Presses des Mines via OpenEdition

  • Le souci environnemental né du constat d'une pression dommageable exercée par les activités économiques sur la biosphère a conduit à la multiplication d'initiatives et de régulations destinées à endiguer les destructions. À la mise en économie qu'effectuent de fait les acteurs économiques quand ils interagissent avec la nature (prélèvement de ressources, transformation des milieux, rejet de déchets, etc.), répondent les efforts de la théorie économique pour penser ces interactions, et l'élaboration d'instruments de politique économique pour les encadrer. Cet ouvrage pluridisciplinaire (économie, sociologie, histoire, études sociales des sciences et techniques) explore les multiples facettes de ces mises en économie de l'environnement (par son exploitation, par la théorie économique et par les politiques environnementales) à partir d'analyses historiques et contemporaines qui en montrent les enjeux, limites et opportunités. Le bilan demeure contrasté, ces différentes façons de faire l'économie de l'environnement pouvant tendre à négliger les spécificités biogéochimiques de la nature jusqu'à faire l'économie d'une prise en compte réelle de l'environnement

  • Qu'est-ce qui conduit une journaliste à choisir la guerre comme terrain de travail ? Être reportère de conflits armés, c'est à la fois s'engager, rejoindre un collectif professionnel (une « amitié dentifrice », disait Isabel Ellsen), mais aussi connaître l'ennui, voir la violence, risquer des blessures, un « jeu personnel avec la mort » témoignait Brigitte Friang. L'ouvrage se penche sur cette activité pour comprendre comment elle est vécue, quels bénéfices en sont tirés, quels dommages en découlent, comment les proches y contribuent. Il montre comment les situations de tension extrême construisent un attachement particulier au monde, un goût singulier. Il interroge aussi la place grandissante des journalistes femmes, le rôle des ressources de genre et des assignations dans cette transformation, les inégalités persistantes. Ce livre emprunte un chemin original pour répondre à ces questions. L'auteur propose d'abord quinze portraits subjectifs et exploratoires de femmes (Andrée Viollis, Gerda Taro, Oriana Fallaci, Christine Spengler, Catherine Jentile...) qui, depuis un siècle, ont couvert des conflits armés. Ensuite, à travers l'analyse des carrières et des entretiens avec une cinquantaine de journalistes, femmes et hommes, qui exercent ou ont exercé sur des terrains de conflit, ainsi qu'une dizaine de leurs proches, il interroge les circonstances et les intérêts pour un métier où désormais, dans la plus jeune génération, la parité des effectifs s'établit.

  • Les individus modestes sont-ils exclus de la révolution numérique ? On l'a longtemps cru. Ils sont peu ou pas diplômés et exercent des métiers qui ne demandent pas d'usage de l'informatique. Pourtant, ils se sont pleinement emparés d'internet et en ont fait un instrument de leur vie quotidienne. La recherche en ligne leur a ouvert un monde jusque-là hors de portée : elle leur permet de percer le mystère des termes médicaux, leur fournit des armes pour l'aide scolaire aux enfants, leur ouvre de nouvelles activités. Des biens et des services, auxquels il leur était impossible d'accéder avant dans ces zones rurales, sont à portée de clic, à des prix imbattables. Internet est aussi un lieu de parole et de réconfort : dans l'entre soi des comptes Facebook sont confiés aux proches les drames de la vie en milieu populaire - le célibat subi, la perte d'emploi, les incertitudes du travail précaire. Mais cette aventure a un coût. Ces outils, dont le potentiel d'individualisation est fort, fragilisent la vie collective familiale en multipliant les « moments à soi » entre conjoints et en rendant le contrôle de la sociabilité des enfants impossible. Les achats en ligne contribuent à détruire le petit commerce et à désertifier l'environnement immédiat. Les relations électroniques avec Pôle Emploi ou la CAF tournent souvent au cauchemar et transforment l'État providence en État tourmenteur. Fondée sur des entretiens et l'analyse approfondie de comptes Facebook, cette recherche sur les classes populaires non précaires, éclaire la tension constante entre ouverture et risque que représente la course à la modernité électronique.

