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  • L'était une fois dans l'Ouest Nouv.

    Entre la Cité soumise aux radiations et la forêt voisine se trouve une petite maison isolée, en lisière de la civilisation. Un couple y habite. Leurs enfants sont loin désormais, sûrement perdus dans des dunes de sable, la violence alentour est tenue coûte que coûte hors des murs quand bien même le monde extérieur et l'hiver hostile se pressent à leur porte. Mais peut-on se tenir toute une vie à l'abri des intrusions barbares ?
    Ce roman déviant a la vitalité du théâtre de rue et l'ampleur des fictions fragmentaires retrouvées dans les carnets de Kafka. Telle pourrait en être la matrice : C'était un après-midi de dimanche. Ils étaient au lit dans les bras l'un de l'autre. C'était l'hiver, la pièce n'était pas chauffée ; ils étaient étendus sous un lourd édredon de plumes.
    Alternant le point de vue de la femme et de l'homme
    portant sur leur environnement et leur intimité un regard tendre et tendu, projetant autant leurs illusions que leurs fantasmes, Thibault de Vivies retourne le roman dedans-dehors pour en dévoiler l'inquiétante alchimie.
    Fiction, diction et poésie la fois : cet inattendu mélange, c'est un peu Adam et Ève entre les feux du western crépusculaire et le décor étrange des contes de fée.

  • Enfin tu regardes l'herbe Nouv.

    Enfin tu regardes l'herbe

    Fred Griot

    nous brûlerons l'affection
    comme une flamme
    au milieu de nous
    nous brûlerons
    car nous voulons la paix
    mais aussi l'élan et le risque
    sinon morts morts tout à fait
    morts pour de vrai
    ami.
    et c'est ainsi qu'
    aujourd'hui passe

    Dans cette adresse au lecteur, à l'autre, à l'ami, qui fait le titre du recueil, il s'agit de livrer une voix intime, presque oralisée, et d'accorder totalement sa confiance à la nécessité de l'écriture. Recherchant une manière d'« être dans le présent », l'auteur recueille des épiphanies, tente de rapprocher le poème de ces moments du quotidien qui nous font nous sentir vivants. Cela, qui est à la fois très essentiel et très simple, un café, un jardin, un enfant, un amour, une absence, tisse, par-delà la mort qu'elle ne cesse de côtoyer, un chant qui nous rapproche résolument de la vie.
    Enfin tu regardes l'herbe peut être lu et écouté sur plusieurs supports :
    - un livre papier [qui donne accès à la version numérique gratuitement] > 19EUR
    - un livre numérique > 5,99EUR
    - un CD [qui donne accès à la version numérique du CD gratuitement] > 10EUR
    - un CD en version numérique > 5EUR
    - le pack livre + CD qui donne un accès gratuit aux versions numériques > 27EUR

  • La porte de la chapelle Nouv.

    L'une d'entre nous a fui. L'une d'entre nous a profité du sommeil de l'homme pour partir. Nous étions alors toutes cette fille qui fuyait comme une bête.

    Qui qu'elle soit, d'où qu'elle vienne, elle doit maintenant s'en sortir seule. La voici en proie aux violences de la ville, à l'ivresse, à la prostitution. Dans la rue, tout est à réapprendre : comment interagir et avec qui, où se trouver un abri, comment s'alimenter, savoir se tenir chaud... Les regards se posent sur elle, certains plus à craindre que d'autres. Son nouveau territoire se dévoile. Jusqu'où peut-il s'étendre ? À la rue ? Au quartier ? Au monde dans son ensemble ? Si jeune et déjà sa survie se joue là, sous des yeux qui savent ne pas la voir. Mais aussi la vie tout court, soufflant le chaud et le froid, l'extase et le dégoût, l'angoisse des nuits et la beauté de l'aube, chaque jour recommencée.
    En quelques deux cent pages d'une rare intensité, Fanny Garin parvient à nous remettre le coeur à sa place.

