Presses universitaires de Liège

  • Les démons iraniens appartiennent à la catégorie générique de daeuua- (dev en pehlevi). Or, il est paradoxal de constater que ce mot est hérité du même mot sanskrit (deva-) qui voulait originellement dire « dieu ». Le latin deus l'atteste. Comment en est-on arrivé là ? Assistons-nous à la naissance de cet univers démoniaque ? Le célèbre prophète Zarathushtra, fondateur supposé de la doctrine mazdéenne, a-t-il joué un rôle dans la redéfinition du contenu sémantique du mot daeuua- ? Cette évolution est-elle le trait distinctif de la religion du monde iranien archaïque ? Comporte-t-elle une définition morale ou politique du mal ? La généalogie et le portrait donnés des démons connaissent-ils des mutations au cours de la longue histoire de la religion iranienne ancienne ? Quel rôle leur attribue-t-on dans les cérémonies religieuses mazdéennes ? C'est à répondre à toutes ces questions que se sont attachés les spécialistes dont ce volume rassemble les contributions.

  • Henri Hubert (1872-1927) est une figure importante de la période qui a vu le développement de l'anthropologie et de la sociologie des religions. Proche d'Émile Durkheim, il fut aussi l'ami de Marcel Mauss avec lequel il signa deux études majeures sur le sacrifice (1899) et sur la magie (1904). Les analyses de cet auteur prolifique se situent à la croisée de l'histoire et de l'anthropologie, de la linguistique et de l'archéologie, de l'histoire des religions et de l'orientalisme. Mais ses travaux n'ont pas connu la postérité de l'oeuvre de Mauss, en dépit de la richesse des perspectives comparatives qu'Hubert y développe, et surtout de leur indéniable actualité. Qu'il aborde la question de la magie dans l'antiquité, celles du sacré, du temps ou encore des héros, Hubert étonne par sa largeur de vue, par les perspectives novatrices qu'il déploie, et par sa solide érudition. La réédition de quelques textes majeurs signés par Henri Hubert offre l'occasion de mieux comprendre l'importance de ce chercheur injustement négligé dans les débats qui agitent, en ce début du XXIe siècle, la réflexion sur les questions religieuses.

  • Le monde des dieux est une construction humaine, certes organisée, mais instable. Sans cesse mis en question et reconfiguré, il offre au regard de l'historien une plasticité qui est d'autant plus manifeste en contexte polythéiste. Car ces systèmes religieux ne s'appuient pas sur une représentation dogmatique issue de textes révélés ou d'une autorité centrale. Des élaborations et des ajustements y sont sans cesse à l'oeuvre, selon des opérations pragmatiques que, avec Lévi-Strauss, on qualifiera de `bricolages'. L'enjeu de cette dynamique de la `fabrique' du divin n'est rien moins que notre compréhension de chaque divinité en particulier - comment et pourquoi fait-on un dieu, ce dieu, tous les dieux, ou le dieu ? - et notre capacité à rendre compte des structurations et fonctionnements de ces ensembles complexes qui ont bel et bien une histoire. En quoi, par exemple, le genre littéraire est-il créateur de représentation, et de quel type de représentation, différente de celle que construirait un autre registre d'expression ? En quoi les formes rhétoriques ou iconographiques conditionnent-elles la représentation du divin et en sont-elles des facteurs de fixation ou d'évolution ? Comment le rituel est-il à même de modifier l'image d'un dieu, et pas seulement d'informer sur lui ? Comment les artisans créateurs d'images sont-ils capables, par leurs oeuvres, d'ouvrir à de nouvelles interprétations des divinités, tout en étant tenus de respecter une figuration reconnaissable, voire attendue, par les fidèles ? L'érudition à l'oeuvre dans des cercles d'intellectuels a-t-elle un impact sur la représentation des dieux en contexte rituel ? Autant de questions qui relèvent des processus par lesquels le divin se `fabrique' et que le présent volume pose dans diverses aires culturelles de l'Antiquité méditerranéenne.

  • « Idolâtrie » est un terme dépréciatif qui sert à désigner les cultes des faux dieux en face d'un dieu considéré comme unique et véritable. Plongeant ses racines dans les réflexions antiques sur la religion des « autres », cette notion se trouve au coeur des débats qui, des Pères de l'Église aux explorateurs modernes, interrogent la diversité des cultes et des pratiques religieuses. Au fil des siècles, cette catégorie polémique a fabriqué l'altérité tout en reléguant l'« autre », le « païen », le « sauvage », l'« hérétique », l'« ignorant », du côté de l'erreur et de l'aberration. La notion d'idolâtrie condamne comme fausse la religion de l'« autre », voire lui refuse la qualité même de religion. Cette histoire, où les « sauvages » du Nouveau Monde rejoignent les peuples de l'Antiquité, annonce l'émergence d'une véritable science des religions. Ce livre retrace la naissance de « l'idolâtrie » au croisement des réflexions juives et grecques sur l'image, les origines de la culture et la diversité religieuse. Des débats grecs sur l'anthropomorphisme à la critique des « idoles » dans le judaïsme ancien, il explore les fondements antiques d'une histoire comparée des religions.

