Sciences humaines & sociales

  • Comment l'humanité, qui était au sommet du progrès technique,  a-t-elle pu se laisser happer par la barbarie totalitaire et finir par y  sombrer ? Telle est la question de Condition de l'homme moderne.  Cette faillite est la conséquence de l'oubli par l'homme moderne  d'un monde de valeurs partagées et discutées en commun avecautrui, dès lors qu'il n'a plus envisagé les choses qu'au travers du  prisme de leur utilité pour son bonheur privé. Indifférent aux autres,  l'homme moderne ne forme plus avec eux qu'une foule d'individus  sans lien véritable et sans défense contre la voracité des dictateurs  et des leaders providentiels. Seule une « revalorisation de l'action »,nous dit Arendt, cette intervention consciente avec et en direction  d'autrui, permettra à l'homme moderne d'échapper aux dangers  qui pèsent toujours sur sa condition.
      Paru une première fois en français en 1961, Condition de l'homme  moderne est le premier texte de Hannah Arendt publié en France.  Cette réédition est accompagnée de l'importante préface originale  de Paul Ricoeur qui reste à ce jour une des meilleures introductions  à la pensée d'Arendt. Dans son avant-propos inédit, Laure Adler  montre comment le texte d'Arendt fut et reste visionnaire dans l'éclairage  qu'il jette sur les urgences d'aujourd'hui.

  • «  Il n'y a pas de hasard ou il n'y a que des hasards  », comme disait Rimbaud, et c'est dans un vide-greniers à Saint-Lunaire que François Morel a trouvé un vieil exemplaire défraîchi de La Cancalaise. Dans cette revue, endommagée par le temps, étaient reproduites une douzaine de chansons d'un poète et marin breton, Yves-Marie Le Guilvinec. Intrigué par l'originalité, la singularité de ce qu'il lisait, François Morel, avec l'aide de Gérard Mordillat, a voulu enquêter sur l'auteur oublié de ces textes et établir sa biographie.
     
    Yves-Marie Le Guilvinec, né en 1870 à Trigavou, pêcheur sur les grands bancs de Terre-Neuve, cadet d'une famille nombreuse, est mort en mer en 1900. Il vécut sans autre horizon que la pêche à la morue et disparut au moment où la gloire lui tendait les bras.
     
    La biographie d'Yves-Marie Le Guilvinec complétée par l'intégrale du texte de ses chansons est accompagnée de plusieurs lettres émouvantes à sa mère et d'une étude sur sa mort que nous devons à l'amabilité du Dr Patrick Pelloux, ainsi que de portraits par Ernest Pignon-Ernest.

  • « J'adore la vision qu'a Jean-Marie de cette époque enchantée qu'il a traversée avec grâce, comme s'il était là par hasard. J'aime la façon qu'il a d'épingler les bonheurs comme des papillons, de chasser les chagrins d'un revers de mot, comme des mouches, pudeur oblige. J'aime plus que tout le regard qu'il porte sur sa famille. Parmi tous les éclats  de vie, souvenirs, rencontres, amitiés, amours, parmi Johnny et Sylvie, Jacques Dutronc et Françoise  Hardy, Patrick Modiano et Françoise Sagan, et aussi les jeunes Guillaume Gallienne ou Édouard Baer dont il découvrait la fantaisie avant tout le monde, j'aime son album de famille. »

