Sciences humaines & sociales

  • Ce volume constitue le deuxième volet d'une recherche que nous avons voulu consacrer aux écritures théâtrales pour la jeunesse dont le premier est paru en 2015 dans la revue Recherches et Travaux. Ici encore, il s'agit d'examiner comment le rapport à la jeunesse correspond moins à une thématique qu'à un engagement dépassant le seul théâtre destiné aux jeunes et interrogeant à la fois le monde et le théâtre, la jeunesse et les adultes soucieux de regarder le monde tel qu'il va depuis l'enfance. Cet engagement est ici plus précisément étudié via la focale de la poétique du drame - une poétique résolument plurielle qui ne manque pas de vivifier le champ de la littérature théâtrale contemporaine dans son ensemble. Attentif aussi bien aux poétiques de l'engagement qu'à l'engagement du poétique dans le théâtre de jeunesse, ce volume propose d'aller à la rencontre de dramaturgies et de voix singulières, telles celles d'Edward Bond, de Joseph Danan, de Daniel Danis, de Philippe Dorin, de Mike Kenny, de Claudine Galea, de Suzanne Lebeau, de Sylvain Levey ou encore de Dominique Richard.

  • Face aux nombreuses invitations à « traverser les frontières » qui marquent les limites disciplinaires des sciences humaines, ce volume propose une réflexion sur la nature des relations entre la traductologie et ses domaines limitrophes. Cette dernière s'est en effet historiquement définie par rapport aux disciplines connexes, et ses « virages » récents ont souvent correspondu à l'appropriation de problématiques et méthodologies exogènes. Mais la recherche récente ne témoigne-t-elle pas aussi de formes « réciproques » de l'interdisciplinarité, où la mise en commun de ressources critiques résulte en un apport égal aux différentes disciplines en jeu ? Les travaux rassemblés dans ce volume explorent les interactions entre la traductologie et diverses disciplines, telles la philosophie, l'analyse du discours, les sciences de l'éducation, ou l'histoire culturelle et littéraire. Tout en faisant le point sur les pratiques courantes de l'interdisciplinarité en traductologie, le volume propose de nouvelles pistes théoriques et méthodologiques mettant en valeur la contribution actuelle et potentielle de la discipline aux autres domaines de recherche en sciences humaines.

  • Où est ce corps que j'entends ? ». Cette interrogation extraite d'Enfonçures de Didier-George Gabily est emblématique de toutes les formes de dissociation de la voix et du corps telle qu'elle se manifeste dans le théâtre moderne et contemporain. à travers un vaste corpus, qui aborde aussi bien les théâtres francophone, anglophone, hispanophone, que germanophone, scandinave ou russe, cet ouvrage prend la mesure de ce qui, dans la voix, est révélateur de nouvelles modalités de figurations et de représentations du corps. Sont ainsi examinées les multiples frictions et relations entretenues entre le corps et la voix - des voix sans corps aux corps sans voix en passant par ces corps délocalisés, lointains, fantasmés, étranges, étrangers, malades ou malmenés, tour à tour commentés ou mis en fiction par les voix. Révélatrices des principales mutations des écritures théâtrales et de la scène aux 20e et 21e siècles, ces nouvelles relations entre corps et voix ne sont pas pure affaire de forme ; elles sont à penser en regard des représentations sociales, politiques, médicales, culturelles du corps et de la parole dans le monde contemporain.