  • Ouvertes, massives, brutes... les données sont aujourd'hui au coeur de nombreux débats. Les optimistes y voient une ressource naturelle dont la récolte et la circulation sont en passe de révolutionner l'innovation et la démocratie, tandis que les pessimistes les dépeignent comme le carburant de mécanismes qui ne profiteront qu'aux puissants et renforceront les inégalités. Face aux enthousiasmes et aux affolements, face au vocabulaire de la transparence, de la fluidité et de l'automatisation qu'ils mobilisent, ce livre fait un pas de côté et défend la nécessité d'étudier les modalités concrètes de la production et de la circulation des données. Les données ne tombent en effet jamais du ciel. Elles n'affleurent pas non plus sous le sol des organisations. En amont de leurs traitements si prometteurs ou inquiétants, elles font l'objet d'un travail dont la nature, l'organisation et les processus mêmes qui mènent à son invisibilité restent à explorer. En articulant les apports de la sociologie des sciences et des techniques, de l'histoire, de l'anthropologie de l'écriture, de la sociologie du travail et des accounting studies, l'ouvrage compose un outillage conceptuel et méthodologique original pour interroger au plus près ce travail des données, qui est devenu central dans les entreprises et les administrations à partir de la fin du XIXe siècle.

  • En matière d'autisme, l'errance diagnostique reste un phénomène très fréquent mais aussi très éprouvant pour les personnes concernées et leurs familles. Le diagnostic est devenu depuis le début des années 1990 un enjeu central pour l'activisme des parents, la recherche scientifique et l'action publique. Mais comment ce diagnostic est-il concrètement produit en pratiques ? Dans une approche pionnière, cet ouvrage porte précisément sur ce maillon peu étudié par les travaux existants en sociologie de la santé. La question est d'autant plus cruciale que l'autisme constitue une réalité à la fois complexe et disputée. L'analyse s'appuie sur une enquête dans un centre de diagnostic spécialisé, au coeur du monde médical. Elle met notamment en évidence les différentes conceptions de l'autisme, les implications du recours à des outils standardisés, les désaccords entre professionnels et le rôle déterminant des parents.

  • Produire, échanger et consommer autrement ! Tel pourrait être le slogan du commerce équitable, de l'agriculture biologique ou des circuits courts de proximité, que la recherche nomme les « systèmes alimentaires alternatifs ». Dans la pratique qu'en est-il ? Ne voit-on pas plutôt se développer des formes d'industrialisation de l'agriculture biologique ? Que penser de l'introduction de produits locaux ou équitables dans les offres des multinationales de l'agroalimentaire et de la distribution ? Les chercheurs ne devraient-ils pas écarter le terme d'« alternative » qui oppose de manière binaire les initiatives alternatives et les conventionnelles ? Issu d'un cheminement de recherche d'une quinzaine d'années, cet ouvrage apporte des réponses précises et étayées à ces interrogations. En s'appuyant sur la sociologie des agencements marchands issue de la théorie de l'acteur-réseau et sur la sociologie de l'action organisée de Reynaud ou Friedberg, l'auteur définit un cadre d'analyse permettant de rendre compte des projets qui inspirent les systèmes alimentaires alternatifs et des activités de régulation qui leur donnent vie. À travers de nombreuses études de cas, issues d'enquêtes de terrain menées sur le commerce équitable et les circuits courts de proximité, il donne à voir la « promesse de différence » motrice de ces démarches, les réorganisations engagées pour la mettre en action, et le caractère inégalement transformateur des agencements établis.

