Editions l'Escalier

  • Durant l'année 1902, les multiples informations provenant de Londres sur la misère noire qui y règne abondent et traversent l'Atlantique. Des informations parcellaires, contradictoires et si incroyables qu'un certain jeune écrivain américain nommé Jack London de juste 26 ans, décide de faire le voyage afin de s'immerger dans les bas fonds londoniens. Il réalise de l'intérieur, un terrible reportage sans concessions qu'il publie en 11 épisodes dans le Wilshire's magazine puis qui sera édité en livre, accompagné de 78 photographies faites par lui-même.C'est cette édition que nous vous proposons, dans la traduction de Louis Postif.

  • En 1821, Charles Nodier, accompagné d'amis géographes et botanistes, entreprend un voyage qui doit le mener au pays des mythes d'Ossian, de Marie Stuart, de Walter Scott.
    C'est l'occasion pour lui de faire le plein de sensations parfois primitives, pleines des fantômes de l'histoire et des brumes des Highlands.
    Trilby naîtra de ce voyage ; aussi nous a-t-il semblé naturel de le coupler à ce carnet de voyage.

  • Extrait
    Antonio, vivement, avec gravité
    Tu es injuste ! Je t’ai aimée, comme toi tu m’as aimé, tu le sais bien ! Je t’ai conseillé la prudence... Ai-je mal fait ? C’était plus pour toi que pour moi. Oui parce que moi, dans cette affaire, je n’ai rien à perdre, tu l’as dit toi-même. (brève pause, puis en insistant sur les mots) Je ne t’ai jamais blâmée, ni reproché quoi que ce soit : je n’en ai pas le droit...
    (il se passe une main sur les yeux, puis, changeant de ton et d’attitude) Allons, allons... remets-toi. Andrea ne saura rien... tu le crois... et il en sera ainsi... Même à moi à présent il me paraît difficile qu’il ait pu se maîtriser autant. Il ne se sera rendu compte de rien... Et comme ça... Allons, allons... rien n’est fini... Nous serons...
    Giulia
    Non, non, ce n’est plus possible ! Comment voudrais-tu que désormais... Non, il vaut mieux, il vaut mieux en finir...
    Antonio
    Comme tu voudras.
    Giulia
    Voilà ton amour.
    Antonio
    Tu veux me rendre fou ?
    Giulia
    Non, vraiment il vaut mieux en finir, et immédiatement ; quoi qu’il doive se passer. Tout est fini entre nous. Tu entends, et peut-être serait-il encore mieux qu’il sache tout.
    Antonio
    Es-tu folle ?
    Giulia
    Beaucoup mieux même ! Que sera ma vie ? Tu y penses ? Je n’ai plus le droit d’aimer personne, moi ! Pas même mes enfants ! Si je me penche pour leur donner un baiser, j’ai l’impression que l’ombre de ma faute tache leur front immaculé ! Non... non... Est-ce qu’il se débarrasserait de moi ? C’est moi qui le ferais si lui ne le fait pas.
    Antonio
    Voilà que tu perds la raison !
    Giulia
    Sérieusement ! Je l’ai toujours dit. Trop... c’est trop... Il ne me reste plus rien désormais ! (elle prend sur elle pour se reprendre) Ah, pars, pars maintenant : qu’il ne te trouve pas ici.
    Antonio
    Je dois partir ? Te laisser ? J’étais venu exprès... Ne vaut-il pas mieux que je... ?
    Giulia
    Non tu ne dois pas te trouver là. Mais reviens, quand il arrivera. C’est nécessaire. Reviens vite, et avec calme et indifférence, pas comme ça... Parle-moi, devant lui, adresse-toi souvent à moi. Je te seconderai.
    Antonio
    Oui, oui.
    Giulia
    Vite. Et si jamais...
    Antonio
    Si jamais ?
    Giulia
    Rien ! De toute façon...
    Antonio
    Quoi ?
    Giulia
    Rien, rien... Je te dis adieu.
    Antonio
    Giulia !
    Giulia
    Va-t’en !

