Presses Universitaires de Vincennes

  • Les articles de ce volume reviennent ainsi sur les différentes théories du réalisme en littérature, du réalisme socialiste à la théorie anglo-saxonne de la littérature-monde, en passant par l'école de Francfort et la sociocritique. Interroger ces différentes approches du réalisme, c'est réaffirmer la justesse de ce concept tout en justifiant une approche résolument matérialiste : il s'avère en effet impossible de conceptualiser de façon opérante le réalisme sans conjointement prendre en compte un monde social à partir duquel la littérature est écrite et pensée.
    L'ouvrage se propose de tenter de cerner ses usages non pas dans toutes ses réalisations médiatiques mais dans le domaine littéraire: que désigne le réalisme ou plutôt les réalismes en littérature ?...

  • Cet ouvrage a pour objectif d'étudier par une approche génétique l'écriture balzacienne à l'oeuvre, dans sa multiplicité : une écriture qui excède toute délimitation préexistante, un ensemble de livres réfractaire aux cadres éditoriaux traditionnels et un travail que la vulgate de la critique génétique peine à bien définir. Sans oublier une longue tradition érudite des études balzaciennes, il s'agit de voir à partir de différents sites comment s'élaborent chez cet écrivain un questionnement inlassable sur la mise en forme romanesque, une articulation originale d'éléments de composition et une gestion dynamique de l'édition de son oeuvre plurielle.

  • L'un des rares en sociologie de la musique à étudier ensemble les différents genres musicaux, cet ouvrage se distingue aussi en abordant cet objet à travers ses lieux, les salles de musique, et ses professionnel·les, les programmatrices et programmateurs, qui sélectionnent les artistes. Il éclaire aussi la façon dont les phénomènes culturels contribuent aux dynamiques urbaines, en transformant les représentations et les fréquentations des différents quartiers de ces deux capitales.

  • Souvent passés sous silence par les théoriciens de la littérature, l'art et la culture du Moyen Âge sont pourtant à l'origine de quelques-unes des interrogations majeures de la critique moderne. Ni tout à fait la même ni tout à fait une autre que celle d'aujourd'hui, la civilisation médiévale, par le déplacement du regard auquel elle nous conduit, a en effet permis, en de nombreux cas, de renouveler notre regard sur l'objet littéraire. Sans prétendre à l'exhaustivité, ce livre propose un parcours à travers les débats qui, parfois depuis le Moyen Âge lui-même, ont alimenté le débat critique moderne. On y trouvera évoqués des médiévistes, les uns connus au-delà de leur spécialité, comme Zumthor, Curtius, Jauss ou Eco, d'autres un peu moins célèbres comme Rychner, Bédier, Dragonetti ou Khler, mais tous dignes de retenir l'attention par le rôle qu'ils ont joué dans le renouvellement des paradigmes de la critique littéraire.

  • Peu connue du public, la conception ricoeurienne de l'utopie est pourtant très féconde. Paul Ricoeur lie l'utopie à la question centrale de la créativité dans ses travaux, ce qui explique son lien avec l'imaginaire social. Il n'a pas hésité à en faire le plaidoyer à l'époque même où cette notion, en raison du marxisme et de sa critique, n'avait pas bonne réputation. Contre l'utopisme, il n'a cessé de montrer que la bonne utopie était celle qui acceptait un état de tension entre un absolu souhaitable et un optimum réalisable. L'utopie est vitale en démocratie : par son statut d' « extraterritorialité », elle permet de contester le caractère idéologique de l'ordre social établi.

  • Ce livre a pour point de départ la singulière vieillesse que s'attribue Gustave Flaubert, dès le plus jeune âge, dans sa correspondance. Il propose de relire l'oeuvre du romancier comme une réponse à cette expérience du temps, héritée du romantisme mais exacerbée par la génération d'après la révolution de 1848 au point de devenir une véritable vie posthume. Il offre, du même coup, une réflexion sur l'histoire des formes romanesques au XIXe siècle, en tâchant de comprendre comment le roman flaubertien compose à partir de l'expérience posthume - comment il traduit cette expérience et comment il la produit, pour faire ressentir au lecteur dès la première page que tout est déjà terminé.

  • De quoi est fait ce que l'on appelle communément « la ville » ? Comment se construit dans la longue durée l'espace urbain ? Quels sont les rapports entre morphologie urbaine et fonctionnement social ? Cet ouvrage propose de répondre à ces questions en explorant les mécanismes de la fabrique urbaine. Les formes urbaines sont ici analysées dans une double perspective : celle de leur fabrication par des pratiques sociales qui varient sans cesse et, en retour, celle de leur influence sur le fonctionnement social.