  • Comment circulons-nous sur le web ? Comment organisons-nous nos recherches ? Qu'est-ce qui nous arrête et qu'est-ce qui nous fait bifurquer ? Comment agissons-nous face à l'inattendu ou au trop connu ? Internet incite à se promener, à visiter, à se faire curieux, ce dont rend compte le terme de sérendipité. Avec le numérique, les possibilités de consommation culturelle deviennent illimitées. Cet ouvrage analyse les processus qui permettent à l'heureux hasard de se manifester mais aussi, au-delà, les façons dont on butine sur Internet, dont on explore les contenus entre flânerie curieuse, attention flottante, multi-activités ou engagement soutenu. L'auteur étudie ce qu'il appelle un régime exploratoire à travers quatre comportements essentiels de la vie : apprendre, travailler, faire des rencontres et se détendre. Chaque étude de cas rend compte d'une forme de compétences spécifiques liées aux usages d'Internet et à l'exploration curieuse. Certaines de ces compétences sont acquises dans le domaine scolaire, d'autres sont de nature extra-scolaire ou familiale. En filigrane de ces analyses, se dégagent des inégalités nouvelles liées au monde de l'illimité, que cet ouvrage se propose de mettre au jour.

  • Les conflits sociaux s'appuient sur des « armes matérielles » et notamment sur les technologies de communication qui, dès leur genèse, y ont joué un rôle central. Les politiques du conflit reposent ainsi sur une variété de médias qui, aujourd'hui, relèvent assez largement de l'informatique connectée, de plus en plus portable et mobile. De la Révolution bolchévique aux Indignados, de la lutte de libération algérienne aux Révolutions arabes, en passant par les groupes Medvedkine ou Radio Alice, cet ouvrage rend compte de la rencontre entre technologies médiatiques et luttes sociales. Il s'agit, d'une part, de relativiser le caractère supposé inédit de l'usage des technologies de communication par les mouvements sociaux contemporains et, d'autre part, d'entrer dans le détail de ce que ceux-ci font des outils numériques les plus récents qui supportent leurs activités essentielles tout en déplaçant, parfois, certaines de leurs « manières de faire ».

  • Smart(er) Internet Regulation is about applying better regulation principles to the internet. The book addresses difficult-to-quantify policy objectives, such as protection of fundamental rights and the preservation of the internet ecosystem, and proposes a method to make trade-offs more explicit, and regulatory solutions better fit for purpose. "...a level-headed look at the costs and benefits that flow from internet regulation... Maxwell's analysis of fundamental rights is enlightening." (Martin Cave, Imperial College Business School, London) "...a checklist that should be used by anyone considering a new regulation affecting internet intermediaries." (Nicolas Curien, French Audiovisual Regulatory Authority - CSA ) "...a must-read for students of digital regulation." (Maya Bacache, French Council of Economic Analysis -CAE) "Maxwell has shown that cost-benefit analyses can bring clearer thinking to internet regulation." (Marc Bourreau, Telecom ParisTech)

  • La multi-activité est une caractéristique anthropologique, propre à l'Homme, mais elle devient aussi son défi à l'ère numérique. Quand les espaces de vie et de travail sont de plus en plus riches en écrans, en applications, en messages, en notifications parallèles et simultanées, nous sommes incités à mener plusieurs activités en même temps. Loin des visions idylliques d'un travailleur créatif et flexible ou des dénonciations critiques sur l'intensification du travail, ce livre propose, pour la première fois, une analyse de terrain solide sur l'impact de cette transformation et les formes d'organisation qui en découlent. Appuyé sur un dispositif d'enquête collectif, il examine les compétences mobilisées par le travail en situation de multi-activité dans différents contextes : auprès d'employés et de cadres du privé comme du public, de responsables de communication interne, de médecins de services d'urgence pédiatrique, des techniciens de l'assainissement, etc. Il associe des méthodologies d'enquête et des champs disciplinaires complémentaires : la sociologie, l'anthropologie, les Workplace Studies, l'ethnométhodologie et l'analyse de discours.Ce livre s'adresse aux chercheurs et aux citoyens intéressés par le travail et les technologies de l'information et de la communication, ou souhaitant mieux comprendre comment s'opère au quotidien l'articulation entre de multiples engagements dans un environnement mouvant.