  • La réunion en un seul volume des oeuvres complètes de Louise Ackermann, en offrant une vision globale de ses écrits, peut nous permettre de réaliser aujourd'hui à quel point son Journal, ses Pensées et ses poèmes forment un tout, charpenté par une ténacité sans équivalence dans le paysage littéraire.
    Son caractère tranché, son esprit scrutateur et sa façon de refuser tout compromis allaient de pair avec l'incapacité d'assurer sa propre publicité. Elle connut la célébrité, mais bien vite préféra aux dîners mondains une vie simple, rythmée par l'écriture et le travail du jardin.
    Elle aura oeuvré seule et sans relâche à affûter sa pensée et ses vers.
    Après notre rétrospective Dans le sillage de Louise Ackermann, parue en 2020, ces oeuvres complètes permettront à chacun d'approfondir sa lecture de la poétesse et penseuse qu'est Louise Ackermann, tout en mettant en lumière la trajectoire singulière d'une femme, tendue, lucide, ardente.

  • Égalité

    Edward Bellamy

    Auteur en 1888 de Dans cent ans ou l'an 2000 qui connut un succès mondial et de multiples éditions en France à partir de 1891, Edward Bellamy propose une suite de ce classique de l'anticipation utopique avec Égalité (Equality). De ce second roman, seule « La parabole du réservoir d'eau » a largement été diffusée dans la presse libertaire et socialiste. Mais bien d'autres aspects du texte sont importants : Bellamy place les femmes à égalité avec les hommes (éducation, mariage, vie professionnelle, revenus, vêtements...), se positionne comme auteur précurseur de l'économie distributive (revenus annuels non capitalisables, propriété d'usage...), questionne la défense de l'environnement, la protection des animaux, l'impact des activités humaines sur la Terre, ainsi que l'unité de l'humanité (chaque habitant parle sa langue maternelle et la langue universelle). Il ne néglige pas non plus les progrès techniques et l'on voit apparaître l'électroscope, les disques phonographiques, les voitures à moteur et les véhicules aériens... Il invente également - il écrit ces lignes en 1897 - une « carte de crédit » qui permet aux citoyens du XXe siècle de régler toutes leurs dépenses.
    Pour la première fois, ce texte majeur de la littérature d'anticipation utopique est disponible en français.
    Traduction de Paul Zimmermann, revue, complétée et modernisée par Philippe Éthuin.

  • Climats

    Laurent Grisel

    Tous les enjeux de l'épopée comme "matière première des peuples" sont présents dans les luttes actuelles à l'aube des bouleversements climatiques. Le langage, la poésie ont certainement un rôle à y jouer. Tout comme la musique, mise à l'honneur dans cette deuxième édition de Climats que prolonge une lecture de l'auteur accompagnée par Fred Wall°ich et Philippe Saliceti : de quoi faire revenir le poème aux accords qui l'ont porté ces dernières années dans un nombre important de rencontres et de performances, rendant hommage à la part collective des échanges.
    Car dans Climats, les forces à l'oeuvre sont plurielles : les lois de la physique et la chimie des atmosphères sont les magies de notre temps ; les scientifiques nos sages ; les victimes de Katrina le choeur des sacrifiés d'hier ; les peuples en résistance contre les puissants les héros anonymes qui nous montrent la voie, pendant que les planètes voisines, aux noms de dieux romains oubliés, nous offrent un aperçu de notre avenir si nous ne faisons rien pour remédier au pire. D'autres horizons s'offrent à nous, néanmoins. Qui sait l'utopie même est permise. Bien sûr que c'est possible, nous rappelle l'épopée. L'air est la lumière. Et le monde est sensible.
    "Hymne insurrectionnel, de ceux qui précèdent l'action et l'accompagnent." Claude Vercey, revue Décharge
    "Nous sommes pris dans un flux où l'histoire et l'épopée se mêlent pour donner à entendre un chant singulier." (Sylvie Durbec, Cahiers critiques de poésie)

  • Lent séisme

    Juliette Cortese

    Rien n'empêche le ruissellement du temps sur nos épaules. Rien n'empêche le passé de nous revenir à la figure avec le vent.

    Victime d'une tragédie familiale avant même sa naissance, Gustave s'en remet à l'écriture pour affronter son traumatisme, quitte à déchaîner des tremblements de terre intérieurs. Quitte à lézarder la ville dans laquelle il a grandi et qui appelle son retour. C'est elle qui est à l'épicentre de son écriture, dans toute sa diversité. Il faudrait être pluriel pour la circonscrire pleinement. Quelque part, Gustave l'est. On peut dire qu'il entend des voix. À moins qu'il ne soit habité par elles ? Des voix comme autant de personnages tenant le registre d'une ligne sismique, et intime, à l'oeuvre. Quel genre de ville et d'être sauront éclore une fois le tremblement de terre advenu ?
    Dans ce premier roman polyphonique, Juliette Cortese se joue des genres établis et laisse libre cours à l'expression du choeur battant en chacun de nous. En approchant toute la richesse de la psyché humaine, en sillonnant les ondes qui forment le faisceau des individualités de chacun, Lent séisme consacre la métamorphose de l'écriture contemporaine en territoires de fantaisie.

