L'Eclat

  • Salomé(s) Nouv.

    Si la très jeune danseuse contorsionniste hante l'art et la peinture, depuis les descriptions priapiques d'Augustin ou de Jean Chrysostome, c'est au coeur du xixe siècle que Salomé entre de plein pied et en grande pompe dans la littérature, avec l'Hérodias de Flaubert, suivi par Huysmans, avant qu'à son tour Jules Laforgue s'en mêle et qu'Apollinaire, enfin, ferme le bal au début du nouveau siècle. Sont rassemblées ici quatre Salomé, auxquelles s'ajoutent deux notes de Gustave Moreau sur ces propres tableaux, qui laisse voir le mythe entier d'une fillette aux prises avec le pouvoir et la cruauté, et un cahier d'images en couleurs qui va de la Salomé en mosaïque de Venise aux Mangas. Préface de Patricia Farazzi.

    C'est Gustave Flaubert qui, en France, ouvre le bal des Salomés avec son Hérodias en 1877, presque en même temps que les Salomés de Gustave Moreau qui en donne les descriptions dans ses carnets (1876), avant que ne s'y collent Huysmans à la fois dans ses critiques d'art et dans A rebours (1884) ou Jules Lafforgue (1877). Apollinaire ferme le bal en 1902 avec une Salomé mourante, dont la tête flotte sur un lac gelé de Nicopolis du Pont, où elle fut reine d'Arménie mineure.

  • De 1956 à 1973 la Tunisie a perdu la quasi-totalité de sa population juive, qui a émigré en France ou ailleurs. Ce livre, paru une première fois en 1983, raconte sous une forme romancée le drame de cet exil, tel qu'il a pu être vécu par des personnages aussi improbables qu'Alma Alba, détentrice malgré elle de la clé de la dernière maison juive, ou Judith, fillette égarée entre Tunis et Belleville où la communauté s'est installée à son arrivée en France. Il s'agissait de raconter le mythe de cet exil, à travers des personnages symboliques et de rappeler de quoi était faite la vie de cette population (coutumes, langages, histoires) et ce qu'elle a pu endurer, contrainte qu'elle était à un exil sans retour. L'auteur, quant à lui, apparaît masqué au fil des pages, mais ne la ramène pas trop.

    Michel Valensi (Tunis, 1956) est (aussi) éditeur. Avant de créer les éditions de l'éclat en 1985, il a exercé différents métiers: rangeur de fiches au CNRS, agitateur de négatifs photo dans une chambre noire, cuisinier, tubiste, violoncelliste, barman, chanteur, deuguiste en Sciences des Textes et des Documents (qui n'est pas un métier). Il a publié avec Patricia Farazzi une correspondance en 2020, Lettres du chemin de pierre. L'empreinte a été son premier roman, mais pas son dernier.

  • enfant de demain, si ton rêve exhume nos corps - des mains qui se tendent avec force vers des visages de chiffons jaunes -, étouffe étrangle la gorge du rêve et enfouis dans la cendre tes larmes. car notre foi est devenue oiseau de proie.Cette anthologie du poète Avrom Sutzkever, a été confiée à Rachel Ertel, dont on connaît l'engagement pour le yiddish et le grand sens poétique des traductions. Son oeuvre qui traverse le siècle est porteuse d'un extraordinaire espoir en la poésie qui, en plusieurs occasions, lui a sauvé la vie. Tous ses ouvrages y sont représentés et si une grande partie est consacrée au ghetto et à sa résistance, l'ensemble résonne au-delà de l'engagement politique. On peut parler d'un véritable engagement poétique qui aura raison des drames de notre sombre XXe siècle.

    La vie et l'oeuvre d'Avrom Sutzkever sont exemplaires à plus d'un titre. Né en 1913, il s'installe à Wilno en 1923 et rejoindra l'avant-garde poétique de la Jeune Wilno. Enfermé dans le Ghetto, il prendra une part active à la résistance et témoignera au procès de Nuremberg. Il fut actif au sein de la Brigade de papier qui cachait des milliers de livres qui furent retrouvés après la guerre. Après un séjour en Union soviétique, il s'installe en Israël en 1947 et y vivra jusqu'à sa mort en 2010.