  • Extrait

    Acte 3
    LA SOIRÉE DE LA PIE-PELETTE
    Chez la Pie-Pelette. — Une loge de concierge. On entre à droite et à gauche. Au fond, baie vitrée, par où l’on peut apercevoir la cour où l’on se trouvait au 1er acte.
    Scène 1
    La Pie-Pelette, Lemerle
    LA PIE-PELETTE, affairée
    Aujourd’hui dans ma loge il y aura du monde ;
    Je crois qu’il faudra bien toute ma table ronde,
    — En se serrant, encor — pour y prendre le thé…
    Songez donc que j’aurai… vous, d’abord…
    LEMERLE
    Très flatté !
    LA PIE-PELETTE, énumérant
    L’Étrangère…
    LEMERLE
    Guignol…
    LA PIE-PELETTE
    Vraiment ?
    LEMERLE
    Soyez certaine
    Qu’il viendra. Je l’ai vu ce matin.
    LA PIE-PELETTE
    Quelle aubaine !…
    Et puis, tous ces Messieurs que vous m’avez promis,
    Et qui me font l’honneur d’accep…
    LEMERLE, négligemment
    Oh !… des amis !
    Et d’ailleurs, vous savez, c’est le Guignol des Voûtes
    Qui va les amener.
    LA PIE-PELETTE
    Jamais je ne l’écoute !
    Il est si drôle… Il dit des horreurs, parfois !… Mais
    Je me bouche une oreille, et je n’entends jamais…
    LEMERLE
    … Que de l’autre.
    LA PIE-PELETTE
    Plaît-il ?
    LEMERLE
    Oh ! rien !
    LA PIE-PELETTE
    C’est tout à l’heure
    Qu’ils vont arriver ?…
    LEMERLE
    Oui.
    LA PIE-PELETTE
    J’ai deux livres de beurre,
    Des palmiers, des gâteaux…
    LEMERLE
    Il n’en fallait pas tant !
    Nous allons faire un lunch épatant…
    LA PIE-PELETTE
    Épatant,
    Vous verrez.
    LEMERLE
    Nous verrons.
    (entre l’Étrangère)

  • Schilda, petit village d'Allemagne, était réputé au moyen-âge pour la bêtise de sa population. Bêtise tout à fait volontaire et assumée qui, selon son maître d'école ne pourrait qu'être contagieuse...
    Au-delà de cet aspect anecdotique, c'est surtout le plaisir de se confronter au monde et à son étrange douceur que ces contes illustrés par Sophie Desprez nous révèlent.
    Recueil de 12 dessins détachables.

  • Table
    Comme un rêve
    Étude de nuages
    Le blé
    Le nuage et l’oiseau
    La couleur fille de la lumière
    Dans le bleu
    Sous les étoiles
    La musique éternelle
    Tambour et violoncelle
    La voix des choses
    L’âme de la terre
    Rêve étoilé
    Dans l’espace
    Le secret de l’univers
    Descente dans l’infini
    L’étonnement éternel
    Ivresses panthéistes
    L’âme et Dieu

  • Extrait
    PROLOGUE
    Ritournelle
     
    LA MUSIQUE
    Des rives de mon bien aimé Permesso, je viens à vous
    Illustres héros, noble lignée de rois,
    Dont la renommée conte les sublimes vertus
    Sans atteindre à la vérité tant elles sont élevées.
     
    Je suis la Musique, et par mes doux accents
    Je sais apaiser les coeurs tourmentés,
    Et enflammer d’amour ou de noble courroux
    Même les esprits les plus froids.
     
    M’accompagnant d’une cithare d’or, j’ai coutume
    D’enchanter l’oreille des mortels ;
    Et, à m’entendre, leur âme aspire
    Aux sons harmonieux de la lyre du ciel.
     
    C’est le désir de vous parler d’Orphée qui m’a conduite ici,
    Orphée qui de son chant apprivoisait les bêtes féroces
    Et fit céder l’Enfer à ses prières,
    Orphée, gloire immortelle du Pinde et de l’Hélicon.
     
    Et tandis que je fais alterner les chants tristes aux gais,
    Qu’à présent nul oiseau ne bouge dans ces arbres,
    Que tous les flots sur ces rives se taisent,
    Et que la moindre brise en sa course s’arrête

  • Extrait

    Paris. Un petit salon au cinquième. Ce qu’une femme, qui a beaucoup aimé et ne s’est pas enrichie, peut y mettre d’intimité, de bibelots offerts, de meubles disparates. Cheminée au fond. Porte tenture à gauche. Table à droite. Pouf au milieu. Un piano ouvert. Fleurs bon marché. Quelques cadres au mur. Feu de bois. Une lampe allumée.
    Blanche, puis Maurice. Blanche est assise à sa table. Robe d’intérieur. Vieilles dentelles, c’est son seul luxe, tout son héritage. Elle a fouillé ses tiroirs, brûlé des papiers, noué la faveur d’un petit paquet, et pris dans une boîte une lettre ancienne qu’elle relit. Ou plutôt, elle n’en relit que des phrases connues. Celle-ci l’émeut jusqu’à la tristesse. Une autre lui fait hocher la tête. Une autre enfin la force à rire franchement. On sonne. Blanche remet, sans hâte, la lettre dans sa boîte, et la boîte dans le tiroir de la table. Puis elle va ouvrir elle-même. Maurice entre. Dès ses premières phrases et ses premiers gestes, on sent qu’il est comme chez lui.
     
