Sciences humaines & sociales

  • En 2011, alors que la Birmanie (Myanmar) est soumise au joug militaire depuis plus de cinq décennies, la junte se démet de ses fonctions au profit d'un gouvernement « semi-civil ». Son président, l'ex-général Thein Sein, engage une série de réformes démocratiques et les élections générales de 2015 consacrent l'alternance politique en portant au pouvoir Aung San Suu Kyi, figure emblématique de l'opposition. Mais quelles sont les vraies dimensions, significations et limites de cette évolution en apparence spectaculaire ? Adoptant un angle d'approche différent des études, majoritairement anglophones, consacrées à la transition politique et trop souvent centrées sur le seul processus de démocratisation, cet ouvrage propose une interprétation plus générale des transformations de la société birmane entre 2010 et 2017 par des anthropologues, géographes et historiens français. Spécialistes de longue date et jeunes chercheurs ont enrichi la réflexion propre à leur domaine disciplinaire d'analyses de terrain, d'approches transversales et de mises en perspective afin d'expliquer la transition et d'éclairer les analogies et les discontinuités entre temps passé et présent, entre la Birmanie d'hier et celle de demain. Proposant des clefs de lecture originales pour comprendre le processus de réforme birman, dans les villes comme dans les campagnes, au centre comme aux périphéries, du point de vue birman comme international, ils mettent aussi au jour l'imbrication de la montée du nationalisme bouddhique, des conflits intercommunautaires et de la crise humanitaire des Rohingya.

  • Krikor Beledian et la littérature arménienne contemporaine Nouv.

    Krikor Beledian est un auteur majeur de la littérature arménienne contemporaine, écrivant en arménien occidental et vivant en France (maître de conférences à l'Inalco jusqu'en 2012). Ce volume est le premier volume scientifique international consacré à son oeuvre. Il fait suite au colloque international qui s'est tenu à l'Inalco en septembre 2015.

  • Dans le sillage de la contestation sociopolitique de la fin des années 1960, les démocraties occidentales connaissent une vague de violence révolutionnaire dont des hommes et des femmes s'emparent comme d'un outil politique. Les groupes armés d'extrême gauche se caractérisent par une implication et un engagement remarquables des femmes. Le climat des années 1970, les situations de résistance et les luttes de libération sont propices à la renégociation des rôles masculins et féminins. Les femmes sont également au coeur du projet de libération nationale de certaines organisations de la gauche turque et kurde, aujourd'hui encore, comme elles l'ont été en Amérique latine ou en Asie du Sud. Interroger la violence politique des femmes revient à porter l'accent sur un phénomène quasi exclusivement décliné au masculin. Pourtant, le genre constitue un outil heuristique pour saisir ce que la féminisation fait à la violence politique et à son inscription dans l'espace sociopolitique. En croisant les dimensions sociale, politique et sexuée, le recueil S'émanciper par les armes ? propose des lectures interdisciplinaires de la lutte armée au féminin et revisite les systèmes de valeurs dans lesquels la violence politique et la violence des femmes sont prises.

  • Le Piège de l'orgueil, paru en langue arménienne à Madras sous la signature de Hakob Chahamirian et portant la date de 1773, est un ouvrage déroutant au premier abord, d'autant qu'il est plus souvent cité qu'étudié. Il connaît un regain d'intérêt depuis l'indépendance de la République d'Arménie (1991), où il est souvent revendiqué comme la première Constitution républicaine au monde. Malgré cela, il demeure méconnu car il en existe peu d'exemplaires, peu de traductions et peu d'études systématiques. Le Piège appelait donc une traduction en langue occidentale pour en permettre l'examen par un plus large public, ainsi qu'un appareil critique s'efforçant d'en faciliter la compréhension. Mis en relation avec son corpus accompagnateur, l'ouvrage jette un éclairage sur de multiples aspects de l'histoire des Arméniens au XVIIIe siècle et en particulier sur la tentative intellectuelle et politique d'une petite nation pour accéder à la liberté politique malgré une position géopolitique défavorable. Ce texte foisonnant apporte des connaissances factuelles sur l'histoire politique, économique, sociale et intellectuelle des Arméniens, en faisant apparaître à quel point les colonies excentrées ont été attentives aux nouvelles idées et aux nouvelles techniques, favorisant leur diffusion dans le monde arménien tout entier. Il montre aussi la stratégie intellectuelle et politique de certaines élites arméniennes pour utiliser ces nouveaux acquis au profit d'une aspiration plus ancienne et plus profonde à l'autodétermination et, dans le cas précis du Piège, à élaborer un modèle d'État de droit tout en menant une action politique et diplomatique pour le réaliser à la faveur des évolutions en cours dans le Caucase.

