ENS Éditions

  • Premier ouvrage proposant une étude des aspects genrés de l'islamophobie en France, en Suisse et en Belgique, ce livre réunit des contributions issues de la sociologie et de la psychologie sociale. Il analyse les processus par lesquels discriminations et préjugés anti-musulman.es sont élaborés et relayés, aussi bien par des acteur.rices institutionnel.les que par les citoyen.nes, et les façons dont celles et ceux qu'ils visent y résistent. Le genre est omniprésent dans les débats sur l'islam et l'intégration des musulman.es dans les pays européens, tant concernant les formes de voile islamique que les législations pour les interdire. Il est ainsi au coeur du développement de cette forme spécifique de racisme et de racialisation qu'est l'islamophobie. Comment l'islamophobie peut-elle être identifiée dans des discours publics et médiatiques genrés ? Comment est-elle relayée dans des discours ordinaires attribuant aux hommes musulmans un sexisme et un patriarcat spécifiques ? Quelles sont les discriminations subies par les femmes musulmanes, voilées ou non, et en quoi diffèrent-elles de celles subies par les hommes musulmans ? Telles sont les questions auxquelles cet ouvrage se propose de répondre, par une approche rigoureuse et documentée.

  • Intellectuels empeches. ou comment penser dans l'epreuve Nouv.

    Germaine Tillon, Jean-Paul Sartre, Marc Bloch, Charlotte Delbo, Bruno Bettelheim ou Roland Barthes : voici quelques-uns des intellectuels que l'on croisera dans ce livre. Ils ont en commun d'avoir éprouvé, plus ou moins longtemps et durement, des moments où ils ont été empêchés de lire, d'écrire, d'enseigner, de peindre, etc. Tous ont témoigné de ces épisodes de mise à l'épreuve dont parfois on ne se remet jamais. Certains ont été internés en prison ou en camp. D'autres ont connu l'enfermement du sanatorium. D'autres encore ont choisi de rompre avec le monde intellectuel en s'établissant en usine ou en partant vers un ailleurs lointain. L'ouvrage prend ces situations d'empêchement, subies ou choisies, comme autant de terrains d'enquête : que disent-elles de la condition intellectuelle ? Que mobilisent ces hommes et femmes pour faire face aux privations dont ils et elles sont l'objet ? Leurs réactions nous révèlent combien la condition intellectuelle ordinaire tient à des apprentissages lettrés, mais aussi à des équipements matériels (le bureau, le livre), à des publics (les lecteurs, les élèves) et à des solidarités (les pairs), autrement dit à des mondes qui soutiennent l'identité. Au fond, ce que nous donnent à voir ces récits de captivité, ces carnets de guerre ou ces correspondances d'exil, ce sont les tentatives pour reconstruire ces mondes. Dans l'épreuve et malgré elle.

  • En moins de vingt ans, l'édition en sciences humaines et sociales a été considérablement bouleversée. Tout a été réinventé : le marché du livre s'est transformé, le cadre légal a été radicalement modifié, la publication et la lecture en ligne ont connu un formidable essor, l'écriture même des sciences humaines s'est métamorphosée. Face à ces révolutions intellectuelles, techniques et socioéconomiques d'une ampleur inégalée, en faisant dialoguer éditeurs privés et publics, économistes, documentalistes, libraires, juristes, traducteurs, chercheurs, cet ouvrage collectif offre à celles et ceux qui se préoccupent du destin de l'édition en sciences humaines et sociales un premier bilan, à la fois clair et lucide, des changements survenus depuis le début du XXIe siècle.

  • Les rapports entre marxisme et phénoménologie ont constitué un axe fondamental du débat culturel européen, dans les années 1960 et 1970. Dans la France de l'après-guerre, Sartre et Merleau-Ponty faisaient déjà référence, sur le plan de la fondation théorique, à la tradition phénoménologique de Husserl et de Heidegger, et sur le plan de l'engagement civil, au marxisme. Trn c Tho, élève de Merleau-Ponty, mettra en place dès 1951 une première synthèse de ces deux paradigmes dans son Phénoménologie et matérialisme dialectique. Onze années après, Jean-Toussaint Desanti reviendra sur l'exigence d'une convergence entre phénoménologie et marxisme. En Italie, puis en Allemagne, d'autres tentatives vont émerger. Ce volume a pour ambition de proposer une synthèse sur le sujet. Il vise également à promouvoir une première réflexion historique sur le courant philosophique qui, pendant au moins deux décennies, a occupé la scène intellectuelle, et à évaluer son héritage dans le débat contemporain.

