Editions Boréal

  • Désirons-nous vraiment réaliser l'indépendance politique du Québec ou sommes-nous trop épuisés pour espérer remporter un troisième référendum ?

    Jacques Beauchemin le militant explore les raisons profondes qui font de la souveraineté un objectif historique essentiel. Par contre, Jacques Beauchemin le sociologue ne peut cacher son inquiétude devant la démission collective des Québécois, qui semblent accepter sans états d'âme que leur langue française périclite et que leur culture se délite.

    L'auteur met le lecteur au pied du mur : les ancêtres canadiens-français ont-ils lutté et résisté avec autant de courage depuis la Conquête pour voir leurs descendants dilapider l'héritage ?

    Les héritiers - que nous sommes tous - choisiront-ils une démission tranquille ou relèveront-ils l'urgent défi auquel ils font face ?

    « La Souveraineté en héritage » est un remarquable essai politique qui arrive à point nommé, au moment où le Parti québécois cherche un nouveau souffle.

  • La personne humaine ne souffre pas comme elle le veut. Même si elle souffre individuellement et que certaines dimensions de sa souffrance resteront à jamais en son for intérieur, la grammaire de sa souffrance ne lui appartient pas. La souffrance et les manières de la combattre, de la gérer ou de l'accueillir (de la religion au psychotrope en passant par le masochisme) sont un lieu de rencontre, un socle collectif. Pour la psychiatrie contemporaine, la dépression est un syndrome, c'est-à-dire l'agencement particulier de certains symptômes, signes et comportements qui sont identifiés par le clinicien. Toutefois, rien dans les argumentations de la psychiatrie ne permet de comprendre pourquoi tant de personnes se sont mises à dysfonctionner et à souffrir dans les « figures syndromiques » attribuées à la dépression. La compréhension des racines de cette « démocratisation dépressive » revient inéluctablement, comme celle de la névrose autrefois, à la sociologie. Comment expliquer la résonance extraordinaire des mêmes signes et symptômes chez des millions d'individus partout en Occident et de plus en plus ailleurs ? En d'autres termes, de quelle société nous parle l'épreuve dépressive ?

  • Lhabit fait le moine, mais qui fait lhabit ? Qui fait la langue ? Qui tisse, taille et coud lhabit de la pensée ? Le peuple et les écrivains, disait-on hier. Mais ce nest plus vrai : la langue ne se fait plus toute seule. Les écrivains nont plus en cette fonction le tirant deau dantan. Et le peuple avale joyeusement la langue que lui fabriquent les médias, la pub, les politiciens et la bureaucratie, qui inventent des mots (dordre ?) du jour, moins par nécessité que pour lancer des modes, créer du statut social (lembaumeur devenu thanatologue), camoufler les réalités (investir au lieu de dépenser), emporter lassentiment (projet de société), brouiller les cartes (optimal). Le langage crée sa réalité et nous transforme malgré nous, doù le danger dadopter celui des clans, des partis, des mouvements, des idéologies, des églises. Cest le chant des sirènes. Cest pourquoi le vocabulaire de la pub, celui de la politique et des «communications » en général, jargon prétentieux qui sert à cacher ou au contraire à parader, devrait porter lavertissement «produit toxique» et une date de péremption Ce petit dictionnaire tout de traverset des traversnest pas un ouvrage de référence. Ce nest pas un glossaire des expressions québécoises à lusage du Français en vacances. Pas un lexique du parler populaire. Encore moins un « dites ne dites pas ». Mais il sera utile pour bien lire les journaux, les magazines, les rapports officiels de votre ministre. Et pour rigoler en écoutant la télévision. (« Il la encore dit ! ») Cest le plus in, le plus branché, le plus à la mode, en somme. Pour un an ou deux. Un trip ironique en Absurdistan.

  • « Ce qui est violent, pour moi, ce n'est peut-être pas tant la présence physique du public que l'acte de représenter quelque chose de soi, d'intime, de forcément transgressif. Comme si, symboliquement, on rejouait une sorte de scène primitive, on mettait en lumière des choses honteuses, des tabous. Cette exposition de soi, malgré soi, est troublante. Elle se fait de biais, de façon détournée, à travers le corps des autres, des interprètes. Comme metteur en scène, on craint que le public repère cette part dévoilée. Le regard des autres sur son oeuvre se rapproche d'un regard interdit, à la fois désiré et honni ; le regard d'un inconnu sur ton corps nu, qui te fracasse. » Brigitte Haentjens est une des figures majeures du théâtre contemporain. Elle a gagné un fidèle auditoire grâce à son audace dans la programmation et à l'exigence qui marque chacune des productions portant sa signature. Elle propose ici un livre hors norme qui nous montre une artiste en plein processus de création. Elle retrace son parcours depuis l'école de théâtre en France. Elle évoque son passage en Ontario francophone, où sa carrière de metteur en scène a éclos, et son installation au Québec. Surtout, elle parle au présent du travail accompli avec la compagnie qu'elle a fondée, Sibyllines.

