Presses universitaires de Strasbourg

  • Le droit musulman encadrant la fonction des imams en France est ici étudié dans une approche comparative. Le statut des ministres du culte musulman est comparé à celui des agents cultuels dans le droit canonique, le droit protestant, le droit hébraïque et le droit bouddhiste. Les modèles étrangers d'organisation de la fonction d'imam en droit des cultes font également l'objet d'une présentation distinguant, d'une part, les pays européens tenus au respect du principe de neutralité en matière religieuse et, d'autre part, des pays dont l'islam est la religion d'État. Contrairement à une idée reçue, la rédaction d'un statut ou d'une charte des imams ne rencontre pas d'obstacle majeur, comme en témoignent les exemples étrangers et les propositions commentées de statut et de charte présentés ici. La question est plus que jamais d'actualité, à l'heure où la question de l'organisation de l'islam ressurgit dans le débat public, avec le questionnement politique sur le « séparatisme ». Cet ouvrage sur le statut des imams s'impose donc comme une contribution majeure à la réflexion sur l'organisation de l'islam dans la France d'aujourd'hui.

  • Magda Trocmé (1901-1996) a partagé sa vie d'engagement entre les cités ouvrières du Nord de la France dans les années 1920-1930, l'organisation du sauvetage de centaines d'enfants juifs au Chambon-sur-Lignon, sous l'occupation nazie, et, après-guerre, une intense activité militante au service de la paix et des droits de l'homme. Écrits d'une plume alerte, ces souvenirs font suite à ceux de son enfance (Souvenirs d'une jeunesse hors normes, Strasbourg, PUS, 2017). Ces deux volumes rendent compte d'un itinéraire exceptionnel, marqué par une vive sensibilité à l'arbitraire et par l'impérieuse nécessité de toujours porter secours aux victimes de l'injustice, de la violence - économique ou morale - et de la barbarie. Le témoignage de Magda Trocmé est ici éclairé par trois spécialistes du contexte historique et religieux, sur la théologie du christianisme social, l'histoire des mouvements non violents entre les deux guerres, le plateau Vivarais-Lignon sous l'Occupation, et les voyages de solidarité internationale dans les années 1950.

  • La parution de l'oeuvre de Philippe Jaccottet en Pléiade permet de mesurer la dimension de l'altérité dans une poésie dont l'un des traits distinctifs est d'être fondamentalement dialogique. S'il n'y a pas d'expérience poétique sans une tension entre un principe de solitude et un principe d'altérité, l'oeuvre de Jaccottet est de celles qui assument cette tension tout en orientant le plus possible la parole vers l'exigence de l'altérité dont Mandelstam a donné la formule : « Pas de lyrisme sans dialogue ». Pour Jaccottet, comme pour plusieurs poètes de sa génération, la poésie est par sortie de soi, par ouverture à l'autre - ou n'est pas. Écrire poétiquement, c'est répondre à l'autre et de l'autre ; il y va de la responsabilité du poète, qui engage aussi la responsabilité du lecteur.

  • La Seconde Guerre mondiale a suscité des représentations qui continuent de façonner l'imaginaire et alimentent aujourd'hui encore en Russie un puissant culte de la victoire devenu source de conflits mémoriels. Ce récit monumental d'une nation unie dans une guerre sacrée ne doit cependant pas occulter les témoignages - tantôt banals, tantôt tragiques - produits en URSS pendant la guerre. Ils disent des expériences ordinaires du front, de l'arrière et de l'Occupation. Ce sont eux qui constituent l'objet de cet ouvrage collectif. Pièces issues d'enquêtes de police, lettres du front, journaux intimes ou entretiens oraux, tous rendent compte de l'extrême variété des vécus de guerre. Ces écrits constituent le matériau d'une historiographie du conflit qui place désormais au centre de son analyse les expériences individuelles relatées par des participants ordinaires. Chaque contribution à ce volume propose l'édition d'un ou plusieurs de ces écrits, accompagnée d'une analyse historique.