  • Qu'est-ce qui dresse le cinéma contre les accélérations du tout numérique ? Les aurores après la tempête ne se voient plus que sur les écrans des salles de cinéma. Numérisés, les capitaux et les catastrophes détruisent le monde des matins tranquilles. La guerre est dans le temps. C'est à la chaîne que le numérique fabrique du virtuel, du mirage, de la monnaie de singe. En ce monde-hologramme, il n'est plus ni corps ni chair, les mains ne caressent plus rien, les blessures elles-mêmes sont factices. Cette nuée d'images nous dérobe le réel et peu à peu impose le désert des hommes et des choses. Contre la violence des exils, la salle de projection n'est-elle pas la dernière demeure de l'humain ? Face à la démultiplication des écrans, l'hypervisibilité, la transparence, comment le cinéma peut-il encore préserver sa part d'ombre et rester une arme critique ? Jusqu'où la révolution numérique n'est-elle pas en train d'affecter l'expérience esthétique et morale du cinéma, et au-delà, notre civilisation ?

  • Au début des années 1960, alors que l'extrême droite française est en crise, Jean-Marie Le Pen fonde la Serp (Société d'études et de relations publiques). Maison de disque subversive, elle deviendra un agent central de la propagande culturelle du Front national et de son fondateur pendant plus de trente ans. Par leurs choix de musiques et de documents historiques édités, d'images et de textes de pochette, les disques de la Serp deviennent le relais d'une politique du ressentiment et d'une révision de l'histoire récente. Jonathan Thomas propose une analyse inédite de la mobilisation du disque par l'extrême droite et redécouvre ainsi un pan oublié de l'histoire du disque politique en France.

  • Comment offrir aux chercheur-e-s les moyens et les outils permettant de réaliser une histoire mixte de l'Antiquité ? En s'appuyant sur la méthodologie élaborée par le collectif Eurykleia, les articles du dossier explorent les pratiques sociales qui rendent les femmes visibles, mais aussi celles où la présence féminine, quoique réelle, semble plus discrète. Ils mettent l'accent sur le rôle de la modalisation et de la pratique discursive dans les processus d'affichage, de conservation et de transmission du nom des femmes, en éclairant les logiques propres à chaque contexte étudié : lamelles oraculaires de Dodone, décrets honorifiques, fondations sous condition, traités de Cicéron. Les analyses invitent à en finir avec certains préjugés sur les femmes antiques (par exemple, les prétendus « noms de courtisanes ») et proposent une vision renouvelée des relations sociales en Grèce et à Rome.

  • Cet ouvrage propose une analyse inédite de la place et de la fonction de l'histoire, de la politique et de la culture françaises dans la formation et la réflexion d'Antonio Gramsci. Gramsci pense la France, son histoire, sa politique et sa culture, mais son intention vise bien au-delà. La France lui sert à penser l'Italie et sa place dans un « monde grand et terrible », bouleversé par la Grande Guerre, la révolution russe, l'émergence des fascismes, les débuts de l'hégémonie des États-Unis. Constitué d'allers et retours permanents entre la France, point de comparaison plus que modèle, l'Italie et le monde, ce volume examine à partir des textes - au premier rang desquels les Cahiers de prison - certains de ses concepts les plus importants, à l'instar du jacobinisme ou du national-populaire et plusieurs de ses thématiques historiques, des Lumières à la Révolution française. Le livre explore aussi le volet politique et culturel de la pensée de Gramsci, lorsqu'il s'intéresse à l'Action française et à la pensée de Charles Maurras, au coup d'État manqué du général Boulanger ou aux épisodes de l'affaire Dreyfus. Mais en définitive, c'est bien toujours une double perspective, indissociablement européenne et internationaliste, qui est sous-jacente à cette « France de Gramsci ».