  • « Pratique du traduire » est le titre d'un séminaire qui fait suite aux séminaires « Théorie » et « Critique du Traduire ». La distinction radicale entre les trois est évidemment partiellement factice, mais il fallait à la fois nommer chacun de ces séminaires et souligner une sorte de progression (souhaitée et souhaitable) dans l'apprentissage du métier de traducteur­-traduisant, une fois admis que ce métier exigeait une formation : d'abord se familiariser avec la problématique (on ne traduit pas une langue, mais une littérature en langue ; la littérature traduite doit conserver en français ses caractéristiques, nous ne sommes pas là pour produire du bon français fluide), ensuite apprendre à lire des textes traduits en tant que textes traduits (ce que ne fait presque jamais la critique), enfin, sur la base de traductions existantes, écrire. Dans tous les cas, et c'est l'aspect le plus déroutant de la méthode pratiquée à l'Inalco et l'École de traduction littéraire du CNL, on travaillera sur diverses langues, indépendamment du savoir des apprenants. Il n'est pas nécessaire de connaître chaque langue pour savoir lire et corriger (modestement) un texte traduit. Il faut et il suffit de le traiter en tant que texte traduit, quels qu'aient été les choix du traducteur, même si son objectif - hélas trop fréquent encore - était de gommer ou d'effacer l'acte de traduire. Ce livre ou manuel, est le résultat d'une posture de traducteurs, c'est­à­dire le résultat des réflexions croisées de traducteurs enseignants d'une part, d'autre part le désir de faire des participants au séminaire, à leur tour, des traduisants. Ces réflexions sur des pratiques (que les champs littéraires embrasses peuvent rendre très hétérogènes) ne nous ont pas conduit à proposer un catalogue de réponses, de trucs et astuces ou une boite à outils. Il s'agit d'une série de questionnements soulevés par la pratique des textes (le traducteur est, avec l'auteur, le seul à connaitre le livre mot à mot), destinés à aiguiser un regard, une attitude. Le futur traducteur sera donc appelé à développer une démarche proche sur la base d'enquêtes collectives. Rien ne serait plus éloigné de notre pensée que d'imaginer en arriver à une solution unique. Mais nous nous refusons tout autant à en inférer que tout est relatif, tout est équivalent, que toutes les solutions se valent. Les solutions acceptables sont celles qu'aura dicté le texte à traduire.

  • Quels rapports les sociétés humaines entretiennent-elles avec leur passé et quels récits font-elles du temps révolu ? Pour ce premier volume de l'Encyclopédie des historiographies. Afriques, Amériques, Asies, 157 spécialistes représentant 88 institutions académiques en France et dans le monde explorent l'univers des productions humaines qui constituent des sources pour l'historien et déchiffrent les nombreuses modalités (« scientifiques », littéraires, artistiques, monumentales...) de l'écriture du passé. Évoquant tour à tour l'Afrique, l'Amérique latine, l'Asie, l'Océanie, les 216 notices de l'ouvrage présentent des matériaux historiques de toute nature, issus de toutes les époques, souvent méconnus, ainsi que l'histoire de leurs usages. L'entreprise collective qu'est l'Encyclopédie se veut novatrice : il s'agit de susciter une réflexion historiographique résolument non-occidentalo-centrée qui complète utilement les démarches épistémologiques traditionnelles. Nouvel outil de connaissance historique forgé à l'heure de la mondialisation, l'Encyclopédie des historiographies est aussi une véritable invitation au voyage.

