Mercure de France

  • Le garçon magnifique Nouv.

    Naila prend la main de Ty et il se serre contre elle en silence, comme toujours, puisqu'à quatre ans, il ne parle toujours pas... Pour une raison qui échappe à Claire, ils échangent un grand sourire. Des garnements ces deux-là, songe-t-elle. Comme frère et soeur.
    Comment s'attendre à ce qu'ils comprennent la menace de la guerre ? Qu'ils vivent leurs derniers moments ensemble ?
    "Dix minutes, dit-elle à Naila. Emmène-le jouer juste dix minutes de plus."
    Et se prenant par la main, Naila et Ty s'éclipsent en sautillant dans le soleil.

    Mais Claire ne reverra pas son fils, son garçon magnifique, dans dix minutes. Ni dans plusieurs heures, ou semaines, ou mois. Naila, treize ans à peine, qui est chargée de veiller sur lui, le kidnappe, incapable d'envisager d'en être séparée.
    Nous sommes en 1942, dans les îles Adaman, au coeur du golfe du Bengale et les Japonais arrivent. Il faut évacuer en hâte les Anglais - dont Ty et sa mère - et laisser sur place Naila, qui est une ' native '. C'est dans la jungle, à l'intérieure de la plus grande île, au sein d'une tribu très primitive, que celle-ci va se réfugier avec l'enfant, qui va connaître là une vie extraordinaire. Mais jusqu'où peut aller une mère qui veut retrouver son fils ?

  • La muse ténébreuse de Charles Baudelaire Nouv.

    Pour la postérité, le nom de Jeanne Duval reste lié à celui de Charles Baudelaire. Apprentie comédienne ou fille de joie, muse ou diablesse, qui était vraiment celle qui traversa la brève existence du poète, enchanta sa plume et le plongea dans les tourments de l'amour et de la passion ? Qui était Jeanne Duval, venue des îles d'Amérique ou de l'océan Indien, ou peut-être du pays des Maures, et qui fit découvrir à Baudelaire un monde insoupçonné de sensualité et d'exotisme ? Un monde encore plus singulier que celui offert par le chanvre indien et l'opium dont l'auteur des Fleurs du mal faisait une consommation déraisonnable...
    C'est cette passion torride, délétère et sublime que nous raconte Raphaël Confiant dans un roman foisonnant émaillé de vers célèbres. Des pavés parisiens de l'île Saint-Louis jusqu'aux îles Mascareignes, en passant par Saint-Domingue devenue Haïti, et la Belgique, sa plume alerte nous entraîne sur les traces du poète français, auprès duquel évoluent tous les grands artistes de ce XIXe siècle flamboyant, Nadar, Dumas, Lamartine, Flaubert, Manet, Delacroix, Nerval, Gautier, et bien d'autres...

  • Alice et les autres Nouv.

    Madame Morin mène une existence paisible entre son mari Guy et ses trois enfants qu'elle élève avec fierté. C'est une mère de famille aimante. Pourtant, se pourrait-il qu'elle mène d'autres vies ? Atteinte d'un trouble dissociatif depuis ses quinze ans, elle est en proie à plusieurs personnalités distinctes qui prennent tour à tour le contrôle de sa vie.
    En quelques secondes, elle se métamorphose en Betty, Alice et les autres, dont elle ne conserve aucun souvenir. Des séjours répétitifs en clinique psychiatrique lui permettent de se mettre à l'abri. La fascination de son thérapeute suffira-t-elle à la protéger contre elle-même ?
    Dans un jeu de miroir qui parle du double, Vinciane Moeschler nous entraîne dans les profondeurs de la folie humaine. Si Norman Bates, mythique figure de Psychose, n'est pas loin, c'est aussi une formidable histoire d'amour qui nous est contée ici.

  • Parle tout bas Nouv.

    Je ne pouvais plus échapper à mon histoire, sa vérité que j'avais trop longtemps différée. J'avais attendu non pas le bon moment, mais que ce ne soit plus le moment. Peine perdue. La mienne était toujours là, silencieuse, sans aucune douleur, elle exigeait d'être dite. J'ai espéré un déclenchement involontaire qui viendrait de cette peur surmontée d'elle-même. La peur n'est pas partie mais les mots sont revenus.