  • What does it mean to turn something into capital? What does considering things as assets entail? What does the prevalence of an investor's viewpoint require? What is this culture of valuation that asks that we capitalize on everything? How can we make sense of the traits, necessities and upshots of this pervasive cultural condition?This book takes the reader to an ethnographic stroll down the trail of capitalization. Start-up companies, research centers, consulting firms, state enterprises, investment banks, public administrations: the territory can certainly prove strange and disorienting at first sight, with its blurred boundaries between private appropriation and public interest, economic sanity and moral breakdown, the literal and the metaphorical, the practical and the ideological. The traveler certainly requires a resolutely pragmatist attitude, and a taste for the meanders of signification. But in all the sites in which we set foot in this inquiry we recognize a recurring semiotic complex: a scenario of valuation in which things signify by virtue of their capacity to become assets in the eye of an imagined investor.A ground-breaking anthropological investigation on the culture of contemporary capitalism, this work directs attention to the largely unexplored problem of capitalization and offers a critical resource for current debates on neoliberalism and financialization.

  • La concurrence est omniprésente dans nos sociétés et semble s'imposer aux acteurs qui en subissent les effets. Et s'il en était autrement ? Les auteurs de cet ouvrage invitent à changer le regard habituellement porté sur ce phénomène, pour s'interroger sur ses possibilités. Mettre en concurrence des individus, des produits, des services ou des organisations, ne va pas de soi. Cela suppose d'opérer des comparaisons et de les instrumenter, de préciser sous quel aspect les entités sont semblables ou dissemblables. Les acteurs ne restent pas passifs dans ces situations et doivent négocier, résister et s'interroger sur les bonnes conventions de mesure à adopter. Par-delà leur pertinence, c'est la légitimité des modalités de la compétition qui peut être discutée.La perspective adoptée par l'ouvrage permet de parcourir une grande variété de terrains d'enquêtes (hôpital, industrie télévisuelle, marché du bio, musées, écoles de commerce, industrie high-tech, recherche, enseignement supérieur, secteur associatif), qui sont tous traversés par des luttes concurrentielles. Au fil des chapitres, la concurrence se révèle comme un processus collectif, aux mains de nombreux acteurs et dispositifs qui participent à la modeler, à l'organiser et à la faire évoluer sans parvenir nécessairement à la contenir.

  • Techniciens conquérants ? Charlatans du monde moderne ? Les consultants en management sont souvent brocardés par la critique mais ils sont très peu étudiés pour ce qu'ils font. Le conseil ne se réduit en effet ni à l'application d'un savoir mécanique, ni à un jeu de dupes. Immergé pendant plusieurs années dans un cabinet international, Alaric Bourgoin conduit une enquête ethnographique sur cette pratique controversée : il découvre une activité entièrement tendue vers la production de sa propre valeur. Faite de performances fragiles, cette valeur n'est jamais garantie. Les consultants sont donc tenus de la faire exister, en s'appuyant sur de nombreux dispositifs, et de la faire reconnaitre, en mettant sans cesse en relief leur contribution. Comme l'écrit Michel Callon dans la préface, ce qui ressort de cette enquête, « c'est l'angoisse existentielle qui saisit le consultant et l'accompagne tout au long de sa mission. Chaque matin et chaque fin de journée, la question qu'il se pose est terrible : quelle est la valeur de ma contribution ? » La réponse à cette question ne concerne pas seulement les praticiens, et ceux qui paient leurs services ; elle est au coeur des interrogations actuelles de la sociologie et de l'économie sur la manière d'apprécier la valeur des choses et de comprendre les processus incertains qui permettent de la faire vivre. D'inspiration pragmatiste, cette étude montre la production de valeur comme une mise à l'épreuve d'attachements qu'il faut sans cesse découvrir, apprivoiser, tester, renforcer, valoriser. À travers le cas extrême des consultants en management, elle éclaire de façon originale le capitalisme contemporain, qui apparaît moins comme un système que comme une incitation continue et multiforme à produire sa propre valeur.