  • Dans la société juive, la coutume est le résultat de pratiques quotidiennes et de discussions rabbiniques accumulées au fil du temps. Comme l'écrit le Talmud: la coutume efface la loi. Elle devient alors la règle d'autorité pour la collectivité. De nombreux Livres des coutumes furent publiés entre le 14e et le 17e siècle et celui de Guenzburg, paru à Venise en 1589, a été rédigé en yiddish. Il est ici traduit pour la première fois et présenté par Jean Baumgarten : Quelle est la place de la coutume dans une communauté contrainte à se déplacer pour échapper aux persécutions? 1) Qui seraient aujourd'hui les auteurs de sifrei ha-minhagim d'un judaïsme en situation de crise dans la diaspora et en Israel ? C'est l'originalité de ce livre qui mêle érudition et interrogation existentielle.

    Jean Baumgarten (CNRS) est spécialiste du monde ashkénaze et du hassidisme et il est l'auteur chez Albin Michel de Histoire d'une langue errante, 2002; La Naissance du hassidisme, 2006; Le Baal Shem Tov, 2020. Il a publié à l'éclat en 2018: La Légende de Yosef della Reina, et co-écrit (avec Patricia Farazzi) la Vie imaginée de Shimon guenzburg, Éditeur typographe du xvie siècle, à partir de sa correspondance avec tirzah adelkind, jeune fille vénitienne, qui paraît en même temps que ce livre.

  • La traduction du Livre des Coutumes de Shimon Guenzburg nous fait découvrir un personnage riche en couleurs et qui a fait partie des ces individus qui, contre vents et marées, a permis que survive grâce au livre un judaïsme en proie à l'exil et aux persécutions et une langue: le yiddish. Qu'est-ce qui fait qu'en temps de crise, des individus se consacrent à coucher sur le papier les coutumes d'une communauté qui risque de disparaître? On sait peu de choses de ce Guenzburg, mais son action est d'importance. Comment la raconter? Sous la forme d'un échange imaginaire de lettres entre lui et une jeune fille vénitienne curieuse et facétieuse, Baumgarten et Farazzi ont voulu en écrire une vie imaginée et décrire ce qu'a pu être l'effervescence de l'imprimerie en hébreu à Venise au XVIe siècle.

    Patricia Farazzi est l'auteur de plusieurs livres aux Editions de l'éclat, qu'elle a contribué à fonder. Elle a publié récemment deux ouvrages en forme épistolaire (comme cette vie imaginée de Shimon Guenzburg): Bandes passantes (2019) avec Raphael Valensi; Lettres du chemin de pierre (2020) avec Michel ValensiJean Baumgarten (CNRS) est spécialiste du monde juif ashkénaze et du hassidisme et signe ici un premier texte de fiction qui accompagne son livre Des coutumes qui font vivre.

  • Le même livre, dans la tradition des correspondances qui, en leur temps, firent circuler la pensée, redonne la vie à l'échange, et veut signifier à l'aveuglement contemporain que Juifs et Arabes sont issus d'un même Livre, qu'ensemble, ils en ont perpétué la mémoire, et qu'ensemble ils doivent reprendre la plume pour couvrir - d'une même encre - les pages encore blanches de leur histoire. En cela, Abdelkebir Khatibi et Jacques Hassoun ont réussi un dialogue qui inaugure et ne se fonde pas seulement sur ce qui les lie aujourd'hui, mais sur ce qui - depuis toujours - les regarde et les comprend... le livre même.