    En 2005, la narratrice a dix-neuf ans quand elle est victime d'un viol dans une forêt. Plainte, enquête, dépositions, interrogatoires : faute d'indices probants et de piste tangible, l'affaire est classée sans suite. Douze ans après les faits, à la faveur d'autres enquêtes, un suspect est identifié : cette fois, il y aura bien un procès.
    Depuis, la narratrice a continué à vivre et à aimer : elle est mère d'une petite fille et attend un deuxième enfant.
    Aujourd'hui, en se penchant sur son passé, elle comprend qu'elle tient enfin la possibilité de dépasser cette histoire et d'être en paix avec elle-même
    Elsa Fottorino livre ici un roman sobre et bouleversant, intime et universel, qui dit sans fard le quotidien des victimes et la complexité de leurs sentiments.

  • Une femme remarquable Nouv.

    Ma grand-mère a beau se transformer en personnage de roman, elle a néanmoins traversé les aventures que je lui prête. Les faits sont là. Le reste est en mon pouvoir, je me glisse dans le coeur de Mime qui se soigne avec les mots. Les femmes de ma famille sont infirmières ou institutrices, elles ont foi en l'utilité de leur métier. Éducation et santé : les deux ressources d'un pays qui va de Dunkerque à Tamanrasset.

    1925. Dans l'écho joyeux des Années folles, Mime et Marius sont jeunes et amoureux. Ils ont tout pour être heureux. Très vite, Henri vient au monde, puis Simone. Lorsque la petite fille meurt brutalement, le couple est terrassé. La douleur hantera Mime toute son existence. Mais en dépit du chagrin, elle avancera coûte que coûte, traversant les années quarante, les aléas de son mariage, les rêves entrevus, et cette guerre mondiale qui jusqu'en Algérie saccage, épuise, affame.
    Fresque des années trente aux années cinquante, le roman de Sophie Avon raconte une Algérie lumineuse et l'itinéraire d'une femme forte, figure émouvante d'une mythologie familiale.

  • Manger avec piero/le risotto a la fraise Nouv.

    Il se trouve qu'un été on a l'envie de voir les fresques de Piero della Francesca en Toscane, il se trouve qu'on les voit à l'heure du déjeuner et que cette coïncidence fait se frotter ce que l'on voit et ce que l'on mange ainsi que la mémoire de déjeuners amoureux.
    Ce Manger avec Piero est suivi d'un Risotto à la fraise dont la vanité réveille la simplicité des risotti de l'enfance, ceux de la grand-mère de la narratrice, grand-mère italienne émigrée en France dans une petite ville industrielle de Savoie.

  • Amours Nouv.

    Amours

    Paul Léautaud

    "Mes souvenirs, en effet, s'arrêtent là, de ce grand jour où je fis avec Jeanne, et pour la première fois, l'amour pour de bon. Ce n'est même pas la peine que je me fatigue à chercher. Je revois ce corps d'un rose pâle, ces seins pleins et durs, ce visage brillant d'ardeur, d'autres beautés encore plus intéressantes..."

  • La maison d'alexina Nouv.

    Dans les années 60, cinq jeunes adolescents se retrouvent en marge du système scolaire à cause de leur histoire familiale. Ils sont mis en classe de rattrapage chez Monsieur Raffin, instituteur lui-même déchu de la hiérarchie de l'Éducation nationale. Il est malade, plus ou moins alcoolique, et tente en vain de les faire parler.
    À la mort de Monsieur Raffin, les cinq enfants sont envoyés en province chez une institutrice psychothérapeute, Alexina. Grâce à l'écoute et à la patience d'Alexina, leur situation va petit à petit s'améliorer. Non sans difficultés, avec des larmes et des cris de révolte, chacun va pouvoir dire son histoire personnelle.
    Sans mélodrame ni misérabilisme, Mehdi Charef, grâce à un langage simple et direct - celui des enfants -, réussit à nous émouvoir et à nous faire comprendre ce monde du silence. Il nous fait ainsi partager la formidable vitalité de ces enfants et leur message d'amour.

  • Chutes de pluie fine Nouv.

    'Mes bagages à peine déposés dans l'une de ces chambres d'hôtel où les sommeils humains se mélangent, ce sont les rues et leurs passants qui me réclament. Je marche à l'aventure, peu soucieux des itinéraires. Un carnet m'accompagne. De vol ou de route, il enregistre. Il retient les phrases de mes pas. La douceur de l'air sur la peau. Ou les méandres compliqués de l'amour et de la pensée. Toutes les villes voyagent dans mon corps.
    En route vers les lointains, je cherche le plus proche. Quelques averses de pluie fine dans l'intervalle... Des chutes de ciel, des chutes de signes : ma table d'écriture et d'orientation.'
    Jean-Michel Maulpoix.