  • Ce livre trouve son origine dans le désir d'explorer les expériences des femmes qui ont accompagné et rendu possibles les grands moments de l'histoire officielle du Québec, de l'arrivée des Français en Amérique du Nord jusqu'à l'accession à la liberté d'expression indviduelle et collective apportée par la Révolution tranquille. Les historiennes féministes ont examiné la situation de ces femmes, mais il est rare que nous entendions la voix des protagonistes elles-mêmes ou que nous ayons accès à leur point de vue, que ce soit sur le monde qui les entoure ou sur leurs aventures intérieures. C'est cette voix que Patricia Smart donne à entendre ici.

    Tous ces textes parlent d'un moi brimé, inhibé, mais qui se refuse à démissionner. Pour ces femmes, la venue à l'écriture fait partie intégrante de la quête de soi et de la prise de possession du monde. Beaucoup plus que de simples révélateurs de réalités sociales, ces écrits intimes appartiennent à la littérature.

  • Jacques Godbout, sentretenant avec le sociologue Mathieu Bock-Côté, raconte avec sincérité et humour son parcours décrivain et de cinéaste. Conservant la distance que procurent à la fois lintelligence et le refus absolu de se laisser enfermer dans quelque idéologie, il évoque les personnes quil a fréquentées et les moments dont il a été le témoin privilégié. Cest loccasion de découvrir le portrait dun être rare, un intellectuel québécois qui a tenu, pendant soixante ans de vie publique, à assumer son rôle dans la cité, celui déveilleur de consciences et de passeur entre les générations.« En relisant ces entretiens, jai bien vu de quelle manière je madressais à Jacques Godbout. Non pas comme à un vieux sage, à qui on demanderait patiemment je ne sais quelle leçon de vie. Non plus quà un homme compartimenté selon ses talents, écrivain et cinéaste, journaliste et poète à qui je demanderais finalement de mexpliquer le mécanisme de la création artistique. Non, je lui ai parlé comme à un interlocuteur intellectuel de premier plan, comme à lun des observateurs les plus brillants du Québec. Je lai invité à revenir sur les grands thèmes qui ont traversé sa vie et, finalement, sur une vie absolument passionnante. Je dirais bien quelle fut exemplaire, mais il me gronderait. Je dirai alors de sa vie quelle est inspirante. « Le tour du jardin » représente peut-être, du moins je lespère, une porte dentrée dans une uvre quil vaut la peine de découvrir, ou de redécouvrir. Je vous parle dune uvre que les moins de vingt ans devraient connaître. » M. B.-C.

  • L'hiver nous tue. Quand ce ne sont pas sinusites et pharyngites qui nous emportent, c'est la glace noire, le verglas ou l'infarctus qui suit une séance de pelletage intensif, ou encore la piste de descente quasi olympique du mont Sainte-Anne. Comment échapper à cette fatalité?

    Et si, tout simplement, c'était notre conception de l'hiver qui était fautive ? En effet, nous nous obstinons à mener une vie productive en hiver alors que les éléments - c'est le moins qu'on puisse dire - sont contre nous.

    Pour retrouver le bon sens, il suffirait donc d'inverser la situation. Travaillons davantage l'été, et ainsi nous aurons tout l'hiver pour nous reposer, pour hiberner sous la couette, en remerciant le ciel de nous envoyer ce froid qui rend la maison si agréable. Faisons de l'hiver la saison morte, comme il se doit.

    Il fallait un anthropologue de talent pour nous faire enfin voir l'évidence. Dans ce brillant opuscule, Bernard Arcand propose une solution qui, moyennant le bon vouloir de nos gouvernements, pourrait mettre un terme à nos souffrances hivernales, en même temps qu'elle donnerait tout son sens à l'expression de « société distincte ». Cette solution aurait également le mérite de régler de nombreux problèmes de ladite société, qui vont de la réforme de la santé à celle de l'éducation.