  • Aux États-Unis, le Land Art se développe à partir de 1968 sous la forme de sculptures monumentales situées dans des espaces volontairement éloignés des centres d'art. Dès lors, comment montrer au sein d'un lieu d'exposition ce qui à l'évidence se tient ailleurs, et qui parfois n'existe plus sur le site original ?
    Les aspects de ce problème à la fois artistique et institutionnel déterminent en définitive l'expérience même des spectateurs. Cet ouvrage propose d'examiner les implications théoriques de cette nouvelle manière d'appréhender les oeuvres, en confrontant les divers discours sur le Land Art, du récit de voyage aux critiques d'art de l'époque, des textes philosophiques aux écrits d'artistes. Il offre ainsi une réflexion sur notre rapport aux oeuvres d'art aux prises avec leur effacement.

  • À l'ère où les médiums s'hybrident, où les disciplines se décloisonnent, où les supports se dématérialisent, il s'agit de penser la photographie entre les arts, les médiums et les savoirs.
    À l'heure où la photographie est à la fois un objet conceptuel, une image en vecteur, un espace viral, un lieu de migration, il s'agit de proposer une recherche en acte(s) où la théorie favorise un lieu relationnel capable de déterritorialiser les disciplines et de faire converser les pratiques.
    Au moment où s'épuisent les hiérarchies historicistes, les classements par genre, la photographie reste art de la représentation mais se révèle art non mimétique, art nodal, art parfois disruptif, bref, Figure à partir de laquelle de nouveaux modes de pensée se construisent, de nouveaux critères scientifiques s'inventent, de nouveaux champs de savoirs dialoguent.
    Aujourd'hui, cet ouvrage - où l'indisciplinarité s'est imposée comme schème de recherche - propose de penser En photographie des oeuvres déployant des gestes, des actes, mais aussi des matériologies et des plasticités dont la photographie est magnifiquement détentrice.
    Tel est l'enjeu de cet essai orchestré par une indisciplinarité, qui en appelle à tout un chacun qui s'intéresse à la photographie mais pas seulement.

  • Très célèbre et médiatisée de son vivant, Marguerite Duras (1914-1996) continue, vingt ans après sa mort, à attirer une multitude de lecteurs, à susciter des études dans les universités du monde entier et à exercer une influence marquante sur les écrivains actuels.
    Ce retentissement est dû à la force singulière de sa voix qui est comme celle du mythologue de la cité : démesure, scandales, incantations, palingénésies, sont autant de manifestations d'un véritable soubassement mythologique de sa production artistique. Dans sa modernité et sa diversité - littérature, cinéma, théâtre, écriture pour les journaux - l'oeuvre durassienne renouvelle la puissance du chant de l'aède qui raconte les origines du monde. Duras façonne notre mémoire et parle à notre imaginaire à travers un espace sacral, cultuel et culturel qu'elle n'a cessé de créer, en mythopoète.

  • « Ce qui arrive en Chine arrive dans le monde, et ce qui arrive dans le monde arrive en Chine ». Ce simple énoncé, aux faux airs de tropisme, assume en une phrase toute la radicalité d'Arif Dirlik. Ce sinologue américain d'origine turque est à l'écoute de ce que nous dit la Chine, sans jamais s'exempter de nous rappeler les complicités économiques, politiques, managériales ou académiques qui accompagnent son incroyable développement.
    Les origines du mot « Chine », l'importation des sciences sociales, l'influence de l'anarchisme sur les premiers marxistes chinois, la trahison des promesses de la révolution, la Chine postsocialiste et le postmodernisme, le renouveau nationaliste, la destruction massive de l'environnement et la croissance continue des inégalités... voici la liste non exhaustive des sujets abordés par Arif Dirlik dans cet ouvrage qui échappe aux pièges de la sentimentalité victimaire et des discours exceptionnaliste comme essentialiste de la supposée « altérité » chinoise qui ont marqué les esprits au tournant du xxie siècle.
    Ce premier choix de textes, fait avec leur auteur, permet de découvrir la logique imparable qui lie histoire, langage et théorie critique dans une longue et fructueuse carrière, achevée trop tôt en décembre 2017.

  • Homme des archipels, Édouard Glissant a révolutionné la pensée de l'identité, qu'il s'agisse du moi, de la nation ou de la culture. Dépassant l'opposition entre l'universel et le particulier, il a ouvert les esprits à l'expérience de la relation : celle qui transforme, démultiplie, créolise. Son oeuvre s'attache à la mémoire de l'esclavage, condamne la colonisation, tout en contestant les communautarismes, pariant généreusement sur les rencontres imprévisibles et fécondes.

