Langue française

  • « Peut-on dire qu'une philosophie est vraie ? » [et la réponse négative de Canguilhem], « La réalité des philosophies » [et l'idéalisme radical de Gueroult], « Les deux systèmes de métaphysique » [et la place de Spinoza], « Comment je vois la Nature », « Les points cardinaux de ma philosophie », « Comment philosopher », « Faire son devoir » [ce qui compte est l'acte] sont parmi les chapitres principaux de cet ouvrage. Ceux-ci sont secondaires : « Bergson et Eucken », « Palmyre », « Kant contre Spinoza » [sur la place des définitions]. Marcel Conche est professeur émérite de philosophie à l'Université de Paris I, et membre associé de l'Académie d'Athènes.

  • « Le grand maître des apparences, Baltasar Gracián, dit que ce qui ne se voit pas est comme s'il n'était pas. Il n'a sans doute pas livré là, peut-être par prudence, le fond de sa pensée : ce qui ne se perçoit pas n'existe pas. Telle est la thèse en tout cas du présent Traité. »
    Clément Rosset

  • La lecture des derniers poèmes que Nietzsche compose entre 1879 et 1888, se révèle indispensable si l'on veut suivre les cheminements d'une pensée qui ne procède pas selon les voies traditionnelles de l'argumentation philosophique et de l'abstraction conceptuelle. Elle permet aussi de comprendre les prétendues contradictions de la pensée nietzschéenne, non plus comme des incohérences mais comme les signes ambigus d'une entreprise dont l'auteur a pressenti maintes fois la difficulté, sinon l'échec, lui qui n'ignorait pas que « le service de la vérité est le plus dur service ». Marc Jimenez, philosophe et germaniste, est professeur émérite à l'Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne. Connu pour ces travaux sur Adorno, l'École de Francfort et la philosophie allemande contemporaine, il a publié de nombreux ouvrages sur l'art et l'esthétique.

  • Les Essais de morale ont figuré au XVIIe siècle, et jusqu'à la Révolution française, parmi les ouvrages de réflexion morale les plus célèbres et les plus pratiqués. Ils mériteraient à ce simple titre notre attention. Les thèmes de Pierre Nicole (1625-1695), ses prises de position, sont tributaires des préoccupations rigoristes de Port-Royal, sans se confondre pour autant avec elles. Dans un milieu intellectuel qui prônait les valeurs de résistance et un idéal de retraite hors du monde, Nicole se singularise par son souci de l'intégration de l'individu dans une société dont il proclame cependant l'inauthenticité. Ses considérations, tant pratiques que psychologiques, sur la civilité, sur la rencontre d'intérêts égoïstes - le « commerce d'amour-propre » -, sur l'universel et légitime besoin de paix, annoncent par bien des aspects les développements laïcs de l'utilitarisme. Mais Nicole reste avant tout un interprète de l'anthropologie augustinienne. Les Essais de morale en illustrent les convictions cruciales : dépendance de chaque homme à l'endroit de son désir, difficulté de coïncider avec ses propres valeurs, incapacité structurelle de connaître et d'évaluer la source de ses actes. Ce volume propose un choix de dix essais, retenus pour leur caracère représentatif. Tous les textes sont donnés dans leur intégralité, et soigneusement établis à partir des éditions originales.

  • Concernant l'idée de révolution, six thèses principales paraissent ressortir d'un examen systématique des OEuvres complètes de V. I. Lénine. 1°/ La révolution est une guerre ; et la politique est, de manière générale, comparable à l'art militaire. 2°/ Une révolution politique est aussi et surtout une révolution sociale, un changement dans la situation des classes en lesquelles la société se divise. 3°/ Une révolution est faite d'une série de batailles ; c'est au parti d'avant-garde de fournir à chaque étape un mot d'ordre adapté à la situation objective ; c'est à lui de reconnaître le moment opportun pour l'insurrection. 4°/ Les grands problèmes de la vie des peuples ne sont jamais tranchés que par la force. 5°/ Les révolutionnaires ne doivent ni ne peuvent renoncer à la lutte en faveur des réformes. 6°/ À l'ère des masses, la politique commence là où se trouvent des millions d'hommes, voire des dizaines de millions. Et les foyers de la révolution tendent à se déplacer vers les pays dominés. Jean SALEM, professeur à la Sorbonne, montre ici l'intérêt ainsi que l'actualité de ces thèses que, durant les dernières décennies, bien des gauches respectueuses ont reléguées sous l'éteignoir, désavouées avec virulence ou, tout simplement, censurées.