  • « L'histoire que l'on écrit est toujours fécondée par le présent. Le projet de ce livre a pris forme à la fin des années 1990, dans un moment de grande morosité collective. Comme je ne voulais pas ajouter ma voix au concert des cyniques, et que je suis allergique à la fuite en avant des marchands de rêves, j'ai cherché dans notre histoire une autre génération confrontée à des défis semblables aux nôtres [...]. Par delà le siècle et demi qui nous sépare de la génération des réformistes, j'ai eu l'impression de retrouver des incertitudes similaires face à l'avenir. Les uns comme les autres vivent les lendemains troubles de grandes espérances. Le temps des réformistes n'est ni celui des mythes fondateurs, ni celui des Grands Soirs. C'est un temps désenchanté, morose même; un temps de prudence, non d'élans prophétiques. En allant vers les réformistes, mon but n'était pas de réhabiliter des personnages « illustres » ou de dénicher un programme d'action pour l'avenir [...]. J'ai plutôt voulu comprendre les questions qu'ils s'étaient posées et les réponses qu'ils avaient fournies, et voir comment, par la pensée et par l'action, ils avaient conjuré les angoisses d'un présent incertain. »

  • Serge Bouchard est un orignal. Il a la couenne dure, le cou puissant, le sabot obstiné. Il est de ce cuir dont on fait les bêtes lumineuses. Sil sait aller le nez en lair, humant lair du temps, dire doù vient le vent et ce quil emportera, il préfère observer le sol.
    Il y trouve des indices, des pistes, des fragments quil emmagasine, des brindilles quil tisse dun sens nouveau. Mais là où il excelle, cest quand il creuse. Lhumus riche des habitudes enfouies le ravit, il plonge un sabot gourmand dans ces débris, se réjouit de leur odeur étrange et familière à la fois. Immanquablement, il senfonce dans les bois opaques et en ramène des morceaux choisis. Cest quil sait caller, lorignal.
    Marie-France Bazzo (extrait de la préface)

  • La génétique, l'informatique, les neurosciences et ce que certains nomment déjà la bionique sont porteuses d'un avenir prodigieux tout autant par ses promesses que par ses périls. La technique exerce désormais une fascination sans rivale sur nos sociétés. Le risque paraît grand qu'une telle ivresse ne dissimule un affaissement du sens moral, or il n'y a de civilisation possible que dans l'équilibre entre la puissance qu'engendre le savoir et la sagesse nourrie par la réflexion éthique. Daniel Jacques entend montrer ici que notre puissance technique doit être assujettie à la compassion, compassion pour nos semblables, mais aussi compassion pour tous les vivants qui nous accompagnent. Il nous faut entrer dans le règne de la technique par la voie la plus humaine. Autrement dit, suite au déclin du christianisme et de l'humanisme classique, il ne nous reste, pour fonder l'humanisme - à la marge du discours que tiennent les sciences naturelles sur l'homme, devenu mi-machine, mi-animal - que cette expérience brute du mal qui se trouve au coeur du XXe siècle, soit le génocide des Juifs d'Europe. D'une certaine manière, ce gouffre moral, cet abîme d'inhumanité, nous tient lieu de révélation, la seule révélation qui puisse encore nous guider dans le grand oeuvre technique auquel nous semblons destinés. Par-delà le devoir de mémoire qui nous rattache à cet événement, la compassion représente un don d'humanité qu'il nous faut apprendre à préserver au moyen d'un langage nouveau.

  • La social-démocratie est une idée galvaudée, qui semble avoir perdu son sens d'origine. À la lumière de l'histoire récente, ne pourrait-on pas penser que, depuis trente ans, les partis sociaux-démocrates, une fois au pouvoir, ne défendent pas leur base naturelle et historique, la classe ouvrière ? L'auteur aborde cette question en étudiant le positionnement sociopolitique actuel des partis sociaux-démocrates, dont la compréhension nécessite par ailleurs des retours sur le passé, de même qu'en tentant de définir l'état et la nature des revendications sociales d'aujourd'hui.

  • La mondialisation occupe une place importante dans l'espace public : voie obligée de la prospérité pour les uns, elle est pour les autres responsable de tous les maux affligeant la société contemporaine. Curieusement, ces jugements contradictoires sur la mondialisation tendent tous deux à négliger les discours ayant présidé à la mise en place du monde de l'après Seconde Guerre.