  •   Le 17 septembre 1944, le général Kurt Student, créateur des forces  aéroportées allemandes, entend le rugissement crescendo d'un grand nombre  de moteurs d'avions. Il sort sur la terrasse de la villa qu'il occupe et qui domine  le plat pays du sud des Pays-Bas pour regarder passer l'armada de Dakota et  de planeurs qui convoient les 1re division parachutiste britannique et les 82e  et 101e divisions aéroportées américaines. Ce n'est pas sans une pointe de  jalousie qu'il contemple cette démonstration de force aéroportée.
        Market Garden, le plan du maréchal Montgomery consistant à donner le  coup de grâce à l'Allemagne nazie en capturant les ponts hollandais donnant  accès à la Ruhr était audacieux. Mais avait-il la moindre chance de réussir ?  Le prix à payer quand il s'avéra un échec fut effroyable, en particulier pour les  Néerlandais qui avaient tout fait pour aider leurs libérateurs éphémères. Les  représailles allemandes furent cruelles et sans pitié, et ce jusqu'à la fin de la  guerre.
        Quant à Arnhem et Nimègue, villes cartes-postales au coeur de l'Europe  civilisée, elles se retrouvèrent, à l'arrêt des combats, dévastées et jonchées des  cadavres d'innombrables jeunes soldats qui avaient payé de leur vie l'hubris  de leur haut commandement.
        En puisant dans une documentation prodigieuse et parfaitement maîtrisée  composée pour beaucoup d'archives inexploitées hollandaises, britanniques,  allemandes, américaines et polonaises, Antony Beevor nous fait vivre la  terrible réalité d'une bataille dont le général Student lui-même prédit avec  lucidité qu'elle donnerait à l'Allemagne sa « dernière victoire ».
        Son récit implacable, qui alterne les gros plans et les vues d'ensemble,  nous plonge au coeur même de la guerre, et rend hommage à des milliers de  héros anonymes que l'Histoire a oubliés.

  •         Un jour, j'ai dit : « Ils sont des milliers  à dormir dehors. Quelqu'un pourrait  habiter chez nous, peut-être ? »  Et Fabrice a dit : « Oui, il faudra  juste acheter un lit. »  Et notre fils Marius a dit : « Faudra  apprendre sa langue avant qu'il arrive. »  Et son petit frère Noé a ajouté :  « Faudra surtout lui apprendre à joueraux cartes, parce qu'on adore  jouer aux cartes, nous ! »
    Pendant neuf mois, Émilie, Fabrice et leurs deux  enfants ont accueilli dans leur appartement parisien  Reza, un jeune Afghan qui a fui son pays en guerre  à l'âge de douze ans. Ce journal lumineux retrace  la formidable aventure de ces mois  passés  à se découvrir et à retrouver ce qu'on avait égaré  en chemin : l'espoir et la fraternité.     

  • Je viens d´un pays qui est né à minuit.Quand j´ai failli mourir, il était juste midi passé.Lorsque les talibans ont pris le contrôle de la vallée du Swat, au Pakistan, une toute jeune fille a élevé la voix. Refusant l´ignorance à laquelle la condamnait le fanatisme, Malala Yousafzai résolut de se battrre pour continuer d´aller à l´école. Son courage faillit lui coûter la vie.Le 9 octobre 2012, alors qu´elle n´avait que quinze ans, elle fut grièvement blessée par un taliban dans un car scolaire. Cet attentat censé la faire taire n´a que renforcé sa conviction dans son combat, entamé dans sa vallée natale pour la conduire jusque dans l´enceinte des Nations unies. À seize ans à peine, Malala Yousafzai est la nouvelle incarnation mondiale de la protestation pacifique et la plus jeune candidate de l´histoire au prix Nobel de la paix.Moi, Malala est le récit bouleversant d´une famille exilée à cause du terrorisme ; d´un père qui envers et contre tout a fondé des écoles ; de parents courageux qui, dans une société où les garçons sont rois, ont manifesté un amour immense à leur fille et l´ont encouragée à s´instruire, à écrire, à dénoncer l´insoutenable et à exiger, pour toutes et tous, l´accès au savoir.

  • Toute mère est sauvage. Sauvage en tant qu'elle fait serment, inconsciemment, de garder toujours en elle son enfant. De garder inaltéré le lien qui l'unit à son enfant dans cet espace matriciel à laquelle elle-même, petite, fut livrée. Ce serment se perpétue ainsi, secrètement, de mères en filles et en fils, jusqu'à l'étouffement et parfois même le meurtre, si de la différence ne vient pas en ouvrir le cercle, et briser l'enchantement. C'est ce serment, que doit rompre l'enfant pour devenir lui-même, accéder à sa vérité, son désir. Le risque qu'il affronte, pour pouvoir aimer, c'est d'abandonner la mère à la mélancolie et de traverser la peur d'être lui-même abandonné.Comment des individus exposés avec une violence particulière à cette sauvagerie s'en sortent-ils ?Pourquoi la parole et l'écoute psychanalytique peuvent elles ouvrir un nouvel espace de vie chez ces êtres menacés d'ensevelissement ?Née à Paris en 1964, philosophe et psychanalyste, Anne Dufourmantelle enseigne la philosophie à l'Ecole d'Architecture UP6 La Villette.Elle est l'auteur de La vocation prophétique de la philosophie (Ed.du Cerf).

