Au Diable Vauvert

  • " « Admettons que vous ne soyez pas à proprement parler un capitaine d'industrie. Que le monde de la finance ne soit pas votre ami le plus proche. Voire que vous soyez un peu rêveur. Et que dans ce doux rêve qu'est votre vie, l'avenir - donc la vieillesse, donc la retraite - soit une chose vague où les jours devraient selon toute logique s'organiser simplement, avec un bol de café le matin et un rayon de soleil qui vous emplirait de sa bienveillante présence, et où par une magie aussi efficace que naturelle, vos besoins soient pris en charge automatiquement.Admettons aussi que vous vous réveillez un matin et que ce rêve se heurte à la rugueuse hostilité de la réalité. Que, dans une prospective absurde, il n'y ait ni bol de café, ni rayon de soleil.Juste un paupérisme effrayant.Admettons aussi que vous ayez du goût pour la déco. Que le Monopoly soit un truc qui vous a toujours fait triper. Que votre banquier ne soit pas contre l'idée de vous prêter trois fifrelins. Et que, pris d'une impulsion déconcertante, vous décidiez de concrétiser cette idée folle : acheter un appart et le louer pour rembourser le crédit de façon à ce qu'un jour, cela vous serve à retraiter paisiblement.Admettons aussi que vous ayez des scrupules à entrer aussi brutalement dans le monde du Grand Capital et de ses suppôts. Que l'idée d'avoir des « locataires », quelque part, vous chiffonne.Alors ce livre est pour vous.Ce n'est pas vraiment un roman - et pourtant c'en est un car d'un certain point de vue, l'immobilier est incroyablement romanesque, et l'architecture éminemment littéraire.Ce n'est pas vraiment un guide - et pourtant c'en est un, car l'immobilier est une jungle impitoyable nécessitant un balisage rigoureux, sous peine de se faire dévorer dans l'instant. »D'une lecture attrayante, cet ouvrage permettra de vous poser toutes les bonnes questions nécessaires à l'exercice de votre nouvelle activité : promoteur immobilier ! 15 EUR charges comprises."

  • Années 1980. La Feria de Nîmes est à son apogée. Dans les arènes, un certain Paco Ojeda enchaîne les triomphes, alors que pendant près d'une semaine se pressent sur les boulevards et dans les rues étroites de la ville plusieurs centaines de milliers de personnes. Le très médiatique Yves Mourousi profite d'une Feria pour s'y marier. La Pentecôte nîmoise est une étape obligée sur le trajet officiel des peoples, entre Roland Garros et Festival de Cannes. Une centaine de définitions et de dessins qui manient, autour de la tauromachie et de la Feria de Nîmes, l'absurde, la dérision et juste ce qu'il faut de mauvaise foi... Un livre vite épuisé, et dont un exemplaire a été mis en ligne par un petit malin sur un site d'enchères américain au prix de 150 dollars ! Vingt ans plus tard, auréolés des lauriers de la reconnaissance et le trait encore plus vif, nos deux lascars remettent le couvert et vous invitent au festin, à la table du Diable (de Vauvert, bien sûr !) On retrouvera ici l'ouvrage parut en 1991, enrichi de nouvelles définitions et illustrations prenant en compte ces deux dernières décennies, taurines autant que festives...

  • A 20 ans, Jean Genet est caporal dans l'armée de terre. Plus tard, soucieux de sa légende, il fera croire qu'il n'a été militaire que quelques jours. Faux. Son engagement représente presque sept ans de sa vie, de 18 à 25 ans. Il voyage (Syrie, Maroc) mais surtout il lit, il acquiert la formidable culture qui permettra son oeuvre dix ans après. Sans éducation depuis des années, il a beaucoup de retard à rattraper. En effet, abandonné à six mois, Jean est un enfant de l'Assistance publique, placé dans une famille d'accueil dans le Morvan. Il aime apprendre et est reçu premier au certificat d'études. L'Assistance publique n'envisage pourtant pas de faire de lui autre chose qu'un ouvrier. A 13 ans, elle lui propose d'apprendre à fabriquer des livres ; lui voulait déjà en écrire. Jean commet sa première fugue. Il disparaît deux mois. On soupçonne une affaire de moeurs, avec un homme. Un député s'en mêle. A son retour, il est placé chez un chanteur, il le vole. On le place en internement psychiatrique, il s'échappe. Il est envoyé trois mois en prison. On l'envoie dans une verrerie, il quitte la ville. Cette fois la justice ordonne son maintien en liberté surveillée dans la maison de redressement de Mettray. Il en fera le paradis perdu de sa jeunesse. Faux encore. La vérité est qu'il cherche par tous les moyens à s'en échapper. Pour cela il s'engage dans l'armée. Il quittait une prison pour une autre. Son désir de liberté absolue ne pouvait souffrir que la désertion comme échappatoire, c'est chose faite à 25 ans ; il n'est plus de retour possible.