  • L'enseignement des langues vivantes dans le système éducatif français a fait l'objet d'importantes réformes, en particulier depuis le lancement en 2005 du Plan de rénovation de l'enseignement des langues vivantes étrangères, adossé au Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) du Conseil de l'Europe. Sa mise en place progressive arrive à son terme et une pédagogie actionnelle caractérise aujourd'hui l'ensemble du parcours d'enseignement-apprentissage, du primaire au secondaire. Les étudiants qui rejoignent aujourd'hui l'université sont formés à la compétence de communication selon des modalités nouvelles. Celles-ci modifient fondamentalement les orientations et les techniques d'enseignement des langues dans le supérieur et amènent, par conséquent, à une réflexion sur l'application à l'université du Cadre européen commun de référence pour les langues, trop souvent limitée encore aux certifications de type CLES et pas réellement insérée dans une démarche didactique et pédagogique. Cet ouvrage propose non seulement une réflexion sur le développement des capacités langagières mais présente également de nouvelles approches afin d'optimiser le processus d'enseignement-apprentissage et de rénover les pratiques actuelles. Les travaux ainsi réunis portent un regard actualisé et critique sur les questions de l'apprentissage, de la motivation et de l'auto-motivation, des nouvelles technologies et de l'innovation.

  • L'ouvrage, qui rassemble dix contributions, interroge, autour des notions d'hybridité et d'hybridation, l'évolution du théâtre contemporain pour la jeunesse en articulant cette réflexion aux questions que pose sa promotion dans les classes et son ouverture à un public plus large. En effet, si, depuis une dizaine d'années, de nombreux travaux mettent en évidence l'intérêt et les qualités de ce répertoire, et si des incitations institutionnelles, telles les listes de référence, ont relayé ces travaux, sa place dans l'institution scolaire reste encore très marginale, ce corpus restant méconnu. Aussi les contributions des chercheurs, croisant des approches littéraires, esthétiques, dramaturgiques, didactiques, sémiologiques et une ouverture historique apportent-elles différents éclairages à cette problématique, et montrent-elles, dans le mouvement même d'hybridation qui travaille ce corpus, des ressources permettant d'en faciliter l'accès.

  • L'accouchement fut pendant des siècles un art du ressort des femmes. Du Moyen-Âge jusqu'au Grand Siècle, les femmes ont exercé un monopole professionnel sur cette activité, en ville comme à la campagne. Mais dès le XVIIe siècle, la médicalisation de la science obstétricale a opéré un bouleversement des rôles et entraîné, à la fin du XVIIIe siècle, une inversion faisant d'une affaire de femmes un domaine soumis à la science masculine. Or, malgré la richesse des travaux consacrés aux croyances et aux rites, aux pratiques médicales et aux souffrances liées à l'accouchement, les conséquences de ce tournant n'ont pas encore toutes été tirées. Cet ouvrage veut remettre les femmes au coeur de l'acte d'enfanter, en envisageant les pratiques, discours et représentations de l'accouchement d'un point de vue genré. Découvrir le métier de sage-femme, les textes où elles ont transmis leur savoir, les pratiques et les risques du métier, l'iconographie et les fictions qui les représentent, voire les objets pédagogiques et les instruments qui gardent la trace de leur travail, permet ainsi d'envisager l'existence d'une expérience et d'une perception féminines différentes de la science masculine.

  • Les scandales de l'art moderne prouvaient que celui-ci alimentait secrètement le registre du sens, lié à la symbolisation de l'ordre social. Mais aujourd'hui, la société a définitivement abandonné l'idée de l'art comme langage universel, et, pour ne plus craindre les troubles causés par des oeuvres ou des artistes, elle a confié à l'industrie culturelle le soin de mettre la main sur les symboles et d'en distiller cyniquement les bouleversements. Le présent ouvrage tâche de relever le défi de repenser le scandale dans ce nouveau contexte. La crédibilité de la presse à porter les expressions spontanées des sentiments populaires étant définitivement compromise, le scandale semble se réfugier dans des formes moins spectaculaires et plus attentives au travail du sens, et à ses crises latentes. Défier la décence propose l'étude de diverses situations contribuant notamment aux mouvements actuels de l'art (oeuvres, spectacles, concerts, mais aussi manifestes, modes de vie et de comportements, controverses juridiques, inspirations scientifiques, etc.), comme catalyseurs ou révélateurs des crises, indissociablement artistiques et politiques, parfois sans le moindre écho dans les mass-media.