    MAURICE, il appuie sur les mots: Bonjour, chère et belle amie.
    BLANCHE, moins affectée: Bonjour, mon ami. (Maurice veut l’embrasser par habitude, politesse, et pour braver le péril. Elle recule.) Non.
    MAURICE: Oh! en ami.
    BLANCHE: Plus maintenant.
    MAURICE: Je vous assure que ça ne me troublerait pas.
    BLANCHE: Ni moi : précisément : c’est inutile... Avez-vous terminé vos courses ?

  • Extrait

    L’importance de la question a à peine besoin d’être rappelée. Beaucoup d’anarchistes et de penseurs en général, tout en reconnaissant les immenses avantages que le communisme peut offrir à la société, voient dans cette forme d’organisation sociale un danger pour la liberté et le libre développement de l’individu. D’autre part, prise dans son ensemble, la question rentre dans un autre problème, si vaste, posé dans toute son étendue par notre siècle : la question de l’Individu et de la Société.
    Le problème a été obscurci de diverses façons. Pour la plupart, quand on a parlé de communisme, on a pensé au communisme plus ou moins chrétien et monastique, et toujours autoritaire, qui fut prêché dans la première moitié de ce siècle et mis en pratique dans certaines communes. Celles-ci, prenant la famille pour modèle, cherchaient à constituer « la grande famille communiste », à « réformer l’homme », et imposaient dans ce but, en plus du travail en commun, la cohabitation serrée en famille, l’éloignement de la civilisation actuelle, l’isolement, l’intervention des « frères » et des « sœurs » dans toute la vie psychique de chacun des membres. En outre, distinction suffisante ne fut pas faite entre les quelques communes isolées, fondées à maintes reprises pendant ces derniers trois ou quatre siècles, et les communes nombreuses et fédérées qui pourraient surgir dans une société en voie d’accomplir la révolution sociale.
    Il faudrait donc, dans l’intérêt de la discussion, envisager séparément :
    • La production et la consommation en commun;
    • La cohabitation (est-il nécessaire de la modeler sur la famille actuelle ?) ;
    • Les communes isolées de notre temps;
    • Les communes fédérées de l’avenir;
    • Et enfin, comme conclusion : le communisme amène-t-il nécessairement avec lui l’amoindrissement de l’individu ? Autrement dit : l’Individu dans la société communiste

  • Table des matières

    Byzance
    Aperçu historique de Byzance
    L'art byzantin
    L'architecture
    L'art de la couleur
    Art Paléo-Chrétien
    Quelques mots sur le christianisme
    Aperçu historique
    Les trois arts nés des bouleversements
    L'art de l'Eglise latin
    L'art "pré-roman"
    Art Roman
    Aperçu historique
    Contexte de développement
    Raisons de la formation et de l'expansion de l'art roman
    L'architecture romane
    La sculpture et l'art de la couleur
    La sculpture
    Les arts de la couleur
    Art Gothique
    Contexte historique
    L'architecture gothique
    Les arts de la couleur - la scultpure
    L'Italie à l'époque gothique

  • Extrait
    ACTE II
    Scène 2
    Hélène, Bacchis, un esclave

    BACCHIS
    Y pensez-vous, madame?... ne pas vous décolleter un jour comme aujourd’hui !...
    HÉLÈNE
    (assise près du guéridon) Je garderai cette toilette.
    BACCHIS
    Dans une heure, ici, vous aurez le jeu des Rois : la partie d’oie qui vous a été demandée hier par le grand Agamemnon... puis, ce soir, le souper de cent couverts dans la galerie de Bacchus.
    HÉLÈNE
    Je garderai cette toilette.
    BACCHIS
    L’étiquette la plus vulgaire exige...
    HÉLÈNE
    (avec force, se levant) Je garderai cette toilette... et si j’en connaissais une plus austère et plus montante, je m’y voudrais emprisonner jusqu’au retour de mon mari.
    BACCHIS
    C’est contraire à tous les usages...
    HÉLÈNE
    C’est un voeu.
    BACCHIS
    Heureusement que la réputation de madame est faite et que l’on sait bien que madame est la plus belle femme du monde!...
    HÉLÈNE
    (agitée) Ne dis pas cela !
    BACCHIS
    Grande reine, ce trouble... (entre un esclave par la droite)
    HÉLÈNE
    Ah! fatale beauté !... (haut) Que me veut cet esclave?
    L’ESCLAVE
    Madame, c’est le seigneur Pâris.
    HÉLÈNE
    Bing ! Voilà ce que je craignais.
    BACCHIS
    Madame...
    HÉLÈNE
    Je ne le recevrai pas.
    BACCHIS
    C’est laisser croire que vous avez peur...
    HÉLÈNE
    Moi, fille de Léda, j’aurais peur !...
    BACCHIS
    Alors, recevez-le...
    HÉLÈNE
    Oui, tout à l’heure, Bacchis, tu le feras entrer ; mais laisse moi consulter ma mère.
    BACCHIS
    Combien de temps ?
    HÉLÈNE
    Dame!...
    BACCHIS
    Combien?
    HÉLÈNE
    Que sais-je, moi ?... Le temps qu’il faut à une fille pour consulter sa mère... tu dois savoir cela aussi bien que moi.
    BACCHIS
    Oui, madame... (à part) Pauvre Ménélas ! (elle sort par la droite avec l’esclave)