  • La religion des Vikings fascine depuis longtemps. Toutefois, si l'on connaît les aventures de Thor ou d'Odin, les conditions dans lesquelles leurs mythes furent transmis n'ont pas fait l'objet d'un même type d'attention. Or, un constat s'impose : dans leur très grande majorité, les sources qui nous renseignent sur cette religion sont le fait d'auteurs chrétiens, qui les mirent par écrit des siècles après la conversion dans des contextes sociopolitiques précis. C'est dire que ces textes mythes, sagas, poèmes, lois - posent problème pour la reconstruction de l'histoire de la religion de la Scandinavie préchrétienne. Adoptant un point de vue critique, ce volume problématise l'ancrage chrétien, et donc tardif, des sources et propose une analyse articulant les représentations religieuses « païennes » d'avant la conversion au contexte de leur production. Il s'agit ainsi de se demander comment et pourquoi des Islandais médiévaux mobilisèrent les esprits de la terre, le sacrifice humain, la magie, le destin, ainsi que Thor ou sa mère la Terre. Fondé sur une étude détaillée de sources provenant de l'Islande des xiie et xiiie siècles, attentive aux désaccords entre celles-ci, ce volume propose également une réflexion sur les méthodes, les objets et les visées d'une histoire des religions critique. Prenant le contrepied de travaux synthétiques sur la religion préchrétienne, il accorde une place centrale aux conflits qui traversent les sociétés scandinaves et montre comment les discours religieux, « païens » aussi bien que chrétiens, sont instrumentalisés pour maintenir ou, au contraire, bouleverser les configurations sociopolitiques, à une époque où la royauté norvégienne opère violemment sa centralisation et manifeste ses visées impérialistes sur une Islande secouée elle aussi par les ambitions de ses chefs.

  • Comparer les comparables ? Comparer les comparatismes ? Pourquoi et comment comparer ? La première interrogation a été formulée par E. Lévinas dans le questionnement sur les relations avec autrui ; elle a été transférée récemment dans le domaine de l'anthropologie culturelle, et plus particulièrement dans celui de l'histoire des religions. Les doutes entretenus par les grandes entreprises comparatistes, de J.G. Frazer à Cl. Lévi-Strauss en passant par M. Eliade ou G. Dumézil, ont suscité la seconde, plus récemment encore. Quant à la troisième elle est l'objet, pour les religions antiques, des contributions réunies dans le présent volume, dans des tentatives devenues désormais plus modestes et plus expérimentales. En effet, pour l'Antiquité, les principes de l'analyse structurale dans l'anthropologie culturelle et sociale des années 1960 ont conduit soit au paradigme indo-européen des trois fonctions, soit à un renouveau du paradigme sémitique : approche moins diachronique que synchronique dans le premier cas ; fréquente perspective historique de dérivation dans le second. Déconstructionisme et relativisme postmoderniste ont contribué à déstabiliser la belle assurance des oppositions et schémas structuraux. Ils ont montré les risques d'un universalisme et d'un essentialisme naturalisants. Désormais, la démarche comparative est revenue à des pratiques moins ambitieuses, soit sur le mode du questionnement et de l'expérimentation autour d'un problème, soit sur le mode de la comparaison différentielle à la recherche de spécificités définies par contraste, soit encore sur le mode dialogique et réflexif qui est aussi devenu celui de l'anthropologie culturelle et sociale. À l'exemple des phénomènes que nous plaçons sous l'étiquette de la religion, comment réhabiliter une démarche comparative à la fois rigoureuse et critique ? Questionnements donc, à partir d'exemples précis, sur les modèles d'intelligibilité dont nous nous inspirons, dans la dialectique parfois conflictuelle entre catégories « émiques » et catégories « étiques », pour refonder une analyse comparative productive, en histoire des religions en particulier et en sciences humaines en général.

  • Le thème du sacrifice humain ne peut laisser indifférent et continue de susciter bien des interrogations, entre fascination et dégoût. Historiens et anthropologues se divisent sur l'historicité supposée du phénomène. Pour sortir de l'impasse, cet ouvrage se penche sur la manière dont les cultures se représentent le sacrifice humain, le leur ou celui des autres, fût-il réel ou symbolique. Comment une société fait-elle face à ce qui est - ou ce qu'elle croit être - son passé cruel et sanglant ? Quelles sont les valeurs dont le sacrifice humain, et d'autres concepts proches, comme l'anthropophagie, se trouvent chargés en vertu des normes indigènes ? Comment ces perceptions ont-elles persisté dans la longue durée et comment se sont-elles adaptées aux idéologies changeantes ? Le coeur du volume est consacré au dossier hellénique, remarquablement documenté par les Grecs eux-mêmes. À ce dossier répondent en contrepoint plusieurs articles sur la Chine ancienne, les Aztèques, et la Rome antique, qui projettent un regard différent et sont autant de raisons de remettre cent fois sur le métier cet objet fascinant.