  • Dans une société où le marché pénètre toutes les sphères d'activité, la vente devient une épreuve décisive. Or, si de nombreuses études se sont intéressées aux habits neufs du consommateur, les mécanismes du travail commercial restent, eux, mal connus. Cet ouvrage s'intéresse à cette activité qui mobilise l'énergie, les compétences et les savoirs de nombreux professionnels. Il analyse le travail des vendeurs en boutique et des téléconseillers des centres d'appels, des spécialistes de la publicité et des experts du datamining ou de l'informatique commerciale. Les enquêtes qu'il rassemble ont été conduites dans les départements d'une grande entreprise du secteur des télécommunications, marqué au cours des dernières années par des innovations permanentes, de nouvelles méthodes de marketing et des réorganisations continues des tâches. On y verra les différentes facettes du travail des vendeurs, la contribution des clients à la production des savoirs sur le marché, le rôle croissant des technologies de communication et l'importance de l'organisation des processus commerciaux. Comment peut-on découvrir les désirs des clients ? Comment leur faire comprendre l'usage des nouveaux produits ? Quels outils statistiques ou marketing contribuent à une meilleure efficacité de la vente ? La publicité peut-elle transformer la relation au client ? Cet ouvrage montre comment ces questions apparemment simples trouvent des réponses élaborées dans la fabrique de la vente. L'ouvrage intéressera donc à la fois les chercheurs spécialistes du marché et les professionnels concernés par les multiples opérations de mise sur le marché.

  • Que peut bien faire un chien dans une chambre d'hôpital ? Pourquoi fait-on monter un enfant handicapé à cheval ? Qu'est-ce que la thérapie assistée par l'animal ? Depuis plusieurs années, certains espaces de soin se peuplent d'animaux, qui y sont mobilisés comme supports affectifs, instruments de prise en charge ou d'accompagnement, médiateurs... Le développement de ces formes de soin éclaire les évolutions récentes des rapports entre humains et animaux dans les sociétés occidentales. Dans ces pratiques, l'animal est en effet considéré comme une personne et, à ce titre, il fait l'objet d'une grande bienveillance. Le soin avec animal témoigne ainsi des nouvelles modalités relationnelles que beaucoup souhaitent aujourd'hui partager avec certains animaux. En se mettant au service d'un projet humaniste (améliorer la santé humaine), le soin par le contact animalier rend ces types de relations socialement légitimes. Pourtant, il n'est pas simple de revaloriser ainsi l'attachement aux animaux. Convoquant les apports de la sociologie pragmatique et de l'anthropologie symétrique, ce livre propose une exploration des univers sociaux qui gravitent autour de ces activités. Il montre comment s'est construite une connaissance scientifique sur les interactions avec l'animal à but thérapeutique ; il décrit les réseaux d'acteurs (vétérinaires, militants, industriels de l'alimentation pour animaux de compagnie, journalistes, médecins, infirmières, etc.) qui ont fait émerger ces savoirs et ces pratiques ; il raconte les séances de soin et les pratiques in situ, par une approche ethnographique. Au terme de ce parcours, on pourra mesurer l'énergie qu'il faut déployer pour faire évoluer les rôles traditionnellement attribués aux animaux. À la croisée de la sociologie des sciences, de la sociologie de la santé, des professions, et des théories du care, l'auteur met en oeuvre une sociologie non réductionniste des relations humains/animaux.