  • Comment penser le monde après Donald Trump et Jair Bolsonaro  ? Comment expliquer l'aura d'Alexandria Ocasio-Cortez, de Jacinda Ardern ou de Greta Thunberg  ?
     
    Le pouvoir prédateur sur les autres et la planète, incarné par les populismes néofascistes et le néolibéralisme, n'est pas une fatalité. Avec les crises démocratiques, environnementales, sanitaires et sociales que nous traversons, ce sont à la fois les récits, les agendas et les styles politiques qui doivent être questionnés. Le féminisme figure parmi les réponses. Fort d'une histoire plurielle, sur tous les continents, il est de plus en plus inclusif et transversal. Sur les plans théorique, pratique et programmatique, en multipliant les terrains d'expression et de revendication, il propose de renouveler les cadres de pensée pour construire un nouvel universel.
     
    Par l'onde de choc qui est la sienne, dont #MeToo n'est qu'un exemple, le féminisme, avec d'autres approches du réel, jette les bases d'un projet durable et solidaire. Il promeut aussi un nouveau leadership, fondé sur la coopération et la responsabilité collective. Dans des contextes de crise, le féminisme est indispensable au renouveau démocratique, à l'émergence d'une nouvelle forme de pouvoir, de l'action publique à l'entreprise, en passant par l'art ou encore le sport.
     
    L'ouvrage, clair et documenté, offre une grille de lecture de nos sociétés dans leur complexité. Il invite à repolitiser le monde, à recréer du commun, du débat, en s'appuyant sur l'imagination, le savoir et l'engagement de toutes et de tous.

  • Et si la remise en question des genres n'était pas la catastrophe annoncée par certains  ? Et si elle ouvrait un nouvel espace d'épanouissement possible  ?
    Egalité des sexes, refus de la puissance patriarcale, fluidité des rôles, décloisonnement des sexualités font aujourd'hui surgir des trajectoires singulières et inédites. Entre le masculin et le féminin, ces deux piliers jusqu'ici considérés comme inébranlables, l'idée même de la dualité et de l'opposition semble s'effacer. Homme ou femme, hétéro ou homo, cisgenre ou transgenre, la construction de l'identité devient une invention de soi, une création personnelle qui se joue des normes et des prescriptions. 
    Dans Transitions, comme dans le cabinet de Serge Hefez, on rencontre des mamans autoritaires, des papas poules, des couples qui réinventent leur complémentarité conjugale, des adolescents heureux dans une identité sexuelle flottante, ou en quête de leur identité de genre.
    Nourri de l'écoute de ses patients, il analyse en profondeur cet ébranlement anthropologique et montre que la dichotomie masculin/féminin ne suffit plus à organiser nos pensées, nos trajectoires, nos identités.
     
    Serge Hefez est l'auteur d'une oeuvre importante sur la construction de l'identité psychique des individus dans une société en pleine mutation.
    Psychiatre, psychanalyste, thérapeute familial, Il dirige une unité de soin psychiatrique dans un grand hôpital parisien.

  • La France est à la croisée des chemins.
    La crise sanitaire a mis au jour les fragilités de notre société. Elle a aussi révélé le dévouement des personnels de santé, la nécessité de l'État, le rôle indispensable de ceux qu'on a appelé les « invisibles », et nos fantastiques ressources collectives de solidarité.
    C'est d'elles dont nous aurons besoin pour affronter cette crise économique dont les conséquences sont déjà terribles pour les travailleurs, les entreprises et les personnes les plus précaires. Elle creuse les inégalités, fragilise les emplois,menace notre démocratie déjà affaiblie. Elle accentue encore l'urgence écologique.
    Les défis sont colossaux. Il faut agir vite.
    Sortir de la crise, c'est aussi penser loin, dit Laurent Berger. Faisons vivre les valeurs de solidarité et de justice sociale, développons de nouveaux critères de progrès, engageons résolument l'économie dans la transition écologique et la France dans son avenir européen.
    Cela ne pourra se faire que si nous apprenons à conjuguer notre démocratie représentative avec une véritable démocratie sociale. Le temps est révolu où l'on pouvait décider d'en haut, seul, ce qui était bon pour le pays. Les chemins pour sortir de la crise ne pourront être tracés et parcourus que dans une collaboration de l'État, avec les territoires, les organisations de la société civile et les citoyens.
    Entendre le terrain, partir du réel, forger des compromis, tenir ses engagements ; Laurent Berger connaît les enjeux et les exigences de cette démocratie sociale. C'est à ce titre qu'il prend la parole.