  • « Sans en excepter les abeilles et les fourmis, en ce moment il n'y a pas (...) sur cette terre d'être vivant qui soit tout ensemble aussi loin et aussi près de nous, aussi misérablement, aussi admirablement, aussi fraternellement humain. Nos utopistes vont chercher, aux limites où l'imagination se décompose, des modèles de sociétés futures, alors que nous en avons sous les yeux qui sont probablement aussi fantastiques, aussi invraisemblables, et qui sait, aussi prophétiques que ceux que nous pourrions trouver dans Mars, Vénus ou Jupiter. »
    Troisième opus de son Cycle de la nature, La vie des termites est peut-être pour Maeterlinck celui qui puise le plus dans la noirceur de la création. Allant à la rencontre de ces espèces, exotiques pour la plupart, parfois plus proches de nos latitudes, à qui la nature n'a semble-t-il pas fait de cadeaux, il dresse le portrait de dynasties ayant dû tout sacrifier pour éviter l'extinction. Il ne semble pas plus cruel destin à l'échelle de l'espèce que cet auto-confinement sous la terre dans une prison scellée de l'intérieur, que ces affrontements répétés avec l'ennemi séculaire la fourmi (à qui sera consacré l'ultime tome de son cycle), que ce communisme de l'oesophage et des entrailles, poussé jusqu'à la coprophagie collective. Et pourtant. Comme avec les abeilles et les fleurs, Maeterlinck se sert de la vie invisible qui grouille autour de nous comme d'un miroir tendu à l'humanité, cet insecte à l'échelle de l'univers et abritant combien de galaxies microbiennes au sein de son propre organisme. Les enjeux de survie, d'évolution voire de manipulation génétique, de construction politique ou d'aristocratie sont communs. Et cette épopée documentée, que l'on croirait écrite d'aujourd'hui, mais dont la justesse d'écriture et la profondeur de champ va au-delà du seul essai scientifique, nous éclaire toujours autant quant aux modèles d'anticipation de nos destinées inquiètes.

  • L'Amitié des voix

    Jacques Ancet

    Il ne faut pas mésestimer le poids des notes dans le parcours d'un écrivain. Qu'il s'agisse d'essais, de préfaces ou de chroniques, ces textes parallèles esquissés le long de l'oeuvre en cours en disent long sur la circonférence de ses lectures, et donc sur sa profondeur de champ. En somme, les auteurs que l'on porte en soi façonnent autant notre réalité que notre environnement direct ou notre histoire personnelle.
    Dans le premier opus de son cycle critique « L'amitié des voix », et dans le prolongement de son précédent essai Amnésie du présent, Jacques Ancet réunit moins un panthéon d'auteurs qu'une colonne vertébrale, nécessairement subjective, d'oeuvres ayant soutenu sa voie : « une géographie de préférences personnelles qui s'étend sur près de quarante ans ». Car on n'écrit pas sans l'autre, et dresser la carte de ses voix d'écriture, c'est livrer un peu de soi-même.
    Pour ce volume, à travers les siècles, nous suivons un sillon majoritairement franco-hispanique qui va de Cervantes à Claude Simon via Quevedo, Mallarmé ou Maria Zambrano, sans oublier Borges. Quant à savoir qui s'exprime en marge de ces textes, c'est à la fois le poète, l'écrivain, le professeur, le lecteur, le traducteur, tant tout est intriqué dans l'acte littéraire.

  • Marche-frontière

    Ahmed Slama

    On en était au basculement, à ce lieu - Avignon -, ce temps - avant la perte administrative des papiers - où l'on attend - quoi faire sinon ? - l'échéance. Le passage inexorable vers la clandestinité.

