Presses universitaires de Lyon

  • Les paradoxes de la féminisation : analyse comparative de trois postes à responsabilités dans le système éducatif Nouv.

    Inscrit dans le droit français depuis 1983, le principe de l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes peine toutefois à être pleinement appliqué. Si, aujourd'hui, plus de 60 % des agents de la fonction publique sont des femmes, cette situation en apparence favorable cache des disparités importantes. Au sein de l'Éducation nationale, cet écart est encore plus flagrant et paradoxal : alors que le recrutement se féminise toujours plus, les femmes accèdent finalement peu aux postes à responsabilités. À travers l'étude sociologique de trois fonctions emblématiques du système éducatif français - la direction d'école primaire, l'inspection de l'enseignement primaire, la direction de collège et de lycée -, Gilles Combaz analyse la position des hommes et des femmes dans leur environnement de travail. Il s'attache en particulier aux étapes charnières de la carrière que sont le recrutement, l'avancement et la mobilité. L'utilisation de données statistiques globales permet de réaliser un état des lieux de la place accordée aux femmes dans le monde professionnel, tandis que le recours aux entretiens apporte les nuances nécessaires et ouvre de nombreuses pistes de réflexion.

  • Leurs enfants dans la ville : enquête auprès de parents à Paris et à Milan Nouv.

    La présence d'enfants non accompagnés dans nos rues est devenue suffisamment rare pour susciter la curiosité, l'interrogation, voire la réprobation. En effet, dans les sociétés occidentales contemporaines, l'enfant a progressivement désinvesti l'espace urbain extérieur pour devenir un « enfant d'intérieur ». Si de nombreux facteurs interviennent dans ce processus, le rôle des parents est primordial : les ressources culturelles et matérielles dont ils disposent, les souvenirs qu'ils gardent de leur propre enfance, les pratiques éducatives qu'ils mettent en oeuvre, les normes de comportement et de présentation de soi qu'ils transmettent concourent à façonner la perception d'un espace extérieur plus ou moins accueillant, plus ou moins sûr chez leurs enfants. Comparant deux quartiers de Paris et de Milan, Clément Rivière s'appuie sur de nombreux entretiens et des observations de terrain pour identifier les dynamiques qui encadrent la socialisation des enfants aux espaces publics. Il s'intéresse également à la différenciation de cette socialisation selon les sexes, selon les milieux sociaux et selon les contextes nationaux et locaux, ainsi qu'aux inégalités qui en découlent.

  • Le temple national : prêtres et pasteurs au Parlement français depuis 1789 Nouv.

    À rebours d'une histoire nationale souvent résumée en un affrontement irréversible entre politique et religion, jusqu'à aboutir au régime de laïcité que l'on connaît aujourd'hui, la présence d'hommes d'Église, catholiques et protestants, dans les assemblées parlementaires a été un fait minoritaire peut-être, mais constant depuis 1789. Cette assiduité s'explique par la place qu'occupent les Églises au sein de la société, mais aussi par les sociabilités provinciales qui servent de cadre aux circonscriptions électorales de la France métropolitaine et de l'outremer. Elle illustre en outre la volonté de représenter les idéaux et les intérêts propres aux différentes confessions et sensibilités religieuses de l'opinion publique et des citoyens. Ce livre, écrit par les meilleurs spécialistes d'histoire religieuse et politique de la France contemporaine, invite à découvrir la contribution des Églises à l'apprentissage de la démocratie parlementaire.

  • Si Thomas Müntzer n'est pas aussi connu que Martin Luther, il a pourtant été l'un des grands acteurs de la Réforme protestante du XVIe siècle. Prédicateur de talent, partisan précoce de Luther, il prend toutefois rapidement ses distances et assume des positions plus radicales, défendant notamment le principe de la souveraineté du peuple. Il rejoint alors un mouvement de révolte, qui donnera naissance à la « guerre des Paysans », et devient l'un des chefs de la rébellion, appelant à une révolution à la fois religieuse et matérielle. Bientôt capturé, il est torturé puis exécuté. Müntzer laisse à la postérité divers écrits témoignant de sa vision du christianisme et des pouvoirs spirituel et temporel. À travers la traduction de sept textes fondateurs et d'une vingtaine de lettres, Joël Lefebvre met en lumière l'intérêt à la fois philosophique, historique et linguistique de l'oeuvre de Thomas Müntzer et révèle toute la force d'une pensée novatrice pour l'époque, et toujours aussi évocatrice.