  • Ce livre propose une réflexion comparative et transdisciplinaire sur les adaptations aux réformes de la sainteté et des patronages dans les pays gouvernés par les deux branches de la dynastie des Habsbourg à l'époque moderne : l'Espagne et les pays de l'empereur, en particulier la Hongrie, la Bohême et la Basse-Autriche de la fin du xvie au début du xviiiesiècle, puis la Sicile entre 1720 et 1730. Ils sont confrontés aux cas des villes et principautés de l'Italie du Nord et à la situation en Pologne-Lituanie. La création en 1588 de la Congrégation des Rites et la publication des nouveaux livres liturgiques romains - le Bréviaire, le Missel et le Martyrologe - entraînèrent dans tout le monde catholique un double mouvement de demande d'approbation des rituels et des calendriers propres. Il s'agissait à la fois de se mettre en conformité avec la normativité universaliste de la Curie et de réaffirmer l'irréductibilité des particularismes. Or, dans les pays concernés ici de l'Europe centrale et orientale, le pluralisme religieux juxtaposait à un catholicisme souvent minoritaire au début du xviiesiècle, une adhésion importante, parfois majoritaire, aux différents courants de la Réforme en Hongrie, en Autriche et en Pologne-Lituanie, à l'utraquisme et à l'Unité des Frères issus du hussitisme en Bohême. Dans le Grand-Duché de Lituanie et en Ukraine polonaise avait lieu aussi, non sans conflits et résistances, le passage de l'orthodoxie à l'uniatisme. La mise en perspective de situations impliquant donc une recatholicisation, sous des modalités différentes selon les contextes, avec celles de l'Italie et de l'Espagne apporte de nouveaux éléments de réflexion sur un point central de ces remises en ordre : la notion de patronage sacré. Le patronage, en effet, est susceptible d'usages multiples. Il est support d'autant plus fort à la dévotion locale qu'il insiste sur l'attachement à un lieu, à une histoire, à un groupe ou un territoire. Il est aussi un élément d'identification recréant l'idée de la tradition et de la continuité précisément dans une période de grands bouleversements. Enfin, il est un maillon essentiel des politiques symboliques et légitimatrices, dynastiques ou non. En reconstruisant les contributions d'acteurs particuliers dans les demandes de reconnaissances de cultes anciens, en montrant l'existence des réseaux dans la diffusion de nouveaux cultes, ce livre élargit notre compréhension des rôles conférés au culte des saints à l'époque moderne. Il éclaire la place de l'hagiographie et du bréviaire comme matrices d'une littérature vernaculaire en Europe centrale et suggère la plasticité des modèles iconographiques et rhétoriques s'adaptant à une vaste gamme des conceptions de la sainteté moderne, jusqu'à la veille des Lumières.

  • Pourquoi certaines cultures rejettent-elles la chair du porc ? Les Grecs se posaient déjà la question, qui n'a cessé de revenir au devant de la scène. Étudier le porc en Égypte ancienne est une manière de mettre cette problématique à l'épreuve. En effet, depuis que les Grecs s'y sont intéressés, l'Égypte pharaonique se retrouve dans ce débat anthropologique puisque le porc, dit-on, n'y aurait pas été vraiment en odeur de sainteté. Viande malsaine ? Animal infâme ? Bête « taboue » ? L'objet de ce livre est de comprendre ce discours et de voir sur quoi il se fonde, en offrant une approche historique et anthropologique du cochon en Égypte ancienne. Le portrait de l'animal au sein de la culture pharaonique émerge très contrasté d'une analyse qui permet de réfléchir à la genèse des interdits religieux, aux discours qui s'y rapportent et aux choix culturels et identitaires qu'ils véhiculent. Ce véritable « roman du cochon » entend ainsi contribuer à une anthropologie de l'alimentation, tout comme à une histoire des relations entre les hommes et les animaux.

  • Suite à la dissolution de la perspective marxiste et aux transformations néo-libérales du capitalisme à la fin des années 1970, la Classe ouvrière s'est éclipsée : après des décennies de déclin social et d'invisibilité politique, les ouvriers n'apparaissent plus aujourd'hui que comme les victimes de la crise, du chômage de masse et de conditions de vie souvent meurtrières. Mais la centralité politique et sociale de la Classe ouvrière a constitué un facteur décisif de l'histoire du xxe siècle. La Classe représentait à la fois un élément essentiel dans le fonctionnement de l'économie capitaliste et un principe d'antagonisme subjectif qui annonçait dans ses formes de vie la possibilité d'une organisation sociale différente. Cet ouvrage reconstruit un épisode significatif de l'histoire de la centralité ouvrière : la séquence politique des années 1960 en Italie. La Nouvelle Gauche italienne - en particulier la revue-collectif Quaderni Rossi - a produit une fusion originale entre l'enquête menée dans les usines comme pratique militante directe et la théorie critique du capitalisme moderne inspirée par Lukács et l'École de Francfort. Malgré sa brièveté, cette expérience fut décisive pour la longue saison italienne des luttes sociales : elle a réussi à articuler l'exigence d'ancrer la politique à la vie ordinaire des classes laborieuses, la tentative de surmonter la crise du mouvement ouvrier après la glaciation stalinienne et la confrontation avec les diagnostics philosophiques de la modernité élaborés par Hegel et Max Weber. À la fois intervention militante et production de connaissances, l'enquête est le fil conducteur qui permet de reconstruire cette conjoncture et ses enjeux historiques et philosophiques : elle rend visible l'émergence d'une subjectivité politique ouvrière en tant que point critique irréductible de la société capitaliste moderne. Reconstruire cette constellation signifie se remémorer la négation dialectique d'un ordre social devenu nature et destin.