  • Comment réfléchir les relations entre design et sciences, à une époque où l'omniprésence du design dans la société semble aller de paire avec la difficulté de sa définition ?
    Cet ouvrage propose une synthèse inédite des liens interdisciplinaires situant le design à l'enchevêtrement entre l'anthropologie de l'image, l'esthétique, l'histoire de l'art, les Sciences and Technological Studies (STS) et la culture visuelle des sciences. Il s'agit de proposer une analyse d'exemples historiques comme de pratiques de recherches contemporaines qui situeraient le design entre recherche et science.

  • En 1969, dans un contexte de fortes revendications sociales, des artistes décident d'oeuvrer dans la rue, au risque de passer inaperçus : ce sont les « Street Works ». À cette occasion, Vito Acconci décide de suivre chaque jour, durant vingt-trois jours, une personne différente dans les rues de New York jusqu'à ce qu'elle entre dans un lieu privé. C'est peut-être la première fois dans l'histoire de l'art qu'une oeuvre se doit de ne pas être vue en tant que telle. Elle se dérobe à toute visibilité artistique par le spectateur pour n'acquérir une reconnaissance qu'a posteriori.
    Pour explorer ce paradoxe entre imperceptibilité du geste et visibilité de l'oeuvre, cet ouvrage convoque différents cadres d'analyses, de la tradition littéraire aux philosophies de la modernité en passant par la psychanalyse. Ce faisant, il relie ces actions furtives semble-t-il novatrices à une tradition plus ancienne, à même d'appréhender leurs enjeux politiques et sociaux.

  • De la peinture de Francis Bacon aux films d'Alain Resnais, les oeuvres visuelles de prédilection de Gilles Deleuze s'inscrivent dans une esthétique qui valorise l'excès, l'errance et la sublimation. De l'hystérie en peinture au surgissement de l'image-temps au cinéma, Deleuze promeut la propagation directe des forces que l'image véhicule, privilégiant la pure présence de ce qui est image. Sa critique de la mimésis et des distances réflexives de la représentation témoigne d'une forte défense des états de fusion et d'une fuite dans l'imaginaire.
    L'approche philosophique de Deleuze a pour singularité de penser l'image sans transcendance, sans manque et sans absence.
    Ce livre incite à considérer les origines et les conséquences d'une telle affirmation de l'immanence de l'image, y compris ses contradictions, tout en ouvrant un questionnement plus général sur le rapport entre image et subjectivité.

  • Issu d'un paradigme culturel étranger au système des beaux-arts, puisant ses ressources dans la liturgie afro-chrétienne et dans les pratiques carnavalesques, frayant dès son apparition avec la comédie musicale ou plus tard, avec le happening moderniste, le jazz a toujours débordé le domaine de la musique. « Le Jazz et la scène » propose d'appréhender ces débordements comme les manifestations d'une théâtralité aux multiples visages.
    À travers l'analyse du geste instrumental, des signes explicites et des insinuations discrètes, cet ouvrage montre comment la performance jazz transcende l'abstraction musicale pour faire de la scène un espace de représentation, mais aussi un instrument de légitimation culturelle et de constructions des identités.

  • Le château, tel qu'il s'inscrit dans la littérature moderne, est lézardé. Château de l'écriture, toujours déjà pris dans des discours, des représentations, des récits ; et en même temps château politique, catalyseur des luttes nationales et des conflits de classes. A travers Hugo et Balzac, Céline ou Simon, Gracq, Verne, Huysmans..., on dresse ici le relevé de cette bâtisse impure, où se côtoient crise et restauration, modernité et réaction, effondrement et affirmation de soi. Mais comment lire une architecture fuyante, point d'ancrage matériel pour des fictions dont le principe met en cause tout appui ?

  • Le château, tel qu'il s'inscrit dans la littérature moderne, est lézardé. Château de l'écriture, toujours déjà pris dans des discours, des représentations, des récits ; et en même temps château politique, catalyseur des luttes nationales et des conflits de classes. A travers Hugo et Balzac, Céline ou Simon, Gracq, Verne, Huysmans..., on dresse ici le relevé de cette bâtisse impure, où se côtoient crise et restauration, modernité et réaction, effondrement et affirmation de soi. Mais comment lire une architecture fuyante, point d'ancrage matériel pour des fictions dont le principe met en cause tout appui ?

