Lux Éditeur

  • L'habitude des ruines Nouv.

    «Malgré tout, il faut bien écrire et persister. Redire la nécessité de préserver notre patrimoine bâti et notre patrimoine paysager, ces balises de notre mémoire extérieure qui irriguent notre mémoire intérieure. Dans cette éternelle province jalonnée de rivières et de clairières, de boisés et de chemins de traverse, de maisons tranquilles, de lieux de peines et de labeurs, il faut ruser toujours mieux pour résister aux attaques avalantes et aplanissantes des promoteurs qui ne pensent qu'à engloutir l'espace et le bien commun pour leur propre profit.

    Il le faut, car tous ces lieux de ressouvenance dont on ne parlera bientôt plus, tous ces lieux sont à la base de ce que Jacques Ferron appelle notre orientation, cette conscience aigue du temps et de l'espace qui nous protège de l'aliénation.»

    Avec L'habitude des ruines, Marie-Hélène Voyer signe un texte magnifique sur le rapport trouble du Québec au temps et à l'espace. Elle y parle de nos démolitions en série, de notre manière d'habiter ce territoire en nous berçant trop souvent d'images empruntées. Elle pose ainsi une question fondamentale: peut-on bâtir ce pays sans le détruire et sans verser dans l'insignifiance? Son essai offre un plaidoyer pour ces lieux modestes qui forment l'ordinaire de nos vies et qui dessinent les refuges de nos espoirs et de nos solidarités.

  • Les fascistes americains - la droite chretienne a l'assaut d Nouv.

    Il y a une quarantaine d'années, lorsque des télévangélistes américains - tels Pat Robertson - se sont mis à hurler sur les ondes que les États-Unis deviendraient une nation et un empire chrétien, les esprits cultivés souriaient. Ce langage passait alors pour du racolage commercial, de l'esbroufe ou des coups de gueule sans conséquence. Aujourd'hui, l'influence politique de la droite radicale évangélique est devenue incontestable aux États-Unis. Près d'un tiers des Américains y adhèrent, à divers degrés. Elle possède des écoles, des journaux et des radios. Ses membres ont largement soutenu Donald Trump, et ils ne sont pas étrangers à l'assaut du Capitole de janvier 2021. Son langage autoritaire et ses appels à la domination totale ne sauraient donc plus passer pour des hyperboles.

  • La liberte ou rien : contre l'etat, le capitalisme et le patriarcat Nouv.

    Regroupant le plus grand nombre de textes d'Emma Goldman traduits en français, cette anthologie compose un vibrant plaidoyer en faveur du syndicalisme révolutionnaire, de l'athéisme et de l'égalité entre les sexes, ainsi qu'une charge implacable contre le patriotisme et le puritanisme. Emma Goldman y prend entre autres la défense de la pédagogie anti-autoritaire de Francisco Ferrer, elle critique sévèrement le pouvoir bolchevique en Russie et s'en prend au système carcéral, preuve d'un échec social collectif.

  • La peur du peuple : agoraphobie et agoraphilie politiques Nouv.

    Zapatistes, Indignés, Occupy, Printemps érable et Gilets jaunes. Alors que certains érigent ces mouvements populaires en idéal de la démocratie directe, d'autres n'y voient que des mobilisations certes sympathiques mais insignifiantes, quand ils ne tentent pas de les discréditer en les associant à la violence.

    S'appuyant sur une grande diversité d'expériences des pratiques démocratiques d'hier et d'aujourd'hui, y compris hors de l'Occident, Francis Dupuis-Déri propose une réflexion inspirée et critique. Ce récit de la lutte historique entre agoraphobie et agoraphilie, entre la haine et l'amour de la démocratie directe, offre une analyse approfondie des arguments et des manoeuvres des deux camps et du rapport délicat entre le peuple assemblé à l'agora pour délibérer (le dêmos) et celui qui descend dans la rue (la plèbe).

