l'abdication inéluctable de nos esprits confrontés à la toute-puissance de l'intelligence numérique.


    Marc Jaffeux est aussi l'auteur de pièces de théâtre, de pièces radiophoniques (France Culture, Radio Suisse Romande), ainsi que d'une vingtaine de livrets pour la musique contemporaine. Il co-traduit du danois la poésie de Marianne Larsen. Ses récits interrogent les liens multiples du réel aux mots, à leur poésie ; ils sont souvent pluriels, partagés entre plusieurs approches, comme si le fait d'écrire devenait lui-même fiction.

  • XXIe siècle. La dictature du vacarme organisé régit la censure par le trop-plein et orchestre l'adhésion inconditionnelle au Grand Consensus.
    Amoindrissement du sens critique et appauvrissement de la sensibilité produisent une langue décharnée, dévitalisée, la langue soumise indispensable à ce système pour prospérer à marche forcée.
    Mais embusquée derrière cette parole sans âme, une autre langue persiste en nous, elle attend son heure, et parfois affleure.
    Une émeute émotionnelle alors bouscule le langage, y ouvre des chemins inexplorés, agrandit nos territoires sensoriels, instinctuels, intellectuels. Elle est poésie, au sens le plus authentique, s'étonne d'elle-même, s'obstine au-delà du mot écrit, inscrit sa semence dans les plis de nos circonvolutions.
    Car l'écriture créatrice participe du mouvement que sous-tend le processus du vivant.
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    André Bonmort publie ici son sixième titre aux éditions Sulliver. Ce texte peut aussi être lu comme un manifeste en faveur de la littérature telle que l'auteur la conçoit, celle qu'il défend comme éditeur à travers la collection Littératures actuelles. Cette collection qui s'est fixé comme objectif, contre toute raison, de ressusciter l'albatros.

  • Cette jeune femme qui ne peut cesser de dialoguer avec son bébé mort (Tu sais, un jour, j'ai eu deux coeurs)... Azura qui a perdu la moitié de son visage dans un attentat: elle vit depuis lors derrière un masque (Ce qui a été emporté ne reviendra pas)... Et puis la précarité affective de l'immigré toujours en marge des regards et des existences; l'incompréhension de l'aïeule qu'un fils aimé pousse vers la maison de retraite ; l'attente et le désarroi de l'enfant dont la mère a quitté le foyer sans un mot... mais aussi, deux êtres qui entrevoient la plénitude amoureuse...
    En lisière de conscience, là où les émotions naissent, le vacillement envoûtant de la voix de Rozenn Guilcher dénude mot à mot ces régions mentales si vulnérables où s'assemblent - ou bien se délitent - les liens qui nous unissent.
    Se rejoignant autant par leur ton que par leurs thèmes, ces nouvelles impressionnistes rappellent combien nos vies sont incertaines et combien le « vivre ensemble » est à la fois prodigieux et fragile.

    À la suite de ses études de Lettres, Rozenn Guilcher a été enseignante et médiatrice culturelle. Aujourd'hui écrivain et comédienne, elle anime aussi des ateliers d'écriture pour adultes et enfants. Après un roman et deux recueils de nouvelles, elle publie ici son quatrième titre aux éditions Sulliver. Certaines de ses nouvelles paraissent également en recueils collectifs. Plusieurs ont été primées.

  • La narratrice, « écrivain de seconde zone », entame une correspondance avec une critique littéraire de renom à l'aura déclinante, mais toujours en quête d'une petite cour appliquée à faire miroiter son ego.
    Une relation classique dominée-dominante, mais qui s'exacerbe lorsque notre romancière ose se prétendre amoureuse de son égérie et harcèle de ses avances cette femme d'un autre monde qui lui ferme résolument les portes de son milieu et lui interdit l'accès à son intimité : « Considérez que je n'existe plus, achetez un pistolet, des comprimés pour dormir, une corde, que sais-je, et suicidez-vous. Mettez fin à vos jours - cessez enfin de nuire. »
    C'est tout le contraire qui va se produire. Le moteur passionnel s'emballe et avec lui celui de l'écriture, tout d'un coup régénéré, et qui trouve là son plus précieux carburant : désirs extrêmes et émotions intenses.

    Depuis 1988 et Elle , son premier roman, qui lui vaudra une rapide notoriété - et avec lequel ce nouveau texte renoue presque trente ans plus tard -, Martine Roffinella a publié plus de quinze livres, explorant avec minutie et causticité ce qui caractérise l'existence humaine dans tous ses méandres, et questionnant de plus en plus intensément nos portions de vie infimes afin d'appréhender en chacun de nous cette flamme de beauté et de laideur confondues qui nous fait « être ».