    Il marche, comme nombre d'hommes et de femmes migrant d'une frontière à l'autre, la perte de ses papiers d'identité le confine à l'errance. Qui est-il, où va-t-il, quel est son nom pour commencer ? Mystère. Voilà à quoi l'on est réduit aux yeux de l'administration : quelques dates, un coup de tampon, un nom. Une empreinte. Mais la vie, la singularité d'un être, sa sensibilité, ce n'est pas réductible à ces quelques données. Ça déborde.
    C'est le point de départ de cette enquête qui nous mènera hors des sentiers battus de notre époque, et de la parole : une crue intérieure qui pousse le corps à se mouvoir. De là à arpenter le monde par son envers, tâcher de retrouver un nom qu'on a perdu, vivre au niveau du sol avec comme seuls compagnons les ami·es de passage et les rats, il n'y a qu'un pas. Et tant d'autres.
    Dans ce roman résolument politique, poétique, qui sait placer lecteurs et lectrices à la place de l'autre, qui mesure l'écart entre les mondes autant qu'entre les langues, se dessine peu à peu la figure du fantôme nuisible en quoi notre glaciale époque peut potentiellement métamorphoser tout un chacun au premier soubresaut géopolitique venu : d'un côté pas vraiment immigré, de l'autre pas tout à fait émigré. Quelque chose entre les deux. Une sorte d'Ulysse cherchant non pas à retourner chez lui mais en. Un emmigré.

  • Depuis son écrasement au terme de la Semaine sanglante, la Commune de Paris ne cesse de hanter notre imaginaire.
    Dès 1871, anti-communards et pro-communards ont cauchemardé ou rêvé d'un triomphe à venir de la Commune, imaginant des anticipations, dystopies, uchronies et utopies. Chacun des textes rassemblés dans Demain, la Commune ! imagine, pour le pire ou pour le meilleur, la victoire de la Commune.
    Textes réunis par Philippe Éthuin
    « La période que nous vivons n'est pas sans rappeler celle qui s'intercale entre la chute de la Commune en mai 1871 et la mobilisation générale d'août 1914, qui sonna en apparence le glas des possibilités révolutionnaires. Durant ce presque demi-siècle, les écrivains demeurèrent hantés par le spectre de la Commune, cet épisode révolutionnaire qui devint la nouvelle référence majeure, prenant le relais dans l'imaginaire collectif de la Grande Révolution de 1789, et précédant l'hégémonie dominante que la révolution russe imposa entre 1917 et 1991 aux anticipations révolutionnaires. »
    Jean-Guillaume Lanuque, préfacier de Demain, la Commune !

  • Jusqu'à très loin

    Romain Fustier

    tu m'embrasses me questionnes - sondant mon coeur as-tu aimé te balader dans un jardin avec moi - ta gentillesse les boeufs blancs qui paissent en paix dans le bocage pour nous y rendre - tes pas parmi les fleurs les fleurs parmi tes pas - tu étais un théâtre de verdure au milieu des marais une chambre avec son théâtre de verdure - étais bordée de sentiers tu bordais les sentiers - étais quinze hectares dans quinze hectares un labyrinthe dans le labyrinthe - tes lèvres sur ma tempe les viviers de ta voix en secret
    « Tu emmènes mon corps jusqu'à très loin », dit le poème, qui égrène en une suite de strophes une histoire d'amour adressée, en divers lieux traversés où l'autre n'est jamais dissocié du paysage.
    Un poème en prose à la façon d'un journal, pour dire les lieux que l'on conserve en soi, ces condensés de temps et d'espace, des départs, des voyages car le regard y est mieux aiguisé - dans cet ailleurs, ce qui fait l'éclat d'un amour, d'un geste, d'une parole subtilement s'accroche.

  • « Ces pages sont aux errants - aux cailloux - aux poussières et à l'humus. Elles sont à la pourriture ligneuse, aux lichens, lichens - aux rongeurs. Ces pages sont aux noms des bois - à ceux des forêts tout autant qu'aux innommés. Ces pages sont aux bruyères - aux fougères - aux tourbes et aux lombrics. Elles sont aux terriers. Elles sont à l'irrégularité. À l'imprévu. Au perpétuel. À l'enfoui - au très très enfoui. »

    Et je m'obstine, m'acharne, ahane - continue. Voici un rassemblement. C'est trempé, truffé, couturé, de recopillages - travail à façon de reconnaître quelques dettes et les « grands alliés substantiels ». J'ai cherché les traces, les poussières, les surgissements et les refuges. Mais la poésie hein. Elle sait, elle. C'était du gros de matière laissée à lentement macérer, parfois brassée - à manière de fabrication de terre - quoi fut ensuite distillé à l'issue de plus d'une année d'attente - et donc, cher lecteur, courage, vivons, répétons, portons nos amis dans la nuit, dans la brume.
    Sébastien Ménard

  • Je n'ai été Robert qu'une seule fois, un soir resté dans mon histoire comme l'histoire des histoires, dont j'ai une nostalgie sans ailes.

