Espace Nord

  • L'imagination fantastique de Félicien Rops l'amène parfois jusqu'au morbide. Si l'artiste fut maudit - ses audaces firent scandale à l'époque -, c'est pour avoir traité avec raffinement des thèmes réputés vulgaires, et mené ainsi une analyse impitoyable et parfois amère des faux-semblants et des conventions sociales. Férocité de fond et de forme que l'on retrouve dans ses écrits, qui jouent sur un très large clavier.

    Graveur, Félicien Rops (Namur 1833 - Corbeil-Essonnes 1898) fut aussi dessinateur et peintre. Il illustra les oeuvres de maints écrivains de la fin du XIXe siècle : Barbey d'Aurevilly, Baudelaire, De Coster, Mallarmé, Péladan, Verlaine... Fondateur du périodique Uylenspiegel en 1856, il y publia ses premières lithographies. Paysagiste paisible et délicat, graveur satirique puis licencieux, il ouvrit la voie à Ensor par certaines mascarades et un certain vocabulaire de dérision.

  • Rodéo

    Aïko Solovkine

    Interview de l'autrice :https://www.youtube.com/watch?v=W49pm1EI-2Q

    Aïko Solovkine a surgi dans le paysage comme un geyser. Personne n'attendait cet auteur-là, cette prose sèche, ces émotions tenues à distance sous une croûte à ne pas gratter. On la lit et, admettant que la langue française ne pourrait pas être traduite avec cette justesse de rythme, on la verrait est-allemande, africaine du sud, américaine dans un département des lettres où sous couvert de conversations policées couve un immense intérêt pour les fêlures des hommes et les postures des femmes.

  • Une lettre lue sans arrière-pensée peut changer le cours d'une vie. C'est du moins ce que doit penser Noël, l'époux de Belle. Fou de jalousie, il vient à mettre en doute la fidélité de sa propre femme : serait-elle la maîtresse de W. ? Pour en avoir le coeur net, il n'a d'autre solution que de se rendre chez l'amant présumé. Et le meurtre a lieu. Au fil du temps, les rapports du couple se dégradent et une seule question continue à hanter le suspect : Weyl était-il vraiment l'amant de sa femme ?

    Stanislas-André Steeman (1908-1970) est considéré, avec Agatha Christie, comme un des meilleurs spécialistes du roman policier. Il s'efforce de créer un ton particulier, fait d'humour et de précision, et qui détermine un climat propre à chaque situation. Plusieurs de ses romans sont devenus des classiques, ont été traduits dans de nombreuses langues et adaptés au cinéma : L'assassin habite au 21, Le dernier des six (Six hommes morts), Légitime défense (Quai des Orfèvres)...

  • Alors que l'hiver approche, tout le village de Marselane attend l'arrivée des saltimbanques pour la traditionnelle fête de la Saint-Luc. Sadim, le montreur d'ours, arrive quelques jours avant l'ouverture de la fête et meurt en pleine représentation. La rumeur circule que les villageois de Marselane l'ont tué. De cette méprise va découler une terrible malédiction que les forains vont prononcer à l'encontre des habitants de Marselane.

    André-Marcel Adamek (1946-2011) a exercé mille et un métiers tout en poursuivant un travail d'écrivain largement reconnu. Plusieurs de ses romans sont traduits dans une dizaine de langues et ont remporté de nombreux prix : L'Oiseau des Morts (Prix Triennal du roman de la Communauté française 1997), Le fusil à pétales (Prix Rossel, 1974), Le plus grand sous-marin du monde (Prix du Parlement de la Communauté française, 2000), La Grande Nuit (Prix des Lycéens en 2005 et Prix Marcel Thiry en 2004).

  • L'immeuble bruxellois où habite l'inspecteur Côme ne s'anime vraiment que pendant la soirée. Mais ce soir-là... un coup de feu. Dans un placard, le cadavre d'un inconnu. Lequel des locataires soupçonner ? Quelles intrigues et quels secrets se cachent derrière les portes de ces dix appartements ? Steeman agence son récit comme un orfèvre, et c'est l'âme de la maison qui s'éveille. Si vous entrez, faites attention : le mystère est dans l'escalier.