  • Le premier livre du journaliste primé
    du Prix Pulitzer 2018
    La politique étrangère des États-Unis subit une mutation désastreuse, modifiant pour toujours le rôle de l'Amérique dans le monde. Les institutions diplomatiques souffrent de coupes budgétaires drastiques et les diplomates, qui ont permis les plus fines négociations et protégé des citoyens aux quatre coins du monde, sont démis de leurs fonctions du jour au lendemain. Des bureaux entiers du ministère des Affaires étrangères restent vides, alors qu'à l'extérieur, l'industrie et l'armée reprennent les rênes tenues autrefois par les artisans de la paix.
    Dans une exploration fascinante des coulisses du pouvoir, de Washington jusqu'aux recoins les plus isolés et dangereux de la planète - Afghanistan, Somalie, Corée du Nord notamment - l'éminent journaliste Ronan Farrow éclaire l'un des changements les plus conséquents et les moins compris de l'histoire de l'Amérique. Son expérience d'employé du ministère des Affaires étrangères nous dévoile aussi une vision personnelle des derniers défenseurs de l'État, dont Richard Holbrooke, qui a obtenu la paix en Bosnie avant de la tenter en Afghanistan.
     
    S'appuyant sur des documents jamais dévoilés, et enrichi d'interviews exclusives d'éminences politiques (de Henry Kissinger à Hillary Clinton), Paix en guerre nous alerte sur une profession en voie d'extinction et dont la dégradation a débuté pendant l'ère Bush après des décennies de politique de la lâcheté et de manque de vue à long terme.

  • Fétichisme des équilibres budgétaires, fanatisme du libre-échange, mépris de la préférence communautaire, subversion du politique par l'économie, des États par les marchés, du public par le privé...
    Comment peut-on être européen  ?
    L'Europe est aujourd'hui engluée dans un triple échec. Échec de l'union monétaire alors que ne cesse de se creuser la divergence entre Nord et Sud. Échec de l'union économique, pendant que la compétition entre pays membres se poursuit. Échec d'une union politique quand l'Europe préfère abandonner sa gouvernance à des autorités indépendantes plutôt que de privilégier la concertation entre les États.
    Au-delà de l'affrontement stérile entre souverainisme et fédéralisme, Jean-Marc Ferry suggère d'explorer une troisième voie, la co-souveraineté  : la possibilité de se coordonner afin de conduire ensemble des politiques publiques définies sous l'autorité d'une institution légitime, associant les parlements nationaux aux processus de décision.
     
    Jean-Marc Ferry plaide aussi pour l'instauration d'un socle social européen, reposant sur le double dispositif d'un revenu de base universel et du développement d'un nouveau secteur d'activité personnelle et autonome. Enfin, il revient, en philosophe, sur le sens même de la construction européenne face aux menaces toujours présentes de la misère, de la guerre et de la barbarie.

  • Alors que l'on croyait tout savoir sur le général de Gaulle, la lecture des archives britanniques, en déplaçant le regard de l'autre côté de la Manche, permet de brosser un portrait insolite de notre géant national.
    Mines d'informations exceptionnelles, les dépêches, télégrammes, rapports de Churchill, d'Anthony Eden ou des diplomates décrivent un homme arrogant et autoritaire, en tout cas trop français à leurs yeux... Tout y est rapporté, ses colères, ses jugements assassins, son incroyable baraka face aux attentats, son intimité et sa santé - surveillée de très près. On se délecte de la comédie qu'il aime jouer aux ambassadeurs de la Couronne venus à Paris. « Un bon acteur », dira même l'un d'entre eux qui, à quelques semaines de son retour en mai 1958, n'a pas discerné chez lui « le moindre désir de revenir au pouvoir ».
    Grâce à un travail minutieux de fouilles dans les archives, l'auteur a mis au jour des documents inédits, truffés d'anecdotes savoureuses, dignes de la guerre de Cent ans que de Gaulle entretint avec les Britanniques de 1940 à la fin de sa vie.

