Grasset

  • Fils Nouv.

    « Cerf-volant d'images, je tire les fils. » Au réveil, la mémoire du narrateur, qui prend très vite le nom de l'auteur, tisse une trame où se prennent et se mêlent souvenirs récents (nostalgie d'un amour fou), lointains (enfance d'avant-guerre et de guerre), soucis aussi du quotidien, angoisses de la profession. Ici, professeur, qui devra faire son cours, le soir, sur le récit de Théramène. A peine sorti de chez lui, voilà S. D. déversé en plein Grand Central Parkway, l'autoroute qui mène à New York : au fil des routes qui sillonnent sa vie, au volant ou à pied, se compose l'histoire d'un exil américain, douloureux et énigmatique. Ces fils, où tenter de les dénouer, sinon dans le face à face avec l'analyste, au cours d'une longue séance, où ils s'obstinent à s'enrouler autour du personnage du fils. Particulièrement, dans le rêve d'un monstre marin, mi-crocodile, mi-tortue, surgi du texte de Racine dans l'esprit du critique endormi. L'interprétation du rêve se reversera dans l'explication du texte racinien, dont la nouvelle lecture permettra de relire en retour la vie du narrateur, qu'on aura suivi entre temps, après la visite au "psy", à travers le tintamarre solitaire de New York, les silences calfeutrés de l'université, jusqu'à la salle de classe où s'accomplit sa jouissance : le dénouement.Autobiographie ? Non, c'est un privilège réservé aux importants de ce monde, au soir de leur vie, et dans un beau style. Fiction, d'événements et de faits strictement réels ; si l'on veut, autofiction, d'avoir confié le langage d'une aventure à l'aventure du langage, hors sagesse et hors syntaxe du roman, traditionnel ou nouveau. Rencontres, fils des mots, allitérations, assonances, dissonances, écriture d'avant ou d'après la littérature, concrète, comme on dit musique. Ou encore, autofiction, patiemment onaniste, qui espère faire maintenant partager son plaisir.

  • Paris 1925 Nouv.

    1925 qui, hier, ne soulevait que sarcasmes, attendrit brusquement. On dit rétro, pour le cinquantenaires des Arts décos. Va pour le rétro !Joséphine Baker, Charlot, la Violettera, les pantalons à pattes d'éléphant, le franc quat'sous, Valentino reparaissent dans notre mythologie. Einstein le surréalisme, Picasso l'Auguste et Cocteau le clown blanc, Stravinski, Freud, ne l'ont pas quittée. Avec la robe-chemise lamée, la fille retrouve le maquillage de la paupière inférieure, ce cerne, de sa mère, la Garçonne. Van Dongen remonte à l'Hôtel Drouot." Nous descendions vers 1939 comme 1900 descendait vers 1914, glissant dans l'abîme comme dans un plaisir ", a écrit Paul Morand, le magicien de 1900. Nous ne savons pas encore vers quoi nous descendons et nous n'y descendons pas gaiement, ce sont les seules différences notables.A.L.

  • Véronique Sanson ; les années américaines Nouv.

         1973 - 1978 : avec trois albums écrits et enregistrés aux Etats-Unis auprès des plus grands musiciens de la pop américaine (Le Maudit, Vancouver, Hollywood) la jeune Véronique Sanson s'impose enfin dans le paysage musical français. En seulement six ans, ce virage américain initié par amour l'aura propulsée des pages de Mlle Age Tendre à celles de Rock & Folk et aura introduit en France une musique résolument neuve. Mais qui sait comment ses albums furent écrits, réalisés, reçus ?
         Laurent Calut  et Yann Morvan, deux proches de la chanteuse, ont retrouvé dans ses affaires personnelles des photos de l'époque et les précieux carnets qui virent naitre les chansons de cette série américaine. A l'occasion des concerts prévus à l'Olympia en février 2015, ils sont allés interroger Véronique Sanson et ses proches pour nous offrir le récit de ce tournant made in USA. Composé de photos, des fac-similés de ses carnets et du récit de ses années rock'n'roll, cet album inédit nous ouvre les coulisses de ces chansons. Entre un mariage célébré aux côtés de Ringo Starr, des membres des Stones, des Doors ou des Who, une vie sentimentale houleuse, des séances de studio à Los Angeles, dans le Colorado ou à Londres, de Hawaï à New York et du Québec en France, on plonge dans la fabrique d'une oeuvre, d'une renommée et d'une époque où la musique s'inventait en vivant intensément.

  • Les chats de Copenhague Nouv.