    Les punks annonçaient No Future, et si futur il y eut pourtant, il fut d'abord une nuit peuplée de longues figures aux yeux et aux lèvres noircies, s'avançant telles des ombres sur des scènes enfumées, jouant une musique aux basses lourdes et enivrantes. Nous entrions ainsi dans les années 80, et pour ceux qui étaient alors adolescents, Robert Smith et son groupe semblaient mériter leur nom, une cure à la vacuité apparente de la société : leur musique apportait, sinon un remède au mal-être, le sentiment fort qu'il était partagé.
    Qu'on s'imagine en ce temps-là un jeune homme en Lorraine, qui se rend un samedi soir en boîte de nuit : la tentation est grande, pour un soir au moins, de devenir autre chose que ce qu'on semble lui promettre ; d'être, pour un soir, Robert Smith. Alors, grimé comme lui, le temps d'un trajet en voiture et d'une nuit un peu folle, il le devient réellement, par la force de la pensée magique. Une nuit seulement, mais c'était la nuit alchimique, qui conduira le narrateur de l'adolescence aux lisières de l'âge adulte.
    BONUS TRACK :
    UNE NOSTALGIE ROBERT

  • Le moment est peut-être enfin venu.
    Les Bandits Poètes.
    Je vois d'ici les titres dans les journaux.
    Pleine page.
    Avec nos photos.
    Le coup du siècle.

    C'est l'histoire non d'un mais de trois mecs qui vont révolutionner sans le savoir l'inépuisable jeu de l'amour et du hasard que la littérature cherche à circonscrire depuis ses balbutiements. Notre premier est un poète raté prêt à tout pour immortaliser sa muse dans son oeuvre ; notre deuxième est un as des cocktails et de l'échec amoureux ; notre troisième est un ex-cobaye de l'industrie pharmaceutique à la rencontre du Vaudou. Qu'ont-ils tous en commun ? La vie, l'amour, la fougue, l'alcool, le désir et les sentiers tortueux de cet âge insolent qu'est la vingtaine. Ensemble, ils font plus que se croiser, ils se lancent dans une inoubliable course de relai vers le nirvana amoureux. Le tout sous l'oeil attendri, amusé et fatigué des femmes qui traversent leur vie.
    On l'aura compris, La Comédie urbaine n'est ni La Divine comédie ni La Comédie humaine. Surfant sur d'autres énergies, elle témoigne pourtant d'un superbe élan d'humanité, sans jamais cesser d'être divinement drôle. Un sacré shot de lose dans un océan de désir et de douceur.

  • Au XIXe siècle, la Révolution industrielle a profondément modifié le rapport de l'être humain à la nature. Dès cette époque, l'imaginaire littéraire s'est penché sur la question écologique et les textes d'anticipation réunis dans cette anthologie (datant de 1810 à 1920 et pour la plupart réédités pour la première fois) envisagent les atteintes à la nature, la destruction de l'environnement, voire la fin du monde. Devant les développements de la science et de l'emprise de l'humanité sur la Terre, certains imaginent une planète où la nature a disparu, où l'eau de source est une denrée plus rare qu'un vin millésimé, où les derniers oiseaux se trouvent en haut d'un Himalaya pris d'assaut par les villes, où l'on vit dans les égouts parisiens, d'autres font part de leurs craintes face à l'épuisement des ressources naturelles, tous lancent des avertissements qu'il faudra bien se résoudre un jour à écouter.

    « Alors commencera la redoutable période où l'excès de la production amènera l'excès de la consommation, l'excès de la chaleur, et la combustion spontanée de la Terre et de tous ses habitants.
    Il n'est pas difficile de prévoir la série des phénomènes qui conduiront le globe, de degrés en degrés, à cette catastrophe finale. Quelque navrant que puisse être le tableau de ces phénomènes, je n'hésiterai pas à le tracer, parce que la prévision de ces faits, en éclairant les générations futures sur le danger des excès de la civilisation, leur servira peut-être à modérer l'abus de la vie et à reculer de quelques milliers d'années, ou tout au moins de quelques mois, la fatale échéance. Voici donc ce qui va se passer. » (1872)


    Préface de Natacha Vas-Deyres.