  • « Rester éveillé. Le plus longtemps possible. Lutter contre le sommeil. Le calcul est simple. En une heure, je fabrique trente faux papiers. Si je dors une heure, trente personnes mourront... » Quand, à 17 ans, Adolfo Kaminsky devient l´expert en faux papiers de la Résistance à Paris, il ne sait pas encore qu´il est pris dans un engrenage infernal, dans une course contre la montre, contre la mort, où chaque minute a la valeur d´une vie. Durant trente ans, il exécutera ce méticuleux travail de faussaire pour de nombreuses causes, mais jamais pour son propre intérêt.  À travers son destin romanesque, et sous la plume de sa fille Sarah, on plonge au coeur d´une histoire de clandestinité, d´engagement, de traque et de peur. En arrière-plan du récit de sa vie se dessine le spectre d´un siècle où s´affrontent sans merci pouvoirs politiques, haines raciales, idéologies et luttes des peuples pour leur liberté et la dignité humaine. La Résistance, l´émigration clandestine des rescapés des camps avant la création d´Israël, le soutien au FLN, les luttes révolutionnaires d´Amérique du Sud, les guerres de décolonisation d´Afrique, l´opposition aux dictateurs d´Espagne, du Portugal et de Grèce, sont autant de combats pour lesquels il s´est engagé, au risque de sa vie et au prix de nombreux sacrifices. S´il a rejoint des causes en apparence contradictoires, Adolfo Kaminsky est toujours resté fidèle à ses convictions humanistes, à sa volonté de bâtir un monde de justice et de liberté.

  • La fuite en Suisse
     
    Les Juifs à la frontière franco-suisse durant les années de «  la Solution finale  » Itinéraires, stratégies, accueil et refoulement
     
     
     
    À l'été 1942, «  la Solution finale de la question juive  » est déclenchée aux Pays-Bas, en Belgique et en France. Des milliers de Juifs prennent la fuite en direction de la Suisse, à travers la zone occupée ou la zone libre. Beaucoup sont arrêtés pendant leur voyage et déportés. Certains atteignent néanmoins la frontière helvétique.
     
    La Suisse, attachée à sa politique d'immigration ultra-restrictive à tonalité antisémite, se voit acculée à l'adoption de mesures d'urgence  : elle entrouvre ses portes à certaines catégories de fugitifs. Mais son attitude, chaotique et peu lisible, reflète des tensions internes. Plus de 12  500 Juifs venus de ou à travers la France sont accueillis. Près de 3  000 sont refoulés et abandonnés à leur sort -  tous, cependant, ne périront pas en déportation.
     
    Cet ouvrage est le premier à s'appuyer sur les archives conservées de part et d'autre de la frontière  : dossiers helvétiques des réfugiés, dossiers préfectoraux français, archives des organisations d'entraide et sources mémorielles. Il retrace ce périlleux voyage vers la Suisse, qui perdure jusqu'à la Libération, malgré les régimes changeants des territoires traversés et, au bout, l'inconnu de l'accueil ou du refoulement. Il dessine aussi les profils des acteurs qui se croisent alors  : les Juifs qui se décident pour la fuite  ; les exécutants et collaborateurs de la politique d'extermination  ; les responsables suisses à la ligne politique (hélas  !) fluctuante. Il fait revivre enfin les réseaux, payants ou bénévoles, de passeurs, que viennent peu à peu renforcer les solides réseaux de la résistance juive, pour qui la Suisse devient un outil de la panoplie de sauvetage.
     

  • Des démocrates athéniens à Montesquieu, d'Aristote à Rousseau, personne ne songeait à faire de l'élection l'instrument démocratique par excellence ; démocratie n'équivalait pas à gouvernement représentatif, c'est le tirage au sort qui paraissait le mieux apte à respecter l'égalité stricte des candidats.
    Que s'est-il passé au tournant du XVIIIe siècle, en Europe et aux Etats-Unis, pour que se renverse cette conception multiséculaire et pour qu'advienne l'idée qu'une démocratie est, par essence, un gouvernement représentatif ? Le changement tient-il à la réalité des choses ou au regard que nous portons sur elles ?
    Ce livre présente une théorie du gouvernement représentatif, en s'attachant aussi bien à la tradition européenne qu'aux débats américains. Bernard Manin montre que le système représentatif n'a pas pour seule fonction de permettre au peuple de se gouverner lui-même. Le gouvernement représentatif mêle en fait des traits démocratiques et aristocratiques. L'élu n'est jamais le double ni le porte-parole de l'électeur, mais il gouverne en anticipant le jour où le public rendra son jugement.