  • In memoriam Nouv.

    In memoriam

    Paul Léautaud

    « Je veux en faire un bon emploi aujourd'hui, en parlant un peu de mon père et en racontant sa mort. Ce sera une occasion de me distraire, quinze ou vingt soirées, en comptant les flâneries, et d'écrire de nouvelles pages sur mes souvenirs d'enfance. Ils sont si vivants en moi, ces souvenirs, et il me faut si peu de chose pour me redonner tout entier à eux. »

  • Le livre de lydia - comment lire dans les cartes sans en connaitre la signification et sans avoir a Nouv.

    Tirer les cartes, se tirer les cartes... C'est un rite divinatoire impressionnant. C'est aussi un agréable passe-temps, un fascinant jeu de société auquel vous vous livreriez volontiers si vous en connaissiez les règles.
    Le Livre de Lydia vous épargnera tout apprentissage puisqu'il contient un répertoire méthodique de toutes les significations liées aux cartes, un vocabulaire complet qui vous permettra d'emblée de comprendre leur langage prophétique.
    Un jeu ordinaire de trente-deux cartes vous suffira. Lydia enseigne plusieurs manières de les tirer. Vous pourrez, à tout moment, sans aucune préparation, interroger l'avenir, poser toutes les questions qui vous préoccuperont. Ce livre contient une réponse pour chacune d'elles. Très vite il deviendra pour vous l'ami indispensable, dont vous apprécierez les conseils... et l'humour.

  • "Pieds nus derrière ce mur
    tu guettes le crissement d'un caillou
    le bruissement d'une herbe

    noix vide le monde secoué par tes appels
    les ombres retournent leurs poches
    elles n'ont rien subtilisé
    ne peuvent rien pour celui qui a tourné au gel
    tu sais que tu es dans un lieu fait de strates superposées
    que ta douleur n'en est pas une
    que ton immobilité n'est pas oisiveté mais attente
    d'événement
    tu cherches une fissure pour engouffrer le peu que tu es
    tu aurais porté ton corps sur ton dos comme un sac de charbonsi tu le savais"

  • Sous un tonnerre d'applaudissement, Lydia quitte la scène, chargée de bouquets, dont l'un uniquement d'orchidées, fleur de prédilection de Diaghilev. Il n'a inscrit qu'un mot sur la carte épinglée à la gerbe : Bravissima ! Elle lève les yeux vers sa loge et le salue, avec Serge Lifar, son partenaire dans cette entreprise triomphale de L'Oiseau de feu. Et elle aperçoit Maynard qui applaudit avec tant de frénésie que ses mains en paraissent floues...

    ...Maynard Keynes, son mari, le célèbre économiste, dont les gouvernements britannique, américain et même soviétique s'arrache les conseils, et qui, à quarante ans passé, est tombé amoureux fou de la danseuse étoile des Ballets Russes, lui qui n'avait connu jusque-là que des liaisons homosexuelles. Et elle, la belle Lydia Lopkova, qui a dix ans dansait Casse-Noisette devant le tsar Nicolas II, devenue une star au fil d'une carrière professionnelle et amoureuse mouvementée.
    Leur liaison improbable, puis leur mariage, inattendu, à Londres en 1925, stupéfia et émut l'Angleterre, en particulier leurs amis du fameux Groupe de Bloomsbury, dont Virginia Woolf, qui commença par s'y opposer... Voici leur histoire.

  • Mères de famille comparant les mérites de leurs nounous respectives ; parents ouverts à la mixité sociale mais ayant fait le choix de l'enseignement catholique pour leur progéniture ; jeune épouse ne sachant pas comment parler à sa femme de ménage ; trentenaire dévouée à la carrière de son mari redoutant le désoeuvrement...
    Les personnages de femmes peuplant le recueil d'Astrid Eliard ont en commun d'appartenir à une même classe sociale, la bourgeoisie. Néo-bobos d'aujourd'hui, de vieille tradition française, ou parvenues récentes, tour à tour ridicules ou attachantes.
    Renouant avec le ton doux-amer de son premier recueil de nouvelles, Nuits de noces, Astrid Éliard croque ses personnages avec une tendre ironie, souligne leurs tics sans jamais les juger et propose une galerie de portraits hauts en couleurs.