    Stanislas-André Steeman (1908-1970) est considéré, avec Agatha Christie, comme un des meilleurs spécialistes du roman policier. Il s'efforce de créer un ton particulier, fait d'humour et de précision, et qui détermine un climat propre à chaque situation. Plusieurs de ses romans sont devenus des classiques, ont été traduits dans de nombreuses langues et adaptés au cinéma : L'assassin habite au 21, Le dernier des six (Six hommes morts), Légitime défense (Quai des Orfèvres)...

  • 1828, un adolescent surgit sur une place de Nuremberg, une lettre à la main. Illettré, comme coupé du monde, il passe aux mains de différents tuteurs avant de disparaître en 1833. Très vite, d'extraordinaires rumeurs circulent sur le jeune homme : il serait le fils du grand-duc de Bade et de Stéphanie de Beauharnais, une nièce de Napoléon mariée à un souverain allemand pour consolider la politique d'alliances impériales. Il aurait été enfermé dès sa naissance dans une minuscule cellule et privé de tout contact avant d'être relâché vers sa seizième année. Banal cas d'autisme ou enfance martyre, brisée par la raison d'État ? Telle est encore aujourd'hui l'énigme de Kaspar Hauser.

    L'histoire de Karpar Hauser, adaptée par Werner Herzog, est ici renouvelée à travers les récits vibrants d'amour ou de haine de personnages ayant approché intimement l'enfant sauvage princier : sa mère, un cheval, son assassin...

    Romancière, philosophe, poète, élue à l'Académie de langue et de littérature françaises de Belgique en 2018, Véronique Bergen est l'auteure entre autres des romans Marilyn, naissance année zéro ; Tous doivent être sauvés ou aucun, des essais Luchino Visconti. Les promesses du crépuscule ; Hélène Cixous. La langue plus-que-vive ; Patti Smith, Horses.

  • En 1978, paraissait un essai qui changeait la perception commune de la littérature : L'Institution de la littérature, devenu depuis un classique de la sociologie littéraire. Son auteur analysait la littérature comme un lieu de pouvoir d'autant plus puissant qu'il ne s'avoue jamais comme tel. En tant qu'institution, la littérature n'obéit à aucune charte, n'est dotée que d'une faible visibilité, mais ses mécanismes et ses effets peuvent se mesurer. Décrivant la littérature des XIXe et XXe siècles en ces termes, Jacques Dubois démontait, pièce par pièce, la littérature dans ses croyances, ses mythes et ses rituels.

    Professeur de l'université de Liège, Jacques Dubois est spécialiste du roman français des XIXe et XXe siècles et se réclame de la critique-fiction. Il est notamment l'auteur de Le Roman policier ou la modernité (Armand Colin, 1996), Pour Albertine. Proust et le sens du social (Seuil, 1997), Les Romanciers du réel (Points Seuil, 2000), Stendhal. Une sociologie romanesque (La Découverte, 2007). Il a édité avec Benoît Denis trois volumes de romans de Simenon dans la bibliothèque de la Pléiade.

  • Gantois francophone, comme ses amis Grégoire Le Roy et Maurice Maeterlinck qu'il rencontra sur les bancs du sombre collège Saint-Pierre, Charles van Lerberghe (1861-1907) est un écrivain majeur du symbolisme belge. Moins connu qu'Émile Verhaeren comme poète, que Georges Rodenbach comme prosateur, effacé par Maeterlinck comme dramaturge, il n'a pas bénéficié de la consécration parisienne de ses amis, et son audience est restée discrète.

    Dans le domaine théâtral, on lui doit pourtant deux pièces dont l'esthétique était très en avance sur son temps, et dont la fécondité se révèle à long terme. Comme son ami Maeterlinck, van Lerberghe est sensible aux perturbations existentielles du quotidien. Dans Les Flaireurs, il évoque l'irruption de la mort dans l'univers clos d'une mère et de sa fille ; dans Pan, l'arrivée intempestive d'un dieu païen bouleversant la routine d'un petit village. Ces deux pièces, l'une tragique, la seconde satirique, donnent la mesure du talent d'un dramaturge reconnu par ses contemporains.