  • Stalingrad

    Antony Beevor

    La bataille de Stalingrad, qui commença le 23 août 1942, fut sans doute le tournant psychologique de la Seconde Guerre mondiale. Parce que la grande ville  industrielle sur la Volga portait son nom, et parce qu'une victoire allemande aurait  loupé la Russie en deux, Staline décréta : « Pas un pas en arrière ! », et veilla à ce que le NKVD fasse respecter sa consigne à la lettre. S'ensuivirent quatre mois de guerre urbaine impitoyable qui se terminèrent par l'encerclement et la reddition de la 6e Armée de la Wehrmacht. Cette bataille et ses retombées coûtèrent la vie à 500 000 hommes de part et d'autre et firent le double de blessés, sans compter les victimes civiles, innombrables.
    Stalingrad est le livre référence sur le sujet. Parfaitement documenté et enrichi des témoignages de nombreux survivants, il fait vivre au lecteur cette « mère de toutes les batailles » au plus près de l'action, du « Wolfschanze » de Hitler en Prusse-Orientale aux lignes de front, qui bougeaient sans arrêt et qu'on se disputait à la grenade, au lance-flammes et au corps à corps.
    Stalingrad a été publié pour la première fois en français en 1999. Cette « édition des 20 ans » intègre nombre d'ajouts et de corrections apportés au texte par l'auteur au fil des années, ainsi qu'un avant-propos inédit, écrit spécialement pour la réédition française, fourmillant d'anecdotes et racontant notamment comment il put avoir accès à des archives russes inaccessibles avant la Perestroïka, et qui furent mises sous embargo par le Kremlin peu après la publication du livre.

  • Paru en 1955, L'Opium des intellectuels est une condamnation sans appel de la crédulité teintée de mauvaise foi et du dogmatisme dans lesquels se drape l'intelligentsia française de l'époque.
    Raymond Aron interroge avec la plus süre probité intellectuelle l'évolution des mots "gauche", "révolution" et "prolétariat", ces mots qui appartiennent au mythe qu'il désacralise.
    Car, questionne Raymond Aron, comment accpeter l'attitude des intellectuels devenus impitoyables face aux défaillances des démocraties dites "bourgeoises", et pourtant si complaisants pour les crimes perpétrés par les démocraties "populaires", comment ne pas saisir l'absurdité des amalgames politico-idéologiques qui ne font qu'aliéner un peu plus des intellectuels en quête de religion, idolâtrant l'Histoire comme on idolâtre un dieu ?
    En rupture avec la famille dont il est originaire, Raymond Aron ne se livre pas pour autant à un règlement de compte stérile. Il propose une réflexion dépassionnée, un combat sans haine, invitant à le suivre "tous ceux qui refusent dans les luttes du Forum, le secret de la destination humaine".

  • Le monde des hommes est entré dans une phase de bouleversements sans précédent. Tout a changé en quelques décennies, dans nos pouvoirs comme dans nos savoirs. Nos repères ont disparu, les certitudes ont fait long feu, comme les idéologies de tous bords. Il est urgent de mettre de l'ordre dans nos connaissances ; c'est à cette condition seulement que nous pourrons avoir prise sur la société de demain.Dans ce livre construit sous la forme d'un abécédaire, Albert Jacquard s'efforce de donner aux questions essentielles ; autrui, le bonheur, la liberté, la sagesse, etc... une réponse claire, concise, lucide, qui renouvelle l'interrogation philosophique.Qu'on la lise de A à Z, ou qu'on la feuillette au gré de la curiosité, cette Petite Philosophie à l'usage des non-philosophes permettra à chacun de mieux comprendre la société et soi-même, de tracer la limite entre ce que nous pouvons savoir et ce que nous ignorerons sans doute toujours.Albert Jacquard a écrit de nombreux ouvrages sur la science et sur la société, qui sont autant de best-sellers. Il plaide sans relâche en faveur d'une éducation qui mettrait à la portée de tous les acquis du savoir. Ni la science ni la philosophie ne doivent demeurer l'apanage de quelques-uns : c'est sa conviction la plus profonde. Il a publié chez Calmann-Lévy : J'accuse l'économie triomphante (1995) et Le Souci des pauvres (1996).Huguette Planès est professeur de philosophie au lycée La Pérouse d'Albi. Par ses questions sans complaisance, elle a permis à Albert Jacquard d'aller plus loin dans sa propre réflexion.