  • Ce volume rassemble les interventions de la ­soirée consacrée au livre de Benjamin Fondane, Lévy-Bruhl ou le métaphysicien malgré lui (L'éclat, 2019), qui s'est tenue au MAHJ, en décembre 2019, dans un Paris presque complètement paralysé par la grève. La richesse des interventions, l'importance de la question traitée, ce "coup de théâtre", ébranlant nos idées reçues, auquel se livre, malgré lui, Lucien Lévy-Bruhl dans son analyse de la « pensée pré-logique » et que Fondane fait aboutir à la fois sur les logiques nouvelles et sur le Pentateuque, nous a incité à leur donner une forme de papier et d'encre, souhaitant qu'elle permette aux lecteurs d'approfondir une question qui concerne toute la philosophie. Les contributions sont suivies de la retranscription d'un carnet inédit de Fondane.

  • Enfant prodige né en Lituanie en 1855, Getzl Sélikovitch est envoyé à Paris où il étudie les langues sémitiques et l'égyptologie et entame un parcours hors du commun qui le conduira en Afrique, Italie, Grèce et Turquie. Assistant de Gaston Maspero, il part au Caire avec un bourse, participe à une mission militaire au Soudan, est mêlé à un assassinat politique qui faillit provoquer une guerre entre la France et la Grande Bretagne, et émigre aux USA (où il meurt en 1926), étant désormais persona non grata dans l'université française. Ses Mémoires, parurent dans la presse yiddish américaine et nous font découvrir une personnalité hors du commun, comme l'intelligentsia du premier XXe siècle pouvait encore en compter, mêlant une extraordinaire érudition et un goût immodéré de l'aventure.

    Professeur de langue et de littérature hébraïques, Paul B. Fenton est directeur-adjoint de l'UFR d'études arabes et hébraïques à la Sorbonne. Spécialiste de la littérature judéo-arabe, il est l'auteur de plusieurs études et monographies relatives à la culture juive en terre d'islam.Dans ces Mémoires, traduits du yiddish, il nous présente la période française de Getzl Sélikovitch, un aventurier peu banal d'origine litvak, qui fut, comme son traducteur, arabisant, hébraïsant et yiddishisant.

  • La lumière de l'intellect dont nous donnons une édition du texte hébreu et une traduction enrichie de 1800 notes, est un livre d'une très grande complexité, mais qui pourrait être résumé ainsi : L'influx divin instruit l'homme de ce qu'est le monde dans sa totalité à travers le langage sous tous ses aspects: lettres de l'alphabet (formes, ordres, permutations, combinaisons, etc.) signes des voyelles (durée, sonorité, place etc.), grammaire, syntaxe, temps des verbes. En pénétrant les secrets d'une langue, on parvient par des jeux de langage et d'écriture à comprendre le fonctionnement des planètes, à connaître les secrets du divin, à comprendre les mystères de l'homme. Mais cette connaissance ne peut s'acquérir qu'à la lumière de l'intellect et la seule foi aveugle n'est bonne à rien.

    Abraham Aboulafia (1240-1292?) est un cabaliste espagnol du 13e siècle. Son oeuvre n'a été publiée en hébreu que récemment mais ses écrits ont été recopiés par des générations de disciples. Il en existe des versions latines lues par Pic de la Mirandole. Sa vie ne manque pas d'anecdotes dont la plus célèbre est sa visite au Pape Nicolas pour lui demander de cesser de persécuter les juifs. Le jour de son arrivée à Rome, on lui annonce que dans la nuit le pape est mort, ce qui le sauve du bûcher.

  • Dans un traité de droit talmudique écrit en Languedoc au XIIe siècle, Abraham Ben David de Posquières (l'actuel Vauvert), pose la question du désir et du rapport amoureux dans des termes que ne désapprouverait pas la sensibilité contemporaine. En fondant l'authenticité de ce rapport sur l'intention, il esquisse une philosophie du couple visant à préserver la personne dans l'être désiré, à éviter de l'instrumentaliser à des fins de jouissance égoïste. Au point que l'on pourrait dire qu'il n'y a pas de rapport « sexuel » dans le rapport amoureux... L'interprétation que Shmuel Trigano donne du dernier chapitre du Livre des maîtres de l'âme dévoile un paysage insoupçonné dans l'univers médiéval de la Loi juive, où l'on sent le frémissement de la Kabbale provençale naissante.