    Charles Van Lerberghe est né à Gand en 1867. Poète et écrivain, il est l'un des principaux représentants du mouvement symboliste belge. Essentiellement poète, c'est entre 1885 et 1899 qu'il donne ses deux oeuvres majeures, deux poésies à l'esthétique symboliste : Entrevisions (1898) et La Chanson d'Eve (1904). Il produit également de la prose et du théâtre. C'est très jeune que "le poète au crayon d'or" disparait, alors âgé de seulement 46 ans.

  • « Il y a en moi, depuis longtemps déjà, un personnage sceptique et désabusé, un personnage que j'ai maintes fois pendu aux réverbères multicolores que mon lyrisme allume la nuit, mais chaque fois le bougre parvient à se dépendre et se remet à marcher sur mes traces à la manière d'un philosophe ou d'un assassin.» Achille Chavée, 1948

    Impossible de brosser une histoire du surréalisme sans évoquer celle de La Louvière et de son légendaire poète Achille Chavée (1906-1969). Homme de convictions, inoubliable pour ceux qui l'ont côtoyé, il resta fidèle à la technique de l'automatisme qu'il s'appropria cependant de manière tout à fait personnelle. C'est probablement ce qui motive l'intérêt que portent aujourd'hui les jeunes générations à l'homme au béret, au «vieux peau-rouge», écrivant sur des cartons de bocks dans les bistrots nocturnes. Il n'est pourtant pas toujours aisé d'accéder à ses textes, disséminés de 1935 à sa mort dans une vingtaine de recueils publiés à faible tirage et pratiquement introuvables pour la plupart d'entre eux. La présente anthologie du poète, conçue et commentée par Gwendoline Morán Debraine, renoue avec celui qui, selon son voeu, jamais n'entrera à l'Académie. En séparant les poèmes des aphorismes, elle propose un parcours chronologique inédit au sein de l'oeuvre de Chavée parsemée d'humour.

    Achille Chavée, né en 1906 à Charleroi et décédé en 1969 à La Louvière, est un artiste surréaliste belge. Très engagé dans les milieux politiques de gauche, il aimait à s'appeler le "vieux peau-rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne" (Décoctions, 1964-1974). C'est dans la poésie que sa plume s'exerce le plus, avec une oeuvre commencée en 1935 avec son premier recueil Pour cause déterminée, et se terminant sur un dernier recueil publié de son vivant en 1969, Au demeurant.

  • Bruxelles, fin des années 1920. Prosper Goffineau, un clerc de notaire casanier et père de famille aimant, se découvre une nouvelle passion pour le football, et plus particulièrement pour le Sporting Club Anderlecht, qu'il ne manque pas d'aller voir dès qu'il le peut. Cette passion chronophage, qui le pousse à délaisser ses devoirs, n'est pas du goût de sa femme Octavie et de sa fille Angélique qui tentent de le ramener à sa routine.

    Au rythme de la vie, des matchs, des victoires et des défaites, Prosper vivra joies et peines, soucis personnels et dilemmes de supporter, de mari et de père. Un roman d'addiction humoristique et tragique, sur fond de satire sociale.

    Au sein de l'oeuvre de Maurice Carême (1899-1978), Le Martyre d'un supporter occupe une place particulière : il s'agit du premier roman, publié en 1928 chez l'éditeur bruxellois La Renaissance du Livre, d'un auteur qui passera à la postérité pour sa production poétique. Une anthologie du poète et instituteur de métier, connu et appris par coeur dans le monde entier, a fait l'objet en 2017 d'une édition dans la collection Espace Nord sous le titre Nonante-neuf poèmes.

  • Sous une nuit étoilée, en plein Sahara, surgit soudain une cathédrale en pierres translucides dont le narrateur entreprend l'ascension en compagnie d'une femme le?ge?re comme l'air et ve?tue d'une robe diaphane : Me?lusine. Il s'efforce de suivre les traces de cette fe?e jusqu'au coeur de la vie moderne, ou? leurs pas croiseront ceux de Charlot et de Merlin.