  • « Cela faisait une quinzaine de jours que les VTTistes tournaient dans le village. Ils avaient tout sillonné, tout monté, et Dieu sait que ça grimpe à Tarnac. Cette nuit de juillet 2008, les cyclistes avaient roulé jusqu´à la ferme du Goutailloux. Le temps était frais, idéal pour une sortie nocturne. Au second virage, à moins que ce ne soit le troisième, il faisait nuit, plus personne ne sait avec exactitude, les cyclistes se sont arrêtés et ont commencé à creuser la terre pour y colmater une vieille souche d´un conifère quelconque. À cette heure-ci, la montagne dort, hormis les biches qui profitent du calme pour se promener, et les cyclistes s´affairaient sans bruit. L´avantage de choisir une courbe, c´est d´être assuré que les voitures vont ralentir. Et pour l´appareil photographique que les agents de la direction centrale du Renseignement intérieur (DCRI) étaient en train d´installer dans le tronc d´arbre mort, cet atout est précieux. Pendant des semaines, l´appareil allait mitrailler automatiquement toutes les plaques minéralogiques de passage. Et quelques sauts de biches, aussi. Ensuite, on n´a plus jamais revu les cyclistes. Ils sont rentrés chez eux, en région parisienne, leur vélo dans le coffre.
     L´agent de la DCRI me sourit :  - Le plus pénible, c´était d´aller relever les bandes et recharger les batteries des caméras. À chaque fois, ça multipliait les risques de se faire gauler. » UNE CONTRE-ENQUÊTE AU COEUR D´UNE AFFAIRE D´ÉTAT.Sur l´affaire de Tarnac - du nom du village où furent arrêtés Julien Coupat et ses proches, suspectés de sabotages de lignes TGV en novembre 2008 -, un récit à la première personne, subtil et documenté.

  •   Le Débarquement allié en Normandie, le 6 juin 1944, passe à juste titre pour un des grands tournants de la Seconde Guerre mondiale - à tel point que dans l'esprit de beaucoup de Français le reste de la guerre ne fut qu'une formalité. Or, il n'en est rien. Si le Débarquement fut un de ces moments où se forgent les légendes, la bataille qui s'ensuivit, connue sous le nom de bataille de Normandie, fut autrement plus longue, difficile, émaillée d'atrocités - et décisive. En effet, une défaite alliée aurait eu des conséquences géopolitiques majeures pour l'Europe, car rien alors n'aurait pu empêcher l'Armée rouge de pousser jusqu'à l'Atlantique. Or, Antony Beevor révèle, pour la première fois, à quel point le désordre, l'improvisation, les erreurs stratégiques et tactiques, l'impréparation de leurs troupes faillirent coûter leur victoire aux Alliés. Seule leur écrasante supériorité aérienne leur permit de l'emporter - mais à quel prix, notamment en vies civiles françaises et en morts accidentelles dans leurs propres rangs !  D-Day et la bataille de Normandie est le premier livre d'« historical narrative » à l'anglo-saxonne sur ces trois mois de guerre totale publié en France depuis Le Jour le plus long, de Cornelius Ryan, qui date de 1959. Antony Beevor a pu consulter des archives rendues publiques aux États-Unis et en Angleterre en vertu des délais de prescription, mais aussi des documents inédits allemands, français et canadiens, et retrouver nombre d'enregistrements originaux, dont les « débriefings » des soldats américains enregistrés à chaud par le service d'information des armées, ce qui lui a permis de croiser les témoignages et d'approcher au plus près le vécu des combattants sur le terrain. C'est à une reconstitution entièrement nouvelle et à rebours des mythes dominants qu'il nous convie, en maniant comme lui seul sait le faire le « zoom » : tantôt au plus près de l'action sur le terrain pour montrer, tantôt avec du recul pour expliquer.