  • Tu as passé du temps dans un monde inconnu, peuplé de certitudes incongrues, monstrueuses, désorganisées et pourtant limpides, brutales et intraitables. Un monde dont tu as cru sans douter qu'il était réel, imposant, et dont la réalité fait mal à en crever. C'est arrivé. C'est aussi simple que ça, c'est arrivé. Après ça, tu vas changer, on change forcément après un voyage pareil, et puis le regard des autres sur toi va changer, ce n'est pas pareil d'avoir été folle ou de ne jamais avoir été folle.

    Suzanne Reinhold est psychiatre : la maladie mentale, elle connaît bien, très bien même, mais chez les autres, ses patients. De la même façon, le ' syndrome de Cotard ' lui était familier, une forme grave de mélancolie délirante. Rien ne laissait présager que Suzanne passerait de l'autre côté et vivrait la folie, et plus encore la ferait vivre à ses proches.
    L'intime étrangère est le récit bouleversant de cette traversée radicale. Mise à nue, exploratrice de sa propre renaissance, elle restitue avec force ce voyage à peine croyable. Femme, mère, compagne, il lui faut retrouver sa place, par delà des semaines de traitement, d'hospitalisation, les électrochocs, et les rencontres inattendues et précieuses.

  • Cette première nuit dans le lit de Kåre, Sigrid s'est sentie plus étrangère que jamais... Puis elle a repensé à cette fille perdue dans la forêt et retrouvée uniquement parce qu'elle avait utilisé la lumière de son téléphone portable pour signaler sa présence. Il ne lui restait qu'un peu de batterie, juste assez pour éclairer l'écran et quand un hélicoptère a atteint enfin l'endroit où elle se trouvait en patientant tranquillement, elle l'a fait clignoter... Voilà, se dit alors Sigrid, c'est exactement ce que je vais faire : patienter, clignoter, survivre...

    Parce qu'elle vient d'être quittée par Magnus qu'elle aime mais qui est tombé amoureux d'Elida, qui, elle, n'a jamais oublié Viggo, Sigrid entame une relation chaotique avec Kåre, tout récemment séparé de Wanda, qu'il n'arrive pas à oublier. Trine quant à elle a été plaquée par Knut.
    Quant à Robert, il aime Linnea, qui, elle, pense à Gran sachant qu'il ne quittera jamais sa femme pour elle...Ainsi va la ronde des rencontres, et des amours et des désamours, entre Norvège, Danemark et Suède avec un crochet par Prague où chacune, chacun tente plus ou moins patiemment de trouver sa vraie place et de survivre. Seulement voilà, les choses dérapent souvent...

  • À deux cents mètres du rivage, la troupe dispersée commença de plonger. Tête en avant, comme des cormorans. Un court instant les jambes s'agitaient hors de l'eau, puis les pieds offraient brièvement leur dessous clair, deux mouettes blanches qui s'ébrouent, avant de s'enfoncer et disparaître. Contempler de loin les allées et venues de leurs mamans au travail fascinait les fillettes. Yumi suivait des yeux les plongeuses qui refaisaient surface, une main brandissant, vertical, leur outil. Cette lame de fer terminée en crochet servait à attraper oursins et gastéropodes.

    Yumi vit sur l'île Toshijima, au Japon. Sa mère est une ama. Cette activité consiste à plonger en apnée en eaux profondes pour recueillir ormeaux, huîtres et autres coquillages très prisés des Japonais. Dévolu aux femmes selon une tradition millénaire, ce métier dangereux leur confère une aura indéniable. Sur les traces de sa mère, Yumi veut donc devenir une ama respectée.
    Bientôt, Yumi rencontre l'amour en la personne de Ryo, l'instituteur : le bonheur semble à sa portée. Hélas, la Seconde Guerre mondiale éclate, Ryo est mobilisé et disparaît... Yumi doit se résoudre au mariage arrangé avec Hajime.

    À travers le destin de Yumi et son initiation au métier d'ama, Cédric Morgan propose aussi un tableau du Japon et de ses traumatismes : le départ des hommes à la guerre, la reddition humiliante, les non-dits autour des bombes atomiques, et l'entrée dans une certaine ' modernité '.

