Arts et spectacles

  • L'accroissement de la population mondiale et sa concentration dans les villes conduit à une occupation excessive du sol par les constructions. La petite ville de 30 000 habitants pouvait encore raisonnablement se concevoir jusqu'à maintenant en constructions de 4 à 5 niveaux, mais elle consomme trop de territoire naturel ou agricole. La plus grande ville monocentrique aggrave encore la situation avec le coût de ses réseaux de toutes natures qui croît hors de toute proportion. La ville polycentrique composée de petites villes, où la majorité des biens et des services est produite et consommée localement, permet de maîtriser le coût de ses réseaux. Pour en libérer le sol, il est cependant nécessaire de construire en hauteur. Les progrès techniques et scientifiques de ces dernières décennies permettent, dès à présent, d'envisager chez nous de très hautes constructions, au même coût global (réseaux compris) que nos constructions actuelles, pour autant qu'elles soient regroupées de manière ordonnée, reliés entre elles par des réseaux portés par des ponts à 40 ou 50 m au-dessus du sol, pour former des petites villes verticales. Une nouvelle architecture de tours reste à concevoir avec des rues verticales éclairées et ventilées naturellement, offrant des perspectives et ponctuées par des placettes aériennes. Cette architecture peut parfaitement satisfaire les besoins de l'âme et de l'esprit, ainsi que nos sens et nos besoins physiologiques.

  • Voisine de Troie, la ville de Çanakkale, dans le détroit des Dardanelles, s'illustra depuis le XVIIIe siècle par ses céramiques qui s'exportaient dans tout le Levant. Sous l'influence des fouilles de Schliemann, certains voyageurs s'en entichèrent au point d'y voir les descendantes des poteries homériques. En France, l'engouement pour cet art de terre coïncide avec la revalorisation des faïences traditionnelles après la défaite de 1870, encouragée par le mouvement des Arts & Crafts et par le japonisme : ni Mallarmé, ni Proust n'y furent indifférents. En Grèce et en Turquie, l'artisanat ottoman qui émerveillait Hans Christian Andersen ou Gustave Flaubert symbolise le monde d'avant les événements tragiques de 1922. Lieu de mémoire et catalyseur des passions, cette modeste production rassemble ou divise encore sur les deux rives de la mer Égée, où elle est soumise à une idéologisation de la nostalgie. L'archéologie culturelle est l'objet de cette étude comparatiste qui revendique le mélange des genres, seul apte à appréhender les discours qui ont conditionné l'appropriation, la réception et l'exposition de ce patrimoine.


    Docteur en philosophie et lettres de l'ULB, Sophie Basch est professeur de littérature française à la Faculté des Lettres de Sorbonne Université, membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, membre honoraire de l'Institut universitaire de France. Ses recherches sur l'orientalisme littéraire et artistique et sur la culture fin-de-siècle se situent à la croisée de l'histoire littéraire et de l'histoire de l'art.

  • Considérée par certains observateurs comme relativement mineure dans la production de Pierre Boulez, Messagesquisse nous semble au contraire riche à bien des égards. D'abord parce qu'elle anticipe, dans une dimension purement acoustique, les préoccupations que le compositeur français aura quelques années plus tard dans le domaine de la musique mixte. Ensuite parce qu'elle s'impose comme une véritable étude sur les rapports étroits que peuvent entretenir le matériau, le temps et l'espace.
    Pierre Boulez décrit, en partie, le projet de la pièce au travers de son titre : « Avec ce mot-valise, j'ai voulu offrir un témoignage de mon amitié envers Paul Sacher : l'oeuvre renferme des messages qui lui sont adressés personnellement et sont codés de façon symbolique, comme dans une esquisse ». Mais quels sont ces codes symboliques ? Comment fonctionnent-ils, comment sont-ils musicalisés et comment agissent-ils sur notre perception ? C'est à ces quelques questions que cet ouvrage se propose de répondre.
    Jean-Marie Rens est compositeur et professeur d'analyse musicale au conservatoire royal de Liège. Il est l'auteur de plusieurs écrits publiés, entre autres, aux éditions Mardaga, l'Harmattan et Delatour France. Parmi sa discographie, signalons deux CD monographiques qui reprennent des oeuvres pour orchestre, choeur, musique de chambre et solistes (Cyprès-records).