  • Luxe intérieur est une revue digitale et gratuite éditée par le Diable Vauvert, dont le premier numéro a pour thème le post-présent, un concept où s'entrechoquent rock'n'roll, art de la rupture et liquidation des stocks. Comme chez Gonzaï, Luxe intérieur c'est l'art de connaître beaucoup sur peu de choses. Car dans un monde globalisant et réducteur, seul le détail compte.

  • De l'exode en juin 40 quand Boris, élève ingénieur quitte à bicyclette l'école Centrale repliée à Angoulême pour tenter de retrouver ses parents, en passant par les surprises- parties de Ville d'Avray, les souvenirs d'enfance, les copains, l'ambiance potache,sa santé fragile, ses premiers émois sentimentaux, la rencontre avec Michelle Léglise (sa première femme) et le Major (son meilleur ami), son mariage, son premier job d'ingénieur, sa passion pour le jazz et les premiers écrits... jusqu'à l'assassinat de son père à la Libération, suivi par la signature de son 1er roman Vercoquin et le Plancton chez Gallimard et par l'écriture de L'Ecume des jours, ce livre découvre une facette de Boris Vian sans doute moins connue, mais qui contient en germe le célèbre auteur, ingénieur, musicien et pataphysicien.... Il décrypte l'enfance et la jeunesse de Boris : son milieu familial, sa formation intellectuelle et artistique, sa vie affective et amoureuse, les zazous et le jazz, le rôle des intellectuels pendant la guerre, et, surtout, ceux qui l'ont marqué. Il éclaire sa personnalité, la naissance de ses multiples talents et la genèse des oeuvres qui le rendront célèbre. Boris Vian est à sa manière représentatif d'une grande partie de sa génération. Non engagé, issu d'un milieu pacifiste et apolitique, le jeune garçon n'a ni les réflexes d'un militant, ni conscience politique. Pour lui la guerre est une aberration qui lui vole sa jeunesse. Se sachant condamné à brève échéance par une maladie de coeur, il rejette la morbidité de son époque et semble ignorer les drames qui se jouent autour de lui, refusant d'y prendre part. L'esquisse d'autres portraits permet de croiser les destins d'autres jeunes de son âge et de comprendre en quoi Boris est à la fois différent et très proche. Cette génération qui a eu 20 ans en 40 ne ressemble à aucune autre : à la libération, elle croit aux lendemains qui chantent, a soif d'innovation dans tous les domaines, (modes de vie, politique, musique, progrès technique, littérature...), que Vian défrichera en visionnaire précurseur et critique à travers ses livres et chansons.

  • A l'âge du baccalauréat, Gustave Flaubert vit ce que l'on pourrait appeler une sérieuse crise d'adolescence. Sous l'influence de son meilleur ami de cinq ans son aîné, le gentil collégien s'est mué en un lycéen qui boit, fume et à évoque à tout bout de champ ses virées au bordel. Son père, le médecin le plus en vue de Rouen, pourrait lui pardonner ces incartades si Gustave ne trouvait pas le moyen de se faire renvoyer du lycée pour indiscipline six mois à peine avant le bachot. Il lui promet de réussir l'examen en candidat libre. Pari tenu ! Son père le récompense par un voyage en Corse. Sur le chemin du retour, il se laisse séduire par une femme qui a quinze de plus que lui. Son initiation lui laisse un goût amer, elle vient rabaisser la belle image qu'il se faisait de l'amour, en particulier de celui qu'il ressent pour la belle Elsa Schlesinger. C'est que, durant toute sa jeunesse et malgré ses fanfaronnades, Flaubert est un romantique qui vit passionnément. La vie n'est jamais à la hauteur de ses aspirations. Il se réfugie dans l'écriture qui est alors un exutoire pour ses angoisses existentielles. Obligé par son père de suivre des études de Droit, il en est libéré par une mystérieuse maladie nerveuse. A la mort de son père, alors qu'il est âgé de 24 ans, plus rien ne s'oppose à ce qu'il se consacre à sa vocation littéraire et réconcilie en elle son goût pour l'extravagance et son profond désespoir. La rencontre avec Marie Arnoux (l'héroïne de L'Education sentimentale), la description des plaisirs amoureux de Madame Bovary de même que son suicide, l'attrait pour l'Orient de Salammbô, ou encore la fascination pour la tentation de Saint Antoine, en un mot l'ensemble de l'oeuvre littéraire de Flaubert, tout cela était déjà en germe dès sa jeunesse. Il fallut seulement du temps, une quinzaine d'années de travail quotidien, pour qu'il parvienne à domestiquer son écriture et donner naissance à ses chefs d'oeuvre. Il fit ainsi mentir tardivement sa réputation, notamment dans sa famille, d'habitué à l'échec par paresse et à laquelle lui-même avait fini par croire par pessimisme. Il fit preuve pour cela d'une volonté qui confine à l'obstination. Lire Gustave Flaubert à 20 ans, c'est découvrir la genèse des grandes oeuvres de l'auteur mais c'est surtout découvrir que réconcilier les deux Flaubert qui cohabitaient en lui, l'amuseur plein de joie de vivre et l'angoissé pessimiste convaincu de l'inanité de l'existence, fut le grand défi de sa jeunesse. De ce premier succès dépendait tous les autres.