    « Joyce continuait à écrire des poèmes, par esprit d'enfance. En 1934, dans une lettre du Danemark où il se reposait et relisait les épreuves d'Ulysse, il en écrit un à Stephen, son petit-fils de quatre ans. « Imagine un chat restant au lit / toute la journée / à fumer des cigares ». Ces Chats de Copenhague avaient été précédé, quelques jours auparavant, par Le Chat et le Diable, conte où le diable construit un pont en une nuit face à la ville de Beaugency. Ça n'est pas mal, d'être le petit-fils de Joyce. On a des histoires originales pour soi tout seul. Et des histoires inattendues, pas des contes d'adultes destinées à inculquer l'Ordre dans la tête des enfants. Dans Les Chats de Copenhague, avec cette teinte d'anarchie qui est le goût des Irlandais, les policiers restent au lit à fumer des cigares. Ils leur ont été offerts par de vieilles dames voulant traverser la rue. Que sont devenues les vieilles dames ? Elles ne sont pas le sujet de Joyce. Dans ses fictions, il y a des hommes de tous les âges, mais les femmes y sont généralement jeunes ; au mieux des mères, jamais de grands-mères. »
     
                                                                                                                                                                             ChD
     

  • Qui je suis Nouv.

    "Je m'appelle Tessa Rampling. Charlotte est mon deuxième prénom mais il m'a saisie. Tessa est devenue Charlotte. Dès ma naissance, j'ai connu ce mélange un peu trouble de ce qui vient, passe, de ce qui blesse, de ce qu'on ne peut saisir. Les larmes et les rires se mêlent, nous les enfermons. Chez les Rampling, le coeur est un coffre. Porté par les générations, le secret de famille devient une légende. Nous ne savons que nous taire."
     
    Charlotte Rampling se raconte pourtant avec simplicité, justesse, en un dénuement poétique. Sa jeunesse, passée entre les garnisons britanniques et la France. Son père, vainqueur des jeux
    Olympiques de Berlin, puis brisé dans son élan. Sa mère, "héroïne d'un roman de Fitzgerald". Sa soeur, Sarah, disparue trop tôt.
    Avec la complicité de Christophe Bataille, Charlotte Rampling se livre, se cache, mêle les impressions, les souvenirs, les lieux, composant les multiples facettes d'un visage légendaire, inaccessible, familier.

  • L'exil vaut le voyage Nouv.

    L'exil vaut le voyage

    Dany Laferrière

    • Grasset
    • 27 Octobre 2021

    Voici Dany Laferrière dans tous ses exils. Obligé de fuir Haïti à l'âge de 23 ans sous les aboiements d'une meute  de chiens, il entame une vie d'exils, de Miami à Paris en passant par le Brésil, sans avoir ajamis vraiment quitté Montréal.
    Après l'Autoportrait de Paris avec chat, Dany Laferrière approfondit la veine du roman dessiné et écrit à la main. L'Exil vaut le voyage offre un point de vue original sur le sentiment de l'exil  : est-ce une expérience aussi terrible qu'on le dit  ? En revenant sur ce qu'on croit à tort une fatalité, Dany Laferrière nous dit combien les pérégrinations obligées, si on les accueille en ouvrant les yeux et l'esprit, nous enrichissent. Quelle occasion de rencontres nouvelles, avec des écrivains, des femmes et des chats  ! Le monde regorge de richesses, et ce livre nous les fait découvrir avec charme et humour, mais aussi, parfois, un lyrisme pudique : «  Je viens de parler à ma mère longuement, et je dois partir sans bagage  ».
    Si les exils ont leur part d'arrachement, ils donnent aussi à voir le monde et des mondes. De Jorge Luis Borges à Virginia Woolf, de jazzmen solitaires en cafés bondés, de l'Amérique à l'Europe, voici de fructueux exils, avec, pour compagnons de voyage, de chapitre en chapitre, les grands exilés du monde, Ovide, Mme de Staël, Graham Greene, le grand romancier cubain José Lezama Lima, et bien d'autres.

  • Penser le communisme Nouv.