  • Le vif débat théorique autour de la traduction littéraire voit dans le genre poétique son meilleur banc d'essai. Si l'oeuvre en prose lance au traducteur des défis substantiels, la traduction du texte poétique doit affronter des questions suprêmes : tissage original entre mètre, syntaxe, rythme et prosodie, conjugaison des « portées » formelle et sémantique. Ce volume entend approfondir la traduction de la poésie tantôt comme labeur et pensée des poètes eux-mêmes, tantôt comme interpellant la fibre poétique des traducteurs. Les textes réunis ici s'organisent en deux sections. La première, « Le poète traducteur : dialogues » réfléchit aux témoignages et pratiques des poètes faisant également oeuvre de traduction, de Mallarmé à Bonnefoy et Quignard, d'Eugenio de Andrade à Gellu Naum, de Giorgio De Chirico à Beppe Fenoglio et Mario Luzi. La seconde section, « Le traducteur poète : apologues », mesure l'exigence de créativité imposée au traducteur face à Baudelaire, Rimbaud, Keats, Fondane, mais aussi à Olive Senior, Cecilia Mereiles, Donata Berra, Attilâ Ilhan. Cette « reconnaissance infinie » (Magritte) de deux approches transitives de la poésie éclaire donc de feux croisés les diverses expériences menées tant par les poètes traducteurs que par les traducteurs poètes.

  • L'anthologie Savants et écrivains : portraits croisés dans la France du XIXe siècle réunit les portraits, plus ou moins connus, que des savants ou des écrivains ont dressés d'écrivains ou de savants. Elle dresse un panorama varié de la manière dont chacun mesure ce qui le distingue de l'autre et montre la richesse possible des articulations des pratiques littéraires et savantes au siècle réputé être celui de la séparation des deux sphères. Qu'il vise à esquisser le contour d'un contremodèle ou, au contraire, d'un double possible, qu'il entende construire une allégorie, le portrait de savant fait par un écrivain ou le portrait d'écrivain composé par un savant témoigne de la nécessaire référence à l'Autre dans la définition de ses propres pratiques et de son propre discours. Les portraits croisés n'ont pas pour seul objet de définir un sujet (le « savant » ou l'« écrivain ») ; ils font émerger la compétence particulière d'un regard spécialisé qui, traitant d'une sphère étrangère, entend définir ses méthodes et ses limites.

  • Conservé aux Archives Départementales du Pas-de-Calais, le Trésor des chartes des comtes d'Artois (xiiie-xive siècles) rassemble plusieurs dizaines de milliers de documents dont la très grande richesse est parfois méconnue. Les études ici réunies s'attachent à la constitution et à la conservation de ce fonds, à l'histoire de la production documentaire (cartulaires, enquêtes, comptabilités), et plus généralement à l'histoire des comtes et du comté d'Artois (société politique, gouvernement et administration du comté, pratiques judiciaires, pratiques de dévotion, mémoire généalogique). L'ouvrage s'inscrit dans le renouvellement actuel de l'histoire des pratiques de l'écrit. Par la diversité des thèmes et des approches, il dresse un état des connaissances relatives aux archives des comtes d'Artois, et, au-delà, dessine des perspectives de recherche. Il attirera l'attention de la communauté scientifique sur un fonds documentaire exceptionnel et apportera au public cultivé une contribution importante à la connaissance de l'Artois au Moyen Âge et, plus largement, du royaume de France sous les règnes des derniers Capétiens.

  • Réunir sous le signe du merveilleux les domaines du fantastique, de la science-fiction et de la fantasy ne va pas de soi si l'on se réfère aux théories établies qui ont d'abord cherché à saisir la spécificité de chacun d'entre eux en tentant de les circonscrire comme des territoires limités par des frontières. Cet ouvrage se propose de revenir sur les poétiques des genres de l'imaginaire pour mettre en lumière la porosité des catégories héritées, et notamment de la célèbre tripartition todorovienne entre merveilleux, fantastique et étrange. Les articles réunis repèrent avec une grande cohérence cette plasticité théorique contemporaine, qui s'impose à eux dans des corpus diversifiés, du roman post-moderne à la littérature pour la jeunesse en passant par le cinéma et les séries télévisées.