  • L'histoire de l'épuration judiciaire des collaborateurs grecs à la fin de la Seconde Guerre mondiale vient de s'écrire grâce à Dimitris Kousouris. Par cet ouvrage, les lecteurs français accèdent de façon précise aux événements et aux logiques partisanes (nationalistes, royalistes, antidémocratiques, communistes) qui ont bouleversé la Grèce, mais aussi l'Europe de 1944 à 1949. L'analyse de ces temps de guerre(s) est exemplaire car, d'un côté elle démonte les mécanismes de production de conflits (guerre civile, guerre froide) et de l'autre, elle nous fait comprendre comment, avec les procès du Tribunal spécial des collaborateurs d'Athènes, les artifices juridiques employés permirent de diffuser le mythe d'une nation unanimement résistante en intégrant une large part des anciens collaborateurs, tout en excluant la résistance de masse. Cet ouvrage a le mérite de rassembler ce qui rend toujours notre monde contradictoire : la génération incessante de conflits civils fratricides et la recherche de processus de réparation symbolique.

  • L'autorité, thème majeur de la philosophie politique, apparaît comme un mystère (ou une mystification) dans nos sociétés modernes où l'on déplore (ou célèbre) sa disparition, au moment même où les « relations de pouvoir » paraissent s'imposer dans certaines théories comme la clé ouvrant toutes les portes du savoir sociologique, par ses capacités infinies de dévoilement des intérêts cachés au coeur de toute relation sociale. Pourtant, à l'issue d'un examen approfondi, réunissant des lieux aussi divers que la Chine, l'Inde, la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-Guinée, les Philippines, la Russie, la Tunisie et Wallis, des sociétés aux régimes politiques allant de l'empire à la « société sans État » en passant par la démocratie et des religions allant de l'islam au chamanisme, l'autorité se révèle être une dimension nécessaire et consubstantielle à la vie sociale, articulant et ordonnant les valeurs fondamentales qui régissent la pensée et l'action collectives. En plaçant chaque forme d'autorité observée dans le tout de chaque culture, ce travail dégage non seulement certaines conclusions quant à la nature de l'autorité, mais invite également à des considérations méthodologiques générales en soulignant les impasses des « anthropologies potestatives » pour lesquelles seuls les rapports de pouvoir sont au fondement de l'ordre social.

  • Au Japon, la Seconde Guerre mondiale et l'occupation américaine ont gardé aujourd'hui encore une forme d'actualité. Entre conviction profonde et instrumentalisation de la mémoire, la lecture de l'histoire des années 1940 détermine toujours de nombreuses positions sur la scène politique et culturelle de l'Archipel, qu'il s'agisse de la réforme de la Constitution, des relations avec la Chine et les États-Unis ou de la commémoration des héros de la nation. En ce sens, et peut-être plus qu'ailleurs, l'après-guerre y est une réalité du présent. Ce livre examine de façon précise et ordonnée les différentes modalités du rapport à la guerre. Pour mettre en relief l'ampleur et la complexité du thème, de nombreux domaines sont ici explorés, comme la politique, l'éducation, l'environnement, mais aussi les arts et la littérature. Les contributions réunies au sein de cet ouvrage ont été rédigées par certains des meilleurs spécialistes du Japon moderne et contemporain. En annexe, sont présentés et traduits plusieurs textes historiques de première importance, comme la déclaration impériale du 15 août 1945 ou le principal rapport américain sur les bombardements stratégiques.

  • Afin de comprendre ce qu'implique l'acte de traduire, il convient de déconstruire le processus dans tous ses états, car il s'avère essentiellement pluriel. Où traduit-on? Les champs de l'édition, de la critique et de l'université se disputent une autorité qu'ils refusent aux traducteurs, priés de faire preuve de modestie et de rester transparents. Qui traduit quand on traduit ? Les acteurs de la traduction sont étrangement nombreux, qui interviennent non seulement sur le paratexte, mais dans le texte lui-même. Des conceptions obsolètes de la langue et de l'Ainsi Nommée Littérature imposent des choix qui concourent trop souvent à l'annexion de l'original. Que traduit-on quand on traduit ? Il est temps de dégager le traduire des déterminations linguistiques pour considérer l'objet à traduire dans tous ses états: texte, livre, marchandise. Une fois définie le « traduire » comme une opération fondamentalement littéraire, il convient de définir des méthodologies pour procéder à un transfert de socialité dans une opération unique. A chaque trace, indice et valeur doit correspondre dans le texte traduit une trace, un indice, une valeur. Y compris ce que révèlent les rythmes, la matérialité, l'histoire des Ainsi nommées littératures, trop souvent gommés.