  • La plupart des recherches reconnaissent à présent que les émotions, loin d'être des impulsions irrationnelles, sont au contraire des médiations cognitives et des appuis pratiques dont aucune action ne saurait se passer. Cette réhabilitation des émotions s'est vue toutefois reprocher son absence d'intérêt pour les sentiments diffus et la résonance parfois indisciplinée des corps. Or, ce sont précisément ces échappées affectives que l'on retrouve de façon particulièrement vive dans les émotions collectives. Ces dernières, sans corps propre, semblent disparaître ou s'évaporer dès que l'on s'en approche de trop près. Comment alors identifier avec certitude les émotions souvent « liquides » ou « gazeuses » qui sous-tendent et animent les conduites publiques ? Et comment les mettre en mots analytiques ? Pendant longtemps, une des façons de résoudre cette question a consisté à associer les émotions collectives aux moments d'effervescence qui leur confèrent une réalité tangible. Mais il y a des manières moins visibles de « partager » les émotions, y compris à distance, notamment par l'intermédiaire des médias ou des réseaux sociaux, qui infléchissent tout autant les comportements. À ces problèmes épistémologiques et méthodologiques s'ajoute un problème ontologique : si l'émotion exige par définition un point d'ancrage corporel et donc singulier, comment peut-elle devenir collective et impersonnelle ? C'est dire si les émotions collectives ravivent certaines questions fondamentales des sciences sociales, notamment celles concernant les liens entre l'expérience individuelle et l'appartenance collective, l'événement éphémère et les sensibilités au long cours, la co-présence des corps et les liens à distance, l'imprévisibilité du ressenti et l'organisation rituelle des conduites. Objet épistémologique et ontologique impossible, l'émotion collective n'en est pas moins un phénomène social que les enquêtes théoriques et empiriques de ce volume tentent, chacune à leur manière, de « sauver ».

  • Les sciences sociales peuvent-elles décrire la vulnérabilité, l'incertitude, la solitude ? Pour répondre à cette question, Michel Naepels, assumant sa position d'auteur, adopte dans ce livre une approche pragmatique et s'interroge sur le rôle du chercheur et le statut du témoignage qu'il suscite, à partir d'enquêtes menées dans des zones de conflits et de troubles, et de lectures à la fois anthropologiques, philosophiques et littéraires. Au lecteur qui se demande quelle est la place de celui ou celle qui enquête dans des situations de détresse, cet essai propose une anthropologie politique renouvelée de la violence, de la prédation, du capitalisme. Il endosse un point de vue, celui de la vulnérabilité et de l'exposition à la violence, en prêtant attention aux subjectivités, aux émotions et aux pensées des personnes qui y sont confrontées. Il s'agit d'articuler l'exploitation de l'homme et de la nature avec la construction de soi, de penser dans le sensible, avec la douleur, malgré tout.

  • On n'a longtemps connu le nom de Jacques Martin qu'à travers la dédicace par laquelle Louis Althusser lui rendait hommage dans Pour Marx, où il reconnaissait sa dette envers son ami à propos du concept de problématique. Le mémoire de Martin sur Hegel (Remarques sur la notion d'individu dans la philosophie de Hegel), rédigé en 1947 sous la direction de Gaston Bachelard, révèle toute l'importance qu'il eut pour la pensée d'Althusser, mais aussi pour celle de son autre ami à la rue d'Ulm, Michel Foucault. Non seulement le texte de Martin présente une interprétation forte de la philosophie hégélienne, en montrant que Hegel aurait préfiguré, avant Marx, la critique de l'individu bourgeois, mais cette lecture couplée de Hegel et de Marx lui permet de mettre au jour un certain nombre de concepts et de thèmes qui seront déterminants pour la philosophie française des années 1960 : les concepts de problématique et de surdétermination, le thème du transcendantal historique, la critique de la lecture idéaliste de la dialectique hégélienne. Le mémoire de Jacques Martin s'avère ainsi être une pièce essentielle de la genèse de la philosophie française du second xxe siècle. Jacques Martin (1922-1963) est un philosophe français, ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, et proche ami de Louis Althusser et de Michel Foucault. Il a notamment traduit en français L'esprit du christianisme de Hegel (1948, Vrin).