  • Comment peut-on s'engager dans les sports à risque ? La présente étude sociologique voudrait répondre aux énigmes que présentent ces pratiques. Car ces disciplines sportives interpellent : elles sont des activités de loisirs dans lesquelles la vie est mise en jeu. C'est par l'enquête menée sur les terrains de parachutisme, de BASE-jump, d'alpinisme ou de parapente que ce livre participe à la compréhension et à l'explication des engagements dans ces sports. D'abord en éclairant les parcours de vie qui conduisent à ces activités. Entre dispositions et situations, se construisent des engagements pluriels, mus par le jeu complexe d'influences biographiques et contextuelles façonnées par le genre. Ensuite en rendant compte des modes de pratiques, notamment dans les rapports que nouent les adeptes, hommes et femmes, avec les risques et les prises de risque. Enfin, en montrant comment s'établissent les rapports sociaux de sexe dans ces espaces sociaux « masculins », entre évolutions, reconfigurations et permanences. Cette étude des sports à risque apporte ainsi une contribution à la connaissance des dynamiques biographiques, des prises de risque et du genre.

  • Le colloque qui s'est tenu à l'Université d'Artois, les 20 et 21 octobre 2010, a cherché à définir, à partir d'exemples européens les plus divers et sur la longue durée, la nature du lien entre ce qui est du domaine de la vie privée et ce qui est rendu public. Il a souligné l'interdépendance entre le support médiatique et la constitution de l'individu : par le livre et l'écrit, l'homme moderne a bâti son intériorité. Il a montré que les frontières entre le public et le privé sont fluctuantes, soumises aux impératifs, comme aux aléas de la politique, des querelles religieuses et de la volonté affirmée de certains individus de s'inventer des parcours biographiques singuliers, que les exemples du chansonnier Béranger, de l'ambassadeur Esterhazy et de Proust sont venus éclairer. Il a montré que les femmes ont une approche différente de celle des hommes, peut-être parce que leur éducation les pousse à mieux respecter les normes de civilité. Mais si l'espace curial a longtemps permis une expression féminine assez libre, la Révolution les a ensuite exclusivement cantonnées dans le domaine de la vie sentimentale. La publicité donnée à des affaires sensibles - affaires de moeurs, querelles conjugales, adultères - montre que l'exposition médiatique de soi se fait par le biais du scandale. Le factum, ce mémoire judiciaire qui existe durant la période moderne et jusqu'à la fin du xixesiècle, est avec les Mémoires, les autobiographies et les correspondances, une source privilégiée, rendant compte des nombreux procès qui ont médiatisé ces affaires intimes. Les transformations des mentalités ont changé la nature de ce qui doit demeurer caché et de ce qui peut être exposé ; elles ont fait évoluer la législation : n'oublions pas que l'amitié était au xvie siècle ostentatoire, que l'on a pas hésité à étaler les anecdotes sur la vie sexuelle des rois, mais que toute transgression à l'échelle locale était sévèrement pourchassée... Ce recueil a l'ambition d'ouvrir quelques pistes de réflexion sur un sujet très actuel qui rappelle aussi que tout chercheur - en histoire, histoire de l'art, littérature, science de l'information -, lorsqu'il exhume les voix du passé devient lui-même un médiateur de l'histoire intime de l'humanité.