    Franz Hellens (1881-1972) est le pseudonyme de Fre?de?ric van Ermengen. E?leve? a? Gand, il trouve dans cette ville sa premie?re inspiration. C'est cependant un long se?jour me?diterrane?en qui ouvre pour lui une nouvelle e?re, marque?e par la fe?erie fantastique de Me?lusine (1920), et par Le Disque vert, revue moderniste. L'oeuvre, abondante et prote?iforme, explore la zone inde?cise qui, dans les esprits et dans les choses, se?pare la re?alite? et le fantastique (Re?alite?s fantastiques, 1923). Ce the?me continuera a? inspirer l'essayiste, a? qui on doit, a? co?te? d'une Poe?tique des e?le?ments et des mythes (1966), une re?flexion sur Le Fantastique re?el (1967).

    Franz Hellens (1881-1872) est l'auteur de nombreux romans et nouvelles parmi lesquels ce remarquable roman surréaliste avant l'heure. Il fut écrit en seize mois, dans un état de songe éveillé. Henri Michaux déclara que, sans Mélusine, il n'eût pas songé à écrire son premier ouvrage.

  • La vie, me disait Alba-Lee, c'est un gâteau de dix parts de merde dont une est avariée. Une part pour chaque narrateur, mais à qui la mauvaise? Peut-être ont-elles toutes été infectées ? Du sexe, de l'amour, de la haine, de l'humour : la macédoine classique en fait, mais c'était sans compter sur la fermentation du verbe d'un auteur belge hors normes. Plusieurs personnes parlent d'une même fille. Voilà une trame bien banale. Plusieurs personnes parlent d'une même amante, voilà qui se corse. Plusieurs personnes parlent d'une même amante morte et ça devient de suite plus croustillant. La plume insolente et toujours en mouvement d'Otto Ganz fouille dans les moindres recoins de l'âme pour nous faire découvrir nos zones les plus noires. Il y a un aspect C'est arrivé près de chez vous dans ce livre à couper le souffle. Livre des pervers et de la perversité, La Vie pratique est un petit joyau à savourer comme un alcool trop fort. Poète, écrivain et plasticien, Otto Ganz est l'auteur de nombreux ouvrages publiés en France, en Belgique et au Québec parmi lesquels Aline (Les Éperonniers, 1997), Leçons de souffle (Taillis Pré, 2003, prix Émile Polak de l'Académie), L'Enroulement (Hors Commerce, 2004) ou encore Du fond d'un puits (Maelstrm ReEvolution, 2017, prix Eugène Schmits de l'Académie). Son oeuvre, conçue comme une gigantesque machine à la mécanique secrète, est l'une des plus sauvages et les plus maîtrisées de la littérature contemporaine.

    Otto Ganz nait en 1970 à Louvain. Diplômé en histoire de l'art et archéologie, Ganz est un touche à tout : plasticien, écrivain, nouvelliste et critique. Coordinateur de la Cellule de gestion du patrimoine funéraire pour le Service Public de Wallonie, celui que la presse belge connait plus communément sous le nom de "Monsieur cimetières" est également formateur à l'Institut du Patrimoine Wallon.

  • Avec pour toile de fond la lumière rouge et démoniaque du laminoir, Lemonnier raconte parallèlement la dépravation progressive de Clarinette Huriaux et l'irrépressible montée de la violence sociale. Dans cet univers scellé par le mythe éternel du Feu, la femme découvre " la joie cruelle de sa perversité toute-puissante ", tandis que lentement gronde la révolte ouvrière à laquelle la grève apportera une éclosion brutale. Né et mort à Bruxelles, Camille Lemonnier a aussi vécu à Paris. Il consacra sa vie à la littérature et à l'art (L'École belge de peinture) et publia plus de cinquante volumes d'une grande variété. "Maréchal des Lettres belges", il se vit toutefois intenter, à Bruxelles et à Paris, trois procès en tant que "pornographe". Après la publication d'Un mâle, il devint le chef de fil du naturalisme en Belgique.