    Le communisme est un cas unique dans l'histoire.
    Aucune doctrine n'a connu un engouement de cette ampleur si rapidement, aucune n'a conquis autant de pays en si peu de temps, aucune n'a provoqué de tels dégâts humains, aucune n'a réussi à conserver pareille force d'attraction en dépit de son échec, aucune ne laisse à ce point de regrets.
    Pourtant, hors de l'apologie ou du rejet dont les régimes communistes ont pu être l'objet, au-delà de la sanctification de l'idéologie ou de sa condamnation, ce phénomène exceptionnel continue d'échapper pour l'essentiel à une réflexion de fond.
    D'ou vient le communisme, de quel processus historique est-il l'aboutissement, à quoi correspond son apparition dans l'évolution des sociétés humaines, pourquoi a-t-il tant séduit, qu'est-ce qui explique sa faillite, pour quelles raisons son deuil est-il si difficile à porter, sa fin est-elle définitive, peut-il muter et si oui de quelles manières  ?
    Ce livre répond à ces questions.
    Penser le communisme de nos jours, c'est sonder les aspirations humaines les plus profondes, c'est en révéler les cicatrices laissées, c'est en estimer l'évolution possible.

  • Double aveugle Nouv.

    Olivia, une jeune Londonienne, vient de rencontrer Francis. Elle se surprend à être séduite par ce naturaliste qui ne jure que par la vie à la campagne. Au même moment, elle s'apprête à publier son premier livre sur son domaine de recherche, l'épigénétique, et à accueillir sa meilleure amie Lucy qui rentre des États-Unis après une longue absence. Olivia est ravie de lui présenter Francis et de partager avec elle ses découvertes scientifiques. Mais les retrouvailles ne se passent pas comme prévu, car Lucy doit faire face à un diagnostic terrible : elle souffre d'une tumeur au cerveau potentiellement fatale. Son patron Hunter, un milliardaire américain qui a investi dans les biotechnologies, va se révéler d'un grand secours dans cette situation, et les quatre trentenaires - dont la vie se déroule entre Londres, la campagne anglaise, Big Sur en Californie et le Cap d'Antibes - vont affronter ensemble cette épreuve autant que les autres questions existentielles qui les préoccupent. Leurs interrogations intimes de transmission et d'héritage familial croisent alors des travaux scientifiques plus larges ; chacun en sortira transformé. St Aubyn joue en virtuose avec des sujets contemporains tels que l'écologie, les nouvelles technologies, la génétique et la psychanalyse. Son empathie pour ses protagonistes lui permet de nous toucher au coeur, et son art consommé de la narration nous fait vibrer au rythme d'un récit haut en couleurs, tour à tour drôle et dramatique.
    Traduit de l'anglais par David Fauquemberg.

  • La ferme des animaux Nouv.

    Suite à l'insurrection menée contre les hommes, deux cochons règnent en maître sur la Ferme des Animaux. Napoléon et Boule de neige agissent au nom de la liberté pour régir une société nouvelle, égalitaire, où tous leurs Camarades seraient débarrassés de l'oppression des humains. Mais rapidement, des clivages apparaissent au sein de la classe dirigeante. Les intérêts personnels, la soif de pouvoir et les trahisons silencieuses risquent désormais de mettre à mal la grande révolution des animaux...
    Initialement publié en 1945, La Ferme des animaux raconte les faiblesses humaines qui brisent les grandes idéologies et mettent en péril nos démocraties. Conte philosophique, allégorie d'une modernité saisissante, ce chef-d'oeuvre de George Orwell illustré par Odyr est une lecture plus que jamais essentielle pour décrypter les dangers qui guettent le monde d'aujourd'hui.
     
    Après l'immense succès de l'adaptation graphique de 1984, l'autre roman culte de George Orwell est enfin publié en version illustrée, dans une nouvelle traduction inédite de Josée Kamoun.

  • Sur la route avec Bashô Nouv.

    Voici le troisième roman dessiné de Dany Laferrière chez Grasset. Après «  Autoportrait de Paris avec chat  » et «  L'exil vaut le voyage  », «  Sur la route avec Bashô  » suit la méthode nonchalante et néanmoins réfléchie de Bashô, le moine-poète japonais du XVIIe siècle, une des inspirations constantes de l'auteur (qui comme on sait est un écrivain japonais). Le narrateur de cette histoire parcourt le monde d'aujourd'hui, de l'Amérique au Japon en le prenant par surprise. Qui se méfierait d'un rêveur ? Il ne rêve pas du tout. Il admire (les femmes écrivains qu'il lit, de Jean Rhys à Zora Neale Hurston). Il se remémore (les divinités vaudoues). Il éprouve de l'affection (envers une de ses voisines alors qu'il séjourne à New York). Des dessins stylisés parcourent le texte, qui sont peut-être la rêverie de ce narrateur « dans ce monde sans pitié ». Voyageant dans le monde contemporain, il ne peut que constater que la menace est partout. Dessinant ce qu'il voit, le narrateur écrit aussi des mots. Et par exemple ceux-ci : « Black lives matter ». « Un nègre est un homme et tout homme est un nègre », a-t-il dit au début de sa pérégrination. Nègres sont donc les manifestants de Hong Kong qu'il voit réclamer la liberté. Pourtant, son intention n'est pas de changer le monde, nous dit-il, « simplement d'y vivre ». Et l'on comprend alors que, comme le disait Pavese, c'est un métier de vivre. 
    Heureusement, il y a la littérature, le jazz, les femmes élégantes, les cafés et les fleurs. Il y a encore des rayons de soleil.