  • Extrait
    La même voix 
    Voilà !... Qui qu’en désire ?... 
    La Miche, continuant 
    ... qui vend le Passe-Temps, le Programme, là-bas ? 
    Le Bret 
    C’est Ragueneau-Gnafron... Vous ne connaissez pas ?... 
    Un ancien savetier qui n’a pas fait fortune, 
    Et qui, las de percer tant de trous dans la lune, 
    S’est fait — oui ! — pâtissier, rôtisseur, camelot !... 
    La voix 
    Demandez le Programme ! Il est très rigolo !... 
    La Miche, se tournant vers Terrenfrich 
    À propos, je vais vous apprendre une nouvelle : 
    J’ai reçu, ce matin, la promesse formelle 
    D’être nommé bientôt... 
    Terrenfrich 
    Vous le méritez bien ! 
    La Miche 
    ... Colonel des Cadets du Plateau Croix-Roussien ! 
    Terrenfrich 
    Ce fameux régiment ?... 
    La Miche 
    Celui-là même ! 
    Terrenfrich 
    Peste !... 
    La Miche, l’entraînant un peu vers la gauche 
    Et maintenant, mon cher, causons un peu... du reste ! 
    Avez-vous vu Roxane ?... 
    Christian, qui a entendu 
    Hein ?... Que dit-il ?... 
    Terrenfrich 
    Mais... non... 
    Ou plutôt... si !... Je vous... Elle a... Mais à quoi bon 
    Vous mentir ?... Pauvre ami ! 
    Ce n’est pas vous qu’elle aime ! 
    La miche, avec colère 
    Mais qui donc aime-t-elle ?... 
    Christian, à part 
    Ah ! Peut-être moi-même !... 






  • Extrait
    Aperçu du paysage mésopotamien
    La terre entre les fleuves
    Cette région du monde, située au Moyen-Orient, tire bien évidemment son nom de la présence nourricière et capricieuse des deux fleuves, le Tigre à l’Est et l’Euphrate à l’Ouest. C’est Hérodote qui se contenta de traduire en grec l’expression araméenne de «terre entre les fleuves». C’est une partie de ce que l’on appelle «Le Croissant fertile», vaste région très peuplée dès la plus haute Antiquité et qui court de la Mésopotamie à l’Egypte en passant par la vallée du Jourdain, la Bekaa et les vallées de Syrie.
    Le Tigre naît sur les hauts plateaux de l’Anti-Taurus tout près de l’Euphrate, dans une région âpre, au climat continental sec et où les précipitations de demi-saisons alimentent les deux grands bassins hydrographiques, d’environ 500 000 km2. Plus loin, les affluents descendus du Zagros iranien et les innombrables petits cours d’eau descendus du Plateau Anatolien, fournissent aux deux fleuves jumeaux des caractéristiques très similaires.
    Comme le Nil ou l’Indus, le Tigre et l’Euphrate sont de grands pourvoyeurs de vie dans une des régions les plus désertiques du Monde.
    L’Euphrate, sur 2000 km et le Tigre sur 1900 km de long, forment deux longs cordons d’oasis verdoyants, tantôt encaissés dans des vallées creusées dans du loess glaciaire, tantôt s’étendant, comme la vallée du Nil, dans un monde de marécages à papyrus… A la fin de leur course chaotique et méandreuse, ils finissent par se réunir dans une sorte de gigantesque delta de plus de 400 km de long, immense zone de marais recouverts de papyrus et qui abrita, dans cette Antiquité lointaine, un peuple de pècheurs, juste avant de se jeter dans le Golfe Persique, la «Jezireh» (l’île en arabe).
    Au fil du temps, les cours des deux fleuves changèrent profondément, leurs divagations bouleversant régulièrement la carte de la région.
    Les civilisations mésopotamiennes, Sumer et Akkad tirèrent partie de ces contraintes hydrographiques et climatiques extrêmes.
    Les crues du Tigre et de l’Euphrate, à la différence de celles du Nil, arrivent à contre-saison. Les Mésopotamiens se forgèrent donc très rapidement une culture hydrologique extrêmement sophistiquée, non seulement en aménageant d’immenses réservoirs destinés à pallier les basses eaux au moment des récoltes, mais encore en raffinant à l’extrême les techniques d’irrigation. Les foggaras et les qanats repris plus tard par les Arabes du Machrek sont un héritage mésopotamien.