  • Pourquoi et comment sommes-nous passés de la « Marche des Beurs » de 1983, revendiquant l'égalité et la pleine citoyenneté française, à un nouvel investissement de la religion musulmane qui, selon certains, frappe aux portes de l'école ? C'est ce processus complexe que Samia Langar analyse dans cet ouvrage. Après un retour indispensable et sans concession sur le contexte historique qui a façonné cette « question de l'islam », la chercheuse donne la parole aux premiers intéressés : les personnels de l'Éducation nationale et les parents de culture musulmane. Ces enfants que l'on montre souvent du doigt sont des élèves comme les autres et, à ce titre, enseignants comme parents pensent d'abord à leur réussite scolaire. Ces enfants sont aussi les habitants de territoires enclavés de la banlieue lyonnaise, devenus leur seul refuge. Ces enfants sont enfin des Français que l'on qualifie encore, après quatre générations nées en France, comme étant « issus de l'immigration ». Les questions d'intégration, d'identité et de laïcité traversent les échanges, et laissent clairement transparaître un déficit de reconnaissance. Quant au retour à la religion, il apparaît davantage comme un recours face au sentiment d'exclusion, et son expression est avant tout celle d'une aspiration intérieure et non d'une revendication collective.

  • Depuis la fin du xxe siècle, un pan de la critique universitaire s'est montré soucieux d'offrir aux études francophones un soubassement épistémologique capable d'asseoir leur légitimité. Le présent ouvrage se situe résolument dans ce sillage. Son originalité tient sans doute à la contribution d'écrivains et d'étudiants conviés à participer à cet effort réflexif. Adoptant une composition polygraphe qui mêle articles scientifiques, essais et entretiens, ce livre esquisse un inventaire des concepts, pratiques et méthodes permettant d'appréhender les écritures francophones du xxie siècle commençant. Il fait ainsi surgir ou resurgir quelques grandes questions et met en relief certaines nécessités : reconsidérer le concept même de francophonie, inclure la variété de ses espaces et de ses corpus, mais aussi sortir les études francophones de leur confinement. Plus globalement, il s'agit d'élaborer de nouveaux cadres théoriques pour repenser l'espace, le temps et l'histoire littéraire.

  • Façonnées par l'histoire, les villes sont en constante évolution, comme les sociétés qui les habitent, les transforment et qui sont en retour transformées par elles : des quartiers disparaissent, des populations se déplacent, des constructions voient le jour. Par la force des choses, les réseaux qu'abritent ces espaces urbains se modifient aussi ; des liens se resserrent, d'autres se distendent. Dans ce paysage en mouvement, l'artiste doit trouver sa place. Comment l'écrivain ou le peintre réussit-il à rendre compte de ces changements ? De quelle façon l'environnement de l'artiste influence-t-il son oeuvre, et de quelle façon l'artiste influence-t-il à son tour son environnement ? À travers l'étude d'oeuvres picturales et littéraires de Louis Aragon, Graham Swift, Alfred Dblin, etc. , cet ouvrage alimente la réflexion sur la ville et ses représentations. Dans une approche pluridisciplinaire (analyse littéraire, histoire, esthétique) balayant différents lieux (Europe, Asie, Amériques) et différentes époques, les auteurs cherchent à démêler les écheveaux de ces entrelacs topographiques, historiques, narratifs et humains, qui ne sont, bien souvent, que le reflet de notre quête d'identité.

  • En 2008, une enquête sociologique révélait qu'en France, un tiers des hommes et un quart des femmes avaient déjà trompé leur conjoint.e. Encore largement taboues, les amours clandestines constituent pourtant le quotidien de millions de personnes. Marie-Carmen Garcia est allée à la rencontre de ces hommes et de ces femmes adultères, recueillant leur parole pour construire son analyse de l'extraconjugalité durable. Dans une enquête initiale qui a convaincu un large lectorat (Amours clandestines, 2016), la chercheuse s'est employée à poser l'infidélité conjugale comme objet sociologique et à en étudier les ressorts biographiques et culturels. Dans cette nouvelle enquête, elle poursuit ses travaux, se penchant cette fois sur des thèmes du quotidien : grossesse, famille, argent... comment ces questions sont-elles vécues par les couples clandestins ? Chaussant les « lunettes du genre », Marie-Carmen Garcia adopte une approche délibérément féministe pour comprendre les formes de domination et les déterminismes sociaux en action dans les couples illégitimes.