  • Au-delà de l'apologie circonstancielle du bergsonisme contre ses adversaires rationalistes et thomistes, les deux textes testamentaires de Charles Péguy constituent l'une des traversées les plus éloquentes, inséparable d'une reprise originale, de la philosophie de Bergson. Le gérant des Cahiers de la Quinzaine y renouvelle la métaphysique du temps depuis une analyse critique de la société de son temps. Avec cet engagement du bergsonisme, c'est le legs philosophique de Péguy lui-même que la Note sur M. Bergson et la Note conjointe sur M. Descartes recueillent en dernière instance. De là qu'elles demeurent sans équivalent pour aborder ou méditer cet auteur insaisissable. Socialiste utopiste, dreyfusard militant, poète chrétien, nationaliste enragé : les ultimes écrits de Péguy invitent à déposer ce kaléidoscope pour découvrir un penseur à la hauteur de son époque de crise, peut-être aussi de la nôtre. Plus profondément que deux philosophes français, c'est une réflexion métaphysique sur la scission radicale de la durée incarnée et une critique sociale de sa dénégation qui sont ici conjointes. Si bien qu'au seuil du désastre on ne trouve pas, sous la plume de ce va-t-en-guerre mélancolique, une théorie du déclin glorifiant le passé national, mais une ode à la « mouvance » du présent et une dénonciation de son gel catastrophique sous les règnes complices de l'argent et du positivisme. Péguy articule par-là, à une interprétation hardie de la métaphysique bergsonienne qui annonce les philosophies de l'événement, une étonnante contribution aux critiques marxistes de la modernité capitaliste et du mythe du progrès. Versant bergsonien d'un réquisitoire antimoderne, les Notes en sont aussi bien le pendant : un plaidoyer pour l'assomption de cet éternel passage du temps que refoulent tous les cultes de l'habitude et de la mémoire. De quoi rendre possible une réappréciation de Charles Péguy et de sa position singulière, entre diagnostic de la crise et affirmation de l'espérance.

  • Ce livre rassemble des articles que l'auteur a consacrés à la phénoménologie. Avec plusieurs autres textes publiés dans ses livres précédents, ils dessinent les linéaments d'une archéologie de la phénoménologie française. Si la phénoménologie a pu bouleverser la philosophie au vingtième siècle, c'est qu'elle est avant tout une méthode. Aussi, loin de se figer en un ensemble de thèses, s'est-elle développée dans une pluralité de directions et a-t-elle retourné vers, et parfois contre elle-même, sa réflexion critique. Les pensées analysées en témoignent, la phénoménologie française est en dialogue ouvert avec les grands systèmes philosophiques, mais aussi avec d'autres disciplines, parmi lesquelles prévalent peut-être l'esthétique et l'anthropologie. Aussi l'auteur s'est-il toujours, ici comme ailleurs, interdit de la refermer sur elle-même. La réception de l'héritage phénoménologique a été particulièrement féconde en France, où dans la brèche ouverte par Levinas, se sont déployées des pensées majeures telles que celles de Sartre et de Merleau-Ponty. Les essais réunis dans ce livre se présentent comme autant de lectures qui dégagent quelques-uns des moments qui ont prolongé ces grandes pensées : de Ricoeur et Thao à Derrida, de Dufrenne à Lyotard, de Granel à Janicaud. L'ouvrage laisse apparaître que les entreprises les plus audacieusement critiques à l'égard de la phénoménologie restent elles-mêmes, à des degrés divers, solidaires de l'héritage qu'elles ont reçu en partage.

  • L'« Homme » ou la « structure », la « philosophie du sujet » ou la « philosophie du concept » : ces oppositions balisées dans le cadre de la « querelle de l'humanisme » ont la dent dure. Elles contribuent à surdéterminer la manière dont nous héritons, aujourd'hui encore, de la vie intellectuelle des années soixante. Ce livre se situe délibérément après cette querelle : à rebours des polémiques convenues et des dialogues de sourds, il propose une reconstruction dialogique du problème de la pratique et de son primat supposé sur la théorie, comme enjeu commun à trois auteurs réputés incompatibles : Althusser, Foucault et Sartre. Privilégiant le caractère intempestif des thèses à la systématicité des oeuvres, l'ouvrage suit le fil conducteur des rapports entre pratique et structure, prenant la forme d'une « théorie des ensembles pratiques ». Le dialogue ainsi reconstruit accorde une importance toute particulière à la critique par Althusser des philosophies de la praxis constituante - parmi lesquelles la Critique de la raison dialectique de Sartre occupe une place majeure - au profit d'une analyse structurale des pratiques constituées. Ce geste althussérien a un coût, qui consiste à écarter l'ancrage historique et empirique des pratiques au profit d'une théorie de l'histoire comme « procès sans sujet ». Foucault et Sartre se démarquent nettement du traitement althussérien de l'intelligibilité des pratiques. Il s'agit pour eux de sonder l'intelligibilité des pratiques à même le concret : celui des archives de pratiques passées chez Foucault, celui de la dialectique comme logique de l'action en cours chez Sartre. Contre l'idée galvaudée d'un Sartre vieillissant parmi ses contemporains, s'ouvre alors la possibilité d'un véritable dialogue entre Foucault, Sartre, et les sciences sociales sur la question d'une histoire politique de la vérité, qui contribue à remanier en profondeur les rapports entre théorie et pratique.