  • Extrait
    ... Mon grand plaisir, alors, était de me rendre chaque mardi matin au pied des escaliers Richelieu, chez notre « Comte Déchu » comme il aimait à se faire appeler.
    Autour d’un café bien arrosé nous faisions voler les pages des revues invendues de la semaine précédente. Parcourant sans les voir les gros titres et les colonnes verbeuses, nos regards s’illuminaient soudain devant une de ces gravures dont nous étions si gourmets, ces gravures au noir trouant le papier comme par une simple évidence on creuse un puits en l’âme du faussaire ; ces gravures faites parfois sur un coin de temps, graves et tendres à la fois, ornées de ces deux lettres comme un paraphe de Force et de Vie : FV...
    Lucien Morel – Équinoxe (1923)






  • Extrait
    Plus de deux mois s’écoulèrent avant que des Esseintes pût s’immerger dans le silencieux repos de sa maison de Fontenay; des achats de toute sorte l’obligeaient à déambuler encore dans Paris, à battre la ville d’un bout à l’autre.
    Et pourtant à quelles perquisitions n’avait-il pas eu recours, à quelles méditations ne s’était-il point livré, avant que de confier son logement aux tapissiers !
    Il était depuis longtemps expert aux sincérités et aux faux-fuyants des tons. Jadis, alors qu’il recevait chez lui des femmes, il avait composé un boudoir où, au milieu des petits meubles sculptés dans le pâle camphrier du Japon, sous une espèce de tente en satin rose des Indes, les chairs se coloraient doucement aux lumières apprêtées que blutait l’étoffe.
    Cette pièce où des glaces se faisaient écho et se renvoyaient à perte de vue, dans les murs, des enfilades de boudoirs roses, avait été célèbre parmi les filles qui se complaisaient à tremper leur nudité dans ce bain d’incarnat tiède qu’aromatisait l’odeur de menthe dégagée par le bois des meubles.
    Mais, en mettant même de côté les bienfaits de cet air fardé qui paraissait transfuser un nouveau sang sous les peaux défraîchies et usées par l’habitude des céruses et l’abus des nuits, il goûtait pour son propre compte, dans ce languissant milieu, des allégresses particulières, des plaisirs que rendaient extrêmes et qu’activaient, en quelque sorte, les souvenirs des maux passés, des ennuis défunts.
    Ainsi, par haine, par mépris de son enfance, il avait pendu au plafond de cette pièce une petite cage en fil d’argent où un grillon enfermé chantait comme dans les cendres des cheminées du château de Lourps; quand il écoutait ce cri tant de fois entendu, toutes les soirées contraintes et muettes chez sa mère, tout l’abandon d’une jeunesse souffrante et refoulée, se bousculaient devant lui, et alors, aux secousses de la femme qu’il caressait machinalement et dont les paroles ou le rire rompaient sa vision et le ramenaient brusquement dans la réalité, dans le boudoir, à terre, un tumulte se levait en son âme, un besoin de vengeance des tristesses endurées, une rage de salir par des turpitudes des souvenirs de famille, un désir furieux de panteler sur des coussins de chair, d’épuiser jusqu’à leurs dernières gouttes, les plus véhémentes et les plus âcres des folies charnelles.
    D’autres fois encore, quand le spleen le pressait, quand par les temps pluvieux d’automne, l’aversion de la rue, du chez soi, du ciel en boue jaune, des nuages en macadam, l’assaillait, il se réfugiait dans ce réduit, agitait légèrement la cage et la regardait se répercuter à l’infini dans le jeu des glaces, jusqu’à ce que ses yeux grisés s’aperçussent que la cage ne bougeait point, mais que tout le boudoir vacillait et tournait, emplissant la maison d’une valse rose.