  • La septième édition du colloque européen du Calaisis, fondé en 1993 sous l'égide de nombreux mécènes, dont la ville de Calais, se devait de mettre à l'honneur, sous la présidence du Professeur Jean-Philippe Genet, le célèbre exploit de Louis Blériot en choisissant le thème de la traversée du détroit, du Moyen Âge à nos jours. Une vingtaine de contributions de spécialistes universitaires, suivies par un public toujours plus nombreux, sont ici rassemblées : elles abordent ce thème pris dans son acception la plus large, étudiant à la fois ses aspects humains, économiques, politiques et culturels. Si les premières conférences abordent les échanges religieux et scolaires, le Moyen Âge tardif met en valeur la guerre, la diplomatie et de facto annonce la période moderne. Plus variées demeurent les interventions contemporaines. L'horizon s'élargit, le détroit est privilégié sur le plan sportif et dans le domaine économique : sur ce point, la géographie s'impose à l'historien. Une référence au général De Gaulle, qui a épousé une Calaisienne, mérite une mention particulière, introduisant au prochain colloque : « De Gaulle, Vendroux et la Résistance ».

  • La traduction est couramment définie comme une opération qui relie deux cultures nationales monolingues. Mais qu'en est-il des traductions produites au sein de cultures nationales ou régionales plurilingues comme le Canada, la Belgique, la Suisse ou les Caraïbes ? Peut-on encore arguer à leur propos de « sources » et de « cibles » ou de relations de « symétrie » et d'« équivalence », sachant que les cultures diglossiques ou pluriglossiques instaurent plutôt des inégalités entre les langues et les littératures ? Si les cartographies qui représentent l'espace culturel ont longtemps cherché à minorer ou à occulter ces inégalités, il s'impose de reconsidérer la nature des relations intraculturelles à mesure que les cultures se reconnaissent de plus en plus ouvertement comme plurilingues. Les notions de frontière (linguistique) et d'espace (national) y sont aujourd'hui mises à mal, en faveur d'une hybridation des langues dont la traduction se ressent à son tour. Cet ouvrage réunit des contributions théoriques, historiques et analytiques sur les traductions dans les cultures plurilingues. Il s'attache plus précisément à la période qui va de la naissance des idéologies monolingues au XIXe siècle à leur questionnement radical à partir de la seconde moitié du XXe siècle.

  • Aux XVIe et XVIIe siècles, l'intoxicatio fait partie des crimes et délits répandus dans les sociétés européennes. Sans se substituer aux crimes de sang, l'empoisonnement permet à ceux qui en font usage d'oeuvrer dans l'ombre en comptant sur des connaissances médicales encore bien approximatives sur le terrain de la toxicologie et de ses remèdes et ce malgré les avancées significatives de la médecine légale. Les poisons minéraux succèdent aux poisons végétaux, et l'acide arsénieux remporte alors un vif succès. La tradition historiographique associe la pratique du crime de poison à l'époque « éclairée » de la Renaissance et limite son usage à un cercle élitaire, celui de l'aristocratie attachée au pouvoir royal. Dans la lignée de récents travaux sur d'autres périodes mettant à mal cette idée reçue, nous proposons une réévaluation de la présence du venin et de ses remèdes en Angleterre, en Espagne et en France à travers différents écrits savants, politiques et littéraires. Cela permet ainsi d'observer les occurrences du poison et de son inséparable antidote, tant du point de vue matériel que métaphorique, et de mesurer les peurs sociales qu'il génère.

  • À la manière du mosaïste, le romancier assemble des mots, des situations pour créer un être plausible. Le statut de l'enfant et de l'adolescent, êtres en perpétuelle évolution, rend cet effort de composition exigeant. Les héros qui ont enchanté notre enfance - Rémi dans Sans Famille, les deux frères du Tour de la France par deux enfants -, les personnages de nos lectures d'adultes - Jacques Vingtras ou Sébastien Roch - ont marqué notre imaginaire parce qu'ils sont issus de choix complexes de la part du romancier.