  • Atom Egoyan, cinéaste canadien d'origine arménienne, propose une oeuvre large et multiple traversée par une réflexion continue sur l'image et son lien inextricable au champ de la mémoire. S'il va de soi que le cinéma a partie liée avec la question de la mémoire (le cinéma enregistre le temps et les images filmiques s'inscrivent dans nos mémoires), cette analogie est constamment mise à l'épreuve dans les réalisations d'Egoyan. Que ce soit le rapport entre la mémoire et la technologie audiovisuelle, la mémoire et la Catastrophe, la mémoire et la diaspora, c'est chaque fois en construisant et en déconstruisant les fondations de l'image que ces alliances s'imposent. C'est dans cette dynamique, obsédante et répétitive dans son travail, qu'Egoyan crée des images à la fois artificielles et fragiles - des prothèses de la mémoire. Marie-Aude Baronian est docteur en philosophie et en études cinématographiques. Elle enseigne la théorie filmique, la philosophie de l'image et la culture visuelle à la Faculté des sciences humaines de l'Université d'Amster-dam. Elle a écrit et publié sur les relations entre l'esthétique et l'éthique, sur celles entre l'image, l'archive et la mémoire ainsi que sur de nombreux artistes et cinéastes.

  • La construction des identités nationales doit énormément à l'archéologie. La collecte et la mise au jour des témoins d'un passé qui s'ancre matériellement dans un territoire participèrent largement à la cohésion des communautés humaines, à la légitimation du pouvoir, mais aussi parfois à la domination (à tout le moins culturelle) de certains États. Les patrimoines archéologiques représentent donc des enjeux importants pour les populations qui s'en réclament à un titre ou à un autre. Comment ont-ils été appréhendés ou utilisés à travers les siècles ? Quelles questions posent-ils sur notre rapport au monde, au temps, au passé, aux autres ? Quelle est in fine la part de la science et du politique dans leur interprétation ?

    Didier Viviers est historien et archéologue, professeur à l'Université libre de Bruxelles, dont il fut recteur de 2010 à 2016. En 2017, il a été élu Secrétaire perpétuel de l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique. Ancien Membre de l'École française d'Athènes, il dirige plusieurs fouilles archéologiques, dont celles d'Apamée de Syrie et d'Itanos (Crète orientale).

  • D'excentrique qu'elle était, la tendance du dandysme a fini par gagner le centre d'une société marquée par un individualisme à outrance que le consumérisme ne se prive pas d'exploiter. En multipliant les approches théoriques, qu'elles soient historiques ou contemporaines, Daniel Salvatore Schiffer nous propose une définition spectrographique de ce qu'il a nommé une philosophie, et qu'il élève à présent au niveau d'une métaphysique. Son impressionnant éventail citationnel leste sa démonstration d'une crédibilité dont on ne peut, en fin de compte, que convenir. De sorte que, en décrivant l'un de ses aspects les plus insolites mais aussi les plus envahissants, il contribue à nous faire mieux comprendre notre époque. L'auteur du livre entretient avec le sujet qu'il y traite une relation que l'on ne peut qualifier que de passionnelle. Daniel Salvatore Schiffer a, jusqu'à présent, consacré non moins de cinq ouvrages au thème qu'il aborde à nouveau ici, à savoir le dandysme. Daniel Salvatore Schiffer est agrégé de philosophie pour l'enseignement supérieur et titulaire d'un diplôme interuniversitaire belge d'études approfondies en « esthétique et philosophie de l'art ». Considéré comme l'un des grands spécialistes du dandysme, il a écrit, sur ce sujet, de nombreux et importants ouvrages, publiés aux Presses Universitaires de France et chez Gallimard, à Paris.


  • Ce livre est l'histoire d'une série d'objets investis pour matérialiser une présence du sacré dans les sanctuaires et pour donner aux fidèles les moyens d'avoir avec Celui-ci des relations nécessaires. C'est l'histoire des moyens investis, dans les sociétés médiévales et modernes, pour impliquer Dieu, le constituer, l'implorer et lui rendre grâce.


    Une histoire d'objets, de croyances, de pratiques et d'espaces qui ont contribué, par leurs interférences conjuguées, à constituer différentes manières de penser, de faire et d'être, emblématiques des systèmes religieux qui se sont succédé, et souvent superposés, en Occident entre le XIIIe et le XVIIe siècle.


    C'est une histoire « indisciplinaire » qui, prenant le parti d'enfreindre les limites balisées des disciplines académiques, entend considérer que ces retables sont tout à la fois d'histoire et d'histoire de l'art, de sociologie, d'anthropologie, de liturgie et d'imaginaires ; qu'ils sont, comme tout ce qui est, la résultant instable, multiple et complexe de l'irréductible diversité du réel.


    Une histoire des médiations créatives que les hommes surent aménager entre le réel et certains de leurs désirs, de leurs besoins et de leurs attentes toujours pressantes.



    Brigitte D'Hainaut-Zveny est historienne et historienne de l'art, enseignante à l'Université libre de Bruxelles, vice-présidente de l'Académie royale d'Archéologie et co-directrice du Groupe d'Études sur le XVIIIe siècle.