  • Extrait
    7 avril
    Aucune douleur n’aura été épargnée à notre malheureux pays. Depuis six jours, le canon tonne autour de Paris, le bruit strident des mitrailleuses, le pétillement de la fusillade se mêlent à ces lugubres roulements; une véritable bataille est engagée; les morts jonchent nos champs et les rues de nos villages; les blessés arrivent en nombre dans les ambulances, et, des deux côtés, ce sont des Français qui tombent, ce sont des Français qui s’entr’égorgent, tandis que le Prussien est là, encore à nos portes, tenant Paris sous le feu de ses canons, prêt à intervenir, quand il lui plaira, avec une force irrésistible. Aujourd’hui il écoute, froidement railleur, l’écho sanglant de nos discordes. Demain peut-être, il demandera Paris, ou la moitié de la France, pour gage de ses cinq milliards, pour garantie d’une créance dont la guerre civile lui paraîtra rendre le recouvrement douteux !
    Jamais pays n’a subi une plus effroyable accumulation de malheurs; la plume tombe des mains lorsqu’on essaye de se figurer tout ce que ces sinistres événements représentent de souffrances individuelles, de deuils, de déchirements, et l’épouvantable misère qui attend l’immense population de Paris quand cette lutte fratricide aura pris fin, quelle qu’en soit l’issue. Si la Commune réussissait à chasser de Versailles l’Assemblée Nationale, qui a de bien graves torts à se reprocher, et le pouvoir exécutif auquel cette Assemblée a remis le gouvernement, ce triomphe même de la Commune la perdrait. Elle aurait, par sa victoire, détruit la confiance, aussi bien en France qu’au-dehors, et avec la confiance dans l’avenir du pays disparaîtraient le crédit et le travail, c’est-à-dire la possibilité de suffire aux écrasantes obligations du traité de paix. Aussi personne ne doute que le triomphe de l’armée de la Commune ne fût le signal d’une nouvelle invasion prussienne, plus implacable que jamais, et dont Paris serait la première victime. Il y a de mauvais Français, et il se peut que quelques-uns d’entre eux désirent voir les casques prussiens défiler dans nos rues pour y rétablir l’ordre, à la façon de M. de Bismarck. Pour nous, notre voeu le plus ardent, c’est que cette humiliation dernière nous soit épargnée à tout prix.











  • Table des matières
    Introduction
    Première partie
    Chapitre I
    Chapitre II
    Chapitre III
    Chapitre IV
    Chapitre V
    Chapitre VI
    Chapitre VII
    Seconde partie
    Chapitre I
    Chapitre II
    Chapitre III
    Chapitre IV
    Chapitre V
    Chapitre VI
    Chapitre VII






  • Extrait
    La richesse naît de l’intelligence et du travail, l’âme et la vie de l’humanité. Mais ces deux forces ne peuvent agir qu’à l’aide d’un élément passif, le sol, qu’elles mettent en oeuvre par leurs efforts combinés. Il semble donc que cet instrument indispensable devrait appartenir à tous les hommes. Il n’en est rien.
    Des individus se sont emparés par ruse ou par violence de la terre commune, et, s’en déclarant les possesseurs, ils ont établi par des lois qu’elle serait à jamais leur été, et que ce droit de propriété deviendrait la base de la constitution sociale, c’est-à-dire qu’il primerait et au besoin pourrait absorber tous les droits humains, même celui de vivre, s’il avait le malheur de se trouver en conflit avec le privilège du petit nombre.
    Ce droit de propriété s’est étendu, par déduction logique, du sol à d’autres instruments, produits accumulés du travail, désignés par le nom générique de capitaux. Or, comme les capitaux, stériles d’eux-mêmes, ne fructifient que par la main-d’oeuvre, et que, d’un autre côté, ils sont nécessairement la matière première ouvrée par les forces sociales, la majorité, exclue de leur possession, se trouve condamnée aux travaux forcés, au profit de la minorité possédante. Ni les instruments, ni les fruits du travail n’appartiennent aux travailleurs, mais aux oisifs. Les branches gourmandes absorbent la sève de l’arbre, au détriment des rameaux fertiles. Les frelons dévorent le miel créé par les abeilles.
    Tel est notre ordre social, fondé par la conquête, qui a divisé les populations en vainqueurs et en vaincus. La conséquence logique d’une telle organisation, c’est l’esclavage. Il ne s’est pas fait attendre. En effet, le sol ne tirant sa valeur que de la culture, les privilégiés ont conclu, du droit de posséder le sol, celui de posséder aussi le bétail humain qui le féconde. Ils l’ont considéré d’abord comme le complément de leur domaine, puis, en dernière analyse, comme une propriété personnelle, indépendante du sol.