  • Provocatrice, irrévérencieuse, Christine Angot est devenue, notamment depuis la publication de L'Inceste en 1999, une écrivaine incontournable. Retraçant livre après livre les expériences souvent douloureuses de son double de papier, elle place son écriture sous le signe de la transgression, irritant du même fait une bonne partie de la ­critique française. Francesca Forcolin nous donne à lire dans cet ouvrage la première monographie d'envergure consacrée à celle que l'on a souvent nommée « la reine de l'autofiction ». Très novatrice dans son approche, son analyse s'appuie sur l'exploration de différents mythes : OEdipe, Ulysse ou Antigone sont convoqués pour éclairer le parcours de l'écrivaine. L'étude est complétée par un entretien avec Christine Angot, qui permet d'approfondir le rapport de l'auteure à son oeuvre.

  • Recrutés massivement depuis les années 1960 dans les usines Citroën et Talbot, les travailleurs immigrés, ces « OS à vie », y sont fortement encadrés par des syndicats à la solde des directions et par des organismes émanant de leurs pays d'origine. Or, au printemps 1982, alors que la gauche est au pouvoir depuis peu, ces ouvriers jusqu'alors discrets se mobilisent et s'emparent des répertoires d'action et des mots d'ordre des luttes ouvrières. Face aux conditions de travail déplorables, aux bas salaires, aux menaces de licenciements collectifs, au racisme latent, aux transformations du travail et aux politiques d'immigration, ils réclament ce qui leur est dû : le respect, la liberté, la dignité. Au croisement de l'histoire et de la sociologie, Vincent Gay analyse minutieusement les relations sociales à l'intérieur et à l'extérieur des usines, la place de la politique dans les débats, les pratiques des ouvriers immigrés, leur appropriation du syndicalisme et de la grève. Dans un contexte de crise et de restructurations industrielles, c'est un moment charnière de la contestation sociale, ouvrière et immigrée qui resurgit.

  • Que signifie « échouer » ou « réussir » à l'école primaire ? Comment comprendre les difficultés éprouvées par des élèves d'origine populaire en lecture-écriture, grammaire, conjugaison, orthographe, vocabulaire, expression orale et expression écrite ? Comment se construisent, jour après jour, les processus de production des inégalités scolaires dans les salles de classe ? Ce livre tente de répondre à ces questions, en procédant à l'étude détaillée des pratiques et des productions scolaires d'élèves du CP au CM2 en français. Soulignant le rôle central du rapport au langage dans la production des différences scolaires, l'auteur fonde son analyse sur une sociologie de l'éducation informée des travaux anthropologiques et historiques concernant la spécificité des cultures écrites. Il entend ainsi rendre raison de l'« échec scolaire » du double point de vue d'une anthropologie de la connaissance et d'une anthropologie du pouvoir. Cet ouvrage est issu de l'enquête menée par Bernard Lahire pour sa thèse de doctorat, soutenue en 1990. Trente ans plus tard, les réflexions et analyses qu'il propose n'ont rien perdu de leur actualité. Dans une préface écrite à l'occasion de cette réédition, il souligne le poids de sa propre trajectoire sociale - son statut de transfuge de classe issu d'un milieu populaire - sur le choix de son objet d'étude.

  • Entre 1935 et 1955, Henri Calet compose une somme impressionnante de textes : chroniques, romans, nouvelles, critiques, pièces radiophoniques, scénarios, reportages... Il trace ainsi son sillon d'écrivain, faussement léger et légèrement désespéré. Dans les entretiens qu'il accorde à la presse et à la radio, c'est également de cette façon qu'il évoque son travail d'écriture et sa position dans le monde littéraire. Mais Henri Calet ne se raconte jamais si bien que dans ses silences ou ses à-côtés - à côté de la question, à côté du sujet, à côté de lui-même, parfois. Michel P. Schmitt réunit pour la première fois ces prises de parole, auxquelles il apporte un indispensable éclairage historique et biographique. Et il complète cet ensemble d'un inventaire exhaustif de l'oeuvre de l'auteur.