    Camille Lemonnier (1944-1913) est un écrivain bruxellois qui est considéré par beaucoup comme le chef de file d'un « naturalisme à la belge ». Avec la publication d'ouvrages comme Un mâle (1981), relation sulfureuse entre une fermière et un braconnier, il se rapproche de la veine réaliste par le choix de sujet touchant au monde rural et un traitement sans concession de la réalité. Des ouvrages plus politiques viendront compléter son oeuvre comme Happe-Chair (1886) ou La Fin des bourgeois (1892).

  • Jean est Rwandais et vit depuis de nombreuses années en Belgique, où il suit un chemin sinueux d'étudiant-travailleur étranger. Il s'y est marié et est devenu père de deux enfants. Il a toujours rêvé de rentrer un jour au pays et d'être accueilli en enfant prodigue par toute sa famille.

    Il ne réalisera pas son rêve, hélas, d'abord faute d'argent, puis à cause du génocide qui s'est déroulé sous les yeux du monde entier et dans l'indifférence. Des centaines de milliers de ses compatriotes sont assassinés. Pourquoi sa soeur Antoinette fait-elle partie des victimes ? Où se trouve son frère jumeau porté disparu ?

    Il décide enfin d'aller sur place éclairer ses doutes auprès de sa vieille mère, la seule rescapée de la famille. Au Rwanda, plus rien n'est comme avant, et le retour au pays sera aussi l'arrivée dans un univers devenu étranger. Jean ne reviendra pas indemne de ce voyage à rebondissements où tout, partout, rappelle les atrocités qui ont été commises.
    Joseph Ndwaniye est né au Rwanda en 1962. Il a travaillé dans différents hôpitaux de son pays. Il vit en Belgique depuis une vingtaine d'années et travaille désormais au sein des Cliniques universitaires Saint-Luc de Bruxelles, dans un service pour patients traités par la greffe de moelle osseuse. Après La Promesse faite à ma soeur (Les Impressions Nouvelles, 2007), il a publié Le Muzungu mangeur d'hommes (Aden, 2012) et Plus fort que la hyène (La Cheminante, 2018).

    Joseph Ndwaniye est né au Rwanda en 1962. Diplômé de l'École d'assistants médicaux de Kigali, il a travaillé dans différents hôpitaux de son pays. Il vit en Belgique depuis une vingtaine d'années et travaille désormais au sein des Cliniques universitaires Saint-Luc de Bruxelles. La promesse faite à ma soeur est son premier roman. Il a ensuite publié Le Muzungu mangeur d'hommes (éd. Aden, 2012).

  • En 1958, Marcel Mariën élabore un programme de renversement du capitalisme à l'échelle internationale. Réalisable dans un délai d'un an. N'importe où, n'importe quand. Seul problème : trouver trois cents hommes prêts à mener à bien cette révolution. Au contraire des manuels à destination des révolutionnaires en herbe, Mariën ne cache pas combien la recette inratable qu'il détaille est vouée à l'échec.

    Son intention se veut avant tout performative : faire exister dans le monde une proposition d'action politique que personne, avant lui, n'avait osé formuler en ces termes. Et peut-être, qui sait, altérer le cours du monde. En introduisant le jeu au sein de la théorie, Mariën répond au constat suivant lequel, à l'âge atomique, " c'est tout le réel, d'un coup, qui sombre dans la fiction ".

    Marcel Mariën (1920-1993) est un surréaliste belge à la carrière protéiforme. Poète, éditeur, plasticien, photographe, cinéaste, il est l'auteur de tracts, de textes théoriques, de recueils de nouvelles (Figures de poupe, 1979 ; Les Fantômes du château de cartes, 1981), ainsi que du film censuré L'Invention du cinéma (1959). Entre humour et irrévérence, son style provocateur et farouchement indépendant en fait une figure essentielle de la littérature belge.

    Né à Anvers en 1920, Marcel Mariën est confronté aux vérités d'un monde qu'il apprend à approcher grâce au surréalisme. Il s'agit, pour lui, de trouver le mot juste, capable non pas d'altérer le monde, mais d'en dégager les vraies potentialités libertaires. Son oeuvre polymorphe est fascinante et mystérieuse : des contes ou des nouvelles (Figures de poupe) ; des scénarios ou des essais politiques (Théorie de la révolution mondiale immédiate) ; des poèmes ou des mémoires (Radeau de la mémoire).