  • Quasi amnésique, Ambre vit dans un foyer où la visitent des hommes de passage. Elle a perdu le fil de sa vie.
    En quête d'elle-même et de sa dignité bafouée, c'est pour elle une évidence: elle s'envolera pour le territoire le plus chargé en mémoire et le plus souffrant du globe, la Palestine.
    Un périple à travers les ruines de son passé (sa mère décédée à sa naissance; son père abusif qu'elle ne peut s'empêcher d'aimer...). Et par ce voyage elle découvrira un peu de cette terre où s'affrontent depuis si longtemps « les infidèles et les mécréants ». Ainsi, réapprenant à se connaître, apprend-elle en parallèle le monde où il lui faudra exister.
    Parcours de vie, mais surtout parcours de vie intérieure, tant cette héroïne toute de fragilité et de résilience illustre avec justesse la quête aveugle mais déterminée à laquelle est vouée chaque conscience.

    Après une licence de biologie, Damien Desbordes rejoint l'école de journalisme de Marseille (EJCAM). Finaliste du Grand Prix des journalistes de la Chimie, il a publié deux recueils de poèmes aux éditions Stellamaris : La Cité des anges (2012) et Gemmes (2013). À 24 ans, il signe ici son premier roman.

  • « Celui qui effectue de longues marches entre les rayonnages ne peut oublier que les livres sont les seuls objets réels de ce monde. »
    La bibliothèque est infinie et, là où ils ne sont pas tapissés de livres, ses murs sont recouverts de palimpsestes perpétuellement réécrits. Dans ce labyrinthe dépourvu de fil d'Ariane, un « questeur » tente de percer à jour la logique interne de l'immense édifice et celle des « copistes » - grammairiens, historiens et autres mythographes - qui sans répit alimentent ce monstre en mots et en textes. Tout en s'efforçant d'approcher le grand secret : celui de « la mère des lignes ».
    Écrit dans un style mosaïque, ce conte philosophique développe sous forme de voyage initiatique le thème de la nouvelle de Borges, « La bibliothèque de Babel », et pose cette question : À l'âge de l'information dévorante, comment trouver le chemin de la connaissance ?
    « La folie se tapit dans le labyrinthe silencieux où les hommes espèrent trouver la sagesse des siècles. »

    Bernard Thierry appartient au monde scientifique. Directeur de recherche au CNRS, il travaille à l'université de Strasbourg où il s'intéresse aux fondements biologiques des comportements. Il a publié de nombreux articles et ouvrages sur les sociétés animales dont Destins de singes, avec Christine Desportes, paru aux éditions Acropole.

  • C'est là-bas est une libre évocation de l'Orient, et en particulier de l'Inde. Par touches impressionnistes peu à peu articulées, le récit élabore un pays imaginaire et ses traditions: l'Indrastan, avec ses géographes, ses conteurs, ses philosophes et ses dramaturges. Tous sont bien sûr fictifs - des fictographies -, et reposent sur une érudition fantaisiste ; en vain le lecteur y chercherait des informations objectives, ou une confirmation de ce qu'il sait déjà.
    Mais l'Inde est ici. On la trouvera dans le foisonnement et l'énergie du récit. Elle nous appelle dans le rythme même de l'écriture, qu'alimentent les images baroques, les bribes de légendes, les études inventées d'où émerge peu à peu l'histoire du géant Vigg et de son ami Ajjit.
    C'est donc un roman, C'est là-bas, mais un roman de la pensée, dont les mots se réveillent au contact d'un autre réel, et qui, en contrepoint, témoigne de la pesanteur de nos sociétés, de l'anonymat de leurs villes, et de nos esprits tout aussi cloisonnés.
    C'est surtout un élan vers ce pays lointain où tant de voyageurs ont cru - avec raison ? - être enfin arrivés chez eux.

    Marc Jaffeux a publié en 2015 Étymologie d'une dictature. Il est aussi l'auteur de pièces de théâtre, de pièces radiophoniques (France Culture, Radio Suisse Romande), ainsi que d'une vingtaine de livrets pour la musique contemporaine. Il co-traduit du danois la poésie de Marianne Larsen. Ses récits interrogent les liens multiples du réel aux mots, à leur poésie ; ils sont souvent pluriels, partagés entre plusieurs approches, comme si le fait d'écrire était lui-même devenu fiction.