  • À la naissance, le sexe biologique est la première chose qu'on voit. La première question que tout le monde pose. Il déterminera chaque choix auquel on procédera pour le bébé, avant qu'il puisse faire les siens - lui qui, avant même son premier souffle, son premier cri, concrétise tous les rêves de ses parents.
    Pourtant ces rêves varient, selon qu'il s'agit d'un fils ou d'une fille...

    Si c'est une fille ? Elle s'appelle Louise, elle est née dans le Maine en 1978. Elle a les cheveux roux et porte des lunettes. Ses meilleurs amis sont les jumeaux Allie et Benny. On espère qu'elle fera un jour un bon mariage...
    Et si c'est un garçon ? Il s'appelle Louis,il est né dans le Maine en 1978. Il a les cheveux roux et porte des lunettes. Ses meilleurs amis sont les jumeaux Allie et Benny. Il est l'héritier de l'usine de papier familiale...
    La même vie, vécue par un garçon ou par une fille, va-t-elle être vraiment identique ? Et la sociétén'aura-t-elle pas son mot à dire - pas toujours tendre - dès qu'il s'agira d'un genre ou de l'autre ?

  • Un dimanche matin, Seymour découvre sur son paillasson une enveloppe contenant une offre étrange. Selon des instructions précises dictées par un certain Gordji, mi-marchand d'art mi-escroc cocaïné, il doit se rendre à Genève pour assister à une vente aux enchères et y acquérir trentetrois lots, trente-trois inestimables tableaux d'art moderne mis en vente par la famille Wittgenstein. Seymour plonge à corps perdu dans cette mission.
    Le voilà donc parti pour la Suisse. Enchérissant sans limites, Seymour rafle les oeuvres et laisse l'assistance sans voix. Les toiles entreposées dans le port franc de Genève doivent ensuite être expédiées à New York. Mais le seront-elles vraiment ? Car Seymour est imprévisible, il s'affranchit peu à peu de son commanditaire et semble vouloir le doubler.
    À quoi joue Seymour, cet anonyme aussi méticuleux qu'effacé qui se retrouve désormais poursuivi par des mafieux, qui séduit des inconnues et détourne des toiles de maîtres ?

    Pour son quatrième livre, Manuel Benguigui nous entraîne dans un étonnant roman aux allures de polar cynique, où il interroge subtilement les jeux de rôle qui font la vie sociale.

  • « Contrairement aux apparences, je suis plutôt un homme sauvage, fleurs, papillons, arbres, îles. Ma vie est dans les marais, les vignes, les vagues. Qu'importe ici qui dit je. Écrire à la main, nager dans l'encre bleue, voir le liquide s'écouler sont des expériences fondamentales. Je vis à la limite d'une réserve d'oiseaux, mouettes rieuses, goélands, faucons, sternes, bécasseaux, canards colverts, hérons. Ah être un oiseau ! Dans la maison, tous les matins, je laisse Richter jouer Haydn, on pourrait l'écouter sans cesse, ré mineur, concert public de Mantoue, notes vives et détachées, j'aime le futur immédiat, je ne crains pas la répétition, jeu enfantin, cercle qui ne va nulle part, on écrit toujours pour une voix disait Beckett, pas de voix, pas de notes ni de mots. Le bonheur est possible. Je répète. Le bonheur est possible. »

    Il y a de la magie dans la vie et dans l'oeuvre de Philippe Sollers, écrivain, éditeur, critique, solitaire, paradoxal, et merveilleux visionnaire. Une magie née de sa passion pour la littérature, la poésie, la nature et la musique, pour la rencontre amoureuse, pour l'art du secret et de l'intime. Philippe Sollers, en agent secret ? Tel est le pari de ce singulier et bouleversant autoportrait.

  • "L'insaisissable m'a donné la clef du monde."
    De sable et de neige, ou l'art de vivre l'instant. Une splendide fresque pour célébrer la beauté des choses et la puissance de leur silence, de la Grande Dune d'Arcachon et la lumière du Cap Ferret jusqu'à la ville de Kyoto sous la neige, un 31 décembre. Les vagues venant rythmer le récit, comme si l'océan était le résumé de la vie, avec sa dimension tragique, inséparable du sentiment de joie et d'harmonie qu'il sait donner.
    Chantal Thomas poursuit ici son voyage dans l'intimité de la mémoire, à travers une langue d'élégance et de grâce, pour exprimer les sensations les plus fugitives et les plus essentielles dont nous sommes tissés. Et pour dire le lien d'amour entre une fille et son père : sa force d'absolu.