  • La décentralisation est au coeur de la genèse de l'internet, dont l'objectif premier était de faire communiquer des machines hétérogènes et distantes, sans passer par un point unique. Aujourd'hui, la concentration domine, autour de macro-acteurs, ces « géants » dont les immenses fermes de serveurs voient passer l'essentiel du trafic du web. Pourtant, le principe originel n'a pas été entièrement abandonné et, dans tous les domaines d'application, des développeurs explorent des alternatives décentralisées. Ces « nains » proposent des moteurs de recherche, des réseaux sociaux, des espaces de stockage qui répartissent ressources et compétences entre les membres du réseau. Cet ouvrage explore les formes d'organisation décentralisées de l'internet : il montre comment un réseau qui répartit la responsabilité de son fonctionnement à ses marges, en s'organisant selon un modèle non - ou faiblement - hiérarchisé, peut se développer dans l'internet contemporain si fortement structuré. Un tel dispositif pose des questions d'organisation des marchés, d'efficacité des techniques, de durabilité des modèles, ainsi que de protection de la vie privée et de droit des données personnelles. Comme le fait remarquer Geoffrey Bowker dans sa préface, cet ouvrage nous conduit à interroger la gouvernance d'internet, et, pour comprendre cette question sociotechnique clef de notre temps, il nous faut analyser les alternatives au fonctionnement actuel. C'est précisément ce que fait, d'une manière fine et informée, Nains sans géants.

  • Comment le luxe est-il fabriqué ? Ce livre porte ici le regard sur l'arrière-cour, mal connue et souvent dissimulée de la production des produits précieux, le travail des sous-traitants. La beauté des produits manufacturés, l'attachement aux marques et les défis technologiques, esthétiques et calendaires inscrivent les opérations de ces fabricants dans l'univers du luxe, mais ils doivent aussi faire face à des mutations considérables liées à l'intégration des petites maisons dans de grands groupes internationaux et à une demande de plus en plus versatile qui pousse aux innovations et à la mondialisation de l'offre comme de la demande. Ces industriels ont dû adapter leur modèle de production, passant de la pièce unique au module semi-fini et de la seule fabrication à une offre de service plus large. On verra que le luxe est une industrie encore protégée par les « made-in » mais qui doit faire face à une mutation organisationnelle déjà entamée au niveau international. L'ouvrage propose une enquête empirique au coeur de fabriques d'horlogerie et de parfum, en France et en Suisse.

  • Dès le début des années 1970, avec la prise de conscience de la pression exercée par l'Homme sur son environnement, s'est posée la question de l'évaluation de ses actions en termes d'impacts sur l'environnement. Rapidement, institutions publiques, entreprises, laboratoires de recherche et ONG ont proposé des méthodes et instruments pour évaluer les interactions de la société industrielle avec son environnement. Depuis, l'Analyse de Cycle de Vie ou le Bilan Carbone sont diffusés au sein des entreprises. Mais comment les entreprises utilisent-elles ces instruments ? Quelles actions mettent-elles en place ? Dans cet ouvrage, l'auteur vous invite à suivre les récits d'appropriation de six entreprises mobilisant ces instruments. De simples évaluations, ces instruments peuvent devenir le socle de véritables dispositifs d'innovation environnementale au sein des entreprises. Grâce à ces dispositifs, émergent de nouvelles figures managériales et la production de nouvelles connaissances utiles pour l'entreprise et la société.

  • Qu'est-ce que le marché ? Depuis une quinzaine d'années, Michel Callon et les chercheurs du centre de sociologie de l'innovation (CSI) de l'école des mines se penchent sur cette question si peu discutée par les recherches en économie ; ils l'interrogent dans le prolongement des travaux qu'ils menaient autour de la sociologie de la traduction, dite encore théorie de l'acteur-réseau (ou Actor-Network Theory). Ces nouveaux travaux se caractérisent par l'attention accordée à l'ensemble des acteurs concernés par la formation des marchés, au rôle central des dispositifs techniques et des savoirs scientifiques, à l'importance des pratiques d'expérimentation et au processus de qualification des biens et des services. L'ouvrage présente une sélection de textes importants qui ont servi de jalons à cette réflexion collective et qui sont toujours d'actualité. Il se clôt par un texte original et fondamental de Michel Callon qui explore un nouveau concept, l'agencement marchand ; il propose de le substituer à celui de marché-interface pour rendre compte de l'ensemble des activités et processus désormais au coeur de l'action marchande.