  • Une invitation à découvrir les recherches menées en France et en Allemagne sur la thématique du consommateur immigré. Cet ouvrage vise à documenter une série d'échanges scientifiques franco-allemands qui se sont déroulés entre 2015 et 2017 sur la figure du consommateur immigré. À travers cinq rencontres, l'ambition était de faire émerger un nouveau champs de recherche, croisant deux thématiques traditionnellement abordées séparément - celle des migrations d'une part, et celle de la consommation d'autre part - et de faire dialoguer des historiographies qui se connaissent peu ou pas du tout du fait de la barrière de la langue et du manque de réception des travaux existants.

  • Mettant en relation les théories bakhtiniennes de l'énonciation et les énoncés en conflit qui sous-tendent les écritures juives, il s'agit ici de penser la modernité ashkénaze comme une forme de révolution énonciative qui, déplaçant le champ du dicible, ouvre un espace de subversion à la fois par rapport à sa norme interne et aux modèles externes. Mettant en relation les théories bakhtiniennes de l'énonciation et les énoncés en conflit qui sous-tendent les écritures juives, il s'agit ici de penser la modernité ashkénaze comme une forme de révolution énonciative qui, déplaçant le champ du dicible, ouvre un espace de subversion à la fois par rapport à sa norme interne et aux modèles externes. Dans un univers où les implications de toute prise de parole sont, par tradition, éminemment collectives, une telle contestation passe moins par un renoncement au « nous » que par sa redéfinition, sous des formes dissidentes, conflictuelles et éclatées. C'est cette dissémination que cherchent à approcher les différents noyaux problématiques autour desquels se trouvent articulés les articles, abordant la plasticité voire la discordance interne des modes de symbolisation collective sous les angles successifs de la fondation de communautés d'écriture, de la spectralité textuelle, du témoignage comme mise en dialogue de l'expérience et de la déterritorialisation linguistique.

  • Ce volume, le premier de l'Encyclopédie des peuples finno-ougriens, rassemble des études visant à présenter au public francophone les Komis, ce peuple minoritaire de l'extrême nord-est de la Russie d'Europe : on y trouvera un aperçu de l'histoire des Komis et de leurs différents groupes ethniques, ...

  • Située à la frontière du nord du Vietnam et dotée d'un relief accidenté, la province de Cao Bng, pays des Tày, a longtemps été considérée comme une zone reculée, barbare, insalubre et potentiellement dangereuse pour les Kinh venus du delta. Pour bien administrer cette zone frontalière, le souverain dût accepter les privilèges des chefs autochtones en maintenant ses propres prérogatives comme les éléments symboliques. Mais, à partir de 1820, en visant à intégrer cette région au système administratif officiel du pays, l'empereur Minh Mng (18201840) a réalisé une politique pour éliminer le pouvoir des gardiens de frontière. Cette réforme est considérée comme la première offensive, et d'ailleurs la plus violente, du pouvoir central à l'encontre des chefs autochtones en zone montagneuse. Cette monographie met en lumière la relation entre la monarchie et les pouvoirs locaux de Cao Bng des origines aux conséquences de la réforme de Minh Mng, y compris la rivalité politique entre des chefs locaux sur le plan local. Cette étude rétrospective offre un nouveau regard sur le processus d'intégration des marches frontières du nord du Vietnam et sur les difficultés rencontrées par la cour de Hué dans sa gestion des régions frontalières.

