Plein Jour

  • 1884 : une année française Nouv.

    1884 est une année française typique. On pourrait le croire aujourd'hui, sauf que les personnages principaux de la chronique qu'en offre Vincent Wackenheim sont Zola, Ferry, Clemenceau...

    On parle des étrangers qui travaillent à bas coût et concurrencent nos produits. On invente des mots qui font fureur dans les salons où, si l'on est à la mode, c'est forcément que l'on est pschutt ou vlan. Le choléra venu de Chine frappe à Toulon, passe à Marseille et monte vers Paris. La province se méfie de la capitale, les commerçants se démoralisent, les touristes fuient. La France s'installe au Tonkin. On réfléchit à la possibilité d'autoriser le divorce.
    Mois après mois, Vincent Wackenheim raconte cette année qu'aucun événement marquant n'écrase. Il en suit l'actualité quotidienne, ne négligeant aucun fait, du plus ténu au plus important. Son étude, ayant volontairement mis de côté les sources académiques, se fonde sur une presse alors pléthorique, ce qui donne à sa reconstitution un naturel, une vivacité, une précision et un humour remarquables. Un temps revient et, en nous parlant directement, nous fait voir la pérennité des débats, du caractère, des moeurs de la France.

    Vincent Wackenheim est romancier. Il a publié entre autres La Revanche des otaries (Le Dilettante), Éloge de la première fois (Gallimard), des livres érudits et excentriques, Bestioles (L'Atelier contemporain).

  • Une enquête d'une ampleur inédite sur la prostitution enfantine en Allemagne, Grande-Bretagne et États-Unis.

    Ils s'appellent Cassie, Gaby, Annette, Rup... Ils ont entre 13 et 17 ans, et vivent aux États-Unis, en Allemagne, en Angleterre. Un jour leur famille leur a paru insupportable et ils ont fugué, puis, pour survivre, se sont prostitués. Ce sont des enfants.
    Gitta Sereny, avec son incomparable talent pour saisir la vérité d'une vie, leur fait raconter leurs histoires, rencontre leurs parents, leurs proxénètes, cherche à les aider.
    Cela se passe dans les années 1980 - il n'y a pas si longtemps. Une époque où des hommes, ici, dans notre partie du monde, pouvaient presque impunément avoir des relations sexuelles avec des mineurs, où la pornographie commençait à devenir un produit de consommation de masse.

    À travers ces portraits, Sereny tente de lutter contre cet état de fait. Certains de ces enfants ont été sauvés, d'autres non.

    Avec leur colère, leur ingéniosité, leur mauvaise foi, leur innocence, ils incarnent cette enfance qui, toujours avide de liberté et pressée de grandir, risque de tomber entre les mains de ceux qui veulent lui faire oublier qu'elle est aussi, et surtout, vulnérable.
    Gitta Sereny (1921-2012), journaliste et écrivaine britannique, est l'auteure de classiques de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, comme Au fond des ténèbres, sur Franz Stangl, le commandant de Treblinka, et d'Une si jolie petite fille, dont la traduction française a connu un grand succès critique et public en 2015. George Steiner écrivait d'elle : « C'est, sans conteste la plus brillante de nos journalistes d'investigation. »

  • Un document unique sur ce que représente le fait d'être l'enfant d'un des plus hauts dignitaires du IIIe Reich, dans une langue brutale.

    Voici un livre d'une violence extrême, dirigée contre un père, mais pas n'importe lequel : Hans Frank, ministre d'Hitler, puis gouverneur général de la Pologne occupée par les nazis - responsable, à ce titre, de la majeure partie des camps d'extermination -, pendu à Nuremberg.
    Niklas Frank, trop jeune à l'époque pour comprendre ce qui se passait, était cependant déjà habité par un sentiment d'amour/haine à l'égard d'un père dont il avait très vite décelé les mensonges. Plus tard, devenu adulte, il consacrera une grande partie de sa vie à travailler sur son histoire familiale dans le but d'établir la vérité sur les crimes de son père, largement niés par sa mère, ses proches et tous ceux qui ont gravité autour de lui.
    Cette tentative d'emblée vouée à l'échec de « comprendre » débouche sur une sorte de lettre au père, écrite dans une langue imaginative et brutale, qui s'attache à débusquer tous les faux-fuyants, tous les travestissements de la réalité. En creux, il s'agit aussi du portrait d'une enfance abusée, contrainte de participer à son insu à une entreprise d'anéantissement de l'être humain.

    À ce titre, c'est un témoignage historique de premier ordre à la fois sur la période nazie, sur l'occultation dont elle a été ultérieurement l'objet dans une partie de la société et de l'administration allemandes, et sur les ravages que provoquent les guerres et les crimes dans les générations suivantes.