  • Aux côtés de Jean Ray, Thomas Owen et Jean Muno, Gérard Prévot est considéré comme l'une des plus grandes voix du fantastique belge. Parus en 1986, dix ans après la mort de l'auteur, ses Contes de la mer du Nord consistent en une sélection de onze récits réalisée par Jean-Baptiste Baronian, au départ du Démon de février (1970), de Celui qui venait de partout (1973) et de La Nuit du Nord (1974). C'est ce recueil introuvable et largement commenté que nous avons souhaité restituer pour la première fois dans son intégralité. Les Contes de la mer du Nord comportent des textes écrits à différents moments, mais qui ont pour point commun, outre un cadre évocateur des brumes nordiques ou germaniques, de faire ressortir le jeu d'alternance propre à Gérard Prévot : entre métaphysique et carnavalesque, entre déploiement du mystère troublant et plaisanterie étrangement inquiétante. Une pièce maîtresse de la littérature fantastique du XXe siècle. Gérard Prévot (1921-1975) fut poète, romancier, essayiste, dramaturge, journaliste et lecteur pour Gallimard. Il consacra l'essentiel des dernières années de sa vie à écrire des nouvelles fantastiques.

    Né à Binche en 1921 et mort en 1975 à Bruxelles, Gérard Prévot est un écrivain fantastique principalement connu pour ses recueils de contes Le démon de février et La nuit du nord parus en 1970 et 1974 chez Marabout.

  • Quoi de commun entre le club de football d'Anderlecht et la semaine du bon langage ? Entre Quick et Flupke et le chocolat Côte d'Or ? Entre les « navetteurs » et la monarchie ? Une même question : y a-t-il une culture propre à la Belgique ? On en débat depuis près de deux siècles, et, sur ce thème, croyants et iconoclastes se déchirent. Mais si la controverse paraît inépuisable, c'est que la culture est pensée trop souvent comme une essence. Le présent essai entend plutôt l'aborder comme un effet de discours : comment le propos sur la « culture belge » est-il construit ? À quelles réalités vient-il donner sens ? À quelles autres vient-il, aussi bien, faire écran ? Dans sa quête, l'auteur se donne les armes de l'anthropologie et de la sémiotique, mais aussi et surtout celles d'une ironie à la fois implacable et complice. Le ton de ce petit livre évoque irrésistiblement celui des Mythologies de Roland Barthes. Professeur émérite de l'Université de Liège, Jean-Marie Klinkenberg y a enseigné les sciences du langage. Ses livres ont été traduits dans une quinzaine de langues. Il est notamment l'auteur de Rhétorique générale, un classique des sciences humaines (éd. du Seuil, 1992), Précis de sémiotique générale (éd. du Seuil, 2000), et de La Langue dans la Cité (Les Impressions Nouvelles, 2015).

    Membre du « Groupe MU » (Rhétorique générale, éd. Larousse, 1970 ; Traité du signe visuel, éd. du Seuil, 1993) et président de l'Association internationale de sémiotique, Jean-Marie Klinkenberg a enseigné les sciences du langage à l'Université de Liège. Ses livres ont été traduits dans une quinzaine de langues. Il est notamment l'auteur de Précis de sémiotique générale (éd. du Seuil, 2000) et de La langue et le citoyen. Pour une autre politique de la langue française (PUF, 2001).

  • Un banquier terre a? terre qui se de?couvre une soif d'absolu dans la contemplation d'une gourde. Un joueur a? la de?rive croyant reconnai?tre la bonne fortune sous les traits d'une e?le?gante dame en noir. Une photo de mariage qui cache peut-e?tre l'indice d'un crime. Quand les certitudes se dissolvent, nos obsessions deviennent asservissantes.