  • L'histoire semble aller de soi. Pourtant, prononcer « l'évidence de l'histoire », c'est aussitôt ouvrir un doute. L'évidence est le fil conducteur de ces pages qui interrogent le statut du récit historique, l'écriture de l'histoire, la figure de l'historien, hier et aujourd'hui, de la Méditerranée antique à la France de la fin du xxe siècle. Depuis Hérodote, l'histoire est devenue une affaire d'oeoeil et de vision. Voir et dire, écrire ce qui s'est passé, le réfléchir comme un miroir : tels ont été quelques-uns des problèmes constituant l'ordinaire de l'historien. Les nombreuses reformulations modernes ont poursuivi ce travail sur la frontière du visible et de l'invisible. Parvenir à la vue réelle des choses, en voyant plus loin et plus profond. Mais, avec la fin du xxe siècle et la domination du présent, cette forte évidence de l'histoire s'est trouvée mise en question. Quel rôle pour l'historien face au « défi narrativiste », à la montée du témoin, à celle du juge, et alors même que mémoire et patrimoine sont devenus des évidences ?

  • La théorie physique. Son objet, sa structure, l'ouvrage majeur de Pierre Duhem en philosophie des sciences, a mis plus d'un siècle à devenir un classique. Mais on n'en retient le plus souvent que quelques passages, comme la critique des expériences cruciales ou le refus du mécanisme, qui est compris comme une espèce d'explication métaphysique. Bien d'autres questions de philosophie de la physique y sont pourtant abordées : l'usage des modèles, la construction des grandeurs, la question de l'approximation, le rapport entre mathématiques et physique, l'usage de l'histoire dans l'enseignement de la physique. Pour expliquer les raisons pour lesquelles la réception de cet ouvrage a été différée, cette nouvelle édition s'ouvre par une présentation inédite des différents contextes intellectuels et politiques dans lesquels Duhem et ses thèses ont été lus au xxe siècle. Une bibliographie oriente les lecteurs dans la littérature secondaire consacrée à Duhem. Chaque chapitre bénéficie de nombreuses annotations qui permettent de reconstituer la genèse de cet ouvrage, de le situer par rapport à la philosophie et aux sciences de son temps et de comprendre la progression des arguments.

  • Que les vivants puissent un jour écouter les morts. Ne serait-ce pas ce désir secret qui fonde en dernier ressort l'enregistrement et la mise en archives des voix du passé ? Après son ouvrage L'historien, l'archiviste et le magnétophone (2001), qui a inspiré nombre de campagnes de collecte d'archives orales, Florence Descamps reprend sa réflexion sur les usages scientifiques et sociaux des témoignages oraux et fait le bilan de la réintégration de la source orale dans la boîte à outils de l'historien. De l'histoire orale au patrimoine culturel immatériel, en empruntant la voie de la parole enregistrée, cet essai revisite la grande trilogie « Histoire, Mémoire et Patrimoine » qui, depuis quarante ans, a saisi l'ensemble de la société française.

  • Dans les mondes de la culture, les références sont nombreuses au geste artistique, à la vocation, au travail du corps ainsi qu'au désir. Que ce soit dans le travail des professionnels de l'art (comédiens, scénographes, musiciens, danseurs, plasticiens, designers, etc.), dans celui des médiateurs ou dans l'activité des amateurs, le corps - à la fois sexué et genré - occupe une place centrale, y compris lorsqu'il est absent ou recomposé numériquement via les pseudos et avatars. Ces mondes qui se veulent à l'avant-garde sur le plan artistique le sont-ils aussi sur le plan du genre ? Le talent a t-il un sexe, et si oui, est-il le même dans tous les domaines artistiques et culturels ? Comment expliquer les différences de carrière entre femmes et hommes dans des domaines où seuls le talent et la passion individuelle devraient compter ? Cet ouvrage rassemble les contributions d'une trentaine de chercheuses et chercheurs des sciences humaines et sociales, qui apportent des éclairages novateurs issus de secteurs aussi variés que ceux de la musique (jazz, rap, musiques de jeux vidéo, etc.), des arts plastiques, du livre ou encore de la danse et de l'artisanat d'art.