  • L'oeuvre de Merleau-Ponty se situe au confluent de deux traditions de pensée : la philosophie française, de Descartes à Maine de Biran et Bergson, et la phénoménologie husserlienne et heideg gérienne. C'est le rapport à cette seconde tradition de pensée, la plus déterminante du point de vue de l'évolution interne de l'oeuvre, que les essais réunis ici ont entrepris de mettre en évidence. Il s'agit en effet, en suivant l'évolution de la pensée de Merleau-Ponty, de la Phénoménologie de la perception à sa dernière oeuvre inachevée, Le Visible et l'invisible, de montrer que l'interpénétration de deux thématiques fondamentales, celle de la corporéité et de la chair, qui lui vient de Husserl, et celle du langage et de l'expression, qui le conduit dans une proximité toujours plus étroite avec Heidegger, lui a permis de former le projet d'une « ontologie indirecte » et de rompre ainsi décisivement avec le subjecivisme moderne. Françoise DASTUR, professeur honoraire de philosophie, rattachée aux Archives Husserl de Paris (ENS Ulm), a enseigné dans les Universités de Paris-I, Paris-12 et Nice-Sophia Antipolis. Son travail porte sur la philosophie allemande et la phénoménologie. Elle est présidente honoraire de l'École Française de Daseinsanalyse dont elle fut l'un des membres fondateurs.

  • L'auteur propose un parcours à la fois modeste et ambitieux. Après avoir dessiné, en plusieurs ouvrages (tels Lumière, commencement, liberté, Construcion d'un château, Les Aces de la joie, La Jouissance d'être, La Nacre et le Rocher) une docrine du sujet qui fonde une éthique du bonheur, l'auteur se retourne sur la culture qui l'a précédé et présente quelques textes qui font écho à ses propres recherches. Les spécificités de chaque auteur sont si patentes qu'elles permettent d'écarter l'idée de redondances. Mais la similitude des préoccupations, évidente en chaque étape existentielle, permet de souligner la parenté profonde de tous les humains. L'auteur nous dévoile ainsi un universel concret et un nouvel humanisme. À cette modestie philosophique s'ajoute une ambition, elle aussi philosophique. Car il s'agit, pour l'auteur, d'organiser son regard rétrospecif (la suite et l'enchaînement des textes cités) selon un itinéraire bien précis, à la fois existentiel et logique, un cheminement qui conduit des aYrmations de l'angoisse aux construcions de la joie. À travers la nuit des souVrances, la quête du Désir, les dénégations du renoncement, la découverte des deux libertés, le courage de la conversion, les approches de l'accomplissement et l'instauration du bonheur d'être, l'auteur trace un itinéraire ascendant. Cet itinéraire, maladroitement suivi par l'humanité au travers d'expériences discontinues, solitaires et mal pensées, est cependant révélateur d'un souci commun et d'un pouvoir partagé. Il se pourrait donc que l'expérience multiple de la littérature et de la philosophie, à défaut de cautionner entièrement une docrine réflexive de la jouissance de vivre, justifie au moins son mouvement et en confirme la pertinence. Robert MISRAHI, est né à Paris en 1926. Fils d'immigrés de Turquie, il fait ses études à Paris. Professeur émérite de l'Université de Paris I, il es spécialise de Spinoza. Par ailleurs, il publie de nombreux ouvrages sur la liberté, le bonheur et la joie. Dans son autobiographie - La Nacre et le Rocher (encre marine) - il souligne le fait universel que c'es la liberté et la pensée d'un être qui commandent sa vie, et non pas le déterminisme ou les circonsances.

  • Wilhelm von Humboldt a été à la fois un grand savant, grammairien, linguiste, et un penseur du langage. Sa réflexion s'est inscrite dans le croisement de la diversité des langues explorée sans relâche, de l'Amérique à l'Asie en passant par l'Europe, et de la conviction d'une unité du fonctionnement, appréhendable en termes de grammaire. Le livre entend restituer l'horizon universel de ce travail en montrant son inscription dans le mode de réflexion de la grammaire générale des Lumières. Il rappelle aussi le travail accompli sur une grande quantité de langues et la rédaction d'une trentaine de grammaires. On évoque cet immense chantier proprement linguistique en évoquant le travail sur les langues américaines et en s'arrêtant plus particulièrement sur la langue basque, chinoise et égyptienne (incluant la question de l'écriture). Enfin, il apparaît que la pratique intensive de la traduction a pu servir de modèle à Humboldt pour articuler cette approche universaliste avec la conscience très poussée de la diversité des langues, jusque dans leurs implications cognitives. Il en ressort une image plus complexe et précise du grand penseur qu'était Humboldt. On souligne particulièrement la continuité avec le projet des Lumières et la réalité de son étude empirique des langues du globe. Denis Thouard, est Directeur de recherche au C.N.R.S. Ses travaux portent sur la philosophie du langage et la tradition herméneutique. Il a publié une édition de textes de Humboldt, Sur le caractère national des langues et autres écrits sur le langage (Points-Seuil, 2000) et édité avec Jean Rousseau les Lettres édifiantes et curieuses sur la langue chinoise. Wilhelm von Humboldt et Jean-Pierre Abel Rémusat (1820-1831) (Presses Universitaires du Septentrion, 1999).