  • L'autobiographie religieuse a été pratiquée partout et dans toutes les confessions. Mais c'est en Occident qu'elle a pris un essor fulgurant à partir de 1600. Églises, sectes, congrégations ont massivement publié des récits de conversion ou de persécution, des témoignages d'ascèse, d'extase, d'apparitions... Si le genre n'a cessé de décliner depuis le xviiie siècle, son ambition réflexive s'est diffusée dans le roman, la poésie et les écritures du moi. Adoptant une démarche géographique résolument originale, Philippe Gasparini se penche dans cet ouvrage sur une zone méconnue de l'espace autobiographique et passe en revue plus de deux cents auteurs, des plus célèbres (John Bunyan, Hakuin, Jean-Jacques Rousseau, Thérèse de Lisieux) aux plus oubliés. À travers ce tour d'horizon, des itinéraires et des tempéraments se dessinent. Des hommes s'interrogent, des femmes s'affirment. Et un nouveau champ des écritures du moi, jusqu'ici négligé par les universitaires, prend forme.

  • C'est à une passionnante enquête au coeur des archives que nous convie Olivier Faure, entre impasses et découvertes, suspense et rebondissements. Il suit le parcours d'un obscur épicier ambulant de la région de Tarare (près de Lyon) qui, au xixe siècle, réussit en leurrant les autorités à obtenir le titre d'officier de santé. Au fil du récit, la personnalité complexe de Jean-Pierre Françon se dessine, imprégnée par la société de l'Ancien Régime (en matière de commerce, d'économie, de rapports sociaux...) et poussée par un caractère fort et une intelligence sociale qui vont lui permettre d'échapper au déterminisme et de s'élever au-dessus de sa condition. C'est également le portrait d'une profession qui se révèle : celle des officiers de santé, qui n'ont pas suivi les études nécessaires pour devenir médecins et parcouraient les campagnes pour apporter les soins qui faisaient défaut à la population, parfois de façon peu orthodoxe ou aux dépens des malades eux-mêmes. Tout comme celui du Pinagot d'Alain Corbin en son temps, le cheminement du Françon d'Olivier Faure vient éclairer l'histoire de France et de son peuple d'une nouvelle lumière, certes ténue mais désormais essentielle.

  • Yves Grafmeyer est une figure marquante de la sociologie urbaine française. Présentateur et traducteur à la fin des années 1970, avec Isaac Joseph, de plusieurs textes majeurs de l'école de Chicago, auteur au début des années 1990 d'un manuel de sociologie urbaine qui aujourd'hui encore constitue une référence, mais également chercheur ayant produit de très nombreux travaux et écrits de premier plan sur les processus de ségrégation, les logiques de peuplement, les manières d'habiter ou encore les sociabilités urbaines, il a joué un rôle important dans la promotion de cette discipline en France. Sociologue de la vie urbaine plus que de la ville, il est aussi plus largement un grand sociologue qui a activement contribué à la structuration et à l'animation de la recherche en sciences sociales, à Lyon et à l'échelle nationale, et qui a formé plusieurs générations d'étudiants. Ce livre qui lui est consacré présente, sous la forme d'entretiens, son itinéraire professionnel, la genèse, les objets, les enjeux et les résultats de ses travaux de recherche, ainsi que les notions sociologiques majeures qu'il a mobilisées. Il permet ensuite de découvrir ou de redécouvrir une sélection de textes particulièrement significatifs de sa production, et se termine par les témoignages de quelques-uns de ses collègues.

  • Comment les musiques et les récits sonores accompagnent-ils la formation des mémoires collectives ? Quelles places occupent-ils au sein de sociétés et de régimes d'historicité pluriels, et comment sont-ils susceptibles d'y faire archive ? Quelles fonctions jouent alors l'ethnologue, l'ethnomusicologue, l'historien ou le sociologue dans la production et l'utilisation de ces sources ? Les contributions de cet ouvrage explorent ces questionnements, en décrivant la constitution de fonds d'archives, les méthodes de recueil de documents musicaux sur le terrain, et leur usage pour la connaissance des mémoires. À partir d'études de cas ciblées, l'ouvrage interroge la façon dont les acteurs contribuent à la formation, à la circulation et à l'usage de fragments de mémoire voyageant par-delà les lieux et les époques. Il part d'études situées en dehors des territoires précédemment balisés par l'ethnomusicologie de l'Europe et de la France, pour mettre en lumière, dans des aires géographiques différentes, les relations existant entre archives et musiques.