    D'abord paru en 2016, cet ouvrage à la fois original et provocateur est d'autant plus stimulant qu'il se situe à la croisée des chemins de la philosophie politique, de l'anthropologie et de la sociologie.

  • Lettres a une noire - recit antillais Nouv.

    Dans la France des années 1960, des jeunes filles et des femmes débarquent par centaines des Antilles pour être placées comme domestiques dans les demeures de familles bourgeoises et blanches.
    Françoise Ega, arrivée à Marseille au milieu des années 1950 depuis la Martinique, s'emploie comme femme de ménage pour témoigner de cette exploitation crasse. Elle consigne cette expérience dans un journal de résistance quotidienne, émouvant et saisissant de réalisme, qui remonte à l'histoire impériale française et aux origines de la division sexuelle et raciale du travail. Tout à la fois chronique du refus de l'aliénation, enquête sociale, histoire intime et manifeste politique, ce texte est une contribution essentielle aux réflexions actuelles sur les rapports de classe, de genre et de race.

  • Rassurez-vous, ce livre n'a pas pour but de vous inviter à vous repentir afin d'empêcher la fin du monde. Tout au plus, s'agit-il de l'orienter dans sa chute. Je ne suis pas écologiste pour sauver une espèce qui mérite de mourir. Je le suis pour empêcher que les riches oligarques s'en sortent confortablement sur le dos des vulnérables, des minorités, des punks et des prostituées sur le coin des rues qui ne survivront pas à la montée des océans parce qu'ils ne savent pas flotter.

  • Depuis la conception vitaliste de l'« économie animale » en biologie et le travail spécifiquement philosophique de Sigmund Freud, l'« économie psychique » désigne les tensions qui s'observent entre l'affirmation pulsionnelle et les impératifs sociaux, moraux et anthropologiques qui s'interposent pour la censurer. Or, les structures sociales qui, jusqu'à il y a peu, assuraient encore l'organisation de la personne et le refoulement des pulsions ont disparu. Nous sommes désormais contraints de trouver en nous-mêmes d'autres modalités d'organisation, et l'ancienne personnalité qui se sentait perpétuellement en dette envers la société a cédé la place à un individu qui tend à croire que tout lui est dû. Alain Deneault décrit cette évolution de l'économie psychique qui, bien qu'étrangère aux sciences économiques, a été récupérée par ces dernières et par leurs domaines régionaux que sont le marketing et le management.

  • Dans le mode de vie impérial qui est le nôtre, à ce stade avancé du capitalisme marqué par l'impératif de la croissance, les moindres détails du quotidien, la construction de notre identité comme société et comme individus, tout repose sur la constitution d'un ailleurs où nos entreprises exploitent la force de travail comme elles ne peuvent le faire ici, et où nous faisons disparaître nos déchets et fructifier nos surplus.

    Cette dynamique impériale est alimentée au quotidien par mille désirs anodins : l'acquisition d'un véhicule neuf grâce au crédit facile, la consommation de fruits et de légumes exotiques ou hors-saison, l'achat d'un ordinateur plus performant. Des habitudes qui ne sont plus l'apanage des pays dits « développés », mais que les pays non occidentaux adoptent aussi, accélérant et exacerbant à leur tour les inégalités et l'externalisation des conséquences écologiques et sociales de cette logique dévastatrice. L'humanité et la biosphère atteignent aujourd'hui leurs limites et ne pourront bientôt plus fournir l'ailleurs qui nous permet de maintenir ce train de vie à l'origine des crises écologique, économique et politique. Les tentatives de remédier à ces crises pour préserver ce mode de vie se multiplient, mais n'est-ce pas ce dernier qui pose justement problème ?

  • Qui sommes-nous ? Que pouvons-nous savoir ? Que nous est-il permis d'espérer ? En réfléchissant à ces trois questions classiques, Noam Chomsky présente dans cet essai un tour d'horizon de l'ensemble de sa pensée.