  • Depuis des millénaires, l'Homme joue et unit public et musiciens, au sein d'un même lieu et d'un même temps, par les sons. L'idée de capturer, un jour, ces sons enchanteurs ou de manipuler le temps aurait autrefois paru totalement saugrenue tant ces deux paramètres, intimement liés, semblaient impalpables. Et pourtant, aujourd'hui, le temps qui sépare deux notes suffit à transférer l'oeuvre complète à l'autre bout du monde. Seule, subsiste encore la distance que nous décidons d'installer dans notre chant... ou notre champ de pensée. L'Univers serait-il à la fois cantique... et quantique ? Depuis Pythagore, la musique, bouleversant sans relâche notre conception du Temps et de l'Espace, fait évoluer nos technologies, nos valeurs marchandes, notre culture et notre philosophie... Un fabuleux présent qui nous invite à vibrer dans l'instant... de l'instant. Jacques Siroul est né le 3 juin 1952. Pianiste et harmoniciste, il a composé plus de 350 bandes originales utilisées par les radios et les télévisions du monde entier. Sa formation d'ingénieur industriel l'a mené à utiliser et à enseigner les nouvelles technologies liées au son et à la musique. Il est également Professeur à l'Institut des Arts de Diffusion (IAD) à Louvain-la-Neuve.

  • En novembre 2010, l'Académie royale de Belgique et le Collège Belgique ont organisé sous le titre « Musique et Sciences de l'Esprit », un colloque de psychologie cognitive consacré à la musique en collaboration avec l'ESCOM (European Society for the Cognitive Sciences of Music). Cette association a été créée en 1990 par divers chercheurs européens, à l'initiative d'Irène Deliège, musicienne de formation, docteur en psychologie de l'Université de Liège et alors directrice de l'unité de recherche en psychologie de la musique au sein du service de psycho- logie expérimentale du Professeur Marc Richelle. Irène Deliège est bientôt devenue secrétaire générale de l'ESCOM. Elle a créé en 1997 une revue internationale, Musicae Scientiae, qui a pu paraître grâce à l'appui du FNRS. Elle a mené elle-même des tra- vaux originaux d'une grande rigueur scientifiquequi lui ont valu une réputation internationale. Le Colloque de l'Académie a été organisé à l'occasion de son départ à la retraite de l'ESCOM (à 76 ans), alors que la revue lui offrait un numéro spécial préparé en son honneur. Le Colloque a été organisé en coordination par l'Académie et l'ES- COM avec la participation à parts égales de membres de l'ESCOM et des quatre classes de l'Académie. Les organisateurs ont souhaité contribuer ainsi à un dialogue entre spécialistes de la musique, musi- ciens ou musicologues et représentants des disciplines de la psychologie de la musique. Cette publication veut être une introduction à la psychologie cognitive de la musique pour des lecteurs de langue française, car la littérature sur cette matière est jusqu'ici très majoritairement en langue anglaise. C'est aussi pourquoi, alors que le Colloque s'est déroulé en français et en anglais avec traductions simultanées, les actes ici publiés paraissent en français seulement. Contributions de Jean-Marie André, Emmanuel Bigand, Leen De Bruyn, Pascal Decroupet, Irène Deliège, Thierry De Smedt, Michel Hambersin, Michel Imberty, Reinhard Kopiez, Claude Ledoux, Marco Lehmann, Marc Leman, Jukka Louhivuori, Pieter Jan Maes, Bart Moens, Luc Nijs, Rosie Perkins, Friedrich Platz, Laura Ritchie, John Slobada, Sam Thompson, Robert Wangermée, Geraint A. Wiggins, Aaron Williamon

  • Alors que la musique de Chostakovitch semblait devoir rester largement prisonnière des normes esthétiques du réalisme socialiste, elle domine aujourd'hui la vie musicale du monde entier. Quel est ce mystérieux pouvoir de la musique de survivre ainsi aux idéologies et aux contextes sociaux qui l'ont dominée de leurs conventions et de leurs contraintes ? Soumise durant des siècles aux rigueurs du christianisme, la musique religieuse continue à être exécutée et souvent bien plus fréquemment (que l'on songe aux Passions de Bach) en dehors des raisons cultuelles et dévotionnelles de ses origines. Chostakovitch a vécu longtemps dans cette dualité des promesses de l'idéologie dominante qu'il faut célébrer et des évidences que l'on doit taire. De là ce double langage, avec sa part d'ironie, d'allusions, de secrets mêmes. Son interprétation n'est donc pas sans aléas et elle a alimenté de vifs débats. Frans Lemaire en propose ici une synthèse biographique basée essentiellement sur les témoignages qui s'imposent avec évidence, au départ de la musique et des textes. Ingénieur civil (UCL), gradué de Harvard, Frans Lemaire a mené parallèlement une carrière industrielle et l'écriture de nombreux articles et essais, ainsi que de plusieurs ouvrages aux Éditions Fayard, notamment sur la musique russe du XXe siècle.

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