    Depuis Le récit de la disparue (Gallimard, 1977) jusqu'à Le judaïsme et l'esprit du monde (Grasset, 2015) Shmuel Trigano (1948) est l'auteur d'une oeuvre abondante qui interroge l'existence juive. Il a dirigé plusieurs revues - Pardès, Controverses - et a fondé l'Université populaire du judaïsme qui dispense un enseignement gratuit sur internet autour des grands thèmes du judaïsme.

  • En suivant pas à pas la biographie de Friedrich Nietzsche, Jean-Luc Bourgeois illustre le quotidien d'un homme hors du commun, avec des citations de l'oeuvre elle-même, tirées de la correspondance, des écrits posthumes et des livres publiés. C'est un Nietzsche par lui-même qui est donné à lire, enrichi par des commentaires de l'auteur, et par une description du contexte de ces événements biographiques, comme de celui dans lesquelles ils se déploient, documentés par les correspondances de tous ceux qui, de près ou de loin, ont côtoyé l'homme. On suit ainsi Nietzsche pas à pas, de la prime enfance à l'homme posthume, se laissant guider par l'extraordinaire vigueur de ses écrits (intimes ou publics) et redécouvrant un homme et une oeuvre dont les commentaires n'épuisent jamais la grandeur.

    Musicien, philosophe, écrivain, musicologue, et scénariste, Jean-Luc Bourgeois (1947) s'est intéressé à Nietzsche il y a plus de quarante ans et a réalisé - outre des travaux universitaires sur l'homme et l'oeuvre, un documentaire sur les écrits musicaux de Nietzsche. Il a publié récemment un livre aux éditions Van Dieren, La mesure des vents, sorte de voyage initiatique autour du chef d'orchestre Ernst Ansermet et de l'archipel des Acores, battu par les vents. Il vit et travaille à Lausanne.

  • «Tant qu'il ne fut pas possible aux chercheurs d'accéder à l'ensemble des manuscrits de Nietzsche, on savait seulement de façon vague que La Volonté de puissance n'existait pas comme telle », écrivaient G. Deleuze et M. Foucault dans l'«Introduction» aux OEuvres complètes de Nietzsche, établies par Giorgio Colli et Mazzino Montinari publiées en France par Gallimard.
    Sous le titre La Volonté de puissance n'existe pas, nous avons rassemblé quatre essais de Montinari, portant sur la question de ce faux-livre. Alors qu'en reparaissent régulièrement d'anciennes éditions, ces essais viennent rappeler aux "oublieux" qu'un travail de vingt années a permis de lire enfin le contenu des manuscrits de Nietzsche et de prendre connaissance, entre autres choses, de ce qu'il n'a pas écrit.

    Mazzino Montinari (1928-1986) fut, avec Giorgio Colli, l'éditeur des oeuvres complètes de Nietzsche dans leur version allemande, qui servit ensuite aux différentes traductions françaises, anglaises, italiennes...
    Paolo D'Iorio (ENS) est responsable éditorial de Nietzsche Source, qui publie l'édition critique des oeuvres de Nietzsche ainsi que l'édition en fac-similé de ses manuscrits. Il co-dirige l'édition des OEuvres philologiques aux Belles-Lettres et a participé au volume I de la Pléiade.

  • L'architecture mobile est le premier essai de Yona Friedman, paru en 1958 et tiré à une dizaine exemplaires destinés à des architectes, dont Le Corbusier. Il fut réédité ensuite en 1961, 1963, 1968, enrichi à chaque fois de textes et dessins nouveaux jusqu'à l'édition de 1970, paru chez Casterman dont on a pu dire qu'elle constituait "le plus important manifeste de l'architecture moderne depuis la Chartre d'Athènes de Le Corbusier" (Michel Ragon). Notre édition rassemble tous les textes des différentes éditions et permet d'en suivre l'évolution et d'en identifier les strates. Yona Friedman, qui a fêté ses 96 ans en juin 2019, souhaite apporter quelques commentaires du XXIe siècle, à ce livre ancien, mais dont la richesse conceptuelle n'a pas encore été comprise à sa juste mesure.