    Revenant sur sa conception du langage et de l'esprit, puis de la société et de la politique, il conclut son brillant exposé par un plaidoyer pour ce qu'il appelle le « socialisme libertaire », qu'il lie à l'anarchisme et aux idées de John Dewey, ainsi qu'à certaines des convictions de Marx et de Mill.

  • Voici le pays qui fascine Pierre Perrault, celui du quotidien des humbles, des pecheurs de Tete-a-la-Baleine, des chasseurs de loups-marins de L'Anse-Tabatiere, de ce peuple nomade que sont les Innus, encore nommes Montagnais au temps ou il rédige une première version de ces pages, au début des années 1960, c'est-à-dire à l'heure où il va bientôt tourner ce chef-d'oeuvre du cinéma documentaire qu'est Pour la suite du monde.

    Perrault parcourt le fleuve Saint-Laurent, sur les ailes d'une esthetique bien a lui, jusqu'à Blanc-Sablon et Sept-Iles, la ou les fragments de terre dissemines au milieu des eaux sont si nombreux que Jacques Cartier, dans ses récits de voyage, les a baptises «toutes isles». Toutes isles compte parmi les livres les plus importants de l'oeuvre foisonnante de Pierre Perrault. Peu de temps avant sa mort, il travaillait à une ultime version, publiée ici pour la première fois telle qu'il l'avait envisagée.

  • Si nous voulons ébranler, voire abolir, les structures capitalistes qui menacent aujourd'hui toute vie sur la planète, Noam Chomsky et Marv Waterstone affirment avec force qu'il faut commencer par réévaluer les outils que nous utilisons pour interpréter le monde. C'est ce qu'ils démontrent dans ce livre tiré d'un cours qu'ils ont donné ensemble à l'université de l'Arizona, en faisant ressortir les liens souvent imperceptibles entre la fabrique du sens commun et le pouvoir. Cet ouvrage didactique et incisif est une véritable leçon d'autodéfense contre l'hégémonie contemporaine, le réalisme capitaliste.

  • Le paradigme hégélien de la reconnaissance, admirablement critiqué par Frantz Fanon dans l'oeuvre phare à laquelle ce livre rend hommage, est aujourd'hui évoqué, sous sa forme libérale, dans les débats entourant l'autodétermination des peuples colonisés, notamment les peuples autochtones d'Amérique du Nord. Politologue et militant, membre de la Nation dénée du Nord-Ouest du Canada, l'auteur reprend ici la critique fanonienne et démontre en quoi cette reconnaissance ne fait que consolider la domination coloniale.

    Cet ouvrage de théorie politique engagée appelle à rebâtir et redéployer les pratiques culturelles des peuples colonisés sur la base de l'autoreconnaissance, seule voie vers une réelle décolonisation. Penseur marxiste, Coulthard sait que le marxisme ne peut s'appliquer tel quel à la lutte des Autochtones, mais il en souligne la contribution potentielle et signe ici un véritable traité de combat décolonial et anticapitaliste.

  • Cet ouvrage aborde le néolibéralisme sur le terrain qui, dès ses origines, fut le sien : le choix de la guerre civile en vue de réaliser le projet d'une pure société de marché. Une guerre de domination polymorphe qui sait parfois se doter des moyens de la coercition militaire et policière, mais qui se confond souvent avec l'exercice du pouvoir gouvernemental et qui se mène dans et par les institutions de l'État.

    De Hayek à Thatcher et Pinochet, de Mises à Trump et Bolsonaro et de Lippmann à Biden et Macron, le néolibéralisme a pris et prend des formes diverses selon ce que commandent les circonstances. Et ce qui apparaît, dans cette perspective stratégique, c'est l'histoire d'une logique dogmatique implacable qui ne regarde pas aux moyens employés pour affaiblir et, si possible, écraser ses ennemis.