  • La garde-robe Nouv.

    Vera vient de mourir. Elle avait fui sa famille quand elle était jeune, et deux nièces sont chargées de vider le dressing de cette tante qu'elles n'ont pas connue.De vêtement en vêtement, de tailleur en écharpe et d'écharpe en robe du soir, chaque pièce de la garde-robe de Vera raconte un épisode de sa vie. Chanteuse de variétés dans les années 1970 ayant connu un grand succès puis l'oubli, elle épouse un riche industriel dont les nièces vont découvrir le secret, un secret que Vera a protégé jusqu'à la mort de son mari. Elle-même transporte la blessure de son enfance sans rien pardonner à son milieu d'origine. L'armure des vêtements se fend parfois  : quand un réalisateur l'approche pour les besoins d'un film sur les corons de son village natal, les images reviennent, les sens vibrent, et la peau se fait plus tendre. 
     
    En reliant les pointillés que forment les habits de Vera, Sébastien Ministru reconstruit la biographie d'une femme qui a traversé les époques, fière, blessée, combative et ne regardant jamais un passé que ses nièces découvrent avec bien des surprises. Elle avait fait de l'élégance un rempart contre la violence du monde. Au fur et à mesure que les siens surgissent de son vestiaire, les faits se redessinent, et se précise l'itinéraire de celle qui avait tout fait pour renoncer à ses origines. Puisque aussi bien elle était "partie sans dire au revoir à son père et à son frère qui, partenaires dans la monstruosité des hommes, lui avaient fait mal sans réussir à la blesser." Elle a porté sa souffrance comme ses vêtements, avec grâce.
    Un personnage de femme dans la lignée des grands personnages féminins de Tennessee Williams.

  • Et même l'enfer c'est pas grand-chose Nouv.

    La sonnerie du collège retentit. Lucie, 13 ans, arrache d'un coup de dents un bout de l'oreille d'Enzo, un camarade de classe qui a posté sur Facebook un répugnant montage d'elle. Le sang coule. Et la sentence tombe  : elle est exclue de l'école. Ça ne suffit pas pour le père d'Enzo qui se présente au HLM de Lucie et de sa mère célibataire Juliette. Il leur réclame 1 000 euros, sinon il portera plainte pour agression.
     
    Lucie veut régler sa dette. Le temps d'un été fiévreux, elle erre dans sa banlieue et cherche les moyens d'y parvenir. Autour d'elle, personne ne semble pouvoir l'aider : ni sa mère qui ne rêve que de chanteurs de variété et de jeux télévisés, ni son frère parti faire ses études à Paris, ni son petit copain Jordy qui ne pense qu'au sexe. Et encore moins Esther, la SDF fumeuse de crack, ou Dzaz, l'inquiétant vendeur de kebabs... Lucie ne peut compter que sur elle-même.
     
    Bruno Lus nous offre un roman poétique et brutal, où violence physique et sociale se télescopent, sur l'horizon bouché de ceux qui ne sont pas nés où il faudrait. Porté par une oralité cinglante et une bande-son pop, ce texte résolument moderne met en scène des jeunes adolescents livrés à eux-mêmes dans un monde qui ne cherche plus à les comprendre. À un âge où l'existence numérique prend le pas sur la vie réelle, dans un milieu où la drogue apparaît comme la seule échappatoire, Lucie cherche la lumière.

  • Photogrammes Nouv.

