Langue française

  • Extrait
    – Benoît, c’est l’heure !
    (Elle est dans la cuisine.)
    – Dis, tu m’entends ?
    Eh oui, que je l’entends !
    Je tire à moi la couverture.
    – Benoît !
    – Oui, M’man.
    – Tu te lèves...
    – Oui, oui...
    – Pas dans une heure, hein ! Tout de suite !
    Tous les matins, pareil :
    – J’ai dit tout de suite !
    – Oui, M’man... oui, j’ai compris...
    Faudrait pouvoir disparaître, pfuitt !
    Je sors un bras.
    J’ouvre un oeil : une forme à côté... quoi ça ?... la lampe !
    (On ne voit pas encore les trous de l’abat-jour ; Maman m’avait promis de changer le tissu.)
    L’interrupteur en gris.
    Des ombres à tous les coins : le plafond, le mur, la fenêtre... partout !
    D’abord le plafond : trop cheum avec ses cloques – de là-haut, elles me cassent : Hé minus, t’as les foies qu’on te saute dessus !
    Trois mois qu’elles font ça : Vise un peu s’il balise !... Hier, elles n’étaient pas tant. Y en a qui sont mastocs, elles font genre de tomber – un beau jour, plac ! plac ! plac !... Et le plafond suivra : badaboum !
    OK, vu pour les cloques. À part elles ?...
    L’ampoule ! Elle pend là-haut comme une couille (du provisoire, Ben, on va t’arranger ça...).
    Quand on est arrivés, juste deux bouts de fil – de quoi mettre Papa en pétard (Viens voir ! Non, mais viens voir ! – Que veux-tu, mon chéri, les gens sont comme ça. – Oh ! toi, bien sûr...). Il est sorti furax acheter une douille. Il a claqué la porte et j’ai cru, j’ai pensé qu’il ne reviendrait pas.
    Eh non !
    D’être sorti l’avait calmé... Pas pour longtemps.
    Je revois les cartons dans la pièce et Papa. Papa sur l’escabeau qui s’énerve, s’énerve – putain de fils trop courts, tournevis trop épais, escabeau trop ceci. Et qui traficote la douille. Et se met à gueuler ; et traficote encore ; et finit par descendre.
    Il a testé la lampe. A rangé l’escabeau. S’est remis à ouvrir les cartons.
    On va t’arranger ça...
    T’arranger, que dalle ! L’ampoule y est encore et me nargue ! Vous savez ce qu’elle dit de là-haut... vous savez ?
    Y-a-des-gens-comme-ça, y-a-des-gens-comme-ça !
    Voilà ce qu’elle me jacte à longueur de journée. Ils coupent les fils sans mettre de douille.

  • Tout avait commencé, jeudi, dans ce bois...
    Directeur financier d'une multinationale, Philippe se rend dans un château où doit avoir lieu un Comité exécutif (sur fond de conflits internes : deux collègues veulent sa peau). Il roule vite, se trompe de route, s'énerve... On le sent proche du burnout.
    Au lieu de faire demi-tour, il s'obstine, s'enfonce dans un bois et se perd. Par chance, il rencontre une jeune fille. Elle habite la ferme proche du château. Il la raccompagne chez elle et se gare dans la cour, le temps de prendre un café.
    Les péripéties qui vont suivre et quelques événements insolites et troublants vont alors ébranler ses certitudes.
    Des morceaux entiers de ma vie avaient roulé sur le tapis comme les perles d'un collier.
    Philippe comprend qu'il lui faut changer. Donner un tout autre sens à sa vie... Ramasser les perles et les renfiler. Oui, mais dans quel ordre ? C'est seulement en rentrant chez lui, le dimanche, qu'il aura la réponse.

  • Quel rapport entre les fifres de François Ier, les violons du Grand Condé et le saxophone ? Entre Lully et Philidor qui composent des marches pour les régiments de Louis xiv et la Marche tactique du chevalier de Lirou en 1767 ? Entre les aubades dans les jardins des Tuileries et les kiosques à musique de la Belle Époque ? Entre la Musique des Guides et celle de la Garde républicaine ? Entre Philidor et Berlioz ? Lully et d'Indy ? Saint-Saëns et Melchior ?