  • De novembre 1975 à octobre 1976, Serge Bouchard a voyagé avec des camionneurs dans le Nord-Ouest québécois. Son but : étudier et observer leur travail pour en faire le sujet de sa thèse de doctorat. Serge Bouchard et Mark Fortier ont transformé la matière de cette recherche ethnographique unique en un portrait vivant et pénétrant du monde des routiers.

    Il y est question de mouvement, de routes et de béton, mais aussi des célèbres « truck stops » où domine le personnage de la « waitress », de marginalité, d'infini, de solitude, d'accidents et, surtout, du plaisir d'être camionneur. Le regard de Serge Bouchard transforme la machine et son chauffeur en véritables personnages. Chacun a son histoire, ses cicatrices, son usure, sa musique. On peut parler comme un camion, avec une grosse voix tranquille, de la même manière que les conteurs innus savent parler comme un ours.

    Ce livre nous entraîne bien au-delà des routes du Nord à l'époque des grands chantiers de la Baie-James. Il nous parle des mystères de la vie, de la liberté et de la création.

  • Il est courant aujourd'hui d'opposer les Arabes aux Juifs et les musulmans aux juifs. Depuis des décennies, Ella Shohat déplace les paradigmes, et notamment cette opposition trop souvent commodément naturalisée et instrumentalisée qui nie les stratifications de l'histoire.

    Shohat déplie tout ce qui relie les « deux 1492 » (la Reconquista et la « découverte » des Amériques), les petites et grandes ruptures coloniales et la mise en récit des passés juifs dans les espaces musulmans après la partition de 1948 en Israël/Palestine. Elle élabore une pensée des figures juives arabes, notamment à partir du fait constitué par les descendants juifs des sujets colonisés dans les espaces arabo-musulmans. Penser les juifs arabes, c'est dire la perte de mondes, mais aussi la traversée des frontières. Shohat montre ce qui rapproche des géographies humaines et des champs de recherche habituellement maintenus séparés.

    Contextualisés par une introduction et une préface, les quatre textes de ce recueil illustrent le rôle fondateur de Shohat dans le champ des études juives arabes/mizrahies. L'autrice y redéfinit l'exil, la diaspora et le retour dans une perspective qui révèle des paysages complexes d'appartenance.

  • Ce qui fascine dans l'histoire de l'éjaculation féminine, explique Stephanie Haerdle, c'est d'y découvrir que dans plusieurs cultures, et à plusieurs époques, elle était non seulement une expression parfaitement évidente de la sexualité, mais était révérée. Ce qui soulève une question tout aussi passionnante : pourquoi, à partir du XIXe siècle, l'éjaculation féminine a-t-elle été sans cesse ignorée, honnie ou reléguée au domaine du « fantasme sexuel masculin » ?

    De l'ère préchrétienne à aujourd'hui, des traités érotiques de la Chine ancienne aux mouvements féministes de la troisième vague, en passant par l'Inde de Vatsyayana et la Vienne de Freud, l'histoire culturelle et politique de l'éjaculation féminine compose un portrait étonnant et remarquable de la sexualité. Fruit d'une vingtaine d'années de recherche, ce minutieux travail interroge la nature politique de la biologie humaine, offre des perspectives critiques originales sur la médecine occidentale, dominée par les hommes, et rappelle en quoi le sexe de la femme est un champ de bataille.

  • S'il y a toujours eu des mensonges dans le discours public, ceux-ci occupent aujourd'hui un nouvel espace, notamment à la faveur des réseaux sociaux. La volonté de contrôler les outils l'emporte de plus en plus sur une réflexion de fond quant à l'effacement des frontières qui séparent le mensonge de la vérité. On tend à organiser la surveillance d'internet au risque de réduire les libertés de tous, alors qu'il faudrait rechercher les racines d'une confusion essentiellement politique et philosophique.