  • Dans l'imaginaire collectif et la représentation commune, la présence militaire américaine sur le sol français évoque immédiatement l'apparition de la culture de masse et la civilisation du loisir. Ce livre étudie les coulisses de ce phénomène et met en évidence le rôle des forces armées dans le déploiement d'une stratégie de communication visant à mettre la culture et l'information au service de la politique étrangère des États-Unis. Née en amont du « temps des bases », sur le front intérieur, cette politique culturelle entendait promouvoir une modernité aussi riche que fabriquée, maintenant les civils sur le qui-vive pour gagner la guerre des idées et la guerre froide. Une armée de diplomates est le récit d'un double choc des cultures avec, d'une part, les relations souvent conflictuelles entre les acteurs du département d'État et leurs homologues de la Défense autour de la stratégie culturelle et, de l'autre, les tensions entre la population autochtone et une présence militaire qui ravive le souvenir douloureux de la guerre. Basé sur le dépouillement d'archives inédites, cet ouvrage démontre la manière dont l'uniforme militaire a contribué à la promotion, sinon à la fabrique, d'une certaine culture américaine sur le sol français, de la guerre à l'OTAN.

  • Proposer un panorama des virtualités allégoriques de l'estomac au xixe siècle : tel est l'objectif de cet ouvrage collectif qui, à l'opposé d'une exhaustivité potentiellement redondante, fait le pari de l'ouverture suscitée par des approches différenciées. Les contributions de chercheurs en littérature, philosophie, histoire et histoire de l'art mettent en lumière ce que l'estomac pouvait incarner et pourquoi il pouvait constituer un trope privilégié pour dire le xixe siècle. De cette enquête ressort la profonde ambivalence axiologique de l'estomac, mais aussi sa « plasticité argumentative », caractéristique, selon Judith Schlanger, des représentations organicistes. Emblème de la caricature et support de la satire, l'estomac est également une figure clé dans la formulation d'un système de pensée ou dans l'élaboration d'une poétique, au point d'apparaître comme une figure caractéristique d'un siècle que l'on qualifie volontiers de matérialiste.

  • En 1909, le banquier David Weill lançait la première Bourse de voyage permettant aux étudiants français, sans distinction de sexe, d'étudier un an à l'étranger. Cette porte ouverte sur l'Europe et sur le monde permit à une génération d'étudiantes - encore très minoritaires dans l'Université française - de découvrir le fonctionnement académique et la vie étudiante à l'étranger.Ce volume regroupe neuf rapports de séjour rédigés par ces pionnières, nous offrant le témoignage de nouveaux savoirs, de pratiques de recherche et d'enseignement, mais aussi, plus généralement, de leurs impressions sur le monde de la première moitié du xxe siècle et sur la place nouvelle que les femmes y occupent. À travers la mosaïque de pays et de disciplines qu'ils recouvrent - mathématiques, physique, chimie, biologie, géologie, économie -, ces documents offrent un nouveau regard sur les pratiques scientifiques dans le monde de l'entre-deux-guerres et sur la condition féminine au sein des élites savantes.

  • Formule la plus célèbre de Brillat-Savarin, l'aphorisme qui donne son titre à cet ouvrage délivre une vérité dont les discours anthropologique et sociologique se sont aujourd'hui emparés. Le lien entre les choix alimentaires et la construction d'une identité constitue en effet une problématique centrale où se croisent facteurs physiologiques et idéologiques. Cette interaction traverse également la littérature, sensible à la fois aux discours normatifs sur la nutrition et à la part d'imaginaire sollicitée par l'incorporation alimentaire. À travers l'analyse des implications et conséquences de cet aphorisme et l'exploration des fictions auxquelles il a pu fournir un principe de composition, ce volume souhaite constituer cette mise en oeuvre alimentaire en objet d'étude littéraire et répondre aux questions suivantes : Quelle est la place que l'oeuvre littéraire accorde à l'alimentation dans la légitimation de déterminismes sociaux, sexuels ou raciaux ? Que disent les choix alimentaires des croyances représentées ? Dans quelle mesure participent-ils de la construction du personnage et de la mise en place d'une axiologie, voire d'une imagologie littéraire ?