    Dorval Brunelle revient sur les fondements de l'ordre d'après-guerre, tels qu'ils se lisent dans les propos de ses architectes d'alors. L'examen de la création des grandes institutions internationales, à cette époque, constitue le point de départ d'une analyse articulant la reconstruction des espaces international et national à la création de l'État-providence et à la reconnaissance des droits sociaux. Sur cette base, l'auteur s'attarde ensuite à l'éloignement par rapport à ce projet initial, lisible dans ce qu'il appelle la globalisation, qui rompt avec la logique mise en place au sortir de la guerre.

    Dans ce nouveau cadre institutionnel, l'Amérique du Nord occupe une place privilégiée. C'est en effet dans le libre-échange entre le Canada et les États-Unis que le nouvel ordre global trouve le premier lieu de son déploiement. Il convient donc d'analyser de près la dynamique inaugurée par cet accord pour saisir, a contrario, ce que la pensée de l'immédiat après-guerre, derrière des apparats libéraux, peut encore proposer d'intéressant à tous ceux qui appellent de leurs voeux une mondialisation alternative.

  • La musique classique a-t-elle encore un sens aujourd'hui ? Kent Nagano croit qu'il est important que nous tentions de répondre avec franchise à cette question. En cette époque où les institutions culturelles traditionnelles sont menacées, où les orchestres symphoniques et les maisons d'opéra sont appelés à « gérer la décroissance », maestro Nagano lance un vibrant appel pour que nous prenions conscience de l'immense trésor que constitue la musique classique et de la manière très concrète dont elle peut nous aider à régler quelques-uns des problèmes les plus urgents de notre société.

    Il retrace pour nous son parcours, qui l'a amené, lui, petit-fils de modestes immigrants ayant grandi dans un petit village côtier de la Californie, à diriger les plus prestigieux orchestres et maisons d'opéra. Il raconte comment la musique lui a permis de trouver sa place, non seulement au sein de sa propre communauté, mais partout dans le monde.

    Loin d'être une activité réservée à l'élite, la musique classique, selon Nagano, est un formidable instrument de rapprochement et de dialogue entre les hommes.

    À la fois mémoires et brûlant plaidoyer pour la survie de la musique classique et des arts, « Sonnez, merveilles ! » s'adresse à tous ceux qui croient encore en l'importance de la culture dans le monde d'aujourd'hui.

  • La musique, c'est du son. Mais c'est aussi un lieu: un lieu de tension et de relâchement; un lieu de rencontre avec soi-même et avec l'autre ; un lieu de réalisation, de mise en scène et de consommation ; un lieu de reproduction mais aussi de transformation.

    Bref, un lieu de pouvoir, un lieu du politique. S'engager en politique et faire de la musique, ce qui comprend l'écoute active, sont des façons d'interpréter et de changer le monde autour et à l'intérieur de nous.

    Mariella Pandolfi et Laurence McFalls ont invité des artistes, des intellectuels, des praticiens de différents domaines et disciplines à exposer leur « vérité » sur la musique. Ce faisant, ils jettent la lumière sur le lien profond, voire la convergence, qui unit le musical et le politique, ces deux domaines de la vie humaine et sociale où la passion et la raison, le déchaînement et la discipline, l'amour et la mort, la violence et la paix, le banal et le sublime luttent et se marient dans la recherche non seulement de la domination et de la résistance, mais aussi de ce qu'ils tiennent pour le beau, le juste ou le vrai.

    Tout en privilégiant une multiplicité de voix et une pluralité de registres (personnel, poétique, historique, psychanalytique, philosophique), Mariella Pandolfi et Laurence McFalls ont mis l'accent sur une forme particulière de la musique occidentale, soit l'opéra, sans toutefois oublier la musique orchestrale, le jazz ou la chanson populaire.

  • Pourquoi le roman québécois est-il si peu lu et reconnu à l'étranger, alors qu'à nous, il a tant à dire et paraît si précieux ? Qu'est-ce qui fait que même les oeuvres les plus fortes de notre tradition romanesque ne réussissent à parler qu'à nous et à presque personne d'autre ? Et de quoi nous parlent-elles exactement, ces oeuvres, dont ne parlent pas celles qui viennent d'ailleurs ? Bref, en quoi consiste la vraie singularité du roman québécois ?