    Au pays de la musique, l'orchestre militaire s'est fait sa place. De grands noms comme des anonymes ont contribué à bâtir ses répertoires adaptés au plein air, pour des effectifs fort variables, des huit musiciens de 1766 aux orchestres monstres du xixe siècle avec leur millier d'exécutants. Certes, la musique a toujours été présente au sein des armées, mais quelle musique ? Celle du tambour qui transmet les ordres ? Du concert dominical dans une ville de garnison ? Celle du défilé ou celle de l'Opéra ? Rythmer le pas, divertir le soldat au repos, fédérer les troupes et rassembler le peuple, garder le souvenir, suivre la mode, autant de facettes,autant de tâches qu'assume l'orchestre militaire. Toute une histoire.

  • Mohammed Abd-El-Jalil (1904-1979), issu d'une grande famille marocaine, avait reçu, selon la tradition, une formation religieuse sérieuse, comprenant la lecture du Coran, les traditions et les commentaires qui se rapportent aux différents versets des sourates. Il apprit ainsi ce qu'on appelle en Islam les Sciences de la Religion. [Après ses études en France, il] se convertit au christianisme et il fut baptisé, sur les instances de Louis Massignon, sous le double nom de Jean et de Mohammed, son prénom de chrétien et son prénom de musulman.
    Dans son petit livre [...], il montre l'importance que la Vierge Marie a dans la pensée et dans la piété musulmanes, d'une façon précise et brève, quoique bien documentée. Il insiste sur les faveurs extraordinaires dont Marie fut l'objet et qui sont purement et simplement dues à la toute-puissance divine.
    (Extraits de la « Préface » de Roger Arnaldez, 2005)

  • Pie VI

    Jean Flory

    Deux moments, toujours la France - celle, conquérante, triomphante, qui envahit un petit État et déporte un pape, et celle, vaincue, occupée, asservie, où l'ennemi pourchasse, déporte, tue.
    Deux hommes - le premier est Pie VI, trop âgé pour la cruelle randonnée que le Directoire lui réserve et qui mourra d'épuisement à Valence, en août 1799, après avoir traversé les Alpes en charrette au cours d'un printemps glacé. Le peuple s'émeut, mais l'ordre vient de Paris : on l'enterre civilement, à la sauvette.
    Le second, c'est un esprit, une foi active, c'est un coeur vibrant, formateur de la jeunesse, résistant, animateur de réseau, diffuseur des Cahiers du Témoignage chrétien, passeur des montagnes et des frontières, Jean Flory. Au plus noir de l'Occupation, l'archiprêtre de Montbéliard a saisi ce qui, dans le calvaire de Pie VI, résonnait avec le sort de la France en 1942. Il s'en est servi. Il en a fait un livre indigné.
    Les Éditions Feuilles reprennent l'ouvrage paru en 1943, assorti d'une introduction "?Sur Jean Flory?", de Florence Lautel-Ribstein et Max Ribstein, et d'un "?Dossier?" final d'Édouard Bouyé.

  • « On a fait plus d'une fois l'histoire des théories scientifiques sur la combustion. Je voudrais aborder ici l'histoire des théories religieuses qui se rattachent à ce même phénomène, ou, en termes plus explicites, exposer successivement le rôle que le feu a rempli - soit comme un véhicule, soit comme excitateur sur sentiment religieux - dans la théologie, dans le culte et dans la mythologie des différentes races. » Ainsi Eugène Goblet, comte d'Aviella (1846-1925), présente-t-il son Histoire religieuse du feu : la langue est d'époque, elle est très belle, la posture aussi : Eugène Goblet croit dur comme fer au progrès, mais ce libre penseur a le jugement ancré dans un fond solide : « Pour comprendre notre époque, il est indispensable de rattacher le présent au passé. » C'est pourquoi il nous a semblé si intéressant de publier à nouveau ce petit ouvrage d'un jeune grand professeur d'histoire à l'Université Libre de Bruxelles, paru en 1886, augmenté de l'inattendu Le Peigne liturgique de saint Loup.

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