    Dans cet ouvrage qui re?unit quinze de ses plus ce?le?bres contes fantastiques, Hellens met brillamment en sce?ne la fascination - cruelle, douce, terrible - des hommes pour les zones d'ombre d'un monde familier et fuyant a? la fois. La rassurante rationalite? ce?de ici sa place au singulier mais se?duisant pouvoir de l'e?trange.Franz Hellens (1881-1972) est le pseudonyme de Fre?de?ric van Ermengen. E?leve? a? Gand, il trouve dans cette ville sa premie?re inspiration. C'est cependant un long se?jour me?diterrane?en qui ouvre pour lui une nouvelle e?re, marque?e par la fe?erie fantastique de Me?lusine (1920), et par Le Disque vert, revue moderniste. L'oeuvre, abondante et prote?iforme, explore la zone inde?cise qui, dans les esprits et dans les choses, se?pare la re?alite? et le fantastique (Re?alite?s fantastiques, 1923). Ce the?me continuera a? inspirer l'essayiste, a? qui on doit, a? co?te? d'une Poe?tique des e?le?ments et des mythes (1966), une re?flexion sur Le Fantastique re?el (1967).

    Ecrivain d'origine famande, Franz Hellens, de son vrai nom Frédéric Van Ermengem, a obtenu un dorctorat en droit à Gand avant d'habiter à Bruxelles puis Paris. Il est l'auteur d'une oeuvre multiple qui passe par le roman, le conte, le théâtre et la poésie.

  • Écrites dans un mélange de flamand et de français, ces fables furent publiées une première fois en 1923. Inspirées de La Fontaine, elles nous content avec tendresse, humour et bon sens, l'atmosphère qui régnait au début du siècle dans les rues des Marolles, au coeur de Bruxelles. À travers le langage original et spontané de l'auteur, c'est toute une couche de la population qui s'exprime. Cette véritable création littéraire est d'un naturel surprenant, qui laisse envisager toute la richesse de personnalité de l'auteur. In petit ketje des Marolles Était malade au lit de la pécole. - Vous savez, ça est quand tu as la peau du cul qui se décolle. Roger Kervyn de Marcke ten Driessche ( Gand 1896 - Bruxelles 1965 ) est avocat d'origine, défenseur du petit peuple. Il perçut dès son enfance et avec justesse l'âme des Marolles. Il en décrivit les habitants avec l'ironie et la finesse de son tempérament. C'est ce qui fait encore son succès aujourd'hui.

    Roger Kervyn De Marcke ten Driessche est un auteur gantois, bruxellois d'adoption, né en 1896 et mort en 1965. Issu de l'aristocratie et titulaire d'un doctorat en droit, ses premiers écrits, Les Fables de Pitje Schramouille, marquent autant son entrée en littérature que son abandon de la carrière notariale. Auteur protéiforme, Kervyn s'illustrera dans de nombreux domaines, tels que la poésie, les essais, la critique et la traduction.

  • Être une femme, c'est être frappée de suspicion. C'est subir le regard de la honte. C'est porter sur son visage un sexe barré par la censure, voilé par la religion, surveillé par la famille, contrôlé par la médecine et la loi. L'identité féminine est par définition une identité obscène. Voilà pourquoi Catherine Breillat dit : « Je ne saurai jamais qui je suis. » En lui offrant un corps de fiction, le cinéma l'invite à interroger, puis à déjouer, les mécanismes de cette impossible connaissance de soi. Le geste artistique et l'acte sexuel relèvent d'un même langage : la femme accède à la conscience par une traversée initiatique des tabous. Née en 1971, Christine Aventin connaît son quart d'heure de gloire avec Le Coeur en poche (Mercure de France, 1988). Elle revient à l'écriture au terme d'un long silence. Elle s'exerce alors à différents genres littéraires (le théâtre, l'essai) à travers une oeuvre singulière, multiforme, engagée, féministe et dérangeante, qui explore les limites des genres. Paru une première fois au Somnambule équivoque en 2013, Breillat des yeux le ventre a reçu le Prix Quinquennal de l'essai de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

    Si le succès fracassant du roman Le Coeur en poche, écrit par l'auteure lorsqu'elle n'avait que 15 ans, publié au Mercure de France, propulse une jeune lycéenne en 1988, ce même succès fait se répandre des images stéréotypées (« nouvelle Sagan », « Minou Drouet de la prose ») que supportera de moins en moins Christine Aventin. Phénomène de l'édition, elle l'est, mais à bien d'autres titres : libre, drôle, révoltée, marginale, hyper-indépendante, mais surtout folle de littérature.