    Niklas Frank est né en 1939. Journaliste au Stern pendant une grande partie de sa vie, il est aussi un des personnages important de Philippe Sands dans Retour à Lemberg et La Filière.
    « Un des livres les plus impressionnants que j'aie jamais lus. » - Philippe Sands

  • Baby farmer

    Amaury Da Cunha

    Minnie Dean est en Nouvelle-Zélande l'équivalent du croquemitaine, une héroïne de comptines qui fait peur aux enfants. Pour les adultes, elle a été, en 1896, l'unique femme condamnée à mort et pendue dans ce pays si éloigné de son Écosse natale.
    Elle était accusée d'avoir tué neuf enfants, que les mères, dans des situations précaires, mettaient en pension chez elle. Minnie Dean était une nourrice, ce qu'on appelait une baby farmer.
    Amaury Da Cunha, fasciné par ce personnage victorien, dont les larges jupes s'ébrouaient dans les paysages sauvages, arides ou luxuriants des antipodes, profite d'un séjour en Nouvelle-Zélande pour suivre ses traces, retrouver des documents d'époque, parler aux biographes, et observer la vivacité de son souvenir chez les habitants de l'île. Des coïncidences rythment son voyage, qui tissent le récit mystérieux d'une obsession nationale autant que personnelle. Tout le monde parle de Minnie, tout le monde a peur de Minnie, et personne cependant n'est totalement convaincu de sa culpabilité.
    Amaury da Cunha est né à Paris en 1976. Écrivain et photographe, il a publié deux textes d'inspiration poétique (Fond de l'oeil et Histoire souterraine, aux éditions du Rouergue) et des livres de photographie. Il est également journaliste au service photo du Monde.

  • Buczacz est une petite ville de Galicie (aujourd'hui en Ukraine). Pendant plus de 400 ans, des communautés diverses y ont vécu plus ou moins ensemble ; jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, qui a vu la disparition de toute sa population juive. En se concentrant sur ce seul lieu, étudié depuis l'avant-Première Guerre mondiale, Omer Bartov reconstitue une évolution polarisée par l'avènement des nationalismes polonais et ukrainien, et la lutte entre les deux communautés, tandis que l'antisémitisme s'accroît. À partir d'archives récoltées pendant plus de 20 ans, d'une documentation considérable, de journaux intimes, de rapports politiques, milliers d'archives rarement analysées jusqu'à aujourd'hui, il retrace le chemin précis qui a mené à la Shoah.
    Il renouvelle en profondeur notre regard sur les ressorts sociaux et intimes de la destruction des Juifs d'Europe.
    Omer Bartov est professeur d'histoire européenne à Brown University (États-Unis). Il est l'auteur de plusieurs livres importants, dont un seul, jusque-là, a été traduit en français (L'Armée d'Hitler, Hachette, 1999). Anatomie d'un génocide a été célébré par Jan Gross, Tom Segev, Christopher Browning, Saul Friedlander, Philip Sands...

  • Il est des dates qui marquent l'existence minuscule d'un enfant de 9 ans comme elles marquent l'existence de millions d'hommes.

    Le samedi 6 octobre 1973, un événement aujourd'hui oublié frappe les Français de stupeur : François Cevert, 29 ans, jeune surdoué du sport automobile, se tue sur le circuit de Watkins Glen, aux États-Unis. La France de Georges Pompidou, passionnée de progrès et d'automobile, est touchée au coeur.
    Le même jour un autre événement change la face du monde : à 14 heures locales, les armées syrienne et égyptienne lancent leur offensive contre Israël dans le Golan et le Sinaï - la guerre du Kippour commence.
    Quelques semaines plus tard, l'embargo sur le pétrole et le quadruplement des prix de l'essence enclencheront un processus que rien ne pourra arrêter : la crise et avec elle la fin des Trente Glorieuses.
    Au hasard des journaux, des livres, des émissions, des films qui ont marqué l'époque, réapparaissent Pierre Mesmer, Rabbi Jacob, Allende, le courrier du coeur de Elle, et l'admiration pour la vitesse et la modernité.
    C'est un portrait très personnel de la France de cette année 1973 que nous propose Xavier Charpentier, cet enfant de 9 ans qui n'a pas oublié la mort de François Cevert.
    Xavier Charpentier est diplômé de Science-Po. Après avoir enseigné la philosophie, il a créé et dirige une cabinet spécialisé dans les études communautaires, et la recherche de tendances. Il a publié Je me suis bien plu ici, aux éditions Plein Jour en 2015.


  • Cette oeuvre est tiré de l'histoire vraie de l'auteure.