  • Au cours des deux dernières décennies, la question de l'orientation sexuelle et des identités de genre est devenue un sujet de débat public dans de nombreux pays africains. En lien avec la montée des violences anti-homosexuelles dans les années 2000, la recherche en sciences sociales s'est attelée à montrer que l'Afrique, soudainement homophobe, fut pendant longtemps un lieu de tolérance pour la diversité sexuelle, à condition qu'elle reste confinée dans l'espace privé. Dans ce contexte, sur la base d'une double enquête ethnographique au Cameroun et en France, Patrick Awondo analyse l'émergence de l'homosexualité comme sujet politique et son expression dans les parcours des « migrants sexuels » africains en France. Cet ouvrage propose ainsi un traitement ethnographique inédit de la naissance d'un militantisme homosexuel en Afrique sub-saharienne postcoloniale et de la construction de l'homosexualité comme question publique dans un contexte plus général d'« ensauvagement » de la société africaine.

  • Idriss, un sans-papiers malien, raconte la naissance de son amitié avec Ahmed. Clandestins et dans l'impossibilité de retourner chez eux, ils sont tous deux enfermés dehors ; leurs promenades dominicales, entre Montreuil, Créteil, et Boissy-Saint-Léger, rendent leur solitude plus palpable encore. Les émotions qu'ils taisent tournent en boucle jusqu'à ce qu'Ahmed déraille et soit incarcéré.
    C'est à l'occasion du travail qu'elle a mené sur la communauté malienne de Montreuil, que la photographe Anissa Michalon a fait la connaissance d'Idriss, un jeune homme arrivé en France à l'âge de vingt ans. Écrivant un court roman à partir de ces images, Arno Bertina a voulu souligner ce qui, dans cette vie, renvoie aux pressions qui s'exercent sur tous les sans-papiers et, peut-être, sur bon nombre d'immigrés d'Afrique.

  • Des nouvelles féminines modernes, pleines d'humour et de sensibilité.
    Kozué la rêveuse, Uné la sensuelle, Kaori la romantique, Iwako la douce, Mimi la gourmande... Les neuf nouvelles de ce recueil ont pour cadre le Kansai - principalement Ôsaka mais aussi Kôbe ou Kyôto - et nous parlent d'amour. Interdites, insolites, cachées, rêvées, des amours qui se soucient peu des règles sociales du Japon de l'époque.
    Avec un style léger, auquel s'ajoute une délicate touche d'érotisme, l'auteure dédramatise les situations les plus graves.
    EXTRAIT DE UN THÉ TROP BRÛLANT
    Elle n'avait pas revu Yoshioka depuis sept ans. Ce dernier avait vraiment pris un coup de vieux mais le plus surprenant, c'était ses lunettes. Alors, avant même de lui avoir dit bonjour, cela lui avait échappé et Aguri s'était écriée :
    - Tiens, mais tu portes des lunettes !
    - Non, non. Je crois que c'est depuis l'année dernière.
    Il était passé sans transition de l'état de jeune homme à celui d'homme mûr et sa physionomie avait changé du tout au tout. Pourtant, il ne devait avoir guère plus de trente-six ans ; les hommes vieillissaient-ils donc si vite ?
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Seiko Tanabe est née le 27 mars 1928 à Ôsaka.
    Distinguée en 2008 de l'Ordre de la Culture pour sa contribution à la littérature de son pays, Seiko Tanabe a obtenu de nombreux prix littéraires, dont le prestigieux prix Akutagawa en 1964 pour son roman Sentimental Journey (Kanshô Ryokô).
    Son analyse fine et mordante d'une société japonaise en pleine évolution après-guerre dépeint des femmes de tête et des couples non conventionnels.
    Elle est la première auteure à utiliser dans ses romans la langue d'Ôsaka, japonais vif et direct. Son oeuvre constitue aujourd'hui une part importante de la littérature d'Ôsaka.

  • La question de l'État, dans les sciences sociales, ne peut se cantonner à étudier les rapports entre l'État et la société. Bien que souvent spontanément présente dans ces disciplines, une telle représentation les condamne de facto à démissionner devant l'État et à adopter des langages étrangers à leur épistémologie. Au mythe de la dissociation de l'État et de la société, les sciences sociales sont obligées d'opposer une autre conception de l'État qui le maintient dans une étroite dépendance de l'ensemble social dont il est un élément de différenciation. État et société ne sauraient par conséquent être considérés comme deux entités de nature équivalente, car l'un est contenu par l'autre. Cela n'empêche pas toutefois de reconnaître à l'État une place prééminente et de concevoir qu'il participe à la reproduction des rapports sociaux de pouvoir. La perspective sociologique donne ainsi à l'État une physionomie particulière. Elle fait porter des exigences fortes sur l'enquête empirique. Elle modifie également profondément le concept de l'État lui-même. Les contributions à ce volume, qui proviennent de la plume de juristes et de politistes, d'anthropologues, de sociologues et de philosophes, ont en commun d'assumer cette perspective dans ses attendus et ses conséquences. Elles jettent ainsi une lumière plus réaliste aussi bien sur la genèse historique de l'État, telle qu'elle procède de l'avènement des sociétés modernes, que sur l'expérience politique que nous faisons, dans la vie sociale telle que nous connaissons aujourd'hui, de l'État et du rôle qu'il y joue comme institution.