  • Pour les sciences sociales, l'enquête de terrain est incontournable. Mais alors que l'approche classique se fonde sur l'opposition traditionnelle entre terrain et bureau et sur l'objectivité supposée du chercheur, le travail in situ est appréhendé ici comme une zone accidentée, une expérience dont les rugosités, les malentendus et les perturbations constituent la matière même de la recherche. À la croisée de plusieurs pratiques, les auteurs de cet ouvrage déjouent les lignes établies en créant des situations inédites susceptibles de révéler la société sous un jour nouveau. L'expérience artistique (théâtre, performance, cinéma) alimente le questionnement anthropologique, tandis que le renouvellement de perspective est envisagé à partir du réexamen critique de l'ensemble des processus d'écriture et de restitution. Cette immersion dans les errements de la recherche ne manquera pas d'interpeller le lecteur, qu'il soit anthropologue ou artiste.

  • On considère souvent que le xixe siècle a vu la naissance de la « civilisation du journal ». C'est ignorer l'importance quantitative et qualitative de la presse périodique du xviiie siècle et les études importantes qui lui ont été consacrées depuis une trentaine d'années. Cet ouvrage entend montrer que non seulement les journaux du xviiie siècle n'étaient pas prisonniers de pratiques archaïques et sclérosées, mais qu'ils présentaient des traits d'une modernité qui les rend aujourd'hui plus pertinents à certains égards que ceux du siècle suivant. En effet, tandis que de nos jours le modèle du grand quotidien d'information, produit à grands frais par de nombreux journalistes et reporters, semble péricliter, un modèle plus ancien s'impose à nouveau - sur Internet notamment : celui de la petite entreprise animée par une équipe réduite, qui recueille et habille des informations produites par d'autres et fait appel à une communauté de contributeurs bénévoles. Les études rassemblées dans ce livre proposent, à travers des exemples tirés de la presse anglaise, française et espagnole, une exploration originale des nouvelles formes journalistiques qui émergent alors, du courrier des lecteurs à la rubrique nécro­logique, tandis qu'apparaissent les premières « campagnes de presse », dont la querelle très médiatisée entre Rousseau et Voltaire.

  • Omniprésent dans les médias, mais aussi dans le champ politique et dans le langage ordinaire, le terme « bobo » n'est pas neutre. Son usage et ses variantes (« boboïsation », « boboïsé ») tendent à simplifier, et donc aussi à masquer, l'hétérogénéité des populations et la complexité des processus affectant les espaces urbains qu'ils prétendent décrire. En réduisant les « bobos » à des caricatures, on juge des caractères, des intentions et des volontés, en oubliant que les représentations et les pratiques des individus et des groupes sociaux prennent place dans des trajectoires singulières et un monde hiérarchisé. Ainsi, scientifiquement parlant, les bobos n'existent pas, et des expressions telles que « boboïsation » ou « boboïsé » ne conviennent pas pour saisir et caractériser la diversité des logiques et des mécanismes, voire, parfois, les contradictions à l'oeuvre dans les phénomènes de « gentrification ». C'est ce que montre cet ouvrage, qui propose un regard historique et sociologique sur le mot « bobo » et ses usages dans les univers médiatiques, politiques et culturels, comme dans les discours des populations impliquées.

  • Après plusieurs décennies de progrès constant, l'Europe fait face à une nouvelle vague d'opposition à l'égalité de genre et aux droits sexuels, des revendications rassemblées sous le vocable de « théorie » ou « idéologie » du genre. Cette opposition se manifeste à propos d'enjeux divers, comme l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, l'avortement, les technologies de reproduction, l'éducation sexuelle, les législations antidiscriminatoires ou les droits des personnes trans. Comment un concept universitaire comme le genre, repris par une organisation religieuse telle l'Église catholique romaine, a-t-il pu se convertir en un puissant outil de mobilisation et devenir la cible de mouvements sociaux ? Comment ces discours et ces formes de mobilisation traversent-ils les frontières ? Qui sont les acteurs de ces mouvements ? À partir de l'étude des mouvements anti-genre de treize pays européens, dans une approche transnationale et comparée, cet ouvrage présente les points de rencontre entre mobilisations religieuses, populisme de droite et angoisses nationales dans l'Europe d'aujourd'hui.