    Des « Anciens Canadiens » aux « Histoires de déserteurs » d'André Major, de « Maria Chapdelaine » et « Trente arpents » à « Poussière sur la ville » et « Une saison dans la vie d'Emmanuel », sans oublier les oeuvres de Gabrielle Roy, Réjean Ducharme, Hubert Aquin ou Jacques Poulin, ce que le roman québécois, à travers la diversité de ses formes et de ses sujets, a de tout à fait unique, constate Isabelle Daunais, c'est l'expérience existentielle particulière sur laquelle il repose et qu'il ne cesse d'illustrer et d'interroger inlassablement. Cette expérience, toujours renouvelée et cependant toujours la même quels que soient le contexte ou l'époque, c'est celle de l'impossibilité de toute aventure réelle dans un monde soumis au régime de l'idylle, c'est-à-dire un monde à l'abri du monde, préservé depuis toujours des conflits, des transformations, des risques et des surprises de l'Histoire. Comment, dans un monde pareil, le roman (qui depuis toujours se nourrit d'aventure) demeure-t-il possible ? Isabelle Daunais montre qu'il le demeure en continuant de faire ce que fait tout roman digne de ce nom : éclairer la réalité d'un tel monde, la suivre jusque dans ses derniers retranchements, afin « de nous éclairer sur nous-mêmes comme aucune autre forme de savoir ou de connaissance n'y parvient ».

  • En 1867, quand l'Acte de l'Amérique du Nord britannique a donné officiellement naissance au pays qui se situe au nord du 45e parallèle, les «pères de la Confédération», après moult délibérations, ont décidé de l'appeler «Canada», reprenant le nom, vocable autochtone francisé, d'une des composantes de la nouvelle entité. Le Canada serait désormais, from coast to coast, un pays arpenté, découpé et gouverné selon les principes politiques britanniques.

    Mais le Canada d'origine, celui qui existait depuis le xviie siècle, était un pays fort différent. Les Canadiens poussaient leurs canots et traçaient leurs sentiers sur un territoire qui allait de l'Alaska jusqu'à la Nouvelle-Espagne, de l'embouchure du Saint-Laurent jusqu'aux Rocheuses, nommant au passage rivières, lacs et montagnes, se mêlant aux nations premières, adoptant leur mode de vie, donnant naissance à une véritable culture créole, métisse, comme on en trouve aux Antilles ou au Brésil.

    Jean Morisset nous invite à redécouvrir ce Canada enfoui sous les aveuglements de l'histoire et les traductions approximatives des cartes géographiques. Il montre comment la British North America s'est fabriqué une identité à partir des cultures autochtones, canadienne et métis, tout en leur niant tout véritable pouvoir politique. Il montre enfin comment les Canadiens-faits-Québécois ont participé à cette appropriation du territoire en servant d'entremetteurs pour la Convention de la Baie-James, le dernier des traités historiques confirmant l'«extinction » des droits autochtones au profit du Dominion of Canada.

    Iconoclaste, provocateur, ce livre nous invite à une réflexion en profondeur sur nos origines, sur notre identité.

  • À l'image de ce qui s'est produit dans les autres sociétés occidentales, l'histoire des femmes au Québec a été profondément marquée par le développement du capitalisme marchand, puis industriel, comme elle a aussi été modelée par le patriarcat qui s'est appliqué à restreindre les droits des femmes et leurs champs d'activités. Contrairement à ce que voudrait un mythe tenace, le Québec n'a jamais été une société matriarcale où les femmes auraient dominé les hommes et exercé le pouvoir dans la société.

    Par ailleurs, l'histoire des Québécoises comporte aussi des particularités, que cette brève synthèse fait ressortir en privilégiant six thèmes : les questions démographiques ; l'éducation ; le travail salarié et domestique ; la religion ; le droit et les rapports entre les femmes et l'État ; et l'action sociale et politique des femmes, y compris le féminisme.

  • Où en est actuellement le mouvement des femmes ? Depuis quelques années sont apparues des divergences entre féministes quant aux buts à atteindre et aux moyens à utiliser. Au Québec comme ailleurs, l'escalade de commentaires agressifs et méprisants de certains groupes de femmes à l'endroit d'autres n'est pas sans inquiéter : on associe le féminisme classique au racisme, à la xénophobie, à l'islamophobie, à l'exclusion, à la stigmatisation, au colonialisme, voire à l'impérialisme.