  • Ce recueil de textes inédits ou introuvables de Claudine Eizykman, flamboyante cinéaste théoricienne, constitue une refondation radicale de la théorie du cinéma, élaborée et approfondie de 1970 à 2018. Renversant les doctrines fondées sur les standards de la narration-représentation, elle part du principe cinématographique comme mouvement paradoxal dont elle situe l'expérience originaire dans les avant-gardes et le cinéma expérimental, qui deviennent des lieux à partir desquels construire une pensée productive sur le cinéma.
    Sa méthode holistique, ses concepts ciselés, ses lectures éclairées de la quasi-exhaustivité des grands textes philosophiques, scientifiques, esthétiques à propos du cinéma, de Bergson à Warhol, ses analyses affutées des films d'Alexeïeff, Anger, Eggeling, Fihman, Kubelka, Len Lye, Man Ray, Mekas, O'Neil, Richter, Snow, Willoughby, jusqu'à Men in Black ou Mulholland Drive, constituent à la lecture autant d'expériences de pensée en cinéma stimulantes et émancipatrices : une forme prenante et surprenante de film-après-coup.

  • Comment l'expérience du changement de langue - de vie et d'écriture - a contribué de manière décisive à l'élaboration de la poétique d'Agota Kristof ?
    Sara De Balsi répond en abordant l'oeuvre de l'écrivaine hongroise, exilée en Suisse romande, à partir de la dimension peu exploitée du translinguisme. Comment l'auteure en vient-elle à écrire en français, une langue qu'elle ne connaissait pas avant son exil ? Quelles conséquences ce choix comporte-t-il sur le plan littéraire ?
    Mode d'existence ainsi que thème constant de l'oeuvre, le translinguisme constitue un accès privilégié aux textes d'Agota Kristof. C'est par ce prisme que Sara De Balsi examine l'imaginaire des langues et de la traduction de l'auteure, propose une analyse sociologique et sociodiscursive de l'oeuvre, étudie son cheminement à travers les genres et interroge la place, en son sein, du thème fondamental de la frontière.

  • « Le prénom de Dieu » est le premier livre publié par Hélène Cixous, en 1967. Il aura été le Point de Départ, un départ pour un long voyage, qui compte déjà plus de quatre-vingts escales et dure depuis cinq décennies. Comme l'a écrit Jacques Derrida, sur qui ce recueil est arrivé comme un olni (« objet littéraire non identifié »), dans cet ouvrage « s'annonce, se nomme sans se nommer, se prénomme un grand absent.
    On pourrait croire à la reprise, par une écriture littéraire à la fois picaresque, fantastique, kafkaïenne, joycienne, des opérations de la théologie négative ». Pour Hélène Cixous, écrire, cet « acte violent d'amour », est le « morcellement d'un cri », un cri qui peut être une manifestation de la douleur d'exister, mais aussi un appel vers ce qui promet et qu'on nomme parfois « Dieu », faute de mieux.

  • Les formes et les modalités concrètes de la socialisation familiale, alors même qu'elles sont considérées comme centrales pour comprendre les mécanismes de reproduction des inégalités scolaires et sociales, ont logtemps été postulées ou déduites plutôt qu'étudiées.
    Cet ouvrage entend contribuer à ouvrir la « boîte noire » que constitue encore en grande partie la famille, en portant la focale sur les processus concrets de construction familiale des dispositions sociales enfantines. Il réunit les contributions de chercheurs venus d'horizons divers, qui se proposent de mettre à l'épreuve de la discussion leurs approches et leurs manières de questionner et d'investir empiriquement la question de la construction de la différenciation sociale de l'enfance.

  • Parfois achevés à son insu, les livres de Pierre Michon peuvent rester longtemps en sursis, tels des tableaux dont l'heure n'est pas venue quand d'autres, plus récents, sortent de l'atelier. Mais tous semblent contemporains les uns des autres, pans détachés, selon une maturation inégale, du monument invisible, déjà là et à venir, de l'OEuvre : remise en chantier permanente, dans le doute et la joie, de questions toujours en suspens jusqu'au moment où, selon le mot de l'écrivain, ça marche. Le labyrinthe où, depuis l'inaugural Vies minuscules (1984), Michon chemine « à l'aveugle » semble ainsi se développer hors du temps, comme sous l'effet d'un secret principe organisateur.

    S'appuyant sur la longue crise des Onze (2009) dont le dénouement tardif éclaire d'un jour nouveau un parcours singulier, cet essai analyse la « profonde nécessité non dite » qui opère à tous les niveaux de l'oeuvre de Pierre Michon, du simple motif récurrent à l'architecture d'ensemble.

  • Ce livre montre comment, dans les années 1960-1970, la censure française du cinéma, qui coupe et interdit des films pour des raisons morales et politiques, se transforme en une instance de classification. Plus généralement, il interroge, par le prisme de cette institution, les rapports entre art, moeurs et politique dans une phase critique située autour de 1968. L'enquête s'appuie principalement sur des archives publiques, des articles de presse et des entretiens. Elle se situe à la croisée de plusieurs disciplines ; la science politique, la sociologie, l'histoire et les études cinématographiques.

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