  • Les sociétés traditionnelles connaissent-elles l'amour ? Le débat demeure toujours ouvert entre la position de certains courants en sciences humaines (sociologie, anthropologie...) pour qui seul l'Occident connaîtrait l'amour, et celle défendue par les littéraires et les psychologues, qui soutiennent le contraire. Entre ces deux tendances, cet ouvrage rend compte des multiples compromis opérés par différentes sociétés d'Asie (Chine, Corée, Japon, Népal, Inde) et de l'Océan Indien (Madagascar) pour naviguer entre des expressions individuelles de l'amour, s'inspirant des pratiques occidentales, et les normes sociales qui les contrôlent fortement. Les enquêtes ethnographiques menées sur les pratiques en vigueur de nos jours montrent comment ces compromis s'expriment toujours dans des « institutions de l'amour » menant la plupart du temps au mariage. Ces institutions se manifestent dans trois domaines : le choix du conjoint, l'expression des sentiments amoureux et les rites de mariage. Si les individus de ces sociétés font maintenant de « l'amour romantique » une de leurs valeurs, il n'en reste pas moins qu'ils doivent l'accorder aux traditions familiales. Dans cette composition, le sentiment amoureux, loin d'être une élaboration individuelle, est socialement construit et participe de l'ordre social.

  • Plus de 80 000 soldats français ont été envoyés aux Dardanelles en 1915 par un gouvernement réticent, dans une expédition improvisée et organisée à la hâte. Quand l'échec devint évident, les survivants ont été convoyés vers Salonique pour une autre expédition encore plus importante en Macédoine, au total près de 400 000 soldats français sont passés par cette armée d'Orient. Les soldats partaient avec appréhension vers l'inconnu, mais les mots de Constantinople, Orient et Grèce, leur rappelaient des visions littéraires agréables, à eux comme à leur famille qui ignoraient tout du pays. Leurs mémoires montrent que les réalités furent tout sauf agréables : conditions naturelles, climat, approvisionnement, équipement, munitions, maladies ; mais leur correspondance, censurée et autocensurée, ne dit rien de cela en France et la presse se tait. Tout au contraire, elle répand l'image des plaisirs de Salonique que peuvent connaître les officiers et les correspondants de presse, image qui restera après la guerre et fait que leur contribution à la victoire des alliés sera sous-estimée. Leurs souffrances et leurs sacrifices sont ignorés, on les croit « planqués » au soleil. Chez eux, l'amertume est grande : ils comprennent que gagner Constantinople est impossible, ils constatent que la Macédoine ne ressemble pas à la Grèce de leurs rêves, que toutes les populations ne sont pas grecques et que, même les Grecs, ne sont pas toujours heureux de les voir. Alors pourquoi aller mourir loin de chez soi quand votre propre gouvernement vous abandonne, en quoi cela contribue-t-il à défendre la France ? Ce livre, nourri des mémoires et souvenirs émouvants des soldats, témoigne à la fois de leurs conditions de vie et de combat extrêmement difficiles, de la crise morale qu'ils ont vécue en Macédoine telle qu'ils l'ont découverte avec sa toute sa diversité.

  • Quel est le but de ce livre ? pour le dire en quelques mots, il s'agit de montrer qu'à côté des innombrables rencontres politiques officielles qui sont sans résultat notable depuis plus de quarante ans, des militants courageux et volontaires, aidés par le passage des générations, tentent d'agir sur l'opinion citoyenne, en rétablissant des relations personnelles entre les populations chypriotes, en développant, à côté de l'hellénisme et du turcisme, l'idée d'une nation chypriote. La première partie rappelle le fil de l'histoire : comment l'Empire ottoman, la domination britannique, la courte indépendance et le nationalisme surdimensionné des colonels grecs, encouragés par les États-Unis, ont façonné la situation actuelle. La seconde, 1974-2003, montre comment la situation s'enlise : d'un côté, les politiques locaux prennent des mesures qui solidifient et aggravent la partition de 1974, de l'autre, une première génération de militants développe le chypriotisme. Enfin la troisième partie montre comment depuis 2003, les contacts entre citoyens de Chypre se multiplient sans heurts, en exerçant indéniablement une influence sur les politiques locaux, même si les résultats sont encore limités. Les mentalités ne changent pas rapidement, et le sort de Chypre dépend, également et malheureusement, de facteurs extérieurs, la Grèce, la Turquie, la Grande-Bretagne, l'Union européenne, les États-Unis, la Russie, la situation au Proche-Orient...