    Architecte, artiste, penseur, Yona Friedman est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages consacrés à l'architecture, l'écologie, le langage, diffusant une pensée à la croisée des chemins. À une époque où les questions d'urbanisme, de mobilité, de mondialisation et de migration deviennent prépondérantes, il a inventé plusieurs concepts visionnaires, de plus en plus actuels aujourd'hui: la ville spatiale, l'architecture mobile, l'utopie réalisable, l'autoplanification. En juin 2018 il a eu 96 ans

  • Ces Lettres ont été écrites au printemps 2020 avant et pendant le confinement. Elles ont été échangées d'une bicoque à l'autre distantes de quelques centaines de mètres que l'on parcourt sur un chemin de pierres. Tout autour: le maquis hostile. L'idée de cette correspondance nous est venue après plus d'une année passée à l'écart de bien des choses pour concentrer notre attention sur les souvenirs et les amitiés lointaines, qui nous ont accompagné tout le temps de ce confinement volontaire, et qui nous a semblé le frein d'urgence indispensable à l'usage que nous pensions faire de nos vies. Les événements nous ont rejoints dans cet isolement et l'ont rendu contraint, obligatoire, si bien que les lettres ont pris aussi un autre tour, sans pour autant nous détourner de notre projet de départ.

    Patricia Farazzi, écrivain et traductrice a publié plusieurs livres aux Editions de l'éclat qu'elle a contribué à fonder avec Michel Valensi. Son dernier livre, Bandes passantes, était également une correspondance avec son fils Raphael Valensi, musicien qui vit à Montréal.
    Michel Valensi est éditeur et dirige les Éditions de l'éclat depuis sa fondation en 1985. Il a publié en 1983 un roman aux éditions Salammbô (Tunis), L'empreinte.

  • Vous avez un chien se présente sous la forme d'une bande dessinée qui met en scène un/e chien/ne et son/sa maître/sse. C'est un manuel d'éducation pour tous ceux qui vivent avec des animaux domestiques ou d'autres êtres vivants. Ecrit par Balkis Berger-Dobermann, qui partageait la vie des Friedman, Vous avez un chien aurait pu s'intituler « Comment dresser ses maîtres», mais l'auteur a préféré s'en tenir à un titre plus « général » et moins « anthropomorphe ».

    Vous avez un chien est aussi un livre pour ceux qui ont des chats, des canaris, des poissons rouges. Il énonce selon des principes simples «comment vivre avec les autres, sans être maître, ni esclave» pour reprendre le titre d'un autre ouvrage de Friedman.

    Yona Friedman est né à Budapest le 5 juin 1923. Il commence des études d'architecture à Budapest en 1943 qu'il achèvera au Technion de Haïfa en Israël en 1948. C'est là qu'il fait l'expérience d'une architecture nouvelle, pensée avec les habitants eux-mêmes. Il vit et travaille à Paris depuis 1957. Aux éditions de l'éclat ont paru (ou reparu) la plupart de ses livres (anciens et plus récents).
    Sa disparition a été annoncée le 21 février 2020 sur son compte Instagram.

  • Spécialiste du judaïsme maghrébin dans lequel il est né, Jacques Taïeb (1932-2011) a consacré de nombreux travaux à mieux faire connaître la destinée de ces communautés, prises dans la tourmente de l'Histoire, balancées entre les langues et les appartenances sociales et politiques, et qui contribuèrent largement à dessiner les contours d'une méditerranée plurielle, balayée par les grands exodes qui ont suivi les décolonisations. Disparu en 2011, ses collègues et amis ont voulu lui rendre hommage à l'occasion d'une journée d'études organisée par la Société d'Histoire des Juifs de Tunisie, dont il fut le co-fondateur, et en partenariat avec l'Alliance israélite universelle et la Société des Études Juives aux travaux desquelles il collabora régulièrement. Se dessine alors, à travers ce volume, un "être juif au Maghreb" tel qu'il a pu s'élaborer au cours des vingt-quatre siècles de présence des Juifs sur les terres qui vont de la Cyrénaïque (l'actuelle Lybie) aux rives chérifiennes de l'Atlantique.