  • Dans le paysage audiovisuel actuel, la télévision sous de Gaulle apparaît comme un monolithe préhistorique : une chaîne, à peine deux, en noir et blanc, soumise au pouvoir. Pourquoi rééditer un ouvrage qui faisait le premier (en 1990 ) l'histoire de cette époque, alors que nous sommes sous un régime de concurrence depuis 40 ans, sous la domination du secteur privé depuis 30 ans ? La télévision sous de Gaulle, telle que nous en faisions à la fois l'histoire et le portrait, reste riche d'enseignements, pour l'historien, pour le chercheur et même pour le professionnel, qu'il s'agisse des débats de politiques de la télévision, de la réflexion sur la concurrence entre deux chaînes, de la place des différents professionnels qui font la télévision (thème encore peu exploité), et surtout, des programmes eux-mêmes, du « texte » télévisuel. L'historiographie de la télévision en France a considérablement progressé. Cette introduction fera le point sur les grandes avancées, inégales selon les genres télévisuels, mais aussi sur les difficultés méthodologiques et les lacunes persistantes. Après un rappel des facteurs qui ont modifié en profondeur les conditions de la recherche sur la télévision, on fera un tour d'horizon des tendances essentielles (qu'on nous pardonne par avance les oublis !). Il faut commencer par les programmes, selon les grands genres - c'est là que nous avons le plus appris. On continuera par les travaux sur les professionnels et le public, encore peu développés. Une certaine internationalisation (européisation ?) de la recherche s'amorce aussi, qui devrait changer le regard des historiens sur les évolutions françaises. Je conclurai en insistant sur ce qui a été, au plan conceptuel, le changement essentiel : la fin des dichotomies, souvent manichéennes, qui affectaient le discours sur la télévision, et qu'on rabattait souvent sur son histoire. C'est ce même travail de complexification de la télévision que nous avions voulu amorcer en 1990, à partir des seules archives écrites et des témoignages.

  • Pollutions au mercaptan, particules de moteur diesel dans l'air, odeurs de raffineries, rejets d'anhydrides sulfureux... nous avons tous périodiquement l'impression de vivre dans un monde irrespirable. Cet air, si familier qu'il passe aussi inaperçu que le fait de le respirer, est devenu avec le progrès scientifique et l'industrialisation une affaire d'expertise et de politiques publiques. L'ouvrage montre comment l'air se manifeste dans la vie de nos concitoyens depuis le milieu du xixe siècle : affaire de perception d'abord, de revendication ensuite, et finalement, depuis les années 1950, d'appareillage technique. La population est acteur à plus d'un titre de la politique de l'air, publique comme privée : elle multiplie les plaintes, s'élève contre la pollution chronique, est la destinataire d'informations techniques comme l'indice atmo, mène des actions locales pour lutter contre les gènes, etc. C'est ce que montre cet ouvrage dans une enquête qui associe historien, sociologue, politiste et géographe. Et l'on pourra ainsi se demander si mesurer l'air est une façon d'exprimer sa foi dans la maîtrise « sur » les problèmes environnementaux par la modernisation technique, ou bien si c'est le début d'une exploration plus démocratique de l'homme « dans » son environnement, avec le retour en grâce de la participation des habitants, comme ce fut récemment le cas dans la cartographie des odeurs.