  • L'ouvrage présente, traduit et commente le Suan shu shu , un manuscrit chinois du IIe siècle excavé pendant l'hiver 1983-84. Sa découverte a bouleversé les connaissances sur les sources anciennes des mathématiques en Chine. La traduction et ses commentaires permettent de mieux comprendre le texte et son contexte, ils mettent en résonnance l'archéologie des textes excavés, le chinois ancien, l'histoire des mathématiques et la vie en Chine sous les Han. La traduction française est accompagnée du texte original, de sa transcription pinyin et d'un mot-à-mot.

  • L'enjeu essentiel, pour les sociétés humaines, est d'assurer leur reconduction, en dépit de l'aléa des destins individuels et des événements historiques. Des continuités sont ainsi opérées dans le temps (connexions entre passé, présent et à venir) pour la transmission des valeurs à partir desquelles chaque communauté établit son ordre et les règles qui y président. Des continuités sont aussi réalisées dans l'espace, qui est plié aux perceptions et aux logiques sociales, à leurs principes, à leurs effets. L'ancestralité apparaît alors comme un moyen quasi universel mobilisé pour organiser tout ou partie de ces continuités. Les ethnographies relatives aux différentes sociétés humaines montrent que les défunts sont conçus très différemment selon les cultures, que tous ne sont pas traités également ni ne revêtent la même importance. La question à laquelle les auteurs de cet ouvrage cherchent une réponse est donc moins « qu'est-ce qu'un ancêtre ? » que « quand, et comment, la relation aux ancêtres est-elle importante, signifiante et, donc, opératoire ? »

  • Que serait une éthique de la traduction réfléchie à partir de la question migratoire en Europe ? Quelles valeurs, quels repères pourraient orienter la manière dont les travailleurs sociaux des pays européens accueillent la langue des nouveaux arrivants ? Cet ouvrage, fruit de la collaboration étroite de professionnels du champ socio-médical et d'enseignants universitaires à travers l'Europe a pour ambition de problématiser une telle éthique. Banalisée, éludée des réflexions et débats, la rencontre des langues n'étonne pas dans le travail social et clinique. Pourtant la pratique au quotidien le montre : pour surmonter les traumatismes et atteindre une forme de convivance humaine, il est essentiel de prendre en compte les phénomènes liés à la diversité de ces langues qui s'entremêlent dans la rencontre entre les migrants eux-mêmes, entre les générations, entre les migrants et les populations des pays européens, et avec les personnels spécialisés d'accueil. La multitude des langues, leur traduction et leurs tensions, leur mise en accord, sont autant d'enjeux décisifs dans ce qui peut devenir l'éthique d'accueil pour l'Europe.

  • Connu dans le monde savant français pour ses talents de bibliographe et comme spécialiste du théâtre médiéval, Émile Picot fut aussi le premier professeur de roumain à l'École des langues orientales entre 1875 et 1909. C'est un événement historique important qui l'a amené à Bucarest en 1866 : l'arrivée sur le trône des Principautés roumaines du prince Charles de Hohenzollern, dont le jeune Picot devient alors le secrétaire français. Ses lettres privées, en majeure partie inédites, relatent les circonstances et le déroulement de sa mission, témoignent de la vie politique et culturelle roumaine de l'époque, éclairent l'implication française dans cet épisode de la question d'Orient et nous font connaître la personnalité du prince de Roumanie mais aussi celle du futur savant français découvrant alors les confins danubiens.