  • Comment le socialisme doit-il articuler les deux exigences qui l'ont toujours défini : « à chacun selon ses besoins » et « à chacun selon ses mérites » ? Ce court essai propose un retour aux origines. Dans l'une de ses belles formulations, Pierre Leroux écrivait, « le socialisme paraît, et l'aube du jour c'est 1830 ». Procédant ici de quelques portraits, ceux notamment de Louis Blanc et Constantin Pecqueur, de François-Vincent Raspail et de George Sand, cet essai signale comment en cette période de genèse, qui inventa même le terme de « socialisme », l'exigence du besoin fut considérée comme rectrice. Loin d'être nié, le mérite restait néanmoins associé à cette exigence. En ces temps déjà de premières déferlantes libérales, cette articulation originelle permit alors au socialisme de s'identifier d'abord, de résister ensuite et de créer enfin, tant dans le domaine des idées que dans celui des expérimentations, des voies nouvelles à l'émancipation et au progrès social, économique et politique. Cette option consistant à résolument situer le pari du socialisme au-delà de la seule égalité des chances, aussi rigoureusement définie soit-elle, méritera dès lors d'être rappelée et reconsidérée aujourd'hui.

  • L'importance accordée à l'observation de l'action est une tendance marquante des sciences sociales contemporaines. Mais comment observe-t-on ? Que capte l'oeil du sociologue ou de l'anthropologue quand il observe ? En réalité, le regard fait le partage entre ce qui est pertinent et ce qui ne l'est pas ou l'est moins, entre le nécessaire et l'accessoire. Toute observation comporte ainsi un reste, qui mérite cependant que l'on s'y arrête. Dans ce livre publié pour la première fois en 1996 et devenu un classique, Albert Piette interroge les différentes traditions sociologiques ou ethnologiques afin de dégager le principe de pertinence que chacune d'elles met en oeuvre pour séparer l'essentiel du détail. Développant une approche originale, il défend l'idée selon laquelle la réalité sociale se construit dans la tension, variable selon chaque situation et chaque acteur, entre le primordial et le superflu. Ce sont ces écarts, ces restes, qui contribuent à définir les individus dans ce qu'ils ont de proprement humain.

  • Depuis les années 1990 le voile cristallise les débats politiques sur l'identité nationale et livre des femmes musulmanes une image partielle. Cet ouvrage cherche à donner plus d'épaisseur à leur présence dans la société française en s'intéressant aux premières d'entre elles : les Algériennes venues au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Qui sont ces femmes ? Pourquoi traversent-elles la Méditerranée aux pires moments de la répression du nationalisme algérien ? Comment trouvent-elles leur place dans la société qui les entoure et leur rôle dans la guerre d'indépendance menée aussi en métropole ? Grâce à une enquête orale approfondie, on les entend répondre à ces questions, on les découvre également au détour d'un fonds photographique public ou privé, dans le secret des archives judiciaires et policières, administratives et médiatiques. Leur mémoire inspire une parole vive et permet aux archives de parler à leur tour. On comprend alors l'histoire partagée qui les amène à prendre parti dans une guerre souvent fratricide, à s'attacher à l'Algérie naissante autant qu'à trouver la forme d'une intégration singulière, loin des débats actuels qui les méconnaissent obstinément. L'écriture de cette histoire résulte ainsi d'une écoute, d'une patience et d'une réflexion sur les outils, sur les méthodes aptes à rendre visible la matière complexe des parcours de ces Algériennes pendant cinquante ans, en s'efforçant d'en préserver la vie. Illustration de couverture : Archives privées © Fatma Malagouen