  • Merlin de Douai. Ce nom évoque d'abord la fameuse loi des suspects (sept. 1793), l'un des textes organisant la Terreur ; il rappelle le parcours ambigu d'un patriote des Etats généraux devenu conventionnel régicide, thermidorien, ministre du Directoire, président du Directoire exécutif puis comte d'Empire ; il suggère enfin l'image du « prince des jurisconsultes », auteur admiré du Répertoire de jurisprudence et procureur général impérial à la Cour de cassation. De l'Ancien Régime à la Monarchie de Juillet, à la frontière du droit et de la politique, Merlin mena en effet une riche et étonnante carrière qui lui fit longtemps jouer un important rôle public. C'est l'itinéraire de ce juriste du temps des Révolutions, ses projets et son action politique ainsi que sa pensée juridique et sociale qu'Hervé Leuwers a tenté de reconstituer ici. L'auteur s'est également interrogé sur le parcours de toute une génération politique, dominée par des juristes comme Merlin, Cambacérès, Treilhard, Lanjuinais et Boissy d'Anglas, dont l'engagement révolutionnaire s'éteignit dans l'adhésion à l'Empire. Par l'étude d'un homme dont les discours et l'action ont contribué à l'émergence du citoyen, à l'unification proclamée de la nation, à la réforme du droit et de la justice, à la laïcisation de l'Etat et de la société ou encore à la redéfinition des rapports entre les peuples, l'auteur a voulu approcher la lente et difficile élaboration d'une pensée et d'une pratique politiques d'avenir, dominées par les principes d'ordre et de liberté, ainsi que contribuer à l'étude de la montée d'une nouvelle catégorie d'hommes publics, les juristes, et plus particulièrement les avocats.

  • La traduction est un phénomène central pour l'Europe telle qu'elle est en train de se construire : elle assure les échanges entre Etats sans qu'une langue commune donne l'impression d'une hégémonie quelconque ou d'un abandon des identités nationales. Cet attachement à la notion d'identité tout en ménageant les échanges culturels est une constante de l'histoire européenne et ces échanges passés, fondés sur la traduction, font que la construction de l'Europe ne se réduit pas à la création d'une entité économique et politique : elle possède une dimension humaine et culturelle spécifique, qui lui donne son âme. Ce colloque a abordé ces deux aspects du rôle de la traduction en Europe : dans le passé et aujourd'hui comme facteur de découverte mutuelle et ferment culturel ; de manière plus spécifique aujourd'hui comme facteur d'équilibre et instrument de communication au sein des institutions. Le colloque a rassemblé des spécialistes de nombreux pays européens ou observateurs jetant un regard sur l'Europe. Les textes partent de la traduction en Irlande au Moyen Age pour aboutir aux traducteurs allemands de Roumanie au XIXe siècle. La dernière partie du colloque tente de faire le point sur divers aspects de la recherche en matière de traductologie ainsi que sur la formation des traducteurs.

  • Les aspects politiques, militaires, économiques et géographiques de la Première Guerre mondiale sont à présent bien connus ; mais la rupture qu'a signifiée le déclenchement des hostilités en 1914 atteint également les domaines de la pensée, de la littérature et de la conscience des peuples engagés dans le conflit. Dû à une douzaine de chercheurs, germanistes ou historiens, cet ouvrage est consacré aux composantes philosophiques de ce qu'on a appelé, non sans raison, la "guerre des esprits" et à la mise en forme littéraire des diverses images de la guerre. Dans la première partie, six études novatrices, étayées par des documents inédits ou non encore étudiés, rendent compte de l'attitude des écrivains et des intellectuels allemands et français qu'elles replacent dans le contexte des grands débats idéologiques de l'époque. Contraints d'intégrer le thème de la guerre dans leur oeuvre, romanciers et poètes ont tenté d'opposer à l'horreur du champ de bataille un traitement esthétique de ce thème lorsqu'ils n'ont pas magnifié le combat. La seconde moitié de l'ouvrage montre, à partir d'analyses de textes fondamentaux, comment s'est opérée la rencontre entre l'histoire littéraire et l'actualité guerrière et apporte des réponses inédites à l'épineuse question de sa fécondité.