  • Brusque intrusion de l'étrange dans la vie ordinaire...
    Ce matin dans la rue, se rendant à son travail, Grise a l'impression qu'elle est devenue invisible. Et les événements les plus inexplicables se succèdent: sa station de métro s'avère inaccessible, les aiguilles de la grande horloge sont bloquées sur 9h32, et, quand elle revient sur ses pas pour rentrer chez elle, sa rue a disparu.
    Perplexité d'abord, puis anxiété. Les manifestations de l'irrationnel se multiplient... Rêve, hallucination, machination ? Le mystère s'épaissit, l'angoisse monte, l'urgence gagne. Peu à peu, la tangibilité du monde devient floue tandis que Grise voit son être perdre sa propre lisibilité, s'effacer progressivement.
    Que restera-t-il au bout de cette folie qui, paradoxalement, n'est pas sans provoquer parfois une certaine jubilation ? Quand les frontières qui séparent le réel et l'irréel seront complètement évanouies, que va-t-elle trouver ?

    Sandrine Rotil-Tiefenbach, romancière, poète, illustratrice, peintre et photographe, est l'auteur de Sarah K. 477, roman (éditions Que) ; J'air, roman (éditions Michalon) et Dernière fin du monde avant le matin, poésie & aquarelles (éditions Mélis). Elle signe également nouvelles, chroniques, poèmes ou images au sein de différents anthologies et collectifs, reconnus ou underground.

    Postface de Jean Orizet

  • De balcon à fenêtre, une aérienne relation amoureuse se noue au-dessus d'une rue du XVe arrondissement de Paris. Deux voisins, à travers la découverte de leurs sentiments naissants, cheminent en douceur vers leur part essentielle.
    Évacuées les pesanteurs et les angoisses que génèrent les attentes de la société (études, métier, mariage, famille...), le lieu et le lien amoureux s'allient en un immatériel mais irréductible foyer de résistance au monde et à son esprit de sérieux.

    La fantaisie ouvre ici la voie à la liberté, et la poésie s'immisce par effraction naturelle dans la langue, car elle seule est habilitée à traduire les effets de l'amour en germe sur les psychismes (et sur les organismes !) de ces deux héros ordinaires.

    Née en 1967, Corinne Lagorre étudie la musique, l'art dramatique et les mathématiques: diplôme d'ingénieur Supélec, Doctorat en mathématiques appliquées de l'École des Mines de Paris, Habilitation à diriger des Recherches de l'École Normale Supérieure de Cachan. Elle est actuellement maître de conférences à l'Université Paris-Est Créteil. Voyons-nous est son premier roman.

  • Expérience in vivo : une immersion sans protection dans le champ clos d'un site de rencontres, terrain de chasse privilégié des grands prédateurs et siège de la plus grande solitude.
    Candeur ou vanité, la quête de « l'Âme soeur » n'est peut-être qu'un prétexte pour exposer aux regards de « La Foule » son meilleur « Profil ». Mais dans cette moderne jungle d'images et de paroles, le coeur tendre offert en pâture aux convoitises trouvera toujours le carnassier le mieux à même de le dépecer. Saura-t-on s'extraire de l'emprise et recoller les morceaux ?

    La plus intransigeante introspection s'allie ici aux observations les plus clairvoyantes - et souvent les plus décapantes - sur l'instabilité de nos fondations intellectuelles et affectives.

    Martine Roffinella explore avec minutie et causticité ce qui caractérise l'existence humaine dans tous ses méandres. Elle a déjà publié une douzaine d'ouvrages, pour la plupart aux éditions Phébus. Son premier roman, Elle, lui valut en 1988 d'être reçue à Apostrophes par Bernard Pivot. Son oeuvre tend à questionner de plus en plus intensément nos portions de vie infimes afin d'appréhender en chacun de nous cette flamme de beauté et de laideur confondues qui nous fait « être ». La littérature devient alors l'expression même du Réel réinventé, où l'autodérision et l'humour se taillent - forcément - une belle part.

  • Là-bas, aux antipodes, certaines personnes handicapées habitent en colocation de quatre ou cinq des maisons dispersées en ville, où des assistants se relaient pour les aider à appréhender la vie quotidienne.
    À Dunedin, Nouvelle-Zélande, nous partageons avec le narrateur - un Français - les jours et les nuits de Melville Street et de ses habitants : Tommy-dans-son-fauteuil et Tommy-debout, Chesley, Jon, Carolyn. Au rythme des rites journaliers et des péripéties déconcertantes, aux frontières de « normalité » et d'« anormalité », des vies se croisent, se chevauchent ou se heurtent, et tentent de s'accommoder de l'hypocrisie persistante de la société.
    Un humour tendre, ou plus corrosif, imprègne ce peu commun journal de bord de son parfum doux-amer. Et le cheminement du narrateur, qui découvre la complexité - et parfois la violence - de ses propres réactions, nous aide à décrypter le regard que nous portons sur la différence.