  • Creepy

    Yutaka Maekawa

    Agressions, incendie, meurtres... Qui vient troubler la tranquillité de ce quartier résidentiel tokyoïte ?
    Creepy (adjectif familier): louche, suspect, qui fiche la frousse, d'horreur, dépouvante.
    Takakura mène une vie paisible. Il vient d'emménager avec sa femme dans un quartier résidentiel de Tokyo. Sa profession d'enseignant en psychologie criminelle à l'université lui permet de se lever tard et d'éviter les trains bondés. Un dîner de temps à autre avec son étudiante préférée, sous prétexte de l'orienter sur son mémoire. Une vie paisible donc. Mais un jour, un camarade de lycée, devenu inspecteur, lui demande son expertise sur un cas de triple disparition qui date de huit ans. Rien d'alarmant jusqu'ici, et Takakura lui donne son avis. C'est à partir de là que l'existence routinière du professeur commence à se dérégler : une jeune fille se fait agresser près de chez lui, un voisin au sourire étrangement antipathique et dont on n'a jamais vu l'épouse, un incendie dans la maison d'en face, des meurtres... Takakura a l'étrange intuition que tout cela n'arrive pas par hasard.
    Ce best-seller, adapté en juin 2016 par le cinéaste Kiyoshi Kurosawa, a été vendus à 230 000 exemplaires au Japon et a reçu le Prix Jeune talent du Suspens en 2011.
    Comme son titre l'indique, ce thriller psychologique qui avance crescendo va vous donner la chair de poule...
    EXTRAIT
    J'avais regardé ma montre. Il était vingt-et-une heures, trois minutes et quelques secondes. Il n'était pas tard mais c'était désormais devenu assez fréquent de ne croiser personne dans la rue. La zone n'était pourtant pas éloignée de la ville. Un sentiment de malaise m'envahissait à mesure que j'avançais dans la rue. Je sentais une angoisse monter en moi comme si j'avais été pris dans un cauchemar, errant solitaire dans une ville inconnue. J'étais le seul à marcher dehors à cette heure.
    Soudain, j'avais entendu un bruit de pas derrière moi.
    CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
    L'auteur tisse une véritable toile dans laquelle le lecteur se laisse prendre. Les protagonistes sont nombreux et la chronologie est riche, mais au final les fils se rejoignent et tout s'éclaire... et glace le lecteur ! - Journal du Japon
    Véritable thriller psychologique, ce roman policier se dévore. Grâce à la construction de son récit, Yutaka Maekawa parvient à distiller les indices pour rendre son intrigue absolument passionnante et glaçante ! À saluer également le travail de traduction de Sylvain Cardonnel et les éditions d'Est en Ouest pour avoir mis à l'honneur cet écrivain de talent ! - Marianne K., Le Bateau Livre
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Maekawa Yutaka est né le 28 avril 1951 à Tokyo. Romancier et homme de lettres japonais, professeur de littérature japonaise il se spécialise en littérature comparée et américaine. Après son diplôme de droit, il enseigne au Japon et aux États-Unis. En 2011, le thriller psychologique Creepy remporte le 15e grand prix de jeune auteur de littérature policière japonaise. Sa publication en 2012 marque le début de sa carrière d'écrivain.
    Amateur de « promenades gourmandes », il admire Mishima et Truman Capote.

  • En 1987, une équipe d'enquêteurs emmenée par Jean-Claude Passeron et Emmanuel Pedler a suivi les visiteurs du musée Granet d'Aix-en-Provence, chronomètre en main. L'objectif : mettre en évidence les ressorts sociaux du « temps donné aux tableaux ». C'est de cette étude originale que rend compte cet ouvrage initialement paru en 1991, et qui a été beaucoup plus souvent cité que véritablement lu. La réédition qu'en propose aujourd'hui la Bibliothèque idéale des sciences sociales est augmentée de plusieurs textes importants dans lesquels les deux sociologues ont poursuivi ces analyses sur la réception des oeuvres artistiques, à la fois dans le domaine pictural et dans le domaine musical. S'attachant à décrire et mesurer précisément les « pactes » de réception artistique qui se nouent ainsi entre les oeuvres et leurs publics, l'ensemble propose une approche centrée sur le sort réservé à des oeuvres singulières, qui se distingue des enquêtes sur la consommation culturelle encore aujourd'hui largement dominantes en sociologie de la culture.

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