  • Si la vie était telle que la décrivent le plus souvent les sciences sociales, elle serait sans nul doute invivable. Entièrement tournées vers les enjeux de sens de l'existence, les sciences humaines et sociales tendent à délaisser ce que Bergson appelait la souplesse intérieure de la vie. Pourtant, sans cette souplesse, le monde ne serait qu'un lieu de stratégies sociales, d'échanges contrôlés de messages toujours pertinents en regard d'un système de représentations ; le monde serait enfermé dans des règles rigides dictant à chacun sa façon de jouer son rôle dans l'espace collectif, dans un monde fermé aux paradoxes, aux décalages, à l'ironie. Pourtant, un observateur attentif remarque que l'accomplissement des activités sociales s'accompagne d'une multitude de détails non-pertinents ou latéraux, ce qu'Albert Piette a nommé le « mode mineur de la réalité ». Des détails qui donnent à penser que l'homme n'est jamais pleinement absorbé dans une activité : il participe certes, mais de façon toujours un peu décalée, injectant à l'occasion d'autres mondes dans la situation présente ou bien tout simplement s'abandonnant à la rêverie ou au pas de côté. Ce livre réunit les contributions de plusieurs auteurs, sociologues, philosophes, anthropologues, qui ont cherché à mettre au jour cette strate de l'expérience qui fait de l'humain un être à la fois présent et absent, croyant et sceptique, engagé et distant.

  • Les pratiques amateur, foisonnantes et hétéroclites, restent largement méconnues, en particulier dans le domaine des médias et du journalisme, alors qu'elles représentent bien souvent une part importante des activités culturelles et sociales. Les recompositions récentes de l'espace public médiatique ont fait émerger la figure du « journaliste amateur », tantôt perçu comme le fossoyeur du journalisme professionnel, tantôt célébré comme un agent de démocratisation de l'expression publique. Cette publication entend faire avancer les connaissances empiriques et la réflexion théorique sur ce « journalisme amateur » et les pratiques de diffusion des biens culturels ordinaires par les médias. Les relations entre espaces profanes et espaces professionnels, les médiations techniques et sociales des pratiques amateur, les conditions et les effets de leur inscription dans la durée, constituent autant de points d'entrée privilégiés sur le matériau empirique diversifié de l'ouvrage : les publications alternatives en Tchécoslovaquie, un réseau de médias libres à Mexico, les correspondant locaux d'un titre de presse quotidienne régionale en France, une entreprise de production de logiciels éducatifs en Grande-Bretagne, ou encore des blogs musicaux, de cinéma ou de bande dessinée. À rebours des discours normatifs dont le « journalisme amateur » est le plus souvent l'objet dans des débats publics récurrents, les analyses proposées ici s'appuient sur une étude sociologique fine des individus et des groupes considérés, ainsi que des données de cadrage pour articuler étroitement l'étude des relations entre champs professionnels et espaces amateur, d'une part, et entre les sujets et les objets de leurs passions politiques ou culturelles, d'autre part.

  • Aujourd'hui, en France, 1,4 millions de personnes âgées ont plus de 85 ans et elles seront près de 5 millions en 2060. Dans ce contexte, une catégorie d'acteurs joue un rôle crucial : les proches aidants (conjoints, enfants, fratrie, voisins, amis) qui, globalement, procurent 80 % de l'aide reçue par les personnes âgées en perte d'autonomie. Constatant qu'ils sont indispensables mais risquent souvent l'épuisement, les pouvoirs publics, les associations et certains acteurs privés cherchent à développer des actions d'information, de formation, de répit ou encore de soutien psychologique, dédiées aux aidants. En s'appuyant sur des enquêtes de terrain conduites dans plusieurs départements, le présent ouvrage met en évidence les problématiques spécifiques à traiter pour développer de manière structurée et cumulative une politique publique de soutien et d'accompagnement des aidants. Il apparaît qu'une telle politique gagne à être construite au niveau infrarégional et non seulement par le biais d'appels à projets lancés au niveau national. Les auteurs proposent une grille d'analyse des besoins des aidants, et de leur évolution, susceptible d'instrumenter le diagnostic des professionnels amenés à les orienter vers tels ou tels services. L'ouvrage offre enfin une démarche de configuration des services sur les territoires prenant en compte l'hétérogénéité de ces derniers en termes de besoins, de ressources et de compétences. Cet ouvrage fournira aussi des pistes pour traiter les questions comparables dans le champ du handicap. Enfin, il éveillera l'intérêt des personnes, aidantes ou non, désireuses de mieux comprendre les enjeux et les difficultés de la mise en oeuvre d'une politique d'aide aux aidants.

empty