  • Depuis la fin de la guerre froide, le nombre de murs, barrières ou clôtures a été multiplié par cinq ; mis bout à bout, ils permettraient de parcourir les trois quarts du périmètre équatorial de la Terre. De nouveaux murs ne cessent d'être construits, y compris en Europe. Pourtant, bien des études s'accordent à répéter l'inutilité de ces renforcements au regard des objectifs annoncés de « sécurisation » de la frontière. La résurgence du schème traditionnel de la frontière n'est-elle qu'un effet de surface, une réaction spectaculaire autant que vaine, le dernier sursaut d'une souveraineté à l'agonie ? Comment penser l'apparent paradoxe entre, d'une part, une incitation permanente et généralisée à la mobilité, une tendance à l'ouverture des frontières et, d'autre part, la militarisation des frontières et les mesures de lutte contre l'immigration clandestine ? En se démarquant de la dichotomie fondatrice du problème tel qu'il est généralement abordé (la souveraineté des États opposée aux droits des migrants, le sécuritaire contre l'humanitaire), ce livre tente de dessiner la cohérence propre d'une « rationalité » frontalière qui s'élabore dans le cadre d'institutions de gestion des migrations mondialisées. Se tenant au plus près de pratiques et de discours hétérogènes et souvent conflictuels, il met en résonance les derniers travaux de Foucault portant sur le néolibéralisme avec un riche matériel juridique, sociologique et politique. Ces ressources permettent de saisir la complexité et les transformations de l'institution frontalière, soumise à la pression institutionnelle et intellectuelle d'une gouvernementalité managériale, sur un fond de mondialisation essentiellement inégalitaire. La mondialisation du marché du travail et le développement du néolibéralisme forment le cadre à l'intérieur duquel la frontière se dessine comme mode de régulation des flux et instrument de mise en mouvement différenciant. Au regard de cette matrice génératrice de mobilités inégalitaires, quelle est la généalogie, quelles sont les continuités et les discontinuités du « phénomène migratoire » ?

  • La musique occupe une place singulière au sein de la philosophie de G.W. Leibniz (1646-1716). Si les développements que ce dernier y consacre sont peu nombreux et dispersés à travers son oeuvre, ils n'en dessinent pas moins les contours d'une philosophie de la musique aussi pénétrante que méconnue. Celle-ci apparait tout à la fois comme l'expression et le modèle privilégié de sa métaphysique générale, dont la portée esthétique reste largement à explorer. Une oeuvre en particulier, cependant, semble avoir déjà donné corps à cette esthétique musicale. Cette oeuvre est celle de Jean-Sébastien Bach (1685-1750), dont l'écriture contrapuntique manifeste plus que toute autre une parenté structurelle avec la philosophie de Leibniz. À scruter l'architecture complexe de ses compositions, on peut y déceler comme un miroir de l'univers leibnizien, une expression sensible des principes mêmes de l'harmonie universelle. Au vu du contexte intellectuel dans lequel évoluait J.-S. Bach, cette parenté n'est du reste pas sans fondement historique. Il n'est ici que de mentionner l'implication du Cantor dans la société philosophique dirigée par Lorenz Mizler (1711-1778), élève de Wolff et héritier de Leibniz, à laquelle il dédia plusieurs de ses oeuvres les plus hautement formelles, dont la dernière, inachevée, devait être L'Art de la fugue. À travers l'étude de la conception leibnizienne de la musique, envisagée dans son rapport à la pensée musicale de J.-S. Bach, cet ouvrage explore les relations entre métaphysique et musique à la lumière du concept d'harmonie comme « unité dans la diversité ». Par le biais d'une enquête comparative, de nature à la fois structurelle et historique, il a pour ambition de montrer comment les concepts de Leibniz peuvent éclairer de façon inédite la musique de J.-S. Bach, et comment celle-ci permet, en retour, de mettre sous un jour nouveau la doctrine leibnizienne de l'harmonie - laquelle trouve en Bach une postérité insoupçonnée.