  • Extrait
    M. le Président — La parole est à l’accusé Blanqui.
    Blanqui — Je demande pardon à MM. les jurés de leur avoir fait perdre hier une demi-journée, mais j’étais véritablement pris de court. Je vais maintenant me défendre.
    Je suis devant vous, MM. les jurés, et ce n’est pas à vous que je parle, c’est à la France, la seule haute cour de justice que je connaisse et dont les arrêts ne sont pas susceptibles de cassation.
    Déjà le cri de ce tribunal suprême arrive de tous les points du territoire, c’est un cri de surprise contre l’accusation dont nous sommes l’objet, c’est un cri de pitié pour les hommes contre lesquels la haine ne s’assouvit jamais ; cette grande voix de l’opinion publique est la seule dont à nos yeux le verdict puisse être légitime.
    C’est sans doute pour y échapper qu’on s’est lancé dans cette voie des persécutions ; c’est pour se dérober au cri de la conscience, qu’au mépris des principes les plus respectables du droit, on soutient ici une accusation qui, devant nos pairs, serait tombée au grand jour de la discussion.
    M. le Président — Accusé, dans votre intérêt même, je vous engage à vous abstenir de semblables considérations.
    Blanqui — On nous a traduit devant la haute cour...
    M. le Président — La qualification des faits qui sont attribués justifie la juridiction.
    Blanqui — Mais il n’y a pas de charges, et plus l’accusation est grave, plus la faiblesse des charges est évidente ; une commission spéciale, la rétroactivité appliquée, une haute cour constituée en vue d’un procès, voilà ce qu’on nous a fait.
    On ne s’arrête pas là, ce n’est pas assez d’avoir violé les règles de la jurisprudence, on nous amène ici, nous, hommes politiques, pour y voir proclamer, non pas un jugement de justice, mais un jugement de nécessité.
    M. le Président — Accusé, je ne puis vous permettre de continuer ainsi.
    Blanqui — Remarquez, M. le Président...
    M. le Président — Remarquez vous-même qu’il y a deux choses que vous devez respecter, d’abord le décret de l’Assemblée nationale, et ensuite l’arrêt de la haute cour sur la compétence... Dans l’intérêt de la justice, dans le vôtre, je vous engage...











  • Sommaire
    ACTE PREMIER
    En mer, sur le pont du navire de Tristan pendant la traversée d’Irlande en Cornouailles.
    On a dressé une sorte de vélum richement orné de tapisseries à la proue du bâtiment.
    Au début, ce vélum est parfaitement clos.
    Juste à côté, un escalier de coupée conduit dans les flancs du navire. Iseult, allongée, le visage enfoui dans des coussins.
    Brangaine, tenant une tenture rabattue, porte son regard loin au large.
    Scène 1
    On entend la voix d’un jeune marin venant de la vigie.
    Un Jeune Marin
    La vue embrasse le Couchant, le navire cingle vers l’est.
    On sent le frais vent de la terre natale…
    Ô, mon enfant irlandais,
    Où es-tu ?
    Sont-ce les soupirs de ta souffrance qui gonflent mes voiles ?
    Souffle, souffle ô vent !
    Soupire, soupire, ô mon enfant !
    Jeune, sauvage et farouche Irlandaise !
    Iseult, faisant brutalement son entrée.
    Qui chante ainsi de moi ?
    Elle regarde, troublée, autour d’elle
    Ah, c’est toi Brangaine… Dis-moi… Où sommes-nous ?
    Brangaine, devant l’ouverture.
    On voit, vers l’ouest, des festons bleus. Le navire rapide fend
    les flots avec douceur.
    Avant ce soir, voguant sur la mer calme, nous atteindrons
    le rivage.











  • Table des matières
    Un Vivant chez les Morts
    La Rentrée en Scène de Imray
    Bimi
    Ce qui Fut un Homme
    42° à l’Ombre
    Le Rickshaw Fantôme
    La Marque de la Bête











  • Table des matières
    Un Scandale en Bohême
    La Ligue des Rouquins
    Une Affaire d’Identité
    Le Mystère de Boscombe-Valley
    Les Cinq Pépins d’Orange
    L’Homme à la Lèvre Tordue
    L’Escarboucle Bleue
    La Bande Tachetée
    Le Pouce de l’Ingénieur
    L’Aristocrate Célibataire
    Le Diadème de Béryls
    Les Hêtres Rouges











  • Table des matières
    Le coup de feu
    Isidore Beautrelet, élève de rhétorique
    Le cadavre
    Face à face
    Sur la piste
    Un secret historique
    Le traité de l’aiguille
    De César à Lupin
    Sésame, ouvre-toi
    Le trésor des rois de France
    Postface
    Notes











