Arts et spectacles

  • La musique, c'est du son. Mais c'est aussi un lieu: un lieu de tension et de relâchement; un lieu de rencontre avec soi-même et avec l'autre ; un lieu de réalisation, de mise en scène et de consommation ; un lieu de reproduction mais aussi de transformation.