  • Les études rassemblées dans ce volume portent sur toutes ces questions. Repartant de l'ambivalence des catégories d'Aristote et de la lecture qu'en propose Franz Brentano, elles jettent une lumière nouvelle sur certains aspects essentiels de la réappropriation du problème des catégories de Bolzano à Lesniewski, en passant, centralement, par la phénoménologie husserlienne. Renouant, par-delà Kant, avec le projet aristotélicien d'une théorie des catégories, la philosophie contemporaine a largement contribué à renouveler le problème de l'articulation entre l'analyse du monde et celle du langage, entre les catégories ontologiques (substance, propriété, état de choses, etc.) et les catégories logiques (sujet, prédicat, proposition, etc.). Les catégories héritées de la tradition sont-elles d'abord des catégories ontologiques ou des catégories logiques ? Quel lien unit les unes aux autres ? Et dans quelle mesure sont-elles contaminées, les unes comme les autres, par les catégories grammaticales qui dénotent les parties du discours (substantif, adjectif, verbe, etc.) ? Enfin, comment et à quelles conditions l'analyse syntaxique, qui rend compte de la construction d'expressions bien formées, peut-elle être complétée par une analyse sémantique, qui rend compte de leur caractère sensé ?

  • Depuis quelques années, la révolution industrielle et le prix dont s'est payée la croissance économique et sociale retiennent l'intérêt des chercheurs. Ce courant profond s'accompagne d'une curiosité très vive pour les « laissés pour compte » de cette lente promotion sociale, ceux qui font aujourd'hui partie du Quart Monde et qu'au moment de la Révolution française, on désignait comme le « Quatrième État ». Paul Bonenfant a fait, en Belgique, oeuvre de pionnier en la matière lorsqu'il a publié, en pleine crise économique,Le problème du paupérisme en Belgique à la fin de l'Ancien Régime. On y trouve posé d'emblée le problème essentiel : la révolution industrielle a-t-elle accru les maux qu'on lui attribue communément : bas salaires, travail des femmes et des enfants, ignorance, alcoolisme ? Ou bien la misère était-elle plus profonde au XVIIIe siècle mais, à défaut de grandes enquêtes sociales, moins bien connue ? L'auteur limite son enquête aux anciens Pays-Bas autrichiens et néglige la Principauté de Liège. Aucune étude d'ensemble sur l'indigence dans la Principauté n'a été publiée à ce jour, à l'exception de quelques monographies sur des formes particulières d'assistance ou de répression. C'est cette lacune que nous avons voulu combler. Par ailleurs, nous avons évité de nous enfermer dans un seul régime politique, celui des Princes-Évêques. Nous avons préféré étendre ce travail aux régimes français et hollandais afin de déterminer s'il y avait eu au long de ces trois périodes une amélioration ou une dégradation dans les conditions de vie de la population.

  • À quelques années de distance, il nous est bien agréable de nous remémorer l'ambiance festive dans laquelle se déroula, en mai 2004, le symposium de clôture de la Chaire Francqui au titre étranger, dont Alberto Varvaro fut le lauréat en 2003-2004. Venus de Belgique et d'ailleurs, les amis, les élèves anciens et récents de ce maître de la philologie romane actuelle, étaient présents pour célébrer la conclusion heureuse de la « Class of excellence » dont Monsieur Varvaro nous avait fait le cadeau pendant toute une année académique. Ce fut un honneur pour nous de le recevoir à l'Université de Liège, et le soutien de la Fondation Francqui, ainsi que l'adhésion enthousiaste de nos collègues des Universités de Gand, de Louvain-la-Neuve et de Namur, nous ont rendu la tâche encore plus aisée. Nous ne pouvons aussi manquer de rappeler ici l'aide que nous a apportée la regrettée Jacqueline Claude, dont la compétence nous a été précieuse à bien des égards. Le sujet que Monsieur Varvaro avait proposé pour la « Class of Excellence » - « L'Automne du Moyen Âge. Les Chroniques de Jean Froissant : philologie, histoire, iconographie » - s'insérait parfaitement dans le cadre des intérêts et des activités scientifiques des médiévistes des institutions universitaires partenaires, rencontrant ainsi les préoccupations des chercheurs liés aux centres d'études sur le Moyen Âge implantés dans toute la Belgique. La présence du maître parmi nous a favorisé les échanges interdisciplinaires, ses enseignements ont apporté le plus grand bénéfice à la communauté scientifique belge et contribué à susciter l'intérêt de nos étudiants pour nos disciplines. Le Colloque international, dont ce volume veut être le témoin, a constitué une mise au point collective sur les recherches les plus récentes non seulement sur Jean Froissart, mais aussi sur l'historiographie, la production romanesque et lyrique de la fin du Moyen Âge, en France et dans le reste de la Romania.