  • De l'hospitalité fut à l'origine de cet échange, et d'abord un oui à l'invitation.

    Anne Dufourmantelle assiste au séminaire de Jacques Derrida. Il y traite de l'hospitalité, justement, mais aussi de l'hostilité, de l'autre et de l'étranger, comme de tout ce qui aujourd'hui arrive aux frontières. Sensible à l'actualité des thèmes, à la force et à la limpidité du langage, Anne Dufourmantelle invite le philosophe à lui confier deux séances datées. On pourra suivre ainsi le rythme insolite, tour à tour patient ou précipité, d'un enseignement gardé intact.

    Sont médités, comme en aparté, de page en page, des griefs, des plaintes et des souffrances de notre temps. Le séminaire leur donne quelques noms : Antigone en 1996 ou le deuil impossible, oedipe à Colone et les « télétechnologies », E-mail ou Internet, le procès de Socrate et les funérailles de Mitterrand à la télévision, la guerre et le marché des langues, les butées de la citoyenneté, la machine policière, l'interruption du chant, l'interception de la parole.

  • Racontée comme un roman,
    la vie inspirante de Geneviève de Gaulle-Anthonioz
    dont les combats et le sens de la fraternité
    sont plus que jamais d'actualité.Nièce du général, bien moins connue que cet oncle qui l'aimait beaucoup, Geneviève de Gaulle-Anthonioz a pourtant tracé un chemin exemplaire.
    À 20 ans, résistante déportée à Ravensbrück, elle fait l'expérience de la fraternité, de la solidarité qui sauve. De ces heures noires et d'un inébranlable sens du devoir et de la justice, elle tire la force de dédier sa vie à la défense des plus pauvres. Engagée pendant trente ans auprès d'eux à travers ATD Quart Monde, elle est aussi, ce qu'on ignore, à l'origine de la loi anti-exclusion adoptée par le Parlement
    en 1998.
    /> Voici donc le portrait intime d'une Française courageuse, d'une « petite dame » à la volonté d'acier, d'une épouse amoureuse et mère attentive, d'une femme entière qui, face aux injustices, a toujours refusé de détourner le regard.
      Journaliste, réalisatrice et romancière, Bernadette Pécassou-Camebrac a réuni documentation, rencontres et souffle romanesque pour écrire cette biographie. Elle est aussi l'auteure de nombreux romans à succès dont La Belle Chocolatière, La Dernière Bagnarde et, tout dernièrement, L`Hôtelière du Gallia-Londres.

  • Le monde du travail que nous a légué le xxe siècle est en crise.
    Pendant près d'un siècle, il s'est organisé autour d'un contrat par lequel l'employeur garantissait un salaire, une relative sécurité de l'emploi et un statut social au travailleur. En échange, ce dernier consentait à une certaine forme d'aliénation. C'était le monde du labeur.
    Aujourd'hui, cependant, ce monde se désagrège  : les salaires stagnent, les parcours professionnels deviennent chaotiques et l'on s'y ennuie de plus en plus.
    Heureusement, un nouveau monde est en train d'émerger, celui de l'ouvrage. On y réinvestit les valeurs longtemps négligées de l'artisanat  : indépendance du travailleur, maîtrise de son temps et de ses tâches, attention aux besoins de l'utilisateur final... et incertitude quant à l'avenir. On y voit apparaître de nouvelles manières d'être au travail. On y réévalue les métiers naguère méprisés du quotidien, bouleversant les hiérarchies et interrogeant les assignations traditionnelles de genre.
    Laëtitia Vitaud resitue cette transition du labeur à l'ouvrage dans l'histoire, la décrit avec précision, chiffres à l'appui, et propose des pistes pour adapter le droit du travail, le management et les systèmes de protection sociale.
     
    Laëtitia Vitaud est agrégée d'anglais et diplômée d'HEC. Depuis 2015, elle développe une activité de recherche et de conseil auprès de grandes entreprises autour des thèmes du futur du travail et de la consommation. Elle est rédactrice en chef du média «  entreprises  » de la société Welcome to the Jungle. Laëtitia Vitaud vit et travaille à Londres.

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