    Cette évolution ne met-elle pas à mal le féminisme en divisant les femmes et en les dressant les unes contre les autres ? Sous prétexte de défendre les opprimés, quel que soit leur sexe, ne va-t-elle pas parfois à l'encontre de l'égalité entre les femmes et les hommes ?

    Pour Andrée Yanacopoulo et ses collaboratrices, on a véritablement affaire à un détournement du féminisme. En conséquence, la position féministe doit non seulement être recadrée, mais elle doit aussi continuer de miser sur la nécessaire solidarité entre les femmes afin de contrer les diverses oppressions et discriminations qui affligent plus particulièrement certains groupes : les femmes pauvres, prostituées, autochtones, immigrantes, etc.

    Car l'évidence est là : quelque dominé, quelque minorisé, quelque bâillonné, quelque asservi que soit un homme, il y aura toujours un être humain qu'il pourra dominer, minoriser, bâillonner, asservir : sa femme.

  • Pourquoi le Québec est-il une terre d'accueil singulière pour la communauté juive ? Comment la communauté juive l'a-t-elle transformé ? Comment s'exprime le judaïsme québécois et montréalais ?

    Pierre Anctil dépeint ici l'histoire juive québécoise comme une succession de migrations venues d'Europe qui portaient en elles l'expérience d'une minorisation souvent douloureuse. Plus récemment, le Québec a accueilli des Juifs nord-africains, israéliens, sud-américains et français, qui se sont ajoutés aux premiers arrivants sans se fondre complètement à eux.

    Les quatre siècles qu'embrasse cet ouvrage ont produit une prise de conscience aiguë, chez les Juifs du Québec, qu'ils appartenaient à une société à nulle autre pareille. Les droits qu'ils ont systématiquement réclamés et leurs contributions soutenues aux multiples sphères d'activité ont aussi donné naissance à un Québec bien différent de celui qui aurait été échafaudé à partir des seules valeurs traditionnelles du Canada français et du Canada anglophone. Il y a un judaïsme québécois et montréalais distinct de tous les autres en Amérique du Nord, et cette originalité émerge avec force du récit historique lui-même.

    Après plus de trois décennies de questionnements et d'avancées, le temps était venu de réunir en un seul volume tous les constats auxquels étaient arrivés différents chercheurs dans ce champ d'études inédit. Une telle synthèse nous permet de retracer le récit historique de la présence juive au Québec dans toute sa durée, c'est-à-dire depuis les débuts du Régime français jusqu'au tournant du XXIe siècle.

  • En 1970, jeune anthropologue, Serge Bouchard recueillait les propos de Mathieu Mestokosho, chasseur montagnais de la Minganie. Grâce à la parole de Mathieu, c'est tout un monde qui revit, celui des enfants de la Terre de Caïn que les colons européens avaient choisi d'ignorer. Heureusement pour nous, la mémoire de Mathieu Mestokosho nous permet de nous réapproprier - bien tardivement - toute une part de notre héritage culturel que nous avons failli laisser perdre.

    Il y avait parmi les Innus plusieurs Mathieu Mestokosho, des hommes magistraux, et autant de vieilles femmes parlantes, savantes et souriantes. Fut sauvé ce qui fut sauvé. Ils sont morts et elles sont parties. Mais il en reste quelque chose, une philosophie, des chansons, des sons, de la poésie. Ne reste qu'à écouter, entendre, comprendre, apprendre et apprécier. Discours incantatoire de fierté et d'orgueil, représentation de l'humaine humanité, telle que nous la recherchons tant de nos jours.
    Serge Bouchard

  • Il est de ces familles remarquables, de ces familles choyées par les dieux qui comptent en leur sein plusieurs créateurs de premier plan. C'est le cas, au Québec, du clan Ferron.

    Ce volume rassemble la correspondance croisée qu'ont entretenue Marcelle, Jacques, Madeleine, Paul et Thérèse Ferron, de 1944 à 1985. On les voit s'épauler, se quereller, débattre, s'aimer, se détester. Il est question de littérature, d'art, de société et de politique, mais aussi de la vie quotidienne, de divorce, des
    enfants et des joies et des soucis qu'ils apportent, d'amour, de la difficulté de gagner sa vie quand on est artiste.