  • Issues de journées internationales organisées à Paris en avril 1994 notamment par le CERTEL (Centre d'études et de recherches sur les textes électroniques littéraires, Université d'Artois), ces études tentent de faire le point sur les nouvelles formes de création et d'expression littéraires développées à l'aide d'un ordinateur. Théories, modélisations et quelques réalisations.

  • Francis Marcoin, professeur de Littérature française à l'Université d'Artois, dirige un centre de recherches qui, dans le cadre d'une réflexion sur les rapports entre Littérature et Morale, Littérature et Pensée, Imaginaire et Didactique, a choisi de mettre l'accent sur l'enfance, l'éducation, la littérature enfantine. La comtesse de Ségur est ici resituée dans le contexte de l'édition spécialisée du xixe siècle, dans un environnement thématique et moral qui n'exclut pas une originalité profonde et paradoxale. En effet, plusieurs principes élémentaires semblent gouverner son oeuvre : le féminin, le religieux, l'aristocratique. Mais ces principes sont toujours illustrés d'une manière équivoque. La comtesse de Ségur résiste donc aux analyses de contenu, et son « message », quelquefois énigmatique, s'oppose même aux engagements officiels de son entourage ultramontaniste. L'ancrage aristocratique est toujours perturbé, mêlé à des valeurs « bourgeoises », tandis que certains textes manifestent une attirance pour la pauvreté, pauvreté de biens ou d'esprit. Cette complexité, qui requiert une sorte d'humilité de la part du lecteur le plus savant, permet de comprendre pourquoi ces livres, ne s'adressant pas aux enfants d'une classe particulière, conservent aujourd'hui leur puissance d'attraction, et pourquoi, ils n'ont cessé de susciter un intérêt critique. Au-delà de ce cas particulier, il s'agit donc de poser des questions qui touchent à la lecture littéraire, et à l'excès d'interprétation qui caractérise quelquefois notre modernité. En dépit de son statut inférieur, ou bien plutôt grâce à celui-ci, la littérature enfantine favorise un tel questionnement qui ne peut manquer de s'appliquer à toute la Littérature.

  • Cet essai a pour ambition d'édifier une sociologie de la traduction à partir des idées de Pierre Bourdieu sur la sociologie de la culture. Est analysée la science-fiction telle qu'elle s'est implantée en France dans les années 1950 par l'action des agents Boris Vian, Raymond Queneau et Michel Pilotin. Issue du courant américain des années 1920, la science-fiction est en elle-même un phénomène de traduction, ayant émergé sous l'impulsion du Luxembourgeois Hugo Gernsback du terreau de Jules Verne et accessoirement H. G. Wells et Edgar Poe. La réception d'H. G. Wells au Mercure de France et dans la NRF (avant la première guerre mondiale) est d'abord présentée, ainsi que des tentatives sans lendemains avant la Seconde Guerre mondiale. Ensuite, est étudiée dans le détail la grande tradition de la science-fiction qui, par la traduction, a pris racine durablement dans la France de l'après-Guerre : la traduction et ses agents, la traduction au Rayon Fantastique (Hachette-Gallimard), Boris Vian traducteur d'Alfred E. van Vogt, la traduction de l'onomastique dans la revue Galaxie. Enfin, en conclusion, l'auteur procède à un exercice de double réflexivité traductologique. L'essai se clôt sur des annexes qui fournissent des bibliographies de traducteurs (livres traduits).

  • De la protohistoire à la fin de l'Empire romain, balayant aussi bien le monde celtique que le monde romain ou grec, c'est le champ entier de la démographie historique antique qui est ici exploré. Proposant de nouvelles méthodes d'investigation aux historiens démographes, cet ouvrage ouvre la voie à des travaux ultérieurs dont certains ont déjà commencé.

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