    Quel est le point commun entre Godard, Rivette, Louis Malle, Rohmer, Chabrol, Resnais Téchiné, Amos Gitaï et Manoel de Oliveira ? Leur directeur de la photographie. Méconnu du public mais légendaire dans tout le 7ème  art, Renato Berta a tourné près de 120 films avec les réalisateurs les plus mythiques de sa génération. On lui doit les images  célèbres de  Sauve qui peut (la vie)  , d'  Au revoir les enfants et des Nuits de la pleine lune. Aujourd'hui, il nous livre ses mémoires, qui vibrent d'un amour sans cesse renouvelé pour le cinéma...
    Tout débute en Suisse au début des années 1960 : le jeune Renato, lassé d'un père qu'hypnotise la télévision, fonde un ciné-club dans son lycée et y projette des films de la Nouvelle Vague française et du Néo-Réalisme italien. Cet appétit pour le cinéma le conduit à l'Ecole de Rome et à Cinecittà où il fait ses premières armes. Là, il croise Rossellini, Visconti, Antonioni, et Pasolini surtout, qui le fascine. Il commence à travailler avec des réalisateurs suisses avant de tourner aux quatre coins du monde.L'Algérie en 1969, Bangkok en 1971 d'où il voit les B52 américains s'envoler pour bombarder le Vietnam, les Etats-Unis, et, bien sûr, la France où il accomplira la majeure partie de spn parcours.
    Des saillies de Godard aux conversations avec Sartre et Simone de Beauvoir, en passant par les Black Panthers, Robert Doisneau, Ingrid Caven, Susan Sontag, Isabelle Huppert, Marcello Mastroianni, Renato Berta a connu les plus grands, en ami et en génial accompagnateur. Ses mémoires sont truffés d'anecdotes, de portraits, de coulisses. Mais ils offrent aussi une méditation sur les « questions de cinéma » : rapport au réel, travail technique, lien entre l'éthique et l'esthétique...
    Renato Berta nous transmet avec passion et humilité sa vision lumineuse et sensible du cinéma, où les certitudes n'ont pas leur place. Inventif, novateur et libre, ce livre est à l'image de cet immense « opérateur ».
     

  • Les raisons du coeur Nouv.

    Par quelle alchimie une peine de coeur peut-elle se transformer en accident cardiaque  ?
    Que se passe-t-il secrètement dans un coeur ardent et vivant qui, d'un coup, se brise  ?
    Tel est le mystère que tente d'éclaircir ce récit véridique, drolatique et fantasmagorique.
    On y croise des balles de tennis et le chat de Schrdinger, des femmes fatales et un héros virgilien, une Thunderbird rutilante et des effluves d'outremer, Françoise Sagan et Michel Berger, des amitiés salvatrices, quelques doses de morphine et des souvenirs embrouillés de rêves.
    Une saison en enfer ? Un aller-retour dans le néant ? Certainement pas.
    Voici plutôt la confession d'un homme allégé, réconcilié, détaché, libéré, qui choisit d'en finir avec sa part de comédie.  
    Et de se raconter, soudain, à coeur ouvert.

  • Ton coeur a la forme d'une île Nouv.

    «  Ce sentiment d'appartenance comme un joyau et une blessure, de celles qui viennent de loin. De générations humiliées, de populations déplacées, massacrées. Je suis corse, sò corsa, je le clame, je le chante, je le soupire. Je le porte en étendard, en oeillères, parfois, en mot d'amour, toujours. C'est ce qui me constitue, ma colonne vertébrale, ne faisant pas l'économie des clichés : brune, petit format, traits à la serpe, yeux noirs, souvent vêtue de noir, caractère trempé. Quelle est la part de la génétique et celle de l'effort à coller à l'image du mythe  ?  »
    Être ou ne pas être Corse, telle est la question posée dans cet objet littéraire pluriel - comme peut l'être la définition d'une identité. Après On ne peut pas tenir la mer entre ses mains, Laure Limongi aborde son lien avec cette île à la culture si singulière, en mêlant histoire, entretiens, fiction et passages autobiographiques.
    Enquêtes personnelle et collective se superposent pour illustrer le ressenti des Corses insulaires et de ceux de la diaspora quant à leurs racines, leur langue, leur culture, leur perception des poncifs sur l'île  : ils sont à double tranchant, entre le rejet méprisant des insulaires tenant d'une forme de racisme et la fascination pour un ailleurs si proche et sa beauté sauvage, ainsi transformé en exclusif lieu de loisirs. Revenant sur l'histoire contemporaine, Laure Limongi explique la constitution du stéréotype du Corse fraudeur et violent après la Seconde Guerre mondiale, sur fond de désastre écologique, de bouleversements politiques et de revendications sociales. Et l'on retrouve Laví Benedetti, personnage fort en gueule et attachant du précédent livre, dont le destin est ici éclairé par les dérives des combats de son époque.
    Ton coeur a la forme d'une île nous emporte dans une traversée qui lève nos préjugés à mesure que l'on découvre une histoire méconnue. Une magnifique réflexion sur la notion d'identité comme un feuilletage mouvant, ouvert à l'altérité, et non un carcan sclérosant fermé sur ses traditions.

  • Repenser l'identité : ces mensonges qui unissent Nouv.