  • Depuis son invention par Serge Doubrovsky en 1977, le concept d'autofiction n'a cessé d'évoluer et de stimuler la réflexion sur la production romanesque. Depuis quelques années, le phénomène littéraire semble gagner le monde arabe. Certains écrivains s'en réclament, d'autres s'en accommodent et d'autres encore préfèrent employer divers concepts pour définir leur pratique romanesque. Cette nouvelle terminologie peut-elle attester l'émergence d'un « nouveau genre » dans la littérature arabe ? Dans cette première étude consacrée à l'autofiction dans la littérature de langue arabe, Darouèche Hilali Bacar se propose de reconstruire une histoire du roman et de l'autobiographie qui montre la pertinence et la fécondité de l'hybridation générique. Du récit de voyage (rihla) aux autobiographies romancées, en passant par la néo-maqâma, le roman de formation et l'autobiographie altérisée ou déguisée, on suit, pas à pas, la genèse de l'écriture autofictionnelle en langue arabe. L'analyse des textes de Mohamed Choukri, Sonallah Ibrahim et Rachid El-Daïf permet au lecteur d'observer au plus près la pratique autofictionnelle, d'en comprendre les mécanismes et les motivations. À partir de ces trois exemples, Darouèche Hilali Bacar propose d'établir un modèle d'autofiction arabe et de définir les thèmes qui pourraient s'appliquer à de nombreux textes modernes et contemporains.

  • Dans la seconde moitié du xviiie siècle, en Grande-Bretagne, sous l'influence des travaux des philosophes empiristes et des théoriciens du sublime, une partie de l'ancienne rhétorique se recompose, à travers le questionnement des figures, en une nouvelle « poétique des passions » de laquelle sortira le « premier romantisme ». Pour comprendre cette évolution, Catherine Bois nous fait voir les connexions denses et complexes qui, dans les textes littéraires et critiques, lient langage, raison et passion en un réseau où se réarticulent des enjeux rhétoriques essentiels depuis l'Antiquité. Pour elle, le langage lyrique investi par l'affect conserve, tout en les modifiant, certains usages et principes de la rhétorique générale. Organisé chronologiquement, l'ouvrage présente les sources théoriques de l'analyse, puis les confronte aux oeuvres poétiques de Thomas Gray, William Collins, William Blake, William Wordsworth, et de plusieurs poétesses britanniques du XVIIIe siècle.

  • En 2013, Abdellah Taïa déclare à un journaliste : « Pour moi, écrire - même quand il s'agit de "fiction" -, c'est raconter son origine, son monde premier, ses premiers cris. » L'écriture de soi est au coeur de l'oeuvre de cet auteur engagé, premier écrivain marocain à avoir dévoilé son homosexualité. Brassant matériaux littéraire et cinématographique, paratexte et éléments biographiques, Jean-Pierre Boulé retrace avec minutie le parcours de cet écrivain hors normes, mettant en lumière des thèmes comme le deuil, la spiritualité ou la famille, qui hantent la parole de Taïa. Enrichie d'un entretien avec Abdellah Taïa ainsi que de trois récits inédits en français, cette étude est le premier essai critique consacré à l'écrivain marocain, aujourd'hui internationalement connu.

  • Voici plus de trente ans que l'autofiction nourrit les débats critiques et universitaires, et le concept va aujourd'hui bien au-delà d'un phénomène littéraire franco-français. Ce volume en est témoin, à travers ses explorations internationales. L'autofiction déjoue aussi les limites artistiques par son exposition à la photographie, au dessin ou au cinéma. Elle dépasse enfin les frontières sociopolitiques, montrant que l'écriture de soi ne peut être qu'écriture engagée avec l'autre. Un voyage, donc, aux lisières de l'autofiction (ou plutôt de ses définitions les plus étroites), lors d'un colloque qui réunissait à Cerisy chercheurs, écrivains et artistes d'horizons divers, autour de discussions, de lectures et d'entretiens variés. En sont issus aussi bien des textes théoriques permettant d'actualiser notre réflexion sur l'autofiction, que des textes proprement littéraires.

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