  • Il y avait le marché où papa et moi allions acheter le beurre danois. La motte jaune, crantée par la coupe, évoquait un gratte-ciel tronqué plus que les vertes prairies danoises. La saveur alliait l'onctuosité de l'herbe tendre à la fraîcheur des ruisselets. En face du marché, il y avait une quincaillerie, bric-à-brac d'objets singuliers, et dans la vitrine un ourson tout brun au poil ras, avec deux grands yeux en boutons. Je le désirais en silence. Un dimanche après la messe, mon père entra dans la boutique. En sortant, il me déposa le Teddy tout nu dans les bras.

    Lorsque Mme Lepire, dans sa maison de retraite, apprend que l'enquête concernant un certain Monsieur Roland Dilou, mort dans d'obscures circonstances cinquante ans auparavant, a été rouverte, c'est un choc. Et de se remémorer un passé lointain, resté trouble : des parents venus d'horizons diamétralement opposés (l'un wallon, l'autre flamand), une mère bipolaire, un père effacé mais adoré et, en effet, ce fameux Roland Dilou, psychiatre, de plus en plus présent au sein même de la cellule familiale... Qui était-il et que faisait-il réellement chez eux ? Peu à peu les pièces du puzzle se mettent en place et Mme Lepire entrevoit une réalité longtemps occultée.

    Avec une écriture tout en retenue, le premier roman de Michèle Terdiman évoque avec beaucoup de justesse et d'émotion la folie ordinaire, la transmission et les secrets de famille.

  • Si je pense à elle ou prononce son nom, les premières images à surgir sont des clips : c'est elle qui danse, c'est elle à la platine dans le salon-navire, c'est elle à un concert, jamais loin de la scène, ou dans une boîte de nuit, jamais loin des enceintes. Elle danse, la sueur irise sa peau, elle a toujours une mèche de cheveux qui lui barre le front ou se colle à ses tempes, parfois une boucle plus longue descend jusqu'à sa bouche, qu'elle écarte en riant, heureuse comme on peut l'être en dansant sur une musique qu'on aime, qui nous transporte, nous hisse au ciel sur des arcs électriques.

    À l'été 1984, le narrateur apprend la mort de sa meilleure amie des suites d'un viol. Ils ont vingt ans, vivent de l'air du temps et, quand ce temps s'interrompt brutalement, c'est le vertige, la révolte, puis un très long silence. Tournant le dos au sordide du crime, indifférent à l'enquête policière qui ravale l'être aimé au seul rang de victime, trois décennies plus tard l'ami devenu écrivain choisit de faire revivre une personnalité fascinante, libre et lumineuse, de sauver sa mémoire faute d'avoir pu lui sauver la vie.
    C'est le roman d'une amitié et d'un Paris à l'unisson que nous livre Gilles Leroy avec ce portrait d'une jeune femme que l'on aurait aimé connaître.

  • Les jours flottent autour de moi. Je ne sais pas comment m'y prendre, je n'ai prise sur rien. J'existe à la place d'un autre et cet autre est celui que j'étais avant. Je ne me retrouve pas, je me souviens seulement que je vais vivre. Pour le moment j'ai soif des garçons, d'idoles mouvantes, je ne pense qu'à ça, ils se substituent à la peur, ils transforment mes désordres, ils les rendent voluptueux, pendant ces minutes avec eux je dévisage la félicité, ils empêchent que je m'effondre. Je les quitte très vite, parfois je les vole, je ne m'attache à aucun.

    Après cinq années passées en prison à Nice, le narrateur saute dans un train de nuit pour retrouver Paris. Il a vingt ans, nous sommes en 1977. De Saint-Germain-des-Prés à la rue Sainte-Anne, du Sept au Palace, il accumule les amants et les amitiés improbables. Sa vie est brouillée et précise à la fois, il côtoie des garçons comme lui qui ne lui ressemblent pas tout à fait, des personnes célèbres aussi avec qui il entreprend des relations plus durables, parfois chaotiques. Le secret de son enfermement à Nice, dont il voudrait se décharger, court tout au long du récit et entrave la poursuite de son destin. Sa solitude est une force sensuelle et mélancolique, elle l'aidera finalement à grandir.

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