  • Extrait
    À SOI-MÊME
    Journal (1867-1915)
    NOTES SUR LA VIE, L’ART ET LES ARTISTES
    1867-1868 — Si par enchantement ou par la puissance d’une baguette magique vous pouviez voir ce qui se passe dans un petit atelier des Allées d’Amour, entre ces quatre petits murs témoins de tant d’erreurs et de fautes, de tant de lassitude et de défaillances, vous seriez étonné de la nouveauté de son aspect et de cette atmosphère toute nouvelle d’étude et de travail que l’on y respire. Si l’on entend par génie le désir de faire si simple, si large, que la nature même soit traduite dans une mesure insensée, mais grandiose, j’en ai.
    15 octobre — Je suis à la campagne depuis un mois; mon impression est celle que j’ai toujours eue, il y a longtemps, avant que la beauté de l’art m’ait été révélée. Un grand bien-être physique, d’abord, ce qui n’est pas à dédaigner; ensuite, une disposition d’âme excellente qui influe sur le caractère et nous rend véritablement meilleurs.
    Donc, pour le moment je suis content; je travaille. L’isolement de l’objet aimé fait son éclat et sa force. Il grandit, il s’impose et prend plus que partout la loi de son empire. Les hommes officiels se croient puissants parce qu’ils décernent des médailles, des récompenses.
    Un artiste est puissant quand il a des imitateurs. Nul n’a reçu de diplômes des mains de Millet, Courbet, Rousseau, et que de peintres ont reçu d’eux cette influence directe et dominatrice qui les entraîne à eux quand même.
    Il y a un livre à faire sur l’Apothéose.
    Les jurés officiels de peinture vous recommandent officieusement de présenter au Salon des oeuvres importantes. Qu’entendent-ils par ce mot-là ? Un ouvrage d’art est important par la dimension, l’exécution, le choix du sujet, le sentiment, ou par la pensée. Le principe du nombre n’entre pour rien dans les jugements portés sur le beau. Toute oeuvre reconnue bonne et belle par un seul juré devrait être admise. Le Salon n’aura de diversité que lorsqu’il sera formé selon ce mode.
    Que de désillusions en approchant très près d’un homme de génie! Quelle illusion éternelle et intarissable le génie garde à l’égard des autres hommes !
    Par la vision des murs de nos cathédrales, comme par celle des marbres de la Grèce ou de l’Égypte, partout où l’homme civilisé ou sauvage a vécu, nous revivons par l’art sa vie morale la plus haute; nous la revivons spontanément, radieusement et c’est une résurrection prodigieuse.
    En somme, il faut souffrir, et l’art console; il est un baume. Et cet oubli que nous trouvons dans la recherche heureuse fait notre richesse, notre noblesse, notre fierté.
    Ma vie dérogea peu de certaines habitudes coutumières, les déplacements rares que je fis ne m’ont pas permis d’interroger davantage les lois de mon expansion. Nos jours ont alterné entre la ville et la campagne; celle-ci me reposant toujours, me donnant, avec les forces physiques, des illusions nouvelles; celle-là, et surtout Paris, m’assurant le tremplin intellectuel sur lequel tout artiste doit s’exercer sans cesse; elle me donna surtout la conscience dans la direction de l’effort aux heures d’étude et de jeunesse : autant il est bon de s’abandonner quand on crée, autant encore il est bien de savoir ce qu’il est bien d’aimer et où l’esprit s’envole.
    Rembrandt me donna des surprises d’art toujours nouvelles. Il est le grand facteur humain de l’infini de nos extases. Il a donné la vie morale à l’ombre. Il a créé le clair-obscur comme Phidias la ligne.
    Et tout le mystère que comporte la plastique n’est désormais possible que par lui, pour le nouveau cycle d’art qu’il a ouvert hors de la raison païenne.
    Je n’ai vraiment aimé la peinture et mon art que lorsque — le pli étant fait — après des efforts en plusieurs sens, j’ai senti, je ne dis pas la virtuosité, mais tout ce que me donnaient d’imprévu et de surprises mes propres inventions : comme si leur résultat eût dépassé mes espérances. J’ai lu quelque part que le pouvoir de mettre ainsi dans un ouvrage plus de signification qu’on désirait soi-même et de surpasser en quelque sorte son propre désir par l’imprévu du résultat n’est donné qu’aux êtres de sincérité et de loyauté entières, à ceux qui portent dans leur âme autre chose que leur art même. Je le croirais aussi : il leur faut le souci de la vérité, peut-être le don de pitié, ou d’en souffrir.
    L’art serait-il un étai, un soutien de la vie expansive, et supposeraitil que, bornés et faibles, nous avons besoin de son appui !
    Communion sublime avec toute l’âme du passé. Patrimoine grandiose de l’humanité défunte.

empty