  • Parler de tragique, donc de fatalité quand on aborde un écrivain se réclamant de la pensée marxiste peut sembler une gageure ; on se souvient de la célèbre phrase de Marx affirmant que ce sont « les hommes [qui] font leur propre histoire, mais ils ne la font pas de plein gré, dans des circonstances librement choisies ». Cependant, dans l'oeuvre romanesque d'Aragon, et notamment dans les premiers romans du Monde réel, il semble que la pensée du romancier soit plus complexe. La hantise de la tragédie qu'est la guerre structure ces romans : la diégèse des Cloches de Bâle s'achève en 1912, au moment du congrès de l'Internationale socialiste (le roman étant publié en 1934) ; celle des Beaux Quartiers va jusqu'en 1913, au moment où est votée la loi qui porte à trois ans le service militaire, alors que la course aux armements s'intensifie ; enfin celle des Voyageurs court jusqu'en 1914, alors que le temps de l'écriture (1939) rejoint une autre guerre puisqu'Aragon termine son roman à la veille de la seconde guerre mondiale. Tout cela est bien connu, mais montre comment les trois premiers romans du cycle sont orientés vers la guerre.

  • Je voudrais placer en exergue de cet avant-propos deux citations extraites de Un soir, Aragon..., livre de Pierre Lartigue consacré à la fameuse soirée du théâtre Récamier le 14 décembre 1965 au cours de laquelle Aragon a présenté six jeunes poètes (Maurice Regnaut, Jacques Garelli, Jacques Roubaud, Pierre Lartigue, André Libérati et Bernard Vargaftig) : l'une d'Aragon, désignant ces jeunes poètes comme « mes merveilleux inconnus », indiquant par là qu'il misait, qu'il pariait sur eux, et l'autre de Pierre Lartigue : « l'héritage n'est pas un Fort-Chabrol. Plutôt une clef ».

  • L'implication d'une problématique paternelle dans le processus de la création semble une vérité généralement établie et admise, et l'oeuvre d'Aragon permet d'en explorer une voie à plus d'un titre singulière. L'information du texte aragonien par les données de la biographie, par la figure du père se fait à différents niveaux qui ne se découvrent pas - dans tous les sens du terme - de la même manière.Les aspects les plus aisément repérables - par exemple le pilotis que peut fournir Louis Andrieux pour les personnages de père ou pour la constitution d'un discours sur la paternité - ne seront ici qu'évoqués, et l'on insistera davantage sur quelques-uns des chemins souterrains, sinueux et dissimulés par lesquels la question du père travaille le texte aragonien.

  • Ce volume interroge le témoignage, non pas pour le vérifier mais pour saisir « les variations complexes d'une posture d'écrivain dans ses diverses manifestations, qu'elles soient réelles, fictionnelles ou poétiques ». L'ouvrage ouvre sur un texte inachevé et inédit d'Aragon inspiré par son long séjour en compagnie d'Elsa en Union soviétique de mi-juin 1932 à avril 1933. Puis, les auteurs du volume rapportent les témoignages des personnalités politiques et littéraires qui ont connu le couple d'écrivains. Enfin, sont regroupées des réflexions traitant du communisme ou de l'influence de la peinture sur l'écriture dans l'oeuvre d'Aragon, des livres utilisés par le poète, et ses articles parus dans Les lettres françaises et L'humanité. ues et brèves à l'adresse de ses amis.

  • C'est en 1988 que je fis la connaissance de John Bennett, à Glasgow. Le fonds des manuscrits une fois constitué après le legs au CNRS et la mort d'Aragon, il s'agissait de créer les meilleures conditions de son exploitation scientifique. Après la mise en place de l'équipe française des chercheurs, deux priorités avaient été retenues, l'établissement d'une antenne russe pour des raisons évidentes, familiales notamment - il permit, non sans mal, la publication de la correspondance Elsa - Lili - et l'établissement d'une antenne britannique.