  • Günther Anders, Hannah Arendt, Hans Jonas, Emmanuel Levinas, Karl Löwith, Herbert Marcuse, Leo Strauss, Eric Weil ... Non sans quelque paradoxe, la philosophie sociale, politique, métaphysique de l'après-guerre a été largement représentée par des penseurs allemands ou formés en Allemagne, qui avaient la particularité d'avoir été des étudiants de Martin Heidegger et d'être en même temps d'origine juive. Ce volume, issu d'un colloque international tenu à Paris en 2012, a voulu les penser ensemble pour la première fois et étudier sur quel fond historique et intellectuel cette double spécificité a été possible. Quelle dette chacun d'entre eux a-t-il pu contracter à l'égard de ce maître commun et quelle distance ont-ils pu prendre (ou ne pas prendre) par rapport à lui après la Seconde Guerre mondiale ? Un double questionnement qui permettra d'écrire une nouvelle page de la philosophie ­allemande, qui pourrait bien être aussi une page de la philosophie juive au XXe siècle.

  • D'Ignaz Goldziher, admis à la grande université Al-Azhar du Caire, à Hermann Vambéry qui, déguisé en derviche, gagna Samarkande à pied, à la recherche des origines ouzbèkes ­supposées de la langue hongroise, les savants juifs des XIXe et XXe siècles eurent un rapport privilégié avec l'Orient, entendu comme l'espace dans lequel s'est déployée la culture arabo-musulmane, mais qui désigne aussi l'ensemble des pays extérieurs à la loi chrétienne, comme en attestent les travaux des indianistes Sylvain Lévi ou Theodor Benfey. « Passeurs d'Orients », donc, ils participent activement d'un mouvement fondateur d'une science nouvelle, originellement philologique, mais aussi science des religions, que les clivages du second XXe siècle auront tôt fait de qualifier de "colonialiste", quand il s'est agi, surtout, d'en dégager la dimension singulière, au regard d'un Occident désorienté. À travers les plus grandes figures de l'orientalisme, le volume, issu en partie d'un colloque qui eut lieu au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme de Paris en 2012, retrace l'histoire et les implications de cette relation particulière et en dénoue les malentendus idéologiques et politiques.

  • Berlin naît au XIIIe siècle, en même temps que s'y installent les premiers Juifs. Sept siècles de présence au cours desquels la communauté juive s'inscrit dans le paysage de la ville au point de faire corps avec elle, jusqu'à l'avènement du nazisme. Pourtant, dès l'après-guerre, c'est à Berlin (Est et Ouest) que reviennent quelques Juifs allemands, et c'est à Berlin qu'émigre une grande partie des Juifs de Russie après 1989. C'est encore à Berlin que séjournent nombre de jeunes israéliens qui font le choix d'un nouvel exode. Comment expliquer cet attachement à la ville? Que dire de cette « relation d'amour et de désespoir » qui lie les Juifs à Berlin? Comment comprendre l'aura dont jouit cette ville, par-delà les générations, par-delà l'histoire, par-delà les ineffaçables souffrances? Les études de ce volume tentent d'y répondre en interrogeant l'architecture et l'urbanisme, la littérature et la musique, la pensée et l'histoire.

  • La question des «Lois mémorielles» renvoie à celle, plus englobante, de la mémoire elle-même et de notre responsabilité à l'égard de l'Histoire. Elle remet au premier plan l'injonction biblique: Zakhor ! «souviens-toi». Qu'en est-il du "devoir" de mémoire ? Comment et pourquoi rapporter à une question morale une problématique qui fonde notre capacité à comprendre et à faire notre Histoire ? N'est-ce pas aller trop loin que de déclarer que «notre siècle a inventé le devoir de mémoire» quand il semble à chaque instant amnésique de ce qui l'a constitué ?