    Malgré la difficulté de définir ce que le mot identité recouvre vraiment, entre le champ social et l'intime, le concept a envahi le débat public depuis de longues années. Sa prévalence est devenue un enjeu majeur au sein de nos sociétés et un défi pour les politiques. Kwame Anthony Appiah, quant à lui, procède à un examen systématique de l'identité pensée en fonction de catégories telles que la croyance, le genre, la citoyenneté, la couleur, la classe ou la culture. En questionnant la validité de ces critères, il remet en cause nos partis pris et hypothèses quant à la manière dont l'identité serait une chose évidente ou innée. Il parvient à démontrer au contraire comment elle se fabrique, et son exposé, limpide, est appuyé par une érudition époustouflante. Il n'hésite pas à nourrir cette réflexion de sa propre expérience et de sa biographie pour nous amener à voir que non seulement il existe des identités conflictuelles, mais que ce sont peut-être précisément nos conflits intérieurs qui créent le besoin de définir artificiellement ces identités. Dans une approche radicale, il démontre à quel point ces constructions identitaires à l'oeuvre dans nos sociétés modernes sont le résultat d'approximations plutôt que de données objectives. Qu'il s'agisse du sens du mot «  nation  », de notre perception de la question raciale, des différences sociales ou du mythe de la culture occidentale, Appiah déconstruit point par point nos certitudes et élargit l'horizon vers un dépassement du piège identitaire.
    Traduit de l'anglais par Nicolas Richard

  • Captives : un apiculteur au secours des Yézidis Nouv.

    Ces dernières années, les Yézidis ont été victimes d'un génocide, reconnu comme tel par les Nations unies, perpétré par l'Etat islamique - aujourd'hui encore, des milliers d'entre eux sont portés disparus. Captives raconte leur histoire.
    Dunya Mikhail, Irakienne exilée aux États-Unis depuis 1996, décrit le sort des femmes Yézidies qui ont été capturées par les hommes de Daech, puis vendues sur des marchés comme esclaves sexuelles. Violées, mariées de force, obligées avec leurs plus jeunes enfants à confectionner des missiles (pendant que les garçons plus âgés sont entraînés pour devenir des combattants), séquestrées, revendues, violées à nouveau, parfois en groupe, certaines ont réussi à s'enfuir. Courage et détermination sont les valeurs cardinales de ces femmes. La solidarité dont elles ont fait preuve entre elles, mais aussi l'assistance de ceux qui mettent tout en oeuvre, au péril de leur vie, afin de leur fournir les moyens de leur fuite, ont fini par former une magnifique chaine humaine, de la Syrie à l'Irak, en passant par la frontière turque, afin d'échapper à l'horreur, de sauver ses proches mais aussi des inconnues - et finalement peut-être, pour se sauver soi-même.
    Dunya Mikhail restitue, à travers le témoignage direct de Yézidies, l'histoire poignante, parfois rocambolesque, de certaines d'entre elles. Mais Captives est aussi le récit d'une rencontre entre l'autrice et Abdallah Shrem, ce héros des temps modernes, ancien apiculteur qui, à l'arrivée de Daech dans sa région, le Sinjar dans le Kurdistan irakien, va tout abandonner pour créer un réseau de passeurs, bénévoles, anciens contrebandiers, afin d'arracher ces femmes, une à une, aux griffes de leurs bourreaux. Lorsque, à la fin du livre, Abdallah accueille Dunya au Sinjar, où elle visite le principal temple yézidi et va à la rencontre de ces gens dont elle a conté les histoires, d'un camp de réfugiés à un autre, leur amitié naissante ne met pas seulement au jour la force d'un seul homme face à la terreur, mais dessine aussi une région, le Kurdistan, et une communauté, celle des Yézidis, qui ont toutes deux failli être rayées de la carte.
    La poétesse Dunya Mikhail, avec beaucoup d'humanité et une grande délicatesse, porte le témoignage de ces femmes, de leurs enfants, de leurs frères et cousins, afin de redonner des noms, des visages et une voix aux victimes et aux survivants de l'un des épisodes les plus barbares, de ce début du XXIe siècle. 
    Traduit de l'arabe (Irak) par Stéphanie Dujols.

  • La grande aventure Nouv.

    «  Le fil c'est peut-être une histoire très simple  : tragi-comédie en cinq actes et deux personnages. L'un régulièrement menace de partir. L'autre se contente d'écrire des poèmes, dans l'espoir absurde de l'en empêcher.  »
    Dans ce roman-poème, Victor Pouchet déroule en vers une histoire d'amour et d'amitié à la fois bouleversante et légère. Celle d'un homme et d'une femme qui se rencontrent, se quittent et se retrouvent. Et des  petites et grandes aventures  que la vie leur offre - réservoir de joies et batailles inédites.  Avec humour, grâce et musique, Victor Pouchet nous emporte dans un livre plein de trésors et de simplicité.  Une grande aventure.