    La classe dirigeante n'hésite pas à instrumentaliser la lutte contre les fake news pour se maintenir au pouvoir. Elle cherche ainsi à faire oublier sa responsabilité dans l'installation du mensonge au coeur de la vie publique et dans l'avènement d'un monde où il importe surtout de mieux mentir que l'adversaire. Ce dévoiement de la politique transforme encore plus l'électeur en spectateur et impose des formes de vérités indiscutables, voire une vérité officielle.

    Pour reconstituer l'espace public démocratique, il devient impératif de réaffirmer la place de l'humain en tant qu'être pensant capable d'exercer sa faculté de jugement.

  • Pierre Vadeboncoeur et Pierre Elliott Trudeau ont été d'inséparables copains de l'école primaire jusqu'à l'université, pour ensuite devenir collaborateurs à la revue Cité libre et camarades de luttes contre le duplessisme. Cette bonne entente a duré jusqu'à ce qu'ils s'affrontent dans les années 1960 sur l'avenir de la nation québécoise. L'un étant souverainiste et socialiste, l'autre, le fédéraliste que l'on connaît. Pourtant, l'affection qui les liait ne s'est jamais démentie, la véritable amitié s'éprouvant bien plus dans la possibilité d'un désaccord que dans le confort des affinités faciles.

    La correspondance rassemblée dans ce livre, dont plusieurs lettres couvrent la période des années 1940 et 1950, donne à voir une grande amitié tout en documentant un pan entier de notre histoire.

  • Samir Shaheen-Hussain, partant de sa propre expérience de pédiatre, mène dans cet essai une enquête sur le rôle de l'establishment médical dans le déracinement, la colonisation et le génocide des peuples autochtones. Il jette ainsi un éclairage nouveau sur le racisme systémique dont ceux-ci souffrent dans le système de santé canadien.

    S'appuyant sur des études gouvernementales et historiques, des reportages, des rapports d'enquêtes publiques ainsi que sa participation à la commission Viens en 2018, l'auteur documente la violence médicale infligée aux enfants autochtones et leurs familles. Il accorde une attention particulière à la pratique qui interdisait systématiquement l'accompagnement parental lors d'évacuations aéromédicales pédiatriques, laquelle affectait de façon disproportionnée les peuples autochtones. Il prend comme étude de cas la campagne « Tiens ma main », lancée par des membres du personnel de la santé en janvier 2018, qui a réussi à mettre fin à cette règle cruelle de l'État québécois.

    Plus aucun enfant autochtone arraché mélange habilement l'essai critique et analytique, le récit de première main et le retour historique sur des périodes peu reluisantes de l'histoire des relations entre les divers palliers de gouvernement au Canada et les peuples autochtones. L'auteur y lance cet appel : il est impératif d'éliminer les impacts structurels des politiques racistes et coloniales sur les déterminants sociaux de la santé, de décoloniser la pratique médicale et de soutenir les luttes d'autodétermination des peuples autochtones. Il s'agit de conditions préalables essentielles à toute réconciliation authentique.

  • «Le journalisme mène à tout, proclamait un jour M. Prud'homme. L'auteur de ces lignes a pu vérifier tout à son goût l'exactitude de cette parole. [...] Le journalisme l'a même conduit un jour en prison pour son compte personnel. Charmant souvenir, dont il demande la permission d'entretenir un moment le lecteur.»

    En mai 1909, Jules Fournier publie dans Le Nationaliste un article vitriolique intitulé «La prostitution de la justice». Le jeune polémiste y accuse de partialité François Langelier et François-Xavier Lemieux, deux anciens organisateurs du Parti libéral devenus juges. Outré par le texte, le premier ministre du Québec Lomer Gouin ordonne que Jules Fournier soit traduit en justice. Le 12 juin, dans une salle comble de la ville de Québec, le journaliste comparait devant nul autre que François Langelier! Ce dernier aura tôt fait de le condamner à trois mois de détention.

    Le temps passé à l'ombre lui inspire Souvenirs de prison, publié en 1910, véritable pamphlet dirigé contre le régime en place, mais aussi contre la situation faite aux détenus à la vieille prison de Québec. Avec sa verve rageuse, son humour mordant et sa dérision cinglante, ce récit est un document unique dans les annales de l'histoire du Québec.