  • Mais comment diable a fait le jeune Marcel Proust pour s'introduire dès ses vingt ans dans les salons les plus mondains de Paris ? Il part pourtant avec de sérieux handicaps pour mener une vie mondaine. Son père est le fils d'un épicier de village. Sa mère appartient à une famille juive. A une époque et dans un milieu qui entretiennent le culte de la naissance, et à quelques années à peine de l'affaire Dreyfus, il s'agit là de deux péchés originels qui semblent irréparables. Et puis Marcel est victime d'une santé fragile. Comment ne pas passer pour un fâcheux quand on porte en permanence même en été une écharpe et un épais manteau ? Mais il y a pire : un goût si prononcé pour les garçons qu'il ne cherche pas dans sa jeunesse à le cacher et qu'il en parle souvent avec ses parents. L'heure n'est pas encore à l'acception amusée de l'homosexualité. On croit que le jeune Proust manque de volonté, qu'il se laisse vivre. Erreur. Il en fallait au contraire beaucoup pour vaincre ses handicaps, et plus encore pour s'opposer à son père qui veut lui imposer un travail. Pour lui échapper, la technique de Marcel est le repli stratégique : le premier d'entre eux est son engagement inattendu dans l'armée. Une manière de gagner une année, une décision difficile à prendre pour cet asthmatique qui n'a jamais quitté sa mère plus d'une semaine ; il sera avant-dernier au classement de son régiment. A son retour, il se lance à corps perdu dans les études : les Folies Bergères, l'Alcazar, l'Odéon... Il est nommé bibliothécaire dans une bibliothèque où il ne mets jamais les pieds : il a gagné, ses parents le laissent tranquille, il peut enfin se consacrer uniquement à sa vocation littéraire. Des salons à l'écriture On a parfois l'impression que Marcel Proust a passé une jeunesse dorée de dilettante et que soudainement, une fois la trentaine passée, il fut comme touché par la grâce littéraire qu'il lui permit d'écrire son chef d'oeuvre : La Recherche du Temps perdu. Ce portrait de Marcel Proust à 20 ans permet de mesurer au contraire la continuité qui existe entre le jeune Marcel fasciné par les salons et le Proust de la maturité qui les dissèque avec ironie. Les femmes et les hommes du monde qu'il a rencontrés durant sa jeunesse Belle Epoque étaient déjà des personnalités, il en fera ses personnages.

  • Rien ne prédestinait Gabrielle Colette à devenir écrivain. Ses parents, Jules et Sidonie Colette, des notables de provinces, avaient pour elle d'autres desseins : lui faire faire un beau mariage. Mais les revers de fortune, dus aux inconséquences de son père, contrarièrent ce destin. A 18 ans, elle se retrouve sans dot, exilée loin de la maison où elle a grandi, dans un village étranger, à accompagner son frère Achille dans ses tournées de médecin de campagne.La chance voudra que Henry-Gauthier Villars, surnommé Willy, un critique littéraire parisien en vogue, bambochard et de 15 ans son aîné, la rencontre à Chatillon, où elle habite, pour que sa vie bascule.Elle a 20 ans, un visage mutin, un regard effronté, et elle est follement amoureuse. Willy l'épouse et l'emmène à Paris. S'il lui ouvre la porte du monde des arts et des salons parisiens, il la néglige et la trompe. Pour dompter sa jalousie et aussi par défi, elle s'enrôle dans les ateliers d'écriture de Willy, qui signe sous son nom des livres légers rédigés à la chaîne par des nègres. Ainsi naît Claudine à l'école, d'après les souvenirs d'enfance de Colette, qui sort en 1900 et devient aussitôt un succès sans précédent. Dans ce récit truffé de patois, de scènes salaces et d'odes païennes à la nature, Colette, avec une cruauté insouciante et l'aide de Willy, règle ses comptes - sans se dévoiler puisque c'est lui qui signe - avec le village de son enfance qui a humilié sa famille.Elle se lasse bientôt de ce cache-cache littéraire qui fait d'elle le nègre à succès de Claudine à Paris, Claudine en ménage et autres et n'aura de cesse que de se dégager de l'emprise de Willy pour construire une oeuvre, la sienne. Elle racontera son enfance idyllique dans La Maison de Claudine, La Retraite sentimentale, sa mère adorée dans Sido, puis le vilain Willy dans Mes apprentissages. Mais est-il vrai qu'elle été enfermée par Willy pour écrire? A-t-elle été aussi adorée par sa mère qu'elle le dit ?En relisant les oeuvres de l'écrivain et en les mettant en relation avec sa vie et ses différentes correspondances, apparaît en creux une Gabrielle jalouse de l'amour de sa mère pour son frère Achille, « l'ainé sans rivaux », et un Willy sensible et amoureux de sa « gamine ».La jalousie amoureuse que Colette a éprouvée pendant toute sa vie n'est pas sans liens avec cette enfance dévorée par un amour idéalisé pour sa mère et qui a donné naissance à des oeuvres parmi les plus sensuelles et poétiques du XXe siècle.

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