  • Cela pourrait ressembler à une question de Trivial Pursuit ou d'un quizz à la télé : "Poète du XXe siècle qui a inspiré les plus grands musiciens de son temps, tels Darius Milhaud ou Francis Poulenc ?" Ou bien : "Poète wallon qui a donné son nom à un boulevard bruxellois et à une promenade parisienne sur l'île de la Cité ?". Ou encore : "Traduite en quarante-quatre langues, dont l'arménien et le vietnamien, l'oeuvre de ce poète francophone a rencontré cent fois plus de lecteurs dans le monde que dans sa Belgique natale..." La bonne réponse : Maurice Carême, bien sûr ! Alors, enfantin, Carême ? N'aurait-on pas trop vite confondu, à son propos, simplicité et simplisme ? Car cette clarté du poème, cette transparence du vers n'enlève rien à sa densité, bien au contraire.

    Maurice Carême est né le 12 mai 1899 à Wavre où il passe son enfance. À 19 ans, il écrit ses premiers vers. Il devient instituteur de métier en 1918, tout en continuant à écrire comptines et poésies. Après une période de futurisme (1928-1932), il revient à une poésie simple à destination de la jeunesse. En 1937, le poète s'installe à Anderlecht où il passera le reste de sa vie (dans "La Maison blanche" aujourd'hu Musée Maurice Carême). Il meurt le 13 janvier 1978.

  • Keetje trottin

    Neel Doff

    Keetje Trottin, c'est la fraîcheur du regard d'une petite femme en devenir qui laisse une lueur d'espoir dans ce monde souvent fait de misère pour les petites gens de cette époque.

  • Bruxelles, été 1932. Alors que des mouvements de grève mettent le pays sens dessus-dessous, le docteur Gasparri reçoit les Guareschi, un couple de jeunes exilés originaires de la même région que lui en Italie.

    Entre le médecin et ses patients, des trajectoires analogues et des souvenirs communs tissent des liens affectifs. Jusqu'au jour où débarque Oreste, le frère cadet de Madame Guareschi, qui a fui l'Italie fasciste dans des circonstances troubles.

    Dès lors, la destinée du paisible docteur Gasparri s'engage sur des rails aléatoires. Il se trouve amené, bien malgré lui, à sonder sa conscience. Et à agir, à faire des choix. Jusqu'au dernier, essentiel.

    Giuseppe Santoliquido est un politologue et écrivain belge d'origine italienne. Il est professeur aux Facultés de Sciences politiques d'Afrique centrale. Spécialisé en politique italienne, il collabore avec de nombreux médias belges et étrangers.

  • Établissant passerelles et connexions entre toutes les composantes de la création théâtrale - écriture, jeu d'acteur, scénographie, mise en scène, idéologies, contexte économique et politique - ce livre, publié à l'initiative du Théâtre national de la Communauté française de Belgique, tente d'écrire l'histoire globale d'un art fondamentalement complexe et collectif. Au fil d'une approche chronologique en quatre périodes, de 1830 à nos jours, l'ouvrage de synthèse de Paul Aron montre comment, après avoir subi pendant longtemps l'influence des tournées parisiennes et du théâtre français, le théâtre belge de langue française progressivement s'émancipe et s'affranchit.

    Paul Aron (né à Bruxelles en 1956), est enseignant-chercheur de littérature belge et française. Docteur en philosophie et lettres de l'Université libre de Bruxelles, il est directeur de recherche au Fonds national de la recherche scientifique (FNRS) et professeur de littérature et théorie littéraire à l'Université Libre de Bruxelles. Il s'intéresse à l'histoire de la vie littéraire, principalement des xixe et xxe siècles, aux relations entre les arts et entre la presse et la littérature.

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