  • Que signifie être «indépendant», dans le monde du livre? De qui l'éditeur et le libraire sont-ils indépendants et, surtout, à quelles fins? Quelle «édition indépendante» peut constituer un modèle économique viable? Et que nous apprennent les remous qui l'agitent sur les formes contemporaines de contrôle de la parole et l'amenuisement sournois de l'espace démocratique?

    Dans le sillage d'analyses comme celle d'André Schiffrin et à partir d'exemples tirés du Québec et de la France, ces réflexions décrivent un monde du livre toujours plus menacé par les conglomérats médiatiques et les géants du web, mais où, paradoxalement, s'épanouit une édition indépendante foisonnante. Dans ce contexte, il devient urgent de clarifier cette notion pour qu'éditeurs et libraires puissent, ensemble, continuer de diffuser des formes et des idées radicales : l'indépendance doit être le fruit d'une réflexion commune et d'une quête collective, car à quoi bon être indépendant tout seul?

  • En 1995, internet n'existe pas, Jacques Parizeau lance sa fameuse phrase à la suite de la défaite référendaire et Lux Éditeur publie son premier ouvrage. C'est également l'année où le film culte La haine prend l'affiche et marquera les esprit avec sa réplique d'ouverture: «C'est l'histoire d'un homme qui tombe d'un immeuble de cinquante étages. Le mec, au fur et à mesure de sa chute, se répète sans cesse pour se rassurer: "Jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien." L'important, c'est pas la chute, c'est l'atterrissage.»

  • Le 25 mai 2020, George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, meurt sous le poids d'un policier blanc lors d'une arrestation à Minneapolis. Sa mort suscite l'indignation de l'opinion publique partout dans le monde et relance le mouvement Black Lives Matter.

    Le 5 juin suivant, Christian Rioux, correspondant de longue date du Devoir à Paris, signe un texte intitulé « Tous Américains ? », republié deux jours plus tard dans le Courrier international. C'est la première d'une série de six chroniques polémiques sur le mouvement antiraciste. Il joint ainsi sa voix à la constellation des chroniqueurs de France et du Québec qui n'ont pas hésité à exploiter la mort de George Floyd pour mieux déployer leurs armes contre leurs cibles habituelles : le politiquement correct, les « racialistes », les vendus à la cause de l'impérialisme américain, le multiculturalisme.

    Dans cet essai à mi-chemin entre la lettre et la réflexion critique, l'historien Jean-Pierre Le Glaunec déboulonne le discours conservateur des chroniques floydiennes de Christian Rioux. Il pose surtout cette question, décisive en démocratie : jusqu'où est-il permis de tordre les faits historiques afin d'honorer nos convictions politiques ?

    Ce livre appelle un choix : le bruit et la haine ou la compassion et la compréhension.

  • Qui, en dehors d'Haïti, a déjà entendu parler de la bataille de Vertières, point d'aboutissement de la guerre d'indépendance haïtienne? Qui sait que cet affrontement s'est soldé, en 1803, par l'une des pires défaites napoléoniennes? Que les Noirs s'y réclamaient des idéaux de la Révolution? Pourtant, cette bataille aurait dû faire date: son issue, désastreuse pour la puissance coloniale française, allait fissurer de manière irrémédiable les assises de l'esclavage.

    Dans cet ouvrage, Jean-Pierre Le Glaunec décrit la violence inouïe de cette guerre entre maîtres et anciens esclaves, entre les forces des généraux Leclerc et Rochambeau et l'armée, dite «indigène», de Jean-Jacques Dessalines. Il interroge le sens de son occultation par l'historiographie française, mais aussi le rapport trouble que l'élite du pouvoir haïtienne entretient avec sa mémoire, symbole d'émancipation parfois encombrant pour qui désire maintenir les populations asservies.

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