  • Le dernier secret Nouv.

    En 1988, Claire rencontre François Mitterrand.
    Elle est étudiante en droit, il est président de la République.
    Cinquante ans de vie les séparent.
    Ils s'aimeront à huis-clos, jusqu'à la fin, en 1996.
    Voici révélé le dernier secret du grand président.
    A la fois récit amoureux et histoire d'un règne, ce livre exceptionnel mêle portraits, dialogues, souvenirs, déjeuners à l'Elysée, soirées, lectures, promenades sur les quais de la Seine, carnets, temps volé au temps.
    Dans une langue magnifique et pure, au plus proche de ces deux êtres, comme un grand tableau au Louvre où se dessinent amour et mort, Solenn de Royer nous offre des pages intimes et politiques, qu'à votre tour vous n'oublierez jamais.

  • L'autre langue des femmes Nouv.

    « L' "autre" langue des femmes, c'est la parole qui émerge lorsqu'elles se définissent pour ce qu'elles sont, pas en fonction de ce qui leur est infligé.
    Ce langage fut toujours parlé en Afrique, continent qui enfanta des  dynasties de "grandes royales", contredisant ainsi la posture victimaire d'un  certain activisme occidental.
    S'appuyant sur l'histoire, les mythes, spiritualités et pratiques sociales des Subsahariennes, l'auteur nous initie à un riche matrimoine qui révèle  la variété des potentialités féminines.
    Les femmes impressionnantes dont elle nous conte les aventures  régnèrent sur des sociétés patriarcales, donnèrent une terre à leur peuple  en exil, firent du plaisir sexuel un droit, s'engagèrent dans les luttes  anticoloniales qu'elles financèrent souvent grâce à leur fortune personnelle,  furent conscientes de leur valeur en tant qu'individus souverains.
    Pourtant, la riche expérience des Africaines subsahariennes reste  méconnue. Sans s'identifier à ces femmes ni voir en elles des références, on  entend leur prescrire un modèle d'émancipation.
    La "sororité" reste une vue de l'esprit, compte tenu des rapports de  domination existant entre femmes. L'histoire a doté les unes d'un pouvoir  symbolique, politique et économique dont les autres ne jouissent pas.  Cette dissymétrie fondamentale est occultée par la centralité conférée à la  question de l'hégémonie masculine, censée définir et fédérer les femmes.
    Des rapports entre elles, reproduisant l'association de la cavalière et de  la jument, permettent-ils de faire cause commune ? »L.M.

  • L'enfant réparé Nouv.

    «  J'ai compris depuis ce qui motiverait mon chemin d'écrivain. Présenter à l'adulte que je suis devenu l'enfant que je fus.  »
     
    Dans Mon père, publié en 2019, Grégoire Delacourt peignait un père venu demander des comptes à un prêtre coupable d'abus envers son jeune fils. Catalyseur d'émotions enfouies, le livre allait faire ressurgir des souffrances muettes et conduire son auteur a une enquête introspective profonde. Remontant enfin à la source de son enfance saccagée, Grégoire Delacourt la fait revivre dans Son fils, poignant récit autobiographique où il se livre pour la première fois.
     
    Son fils raconte un corps abîmé et les livres qui l'ont réparé, ce corps qui très jeune a subi l'étourdissement dans le Valium ou autres médicaments et se perçoit comme un déchet. L'écriture lui permet d'abord de subsister, de fuir sa famille et ses souvenirs, avant de devenir une démarche créatrice jalonnée des traces cachées de ses douleurs enfantines.
     
    Pourquoi le petit garçon qu'il était rêvait-il au soulagement de sauter par la fenêtre  ? Qui était ce père, absent et bourreau  ? Cette mère adorée fuyait-elle son propre enfant, ou bien faisait-elle tout pour le protéger  ?
     
    Son fils est l'histoire d'une enfance abusée, d'une famille où l'on porte le déni comme une armure, et un éclairage unique sur le parcours d'un écrivain. «  Le jour où j'ai appris que j'étais une victime, je me suis senti vivant.  » Dans un style acéré, précis, un regard sur soi d'une rare lucidité. Bouleversant.

  • Elles disent Nouv.