  • Ça arrivait très très rarement

    Une fille dans ton appartement

    « C'est quoi ces poissons dans ta baignoire ? »


    Au prisme d'une passion pour la pêche, Christophe Esnault compose un poème dont chaque facette est un souvenir esquissé, un instant miroitant comme ces prises capturées, rejetées ou enfuies. Car ce que ces fréquentations de mares, de rivières et d'étangs font remonter à la surface, c'est tout un paysage d'enfance puis d'adolescence, accompagnant peu à peu l'éveil du désir amoureux et bornant un monde champêtre souvent prodigue mais parfois fruste ou trop étroit pour les rêves de l'enfant poisson-chat.

  • « J'ai rêvé que Jean Paulhan avouait sur un plateau télévisé qu'il avait créé de toutes pièces le personnage de Maurice Blanchot comme incarnation de tout ce que représentait la littérature d'après-guerre : personnage kafkaïen, ubiquiste et cantonné en permanence à une chambre d'écriture/ lecture ("une espèce de chambre d'écho", disait-il). Oui c'était lui, et un petit comité d'écrivains triés sur le volet, qui avaient rédigé L'entretien infini, L'attente l'oubli ou La folie du jour. Si au départ il était quasiment seul, l'écriture est devenu de plus en plus collective au fil du temps, ce qui rendait la syntaxe (notamment) si singulière et l'emprise si importante. Nous étions dans le bureau de la rue ex-Sébastien Bottin. Il avait un gecko sur le revers de costume et trempait de temps en temps le bout de ses doigts dans un bocal d'eau verte. »
    Livre hybride, entre lecture et écriture, essai osant parfois sa part de fiction, l'enquête de Benoît Vincent vise à sonder l'incertitude voire l'ambivalence dans la production contemporaine de ces dernières décennies. En un mot, l'inquiétude. Car la littérature inquiète, dans toutes les porosités des deux versants d'une même pièce : lire et écrire.
    En marge des éclaircissements académiques généralement propres à la critique, La littérature inquiète se plonge dans les eaux profondes, supposément obscures, des écritures d'aujourd'hui, en traversant entre autres les territoires d'Arno Bertina, François Bon, Nicole Caligaris, Italo Calvino, Patrick Chatelier, Claro, Emmanuel Delaplanche, Régis Jauffret, Pierre Senges, Enrique Vila-Matas, Guillaume Vissac ou Antoine Volodine. Le tout sous les figures tutélaires que sont Paulhan, Blanchot, des Forêts et Quignard.

  • L'oeuvre de Pascal Quignard, après presque 30 ans de recherche et d'explorations continuelles, avec les larges échappées de l'oeuvre narrative, peut sembler trop complexe, trop diverse pour être abordée globalement. La force du travail de Benoît Vincent, c'est d'abord une relecture serrée, attentive, de l'ensemble des Petits traités. Lire ce voyage à travers l'oeuvre de Pascal Quignard, c'est à la fois mettre à jour et scruter la part essentielle d'invention qui gît dans la structure même, mais c'est la plus belle introduction à tous les chatoiements et bifurcations d'un travail continu, qui ne s'est jamais interdit les traversées les plus brutales, les plus surprenantes. Cet ouvrage est aussi un outil fabuleux pour tous les quignardiens.

  • Maurice Blanchot est mort en 2003, à 93 ans. Depuis des décennies, ses livres comptaient au plus essentiel de l'accès à l'écriture, comme d'un renouvellement de fond de l'approche même du littéraire. C'est peut-être donc aujourd'hui que nous commençons vraiment à lire Blanchot, dans sa clôture, dans l'infini travail qu'il représente pour notre temps même. C'est à cela, et depuis ce point de départ, que procède Benoît Vincent. Une approche libre, et ce seul mot de littérature inquiète qui en est le fil.