    Ce livre se distingue des autres recueils de la correspondance du clan Ferron qui sont déjà parus, dans la mesure où ce n'est ni une édition critique ni une édition exhaustive. Presque toutes inédites,
    les cinq cents lettres qu'il rassemble ont été choisies de manière à former un grand roman épistolaire et familial. On y suit la destinée d'êtres exceptionnels : Jacques, le tourmenté, qu'on regarde comme le chef du clan mais dont on se méfie à cause de son goût immodéré de la provocation. Marcelle, l'infatigable combattante pour son art et pour sa liberté, qui doit réinventer la place qu'on accorde alors aux femmes dans le monde des arts plastiques, et dans le monde en général. Madeleine, qui jouit d'une vie en apparence libérée des soucis, mais qui doit néanmoins lutter pour imposer sa voix et son art. Thérèse, qui réussit peu à peu à surmonter des circonstances adverses pour voir son talent de journaliste reconnu juste avant d'être emportée, au début de la quarantaine. Paul, l'homme de raison, qui est un roc au milieu de ces personnalités explosives.

    Ce sont donc des personnages plus grands que nature que nous suivons sur plus de quarante ans, mais c'est également toute une histoire de la vie intime au Québec depuis l'après-guerre jusqu'au milieu des années 1980 qui se déroule sous nos yeux.

  • Grand gestionnaire de la santé, David Levine a dirigé plusieurs hôpitaux, dont l'hôpital Notre-Dame, et il a, quelques années plus tard, été nommé PDG du tout nouvel Hôpital d'Ottawa. Mais cette nomination a suscité un tel tollé parmi les anglophones qu'une réunion du conseil d'administration de l'établissement a presque tourné à l'émeute. Peu après, il a été nommé PDG de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, poste qu'il a occupé aussi bien sous le gouvernement des péquistes que sous celui des libéraux.

    Le cheminement de David Levine est extraordinaire à tout point de vue. Il est l'un des très rares membres de la communauté juive anglophone de Montréal à avoir pris fait et cause pour l'indépendance du Québec. Il a même brièvement été ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux sous Bernard Landry.

    Dans ce livre, David Levine revient sur son passé en politique et sur son expérience de gestionnaire. Il redit son appui indéfectible à un système de santé gratuit et universel. Il remet en question toutefois la manière dont ce système est géré et dénonce les effets que certaines décisions politiques, y compris les toutes dernières réformes mises en oeuvre par le gouvernement Couillard, peuvent avoir sur son efficacité.

    À la fois mémoires retraçant un parcours exceptionnel, source d'enseignements sur la manière d'exercer son leadership et réflexion en profondeur sur notre système, ce livre est une lecture indispensable pour tous ceux qui s'intéressent à la santé.

  • Qu'est-ce au juste que Mirabel ? Un aéroport à vocation modifiée ? Une zone aéroportuaire maintes fois redessinée ? Un territoire exproprié puis réapproprié au bout d'une longue lutte ? Une ville à la campagne ? Une campagne en ville ? Une banlieue de la couronne nord de Montréal qui pousse comme un champignon ?

    Mirabel est un espace aux frontières floues et mouvantes où vivent pourtant des personnes bien réelles.

    Même si ce livre analyse l'échec du projet aéroportuaire, la géographe Suzanne Laurin considère d'abord Mirabel comme un territoire dynamique qui a du souffle et qui réussit à produire une culture spécifique.

    En voyant en Mirabel un territoire culturel à décoder, elle nous invite à nous interroger sur ce qui constitue l'âme des lieux que nous habitons.

  • L'État du Québec est publié une fois l'an depuis 1995. Il fournit aux lecteurs l'ensemble des données factuelles utiles sur le Québec dans tous les domaines. On y trouve également le bilan politique, économique, culturel et social du Québec pour l'année écoulée ainsi que des textes d'analyse, produits par des spécialistes, sur tous les grands enjeux auxquels le Québec est confronté.

    Cette année, le grand dossier s'intitule :

    Le Québec en panne de leadership ?

    Il aborde de nombreux thèmes, dont :
    O Comment le leadership est-il pratiqué au Québec ?
    O Entrevues avec 4 grands leaders québécois o Les grands chefs de parti sous la loupe o Le nouveau leadership citoyen : des gaz de schiste aux Indignés o Le leadership au féminin Il propose également un grand sondage Léger Marketing-INM sur la perception du leadership par les Québécois.

    L'État du Québec est une réalisation de l'Institut du Nouveau Monde (INM), en collaboration avec l'Association francophone pour le savoir - Acfas. L'INM est un organisme indépendant, non partisan, voué au renouvellement des idées et à l'animation des débats publics au Québec.

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