  • Peu d'écrivains du vingtième siècle se sont impliqués autant qu'Aragon dans le champ politique. Il exerça des responsabilités directes non seulement au Parti Communiste Français, dont il fut membre titulaire du Comité central à partir de 1954, mais déjà au sein du groupe surréaliste dès 1925, puis dans le cadre de nombreux mouvements et initiatives antifascistes pendant les années trente, dans l'organisation de la Résistance, ou plus tard au Mouvement de la Paix. Il intervint de multiples façons dans la politique culturelle, par exemple en tant que secrétaire des Maisons de la culture, membre dirigeant du CNE, mais aussi par ses interventions dans Les Lettres françaises, dont il fut directeur de 1953 à 1972. Journaliste militant à l'Humanité, La Littérature internationale, Commune ou Ce Soir, Aragon devint à la fois un repère et une cible dans le combat politique. Cette intense activité méritait d'être étudiée et précisée. Connue dans ses grandes lignes, elle manquait encore d'une datation serrée, de faits bien établis, d'analyses rigoureuses et aussi impartiales que possible. Vingt ans après la mort de l'écrivain, cet Aragon politique, qui suscita tant de passions, devait pouvoir être étudié avec une relative sérénité, dans le souci non de parvenir à des conclusions indiscutables, mais de compléter le recueil des informations, d'approfondir les analyses, de dépassionner les débats. Susciter de nouvelles recherches, ouvrir des pistes, esquisser un premier bilan, tels étaient les objectifs du colloque.

  • Les Lettres françaises constituent dans le champ de recherche aragonien un objet immense, un monument labyrinthique et un corpus fascinant : plus de mille cinq-cents numéros répartis sur trente années (1942-1972), dont près de vingt années sous la direction précise, passionnée et méticuleuse d'Aragon. Même si des études ont déjà été conduites sur les textes et chroniques d'Aragon et sur sa carrière à la tête des Lettres françaises, rien n'avait été envisagé qui pût prendre la forme d'une approche plus globale. D'abord envisagée comme journée d'études, cette rencontre dont le projet était déjà ancien, devint donc rapidement, par effort conjoint de l'équipe Aragon de l'I et de l'ÉRITA, un colloque aux ramifications importantes, convoquant jeunes chercheurs, témoins et spécialistes. Réunies sous les toits du Moulin de Villeneuve, ces paroles croisées ont pu bénéficier de l'accueil chaleureux de Bernard Vasseur et Caroline Bruant : c'est dans une ambiance amicale et attentive que les communications et les débats ont eu lieu, au profit d'une approche multipolaire de cette « oeuvre » inclassable soumise à toutes les tensions idéologiques, historiques et esthétiques de la guerre froide.

  • Du nouveau sur Aragon ? un nécessaire défi ! Y a-t-il à dire encore sur Aragon, après 2012, qui a vu commémorer le trentenaire de lu mort de l'auteur par de multiples publications, ouvrages et articles, sur papier et en ligne, expositions et spectacles ? Ce volume, consacré à « Aragon, trente ans après », fait le pari que oui. Car, au-delà de quelques utiles articles de synthèse prolongeant l'année commémorative, il explore pour l'essentiel des aspects méconnus ou peu traités de l'oeuvre aragonienne comme de l'homme : sa réception, à l'international (Japon et Congo), et dans le champ scolaire (école, collège, lycée) voire universitaire (pour te cas de l'enseignement du français langue étrangère), lu façon dont l'auteur investit dans son écriture ses activités de traducteur, de journaliste ou d'éditeur, de nouvelles pistes intertextuelles (Maurice Barrés, Arthur Rimbaud, le peintre André Musson), mais aussi une facette inattendue de l'enfant qu'il fut, grâce à une correspondance et un témoignage inédits. Alors pour paraphraser Aragon lui-même, il est urgent de « commencer par [nous] lire »...

  • Le travail de passeur qu'Aragon a réalisé pour de nombreux textes étrangers est bien connu, qu'il les ait incorporés dans son écriture même, traduits, préfacés ou promus. À l'inverse, la manière dont ses textes ont à leur tour été reçus à l'étranger demeurait jusqu'à présent incertaine : de l'oeuvre-monde à la mondialisation de l'oeuvre, il y a donc un pas que Le rayonnement international d'Aragon se propose de franchir. Outre un retour sur le dialogue avec Maiakovski et Chagall dans Hourrah l'Oural, et une étude de la lecture du Guépard par Aragon, ce volume de la collection « Recherches croisées Aragon/ Elsa Triolet » permet de défricher la réception d'Aragon à l'échelle internationale, de l'Europe (Espagne, Grèce, Italie) au Moyen-Orient (Égypte) et aux Amériques (Argentine, États-Unis, Québec). Il présente aussi deux importants inédits : des dessins jusqu'alors inconnus du jeune Aragon et une correspondance entre Elsa Triolet et Ossip Brik au moment du Congrès de Kharkov.