    Quand Joanna Burger, une des plus grandes ornithologues contemporaines, professeur à l'université Rutgers, recueille Tiko, un perroquet de bientôt trente ans (ce qui est jeune pour les perroquets) elle est loin d'imaginer dans quelle histoire d'amour absolue elle se lance.
    Tout d'abord il lui faudra apprivoiser un animal farouche et méfiant, bouleversé par la mort de ses précédents propriétaires, puis vivre avec un oiseau, prodigieusement intelligent, au caractère soupe au lait, souvent drôle, parfois tyrannique, toujours généreux, et surtout amoureux.
    Tiko construit des nids pour Joanna et lui sous les commodes, Tiko chasse de la chambre conjugale Mike, le mari de Joanna, mais Tiko est aussi un être fidèle, profondément social, lié, comme il le serait dans la nature, à son groupe, Joanna, Mike, et quelques autres, qu'il protège avec courage envers et contre tout.
    Tissé, dans le récit de cette aventure, se trouvent également les découvertes passionnantes de Joanna Burger, la scientifique, - pas seulement sur les perroquets, mais sur les êtres humains.
    Joanna Burger est écoéthologiste, professeur émérite de biologie à l'université Rutgers, spécialiste du comportement animal et de leurs relations sociales.
    Elle travaille également sur les perturbateurs endocriniens et les conséquences de la pollution sur les animaux et l'environnement dans plusieurs comités du prestigieux National Research Council Committees.

  • Les bons profs

    Aymeric Patricot

    J'ai été un élève studieux jusqu'à l'absurde, malade de ses fiches et de ses résultats, jouant le jeu de la discipline jusqu'à s'oublier lui-même - un véritable cancre à l'envers.
    Maintenant je suis professeur et je ne conseillerai à personne d'adopter la même névrose. En revanche, j'essaie de réfléchir à ce que peut être un bon professeur aujourd'hui, c'est-à-dire à l'heure où la massification scolaire produit une pression inédite sur l'institution.
    Comment rester humain dans un système qui vous scrute et qui vous juge ? Comment donner du sens à un enseignement qui se réduit trop souvent à un catalogue de compétences ?
    Comment transmettre la sorte de flamme en quoi consiste, envers et contre tout, l'objet secret du métier ? A. P.
    Aymeric Patricot est né en 1975. Il est romancier, essayiste et professeur en classes préparatoires.
    Son enquête Les Petits Blancs (Plein Jour, 2013) a connu un vif succès critique et public.
    Il est également l'auteur de quatre romans, dont Azima la rouge (Flammarion, 2006) et J'ai entraîné mon peuple dans cette aventure (Anne Carrière, 2015).

  • Cécile Delarue, après avoir vécu neuf ans à Los Angeles, y avoir eu deux enfants, s'apprête à rentrer en France.
    Ce départ est un déchirement, mais aussi l'occasion de raconter son long séjour sur cette planète si éloignée de la nôtre : la Californie, Los Angeles, une ville disproportionnée où le conformisme social côtoie l'excentricité la plus échevelée, où l'assujettissement général à l'« industry » (le cinéma) rejoint la quête frénétique de la perfection à tous les échelons de la société.
    Cécile Delarue dresse, au fil de scènes de la vie quotidienne souvent burlesques, parfois mélancoliques, un portrait de cette côte ouest viscéralement anti-Trump reste quelque chose de l'idéal américain, mais rongé par le contrôle généralisé, l'angoisse de l'échec, le politiquement correct, l'aliénation au clinquant, les délires narcissiques ou les délires tout court.
    Et surtout la peur de la précarité et de la pauvreté, qui se répandent sur les collines d'Hollywood.
    Cécile Delarue est journaliste. Elle a publié son premier livre, Black-out. Les disparues de South Central, en 2018.

  • Arnys et moi

    Philippe Trétiack

    L'histoire d'Arnys, marque de vêtements masculins plébiscitée par les élites, de 1933 à 2012 reflète les évolutions de la société française.
    Créée par des émigrés juifs russes, elle a traversé l'Occupation, les Trente Glorieuses et les années 1980 avant d'être médiatisée par l'affaire Fillon. Lui-même issu de l'émigration juive, l'auteur croise cette épopée avec l'histoire de sa propre famille.

  • Ça peut sembler loin du sujet, de ce serial killer qui se permet de buter des femmes en pleine nuit sans jamais être trouvé pendant des décennies, de ces quatre, peut-être cinq, six autres tueurs en série qui agissent en même temps dans le même quartier de la ville, de cette centaine de femmes disparues à tout jamais et dont on ignore pour encore une grande partie d'entre elles ce qui a pu leur arriver, ou même qui les a tuées.
    Mais le racisme, la police, la violence, les émeutes, c'est au coeur de South Central. Et au coeur de cette histoire.
    L'histoire de ces parents qui doivent se contenter d'un seul passage des flics pour apprendre que leur fille est morte, et ne jamais en savoir davantage.

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