  • Ce second volume des oeuvres complètes d'Horace contient l'intégralité des Odes et du Chant séculaire.
    Depuis deux millénaires, l'écriture d'Horace a inspiré des générations d'écrivains, d'Ovide à Victor Hugo en passant par Pétrarque, et de lecteurs. À l'ère des récits de soi, des journaux d'écrivains et des réseaux sociaux, il s'adresse à notre époque avec une vigueur et une originalité intactes. L'auteur du carpe diem ne cesse de nous parler.
    Proposée dans une nouvelle traduction de Danielle Carlès qui parvient à métamorphoser le français en un chant latin inédit, cette intégrale réinvente Horace pour un public contemporain.
    « Pourquoi si hardiment, quand la vie est brève,
    viser tant de buts ? Pourquoi chercher des terres
    chauffées par un autre soleil ? Exilé,
    se fuit-on soi-même ? »

    Avec le soutien de la région Occitanie

  • « Nous sommes ingrats envers les penseurs et les artistes qui nous ont précédés. Que serions-nous sans eux ? Ils ont été les anneaux qui nous relient à la chaîne infinie. Comme dans un cerveau individuel une idée en amène une autre, leur oeuvre a suscité la nôtre. »
    Louise AckermAnn, Journal
    Ce livre s'ouvre comme une enquête sur Louise Ackermann (1813-1890). Qui était-elle ?
    L'Histoire - avec sa grande hache - l'a en partie effacée, son nom étant peu mentionné dans les anthologies, les encyclopédies qui touchent à la littérature du XIXe siècle. Sans doute qu'en plus d'avoir le défaut d'être une femme, elle n'avait pas le goût d'organiser elle-même sa propre publicité et ne cherchait pas la gloire.
    /> Penseuse, poétesse, sincère, enthousiaste, colé- rique aussi, et admirée par Tostoï, elle disait : « Je ne suis pas femme de lettres ; je n'écris pas, je chante. » Les fragments réunis ici - articles, écrits personnels, biographies, poèmes, lettres, journal intime, notices de ses contemporains et des lieux qu'elle a fréquentés -, constituent le matériau qui permettra de (re) découvrir son lyrisme, son insolence tranquille et la modernité de sa voix sans concession. En somme, ce qui reste dans son sillage.

    Textes réunis et présentés par C Jeanney.

  • Soeur(s)

    Philippe Aigrain

    Je suis en moi comme dans un pays étranger.

    On peut naître à soi-même à déjà 38 ans, sans savoir qui on a pu être avant. Avant quoi ? On peut recevoir un jour un mail d'une prétendue soeur dont on se sait dépourvu et espérer sa présence. Pourquoi ? On peut enquêter sur des identités suspectes qui semblent fictives sans parvenir à savoir si ces femmes, soupçonnées d'ébahissement, sont ou non une menace pour la sécurité de l'État. Comment ?
    Ces personnages, et bien d'autres, se rencontrent, se cherchent et se découvrent dans le monde de Soeur(s). Il est aussi le nôtre, celui dont le réel a très largement rattrapé les dystopies et les anticipations de la fiction. Celui qui a fait de la solidarité entre les êtres un délit.
    Se jouant des genres et des registres, mélangeant l'enquête avec le politique, la technologie et la comédie, la philosophie et la sensualité du désir amoureux, les personnages de Soeur(s) osent réinventer des espaces de vie dans lesquels l'espoir de la fraternité et de la sororité est possible. Dans cette polyphonie de voix, le mystère de l'identité à l'ère de la surveillance généralisée se reconnecte à son essence première : l'humanité de celles et ceux qui se demandent, bien plus légitimement que les services de police, qui suis-je ?
    Philippe Aigrain est poète, performeur, auteur de fictions brèves et traducteur. Soeur(s) est son premier roman.

  • Doucement !

    Katia Bouchoueva

    C'est par le refrain de Charles Trenet, Douce France, que Katia Bouchoueva nous fait entrer dans ce nouveau recueil. Depuis ce leitmotiv elle esquisse un panorama très situé, dans un territoire tantôt urbain, tantôt campagnard où se croise une foule éclectique : des personnes, des voix, des êtres protecteurs aux noms d'animaux, des lieux arpentés comme des corps accueillants, des strophes aux accents de contes. Mais cette douceur, qui est pour l'auteure attachée à la France, montre aussi son revers tyrannique par petites touches sur ces tranches de vie. Ainsi, le vers très libre et vivant de Katia Bouchoueva nous emmène par bonds, par sauts, en visite, dessinant les contours de son espace de jeu avec la langue et brodant sur la chanson sa propre ritournelle.

    Les anges asexués et ceux qui ont un sexe
    et ceux qui en ont deux traversent, traversent
    les plaines des ventres, les grottes et les tétons.
    Tout y est bon, disent-ils, tout y est bon :
    immeubles des années 60, colonnes Morris,
    ronds-points, sorties d'autoroutes,
    lacs et montagnes.
    Et tes yeux comme des petites olives
    noires mais adoucies
    ta machine administrative douce aussi.

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