  • Écrire un commentaire du Cimetière marin strophe après strophe et presque vers par vers eût paru sans doute au poète qui le composa une bien étrange affaire. Si l'on ajoute, plus insolite encore, la présence du Boléro de Ravel dans le tableau, on se persuade que l'entreprise tient de la gageure. Pourtant, l'idée se défend, non seulement d'un commentaire philosophique visant la plus grande précision, mais d'un lien d'une espèce singulière avec le Boléro au motif d'un rythme ostinato. C'est une intuition initiatrice, qui ne vaut nullement comparaison et ne doit pas entraîner à des rapprochements forcés. On découvrira peut-être dans l'aventure que la Figure qui s'enroule dans l'oeuvre du poète comme en celle du musicien est le Serpent. Elle se voit autant qu'elle s'entend, ou plutôt entre les deux se pressent. Elle reste à demi dissimulée comme en un rébus. Il faut lire Le Cimetière marin au boléro en pensant au titre d'un tableau, comme La Jeune Fille à la perle de Vermeer. Que le lecteur se rassure : il ne s'agit de rien d'autre que d'expliquer le poème de Paul Valéry et lui seul. L'attribut que lui prête le titre de l'ouvrage n'a d'autre fonction que de déclencher un écho discret, comme l'est, à l'oreille de la Jeune Fille, la perle. Michel Guérin, écrivain et philosophe, est professeur émérite de l'Université d'Aix-Marseille et membre honoraire de l'Institut universitaire de France. Il a publié aux éditions Les Belles Lettres collection « encre marine », Le Fardeau du monde (De la consolation) en 2011, Origine de la peinture en 2013 et La Croyance de A à Z en 2015. Ses recherches portent principalement sur la Figure et sur le geste : une 2e édition (augmentée) de Philosophie du geste a paru aux éditions Actes Sud en 2011.

  • Se doper, dans le sport, c'est avoir recours à des produits ou à des procédés illicites. Mais existe-t-il des principes ou des valeurs qui interdiraient, avant même toute discussion et concertation, l'émergence d'un sport légalisant l'usage des produits et des procédés actuellement appelés « dopants » ? En développant une réponse négative à cette question, cet essai propose une déconstruction des principes hygiénistes, égalitaristes et naturalistes qui sont presque toujours invoqués pour justifier le caractère nécessaire de la lutte contre le dopage. Cela ne signifie pas que nos règlements anti-dopage ne valent rien ou qu'ils sont à abandonner. Nos réglementations anti-dopage sont plutôt conventionnelles : il peut s'agir d'une raison suffisante pour imaginer de nouveaux types de sport définis par un nouveau rapport aux produits et procédés d'augmentation de la performance. Ce nouveau rapport permettrait de prendre autrement en compte les dimensions et les enjeux sanitaires, techniques et égalitaires du sport professionnel, mais aussi les limites des politiques actuelles de lutte contre le dopage. Pierre Steiner enseigne la philosophie et l'épistémologie à l'Université de Technologie de Compiègne. Ses travaux de recherche concernent principalement le pragmatisme, la philosophie de l'esprit, la philosophie des sciences, et la philosophie de la technique. Il est l'auteur de nombreuses publications dans ces domaines ; « Qu'est-ce que la pensée ? » (Vrin, à paraître, 2016).

  • En 2005, le professeur Devauchelle procéda à la première greffe de visage dans le service de chirurgie maxillo-faciale de l'hôpital d'Amiens. Une telle intervention suscita de nombreuses interrogations dans la société civile. Ce livre recueille le témoignage de plusieurs personnes qui ont vécu, et vivent toujours, l'expérience de la greffe de visage depuis des positions décisives - l'une des patientes greffées, le chirurgien, la psychiatre accompagnant les patients. à ces voix se mêlent celles de chercheurs en philosophie. Les quatre textes composant ce livre racontent la greffe de visage et tentent, chacun à leur manière, autant qu'ils le peuvent, de porter cette expérience à l'expression de son sens. Ils s'entrelacent et se font écho. Dans la décantation, toujours inachevée, de ce que signifie l'expérience de la greffe de visage - entre « face » et « visage » - les questions usuellement formulées (du don, de l'identité personnelle, de la singularité du visage eu égard au reste du corps humain, de son importance pour le lien social, de la légitimité du geste nouveau dans la pratique médicale, etc.) se trouvent parfois déplacées, parfois annulées au profit d'autres jusqu'ici insoupçonnées, et ainsi éclairées d'une lumière nouvelle.

  • La création personnelle de l'auteur est nourrie à la double source poétique de la Chine et de la tradition orphique occidentale.

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