  • Se définissant lui-même, dans une lettre inédite à son ami Claude Roy , «juif ... non pratiquant... non croyant ... français par l'état civil ... par la culture ... par les sentiments ... marxiste ... communiste ... anti-impérialiste ... tunisologue ... "patriote tunisien"... enraciné dans sa terre natale...», Paul Sebag (Tunis 1919-Paris 2004) reste indissociablement lié à l'histoire de la Tunisie, depuis ses premiers travaux de sociologue dans les années 1950, jusqu'à ses plus récentes publications historiques autour du judaïsme tunisien et de la ville de Tunis à partir de 1990. Son action en faveur de l'indépendance lui fera prendre part à l'organisation de la nouvelle université tunisienne, et tout particulièrement du département de sociologie, où il enseignera jusqu'en 1977, date de son arrivée à Paris. Ce volume collectif à l'initiative de la Société d'Histoire des Juifs de Tunisie se veut un hommage à la fois à l'homme "au simple sourire", au professeur rigoureux et à l'infatigable érudit qui a marqué durablement plusieurs générations de chercheurs et d'étudiants.

  • «Une étrange et magique rencontre...» C'est ainsi qu'Amedeo Bertolo définit dans son introduction la convergence - entre la fin du XIXe et la moitié du XXe siècle - de deux traditions que l'on aurait tendance à considérer comme étrangères l'une à l'autre. Mais il suffit d'évoquer les noms de Bernard Lazare, de Gustav Landauer, de Franz Kafka, de Gershom Scholem, d'Emma Goldman et de tant d'autres pour prendre conscience à la fois de la réalité complexe d'une telle rencontre, mais aussi de sa richesse, qui a influencé durablement à la fois le mouvement ouvrier international, les expériences communautaires en Argentine, aux Etats-Unis ou en Israël, mais également, en retour, le judaïsme moderne, ouvrant la voie à ce qu'il convient d'appeler sa version "laïque". Ce volume, issu d'un colloque tenu à Venise en 2000, retrace l'histoire de cet "anarcho-judaïsme" ou "judéo-anarchisme", de ses figures emblématiques et des débats qu'il a suscités, notamment lors de la création de l'État d'Israël, autour de la question du nationalisme.

  • Depuis la parution de Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal en 1963, la notion centrale du livre de Hannah Arendt a fait l'objet de très nombreuses polémiques et discussions, dont quelques pièces sont données ici en appendice. Mais aujourd'hui, cinquante ans après le procès Eichmann, des historiens, des analystes, des écrivains et des philosophes engagent un débat posthume avec l'auteur du « rapport », autour des destins de cette « banalité du mal », qui a certes permis de méditer les écrits et les dires des exécuteurs et des victimes, mais n'a pas évité la banalisation problématique des bourreaux, transformant des criminels exterminateurs en « hommes ordinaires ». Demeure ainsi la question de savoir comment la banalisation de la « banalité du mal » a pu jouer contre le sens de la formule d'Arendt, et dans quelle mesure elle n'a pas provoqué, à son tour, d'autres «maux de la banalité » dans le regard de nos contemporains sur l'Histoire.

  • André Neher (1914-1987) fut l'une des grandes figures du judaïsme français d'après-guerre, et son oeuvre abondante, comme son engagement, marquèrent durablement des générations de lecteurs. Depuis ses travaux sur la prophétie (Amos, chez Vrin) ou l'Ecclésiaste (Notes sur Qohélét, chez Minuit) en 1950, ou encore sur le silence de Dieu après Auschwitz (L'Exil de la parole, au Seuil), dans les années 70, Neher a renouvelé le questionnement juif de la modernité et a contribué pour une grande part à une renaissance des études juives en France. Ce volume collectif, qui contient un inédit de Neher, devrait permettre de remettre à l'honneur un grand penseur du judaïsme, doublé d'un véritable écrivain. Il rassemble un choix de communications prononcées lors de différents colloques sur l'oeuvre de Neher, ainsi qu'un inédit du philosophe italien, Massimo Cacciari.

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