  • Le but du présent ouvrage est d'établir dans quelle mesure Kierkegaard, Sartre et Camus ont pu influencer le jeune écrivain Stig Dagerman. Les deux ouvrages de quelque importance consacrés à cet auteur, la biographie d'Olof Lagercrantz et le livre récent de Hans Sandberg font allusion à une telle influence, mais ils restent vagues à son sujet. Les comptes rendus de presse et de revues parus à l'occasion de la publication ou de la représentation des oeuvres de Dagerman signalent occasionnellement des analogies de détail. Mais la question de savoir si sa pensée a été véritablement marquée par les théories existentialistes n'a jamais été élucidée. Un travail scientifique concernant l'étendue de l'influence de Kierkegaard, Sartre et Camus sur la littérature suédoise des années 40 fait actuellement défaut. Les analogies manifestes entre la pensée existentialiste et certaines idées-clefs des « 40-talister », le fait que les pièces et les romans de Sartre et de Camus ainsi que certaines de leurs oeuvres théoriques ont été jouées ou éditées en suédois à partir de 1945 et ont donné lieu à des commentaires parfois passionnés, le fait établi que Karl Vennberg, chef de file du groupe « 40-tal », et Lars Ahlin, membre du même groupe, ont approfondi la philosophie de Kierkegaard montrent que l'histoire littéraire suédoise des années 40 ne peut être complète si elle néglige l'importance du courant existentialiste. Il faut entendre ici le terme « existentialisme » dans un sens assez large, puisqu'il recouvre la philosophie de Kierkegaard, qui serait plutôt, au sens strict, « un penseur existentiel », et la pensée de Camus, qui pourtant affirme en 1945 : « Non, je ne suis pas existentialiste. ». Si les théories de Gabriel Marcel, de Karl Jaspers et de Martin Heidegger ne sont pas mentionnées ici, c'est que ces philosophes étaient à peu près inconnus du public suédois pendant la deuxième guerre mondiale et dans les années qui ont suivi celle-ci. Seuls des spécialistes peuvent s'y référer occasionnellement. Ainsi Gunnar Brandell publie dès 1937 un volume d'essais intitulé : « Confesseurs et éducateurs » dans lequel il oppose la philosophie de Jaspers à celle des « philosophes d'Upsal ». En 1946, le même auteur retrace, pour la première fois en Suède, le cours de la tradition philosophique de l'existentialisme de Kierkegaard à Sartre en passant par Heidegger, Jaspers et Marcel. Mais l'exemple de Brandell peut être considéré comme isolé.

  • Le but de ce travail est de voir comment dans une ville de moyenne importance au plan européen, capitale d'un évêché d'Empire, située aux limites de la France, un système d'assistance se mit en place et se transforma. Il s'avérait nécessaire, dans un premier temps, d'établir le profil de chacune des fondations : quand elles apparaissent, qui en est le fondateur et à qui elles sont destinées. Cette recherche était d'autant plus indispensable qu'hormis quelques articles aucune étude d'ensemble ne leur avait jamais été consacrée. Les hôpitaux et les Aumônes ne naquirent pas dans un terrain institutionnellement vierge. Ils furent confrontés à une hiérarchie ecclésiastique et aux autorités de la cité. Celles-ci exercèrent sur l'assistance un contrôle et une influence dont il s'agit de mesurer la portée réelle. Finalement, nous tenterons de cerner la vie quotidienne dans ces établissements, les secours dispensés par ces institutions, leur nature et leur importance.

  • L'analyse des structures démographiques de la population verviétoise nous paraît particulièrement justifiée non seulement parce que Verviers est le siège d'une révolution industrielle parfaite mais aussi en fonction de la problématique générale des rapports entre la démographie et l'industrialisation. Cette étude s'impose d'autant plus que nous disposons de la meilleure source possible pour la mener à bien : les listes nominatives de recensement.

  • A cada año sus centenarios. Cada año no faltan ocasiones de conmemorar algo que ocurrió hace cien, doscientos, quinientos o mil años. Cada año ocurre algo que se celebrará dentro de cien, doscientos, quinientos, mil años. Casualidades de la Historia. Pero, como si la Historia jugara con los hombres, hay en la de determinadas comunidades de pueblos, años en que los centenarios se citan a montones. Para España y los países americanos de lengua española, 1992 fue ya motivo más que suficiente para recordar el así llamado descubrimiento de América quinientos años antes, pero también la publicación de la primera gramática española de Nebrija, y, con a veces mala conciencia, la toma de Granada y la expulsión de los judíos por los Reyes Católicos. Seis años más tarde, los mismos pueblos se reencuentran para acordarse de múltiples'98. El 10 de diciembre de 1998, hacía exactamente 800 años que se moría en exilio el filósofo hispanoárabe Averroes (10.12.1198), conocido sobre todo entre nosotros por sus comentarios a Aristóteles, por los cuales contribuyó de manera definitiva a nuestra formación cultural y científica... y también política. Averroes afirmó entre otras propuestas todavía por meditar que la legitimidad de la existencia del Estado ha de fundamentarse en la educación de los ciudadanos, nunca en la represión. Cuatrocientos años después, en 1598, se enterraba en su fortaleza-convento del Escorial a alguien que, al parecer, no había oído mencionar a este Averroes político. Felipe II, consabido es, organizó una de las más duras represiones del pensamiento que conoció un mundo que tantas, y aún más radicales, había de conocer. España, si bien lo pensamos, no se recuperaría de los desastres de aquel reino hasta nuestro siglo: de Felipe II a Francisco Franco, un hilo negro de censuras irá tejiendo la historia intelectual de la Península. Hasta el principio del siglo XIX, el Imperio español, periferia de una nación europea periférica, había acumulado bastantes retrasos para encontrarse también a la periferia de la modernidad. De la derrota de la Invencible Armada, de la que fue responsable ese rey mucho menos Prudente de lo que dice su apodo, al desastre de 1898, año en el que España pierde sus últimas colonias, Cuba, Puerto Rico y las Filipinas, otro hilo se desovilla de la madeja de la Historia. A las hogueras del siglo XVI contestan los "compontes", es decir las torturas aplicadas por los españoles contra los independentistas cubanos, puertorriqueños y filipinos. Tampoco la lección de Averroes había sido entendida al final del siglo pasado, como tampoco en el nuestro: la actualidad más candente de finales de 1998 nos recordaba que también para un tal Augusto Pinochet, Averroes debía de ser poco menos que un filósofo marxista.