    Elles disent

    Léonora Miano

    « Des femmes d'horizons différents parlent, se parlent. Parfois  de manière frontale, parfois en se tournant le dos ou en se  prenant par la main.
    Celles dont les mots composent cette mélopée sont spirituelles,  politiques, cérébrales, sensuelles, visionnaires, enragées,  mystiques, torturées, espiègles.
    Leurs citations s'organisent en une manière de conversation  qui emprunte au jazz avec ses harmonies et dissonances, à  l'emphase d'antiques prêtresses, à diverses modalités du chant.
    Ce n'est pas le testament des femmes qui est ici proposé,  mais une déambulation rythmée dans leurs paroles. »L.M.

  • Ou peut-être une nuit ; inceste : la guerre du silence Nouv.

    Charlotte Pudlowski avait 26 ans quand sa mère lui a appris qu'elle-même, enfant, avait subi un inceste. Sous le choc, la jeune journaliste s'est alors interrogée  : Pourquoi un si long silence ? Pourquoi sa mère, dont elle est si proche, n'a-t-elle pas pu lui parler plus tôt ? Et comment peut-on si mal connaître une violence qui concerne 7 à 10% de la population, soit 2 à 3 enfants par classe de CM2 en moyenne  ?
    Alors Charlotte Pudlowski a décidé de comprendre. Pendant deux ans, elle a rencontré des victimes, lu, cherché des explications auprès d'experts, sollicité ses proches. Ce travail à la fois intime et sociétal a donné lieu à un podcast diffusé à l'automne 2020 et au retentissement considérable  : près d'un million d'écoutes, des milliers de victimes sorties de la honte, comprenant les mécanismes du silence autour de l'inceste. Puis la publication du livre événement de Camille Kouchner, La Familia Grande, a déclenché un débat qui secoue désormais toute la société. Le mouvement metooinceste va-t-il enfin donner lieu à des lois, ou la chape de silence va-t-elle retomber sur ce fléau si tabou  ?
    Dans cette enquête choc, l'autrice montre à quel point les mots peuvent être l'arme et le rempart face à la violence, et tisse le fil de son histoire intime pour explorer la nouvelle frontière du féminisme : celle de l'abus des enfants par les pères, frères, oncles, cousins, un abus systémique, noyau structurant du patriarcat. Si l'on accepte de voir la nature de l'inceste et son ampleur, c'est tout l'ordre social dans lequel nous vivons qui doit être renversé.
    Finesse littéraire, rigueur, profondeur de l'analyse  : un ouvrage nécessaire et magistral.

  • Arrière-pays Nouv.

    Tout commence par un meurtre.
    Sur une aire d'autoroute, à la lisière des villes et des forêts où se vend cruellement le corps des femmes, dans l'Est autrefois blessé par la guerre, on découvre un routier polonais. Au volant de son camion. Assassiné.
    C'est une région qui fut prospère mais qui ne l'est plus. Son nom est lumineux, l'Aube, ses villes autrefois glorieuses, de Troyes à Bar le Duc, pays de foires, de marchés, de fabliaux et de haute sagesse romane. Mais les forges et les verreries ont fermé. L'abbaye de Clairvaux, fondée par Saint-Bernard, devenue une prison célèbre, une «  centrale  », est en déshérence. Et une société chinoise rachète les industries verrières et convoite nos forêts. Le rayonnement spirituel d'autrefois n'est plus qu'un souvenir.
    C'est dans cette France, abandonnée de la capitale, légendaire, blessée, balzacienne, si peu racontée, que ce meurtre, ce fait-divers, va provoquer un véritable séisme et prendre dans une même toile des êtres que tout oppose.
    Ils se nomment Alicja, jeune journaliste solaire et libre qui aime raconter la vie des gens sans histoire; Smyrn producteur de musique fatigué de Paris qui, à 40 ans, veut prendre un nouveau départ, entre forêt et désirs ; Gassien, un ancien légionnaire solitaire et dangereux, croit-on, ou bien est-ce un ermite médiéval échappé là... Il y a aussi Inge, passionnée par Clairvaux  ; son ami et amant le médecin de campagne, seul héritier de Saint-Bernard peut-être  ; il y a Amandine, pauvre mais riche d'envies.
    Tous cherchent un horizon, une échappatoire, un peu de sens et de pureté dans un monde sali, chiffré, abaissé... 
    Avec grâce, talent, et une infinie connaissance du coeur humain, Daniel Rondeau nous offre cette France dont on ne parle pas- rond-point ou cul-de-sac, aux paysages inoubliables et aux strates d'Histoire portées par la terre. A la suite de Mécaniques du chaos où il avait raconté les friches urbaines d'une France déboussolée, Arrière-pays est le grand roman d'une France oubliée.

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