  • « Un événement n'est pas ce qu'on peut voir ou savoir de lui, mais ce qu'il devient ». Comme le suggérait Michel de Certeau dans La Prise de parole, les événements historiques sont de plus en plus souvent abordés à partir de leurs traces mémorielles, qui contribuent à construire et déconstruire leurs interprétations. Ce livre étudie la manière dont les oeuvres littéraires et cinématographiques enregistrent, transposent et transmettent des événements historiques en privilégiant avant tout la fiction. Les contributions réunies dans ce volume portent majoritairement sur les littératures française et francophone des xixe, xxe et xxie siècles, et traitent d'événements historiques comme les révolutions politiques, les répressions coloniales, les crimes contre l'humanité (traite, génocide) et les luttes sociales contemporaines.

  • Originaires d'espaces frontaliers ou membres d'un groupe national sans État, les soldats « d'entre-deux » se trouvent dans un conflit potentiel de loyauté vis-à-vis de leur État souverain, surtout quand celui-ci exige une fidélité exclusive à partir de l'entrée en guerre en 1914. Comment agissent ceux des Empires multinationaux allemand et austro-hongrois au cours de la Première Guerre mondiale ? Leur comportement anticipe-t-il la fondation d'États nationaux en Europe centrale après 1918 ou, au contraire, témoigne-t-il de leur sens du devoir à l'égard de l'autorité légitime ? En étudiant comment s'ordonnent des appartenances multiples dans les ego-documents produits par des soldats de la troupe ou des gradés, cet ouvrage restitue la complexité et l'hétérogénéité des armées centrales, de l'Alsace à la Galicie, en passant par l'Italie. Si la plupart des hommes furent loyaux à leur Empire, cette loyauté reposait sur des conceptions parfois antagonistes, voire des attentes pour l'après-guerre, et leurs témoignages révèlent des expériences particulières de la Grande Guerre - des particularités longtemps tues à l'est de l'Europe et méconnues à l'ouest.

  • Les cimetières sont un lieu traditionnel d'expression des convictions religieuses. En dépit du développement considérable de la crémation - signe de sécularisation - le paramètre religieux demeure une voie d'analyse incontournable de ces espaces. Les contributions réunies dans ce volume proposent une réflexion sur la régulation des pratiques religieuses observables dans les cimetières à l'échelle européenne. Elles cherchent à apprécier la spécificité nationale qui peut être double : celle qui détermine le système de relations État-religions et celle qui caractérise la législation funéraire. Si les enjeux et les défis posés sont comparables d'un pays à l'autre, les auteurs mettent en perspective les réponses apportées. Ils montrent aussi la mise en oeuvre d'un régime juridique des cimetières qui dépend de sa réception par les cultes concernés. Une large place est donc faite à l'analyse du statut des cimetières dans les principales traditions religieuses.

  • Quelles formes dramaturgiques, dans leur double dimension esthétique et idéologique, le théâtre oriental privilégie-t-il depuis son émergence récente ? Comment est-on passé, dans le monde occidental et jusqu'au Japon, des formes dramaturgiques des années soixante-dix, de la multiplication des happenings, des performances, des productions collectives et des pré-textes - où la mise en scène du corps tient une place croissante - à ce « retour du texte » partout patent depuis la fin des années quatre-vingt-dix ? Comment ont évolué, au cours de ces quatre décennies, les multiples paramètres de la représentation théâtrale ? Quelles conséquences cette évolution a-t-elle induites quant à la nature du texte théâtral, à sa portée idéologique, aux rapports entre texte et scène ? Quelles thématiques y sont privilégiées ? Comment s'opèrent les influences d'une dramaturgie à l'autre, d'une aire culturelle à une autre, d'une époque à une autre ? Quelle place y tient le spectateur ? Quels sont les nouveaux outils d'approche de ces textes ? On trouvera des réponses à ces questions dans la présente publication.