  • Die vorliegende Arbeit hat es sich zur Aufgabe gesetzt, die Entfaltung der literarischen Theorien in der DDR systematisch zu erforschen. Nach etwa fünfundzwanzig Jahren scheinen sich in der Entwicklung der DDR-Literaturwissenschaft klare Linien und Tendenzen abzuzeichnen, so daß jetzt der Versuch gewagt werden darf, einen Oberblick über die ganze literaturwissenschaftliche Forschung in der DDR zu gewinnen. Bei meinen Nachforschungen, die sich bis Mitte 1973 erstrecken, wird besonders der Frage nachgegangen, in welchem Maße wenn überhaupt diese Theorien zur Bereicherung des literarischen Denkens beigetragen haben bzw. beitragen knnen. Diese Untersuchung entspringt der tiefen Überzeugung, daß das Phänomen Literatur viel zu komplex ist, als daß eine literaturwissenschaftliche Richtung allein es je vollständig erfassen knnte. Alle Richtungen und Methoden der Literaturwissenschaft knnen m.E. wie verschiedenartig sie auch sein mgen hierzu weiterführende Einsichten vermitteln, indem sie jeweils bestimmte Teilmomente ihres vielschichtigen Forschungsgegenstands besonders ausleuchten. Dementsprechend halte ich es für unverständlich und auf keinen Fall berechtigt, die DDR-Literaturwissenschaft einfach zu ignorieren, ohne mindestens den Nachweis erbracht zu haben, daß ihre Forschungsergebnisse für die Theorie der Literatur grundsätzlich ohne Gewinn sind. Dies besonders in unserer Epoche, wo mancherorts behauptet wird, die Literaturwissenschaft stecke in einer Krise, und wo nicht wenige Forscher nach neuen Ansatzpunkten zur Verwissenschaftlichung ihres Faches suchen, wie etwa durch die Hinwendung zur Linguistik oder zu sozialen Fragestellungen. Es wurde hier nicht versucht, die Geschichte der DDR-Literaturwissenschaft zu rekonstruieren. Diese Arbeit versteht sich keineswegs als die Aufzeichnung der Fakten und Ereignisse, die die DDR-Literaturwissenschaft seit ihrem Bestehen gekennzeichnet haben. Stattdessen habe ich nur diejenigen Etappen ihres Entwicklungsweges als relevant betrachtet, die über die Frage nach dem Beitrag der DDR-Literaturwissenschaft zur Vertiefung des ästhetischen Denkens Aufschluß geben.

  • L'histoire des universités fut longtemps confondue avec l'analyse des doctrines qui y étaient élaborées ou encore avec l'exposé de l'évolution institutionnelle des facultés et collèges qui les composaient. Depuis peu cependant, on a songé aussi à étudier les relations qui s'organisaient entre ces établissements d'enseignement supérieur, créations originales du Moyen Age occidental, et les différentes composantes de la société. Le remarquable ouvrage que S. Stelling-Michaud a consacré à L'Université de Bologne et la pénétration des droits romain et canonique en Suisse aux XIIIe et XIVe siècles (Genève, 1955) est évidemment loin d'être étranger à cet important changement d'orientation. Puisque la plupart des étudiants quittent l'Université qui les a formés après l'obtention de leurs grades, il semble particulièrement logique de s'intéresser à leur insertion dans la société. C'est pourquoi j'ai voulu dans ce livre mettre en évidence, le plus concrètement possible, l'intégration des universitaires qu'ils soient maîtres-ès-arts, juristes, physici ou théologiens, dans les cadres familiaux, administratifs, religieux et politiques du diocèse de Liège. L'étude du rôle joué par les universitaires prébendés ou résidant dans cette circonscription ecclésiastique ne pouvait évidemment être réalisée qu'à partir de l'analyse d'un nombre important de cas individuels, si bien que chacun des personnages remplissant des conditions déterminées ont dû être préalablement identifiés. Ces notices biographiques constituent les fondations de l'exposé qui va suivre ; elles feront l'objet d'une publication séparée sous le titre Les maîtres universitaires du diocèse de Liège, 1140-1350. Répertoire biographique. Les lecteurs, désireux de prendre connaissance de détails concernant l'un ou l'autre gradué, voudront bien se reporter à ce volume, auquel d'ailleurs je ferai très souvent référence.

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