  • Institués au sortir de la Première Guerre mondiale, les mandats de la Société des Nations illustrent les implications de l'arrivée des experts dans les Suds dès les années 1920. Ils constituent pour cette raison un angle d'attaque privilégié pour réfléchir aux liens entre expertise et colonisation comme aux dynamiques qui accompagnent les experts. S'ils ont été l'objet de discussions intenses, les mandats ne peuvent guère être considérés comme l'objet d'un champ d'expertise bien délimité avec ses méthodes uniformisées, son corps de savoirs systématisés et ses procédures formalisées de certification. Les discours institutionnels d'experts sur les mandats, divers et dénués de cohérence, dissimulaient souvent les modalités habituelles du gouvernement colonial. Cependant, les temps changeaient. La pluralité des cadres institutionnels où l'on discutait des mandats (Commission permanente des mandats, autres organes de la SDN) sapait le monopole supposé des États coloniaux sur la prise de décision informée. L'intérêt des organisations privées et caritatives était également d'importance, dans la mesure où certaines investirent massivement dans des projets exploratoires de développement à fort coefficient d'expertise. Ajoutées les unes aux autres, ces circonstances institutionnelles attiraient des experts potentiels vers les mandats, d'où l'on peut observer et les tensions d'empire qui marquaient l'ère coloniale finissante et les prémisses de politiques publiques fortement consommatrices d'expertise qui se diffusent dans les Suds après 1945.

  • Les articles rassemblées dans ce recueil traitent de l'expression des valeurs existentielles dans différentes langues du monde. Le caractère universel de la problématique et sa richesse sont illustrés par la diversité des approches théoriques permettant de constater les similitudes et les différences de son expression d'une langue à l'autre. L'originalité de l'ouvrage ne réside pas seulement dans la description de la variété des structures existentielles, porteurs de valeurs possessives, locatives ou attributives, elle consiste également dans leur lecture multiple. La structure du recueil a été arbitrairement organisée en deux parties. Dans les articles de la première partie, la prédication existentielle est envisagée d'un point de vue typologique, dans ceux de la deuxième partie, c'est une démarche énonciative et pragmatique qui est appliquée. Cette répartition est toutefois quelque peu artificielle, dans la mesure où tous les auteurs envisagent les traits sémantiques, syntaxiques et formels des constructions existentielles et, pour certains articles, les paramètres contextuels quelle que soit la langue concernée. La prédication existentielle est présentée par les auteurs comme une opération spécifique de repérage d'un terme par rapport à l'autre qui se répercute sur le marquage non canonique des constituants propositionnels, ainsi que par l'emploi des marqueurs d'existence spécifiques. L'analyse typologique et l'approche énonciative se complètent et ouvrent de nouvelles perspectives dans la recherche linguistique sur l'expression de l'existence dans les langues du monde.

  • Dans cet ouvrage, l'appellation « langues moins enseignées » fait référence à celle de « langues modimes ». Tantôt appelées « langues rares », tantôt « langues moins diffusées » et parfois même « petites langues », ces langues n'entrent dans aucune des catégories préconstruites des institutions éducatives. L'objectif de cet ouvrage est donc de problématiser les tenants et les aboutissants des statuts qu'elles assument dans les systèmes éducatifs, et notamment de s'intéresser à la question de la variation linguistique dans leur enseignementapprentissage. En effet, l'enseignement des langues vivantes étrangères se construit souvent autour d'une norme imaginée et conçue comme étant celle de la langue légitime à enseigner/apprendre. De l'Asie aux Amériques, en passant par bon nombre de pays africains et européens, les décideurs éducatifs et les enseignants euxmêmes doivent composer avec ce phénomène qui, au delà de questions proprement pédagogiques, contribue à hiérarchiser les formes langagières. Au travers de l'examen de situations touchant à l'amazighe, à l'arabe, au chinois, à l'indonésien, au japonais, au ghmálá', au malgache, au tchèque et à plusieurs des langues régionales de France (alsacien, basque, corse, occitan, picard et parler saint-martinois), les entrées épistémologiques des contributions relèvent ici de diverses disciplines des sciences du langage et/ou des sciences de l'éducation. Les contributions s'articulent, entre autres, autour d'axes tels que la variation et ses différentes formes dans l'espace éducatif, l'histoire des politiques linguistiques éducatives au regard du corpus des langues, la variation linguistique en lien avec différents systèmes éducatifs au sein d'espaces nationaux ou régionaux donnés, la gestion pédagogique de la variation, ses ramifications identitaires, la question du couple oral/écrit et des registres en didactique des langues moins enseignées, ou encore la problématique centrale des normes, de la légitimité et de l'authenticité dans l'enseignement de ces langues.

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