  • Ni école, ni courant clairement identifié, le « nuevo teatro español » rassemble un groupe hétérogène d'auteurs dramatiques espagnols nés entre 1922 et 1942-1944 qu'anime la volonté d'écrire un théâtre en liberté, théâtre de résistance et de subversion esthétiques et politiques, dans le contexte « agonique » de la dernière décennie du franquisme. Les symboles, les valeurs, la langue et les rituels du franquisme sont particulièrement mis à mal dans des cérémonials sacrificiels et sadomasochistes, ludiques et parodiques, où la passion du pouvoir trouve à s'exprimer à travers les scénarios fantasmatiques les plus délirants et transgressifs. Au cours de véritables bacchanales théâtrales et linguistiques, ces auteurs mêlent les figures carnavalesques, christiques et dionysiaques comme conjuration du théâtre mortifère de la scène franquiste où les cérémonials se succèdent : cérémonials de l'auto-glorification de l'autocrate, défilés commémoratifs (18 juillet), cérémonials sacrificiels (répression, torture, exécutions), scénographies urbaines et monumentales grandioses. Défini tantôt comme théâtre underground, tantôt comme théâtre « symboliste », il est surtout un théâtre rituel grotesque néobaroque au ton blasphématoire et à l'esprit d'insolence et de désobéissance. Sont étudiés ici les univers dramaturgiques de quatre de ces auteurs qui participent à la fois de ces trois ordres esthético-politiques : Luis Riaza (1925), Francisco Nieva (1927), Antonio Martínez Ballesteros (1929) et Miguel Romero Esteo (1930).

  • Destinée à faire connaître des auteurs dramatiques contemporains francophones et étrangers, la collection hamARTia > textes dramatiques propose des textes inédits accompagnés d'une présentation du context théâtral de l'auteur et de son oeuvre, d'une étude sur le texte et d'une entrevue avec l'auteur. C'est avec l'artiste polymorphe uruguayen Leo Maslíah (Montevideo, 1954) et sa pièce Télécomédie. Fantaisie théâtrale en 60 scènes (2001), pour la première fois traduite de l'espagnol (Uruguay) en français par Pierre-Jean Lombard, qu'hamARTia > textes dramatiques a choisi de s'ouvrir. Récompensée du Prix National de Littérature du Ministère de l'Éducation et de la Culture de l'Uruguay en 2000, Télécomédie présente l'originalité de jouer de l'esthétique du feuilleton télévisé venézuélien, mexicain ou brésilien, et de combiner une série de thèmes - la famille, le pouvoir, le sexe, la bourgeoisie et ses déboires - et de procédés - parodie, dérision, métatextualité, métathéâtralité - présents tout au long de l'oeuvre de Leo Maslíah. Les jeux linguistiques s'y multiplient, créant des situations absurdes et érodant les soubassements ordonnés de la famille petit-bourgeoise du docteur Simon Felizardo. Trois études signées par Raúl Caplán et Erich Fisbach ainsi qu'une entrevue avec Leo Maslíah complètent la traduction.

  • Partant du postulat de Michel Vinaver selon lequel comprendre une oeuvre dramatique, c'est comprendre son mode de fonctionnement dramaturgique, cet ouvrage propose une analyse des différentes formes de métathéâtralité qui sont le fondement du processus créatif chez Luis Riaza, en particulier dans les quatre pièces qui constituent son « cycle du pouvoir ». L'oeuvre de Luis Riaza Garnacho (Madrid 1925- ) s'inscrit en effet dans une forme d'anti-théâtre qui, depuis Calderón et Shakespeare, en passant par Pirandello, Beckett et Genet, s'ingénie à confondre, mélanger et estomper les frontières entre vie et théâtre. Avec celles de Francisco Nieva et de Miguel Romero Esteo cette oeuvre appartient au « Nuevo Teatro » des années 1960-1970, né de la volonté de battre en brèche le réalisme anachronique de la scène espagnole de l'époque. L'oeuvre dramatique et poétique de Riaza, qui s'inscrit dans une modalité cérémonielle et procède au démontage et au recyclage permanent des dramaturgies du passé, du mystère médiéval au théâtre de l'absurde, en passant par la comedia, le drame romantique ou l'esperpento, est sans doute l'une des plus riches et des plus originales du répertoire espagnol contemporain depuis Valle-Inclán.

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