    Né à Lyon en 1975, Xavier Deville s'est éloigné de sa formation de géographe pour travailler dans un centre de séjour pour personnes handicapées en tant que musher et pilote de parapente spécialisé en vol fauteuil. Après avoir vécu en Nouvelle-Zélande et au Portugal, il réside en Isère où il partage son temps entre ses trois jeunes enfants et son métier d'élagueur.

  • "« Les textes composant Étymologie d'une dictature sont parus par épisodes de 2003 à 2004 dans le mensuel tunisien Kalima, censuré par la dictature de Ben Ali. La Tunisie n'était certes pas la pire dictature de la planète : on y tuait sans doute moins qu'en certains pays d'Afrique ou d'Asie. C'est néanmoins un des pays au monde où la parole publique s'est le plus écartée de la réalité. Démocratie de mots, dictature de fait. Richesse sur papier, pauvreté du peuple. Émancipation des femmes, viol des opposantes. Autant de fables malmenées par les faits. D'où que j'ai choisi les mots du romanesque, de la littérature, pour rendre compte de la fiction d'une démocratie benalienne. »
    La censure, le double langage, la dissidence, la rumeur, l'aveu... ou encore le silence : Marc Jaffeux répertorie et décrypte, mais surtout illustre par des scènes éminemment parlantes les différents modes d'expression sous un régime totalitaire. À travers son approche multiple, tout à la fois sensible, caustique, burlesque, son intense implication, la précision frondeuse de sa langue et sa coloration à dessein pseudo-scientifique, ce texte résistant trace le portrait d'une dictature grossièrement grimée en démocratie où bien d'autres régimes actuels pourraient peu ou prou se reconnaître.

    Marc Jaffeux a collaboré en tant que « fictographe » au mensuel tunisien Kalima . Il a aussi écrit des fictions radiophoniques (France Culture, Radio suisse romande), des pièces de théâtre mises en espace au Festival d'Alfortville, au Théâtre 13, au Théâtre Essaïon, au Théâtre de la Digue à Toulouse, ainsi qu'une vingtaine de livrets pour la musique contemporaine (IRCAM, Orchestre Philarmonique de Radio France, Groupe de Recherche Musicale de l'INA). Il co-traduit du danois la poésie de Marianne Larsen. Son écriture est souvent plurielle, disputée par plusieurs voix, comme traversée par cette question : Qui écrit ?"

  • 2009. Le jeune homme est à bout. « Trop. J'avais envie de crier, de hurler tout ce que je pensais d'eux, leurs arrangements et leur mocheté, j'avais envie de leur bondir à la face, de les attraper par les cheveux, par la peau des grasses bajoues, j'avais envie d'écrabouiller leurs visages sur la longue table ovale. » Il fuit. Retour aux sources, loin du travail cravaté, de l'avenir formaté : les copains d'antan. L'océan pour sa beauté. Et pour survivre, des chantiers de bricole.
    Mais le temps passant, l'âge venant, sur quoi va déboucher l'accès de révolte de la jeunesse ? Suivent les années 2024, 2039, 2064: trois instantanés de vie, dans un Sud-Ouest où tout vire au cauchemar. Relégués dans des mobil-homes près de l'océan, nos antihéros vivent des miettes d'une radieuse « Seacity » pour résidents aisés. Mais si la marge est la seule échappée, elle se réduit à mesure que l'humanité se déshumanise. L'écart ne cesse de se creuser entre un monde voué au culte du paraître et du profit et ceux qui refusent de couler leurs vies dans le moule de cette idolâtrie. D'autres horizons s'ouvriront-ils pour celui qui ne veut pas renoncer à s'indigner ?
    Prenant à contre-pied le roman d'anticipation qui nous chante d'hypothétiques lendemains, Violaine Ripoll rajoute avec une lucidité joyeusement désespérée de l'aujourd'hui à notre aujourd'hui et dessine ainsi non sans ironie un demain ordinaire glaçant de vraisemblance.

    Après des études de géographie, Violaine Ripoll a travaillé comme assistante au sein du Monde diplomatique, puis comme rédactrice en chef de la revue Le Passant ordinaire. Elle a publié des articles de presse, critiques de livres, textes engagés et des nouvelles. Elle consacre aujourd'hui son écriture à la fiction et à la poésie. L'un de ses textes, Valse mémoire, a été mis en scène en 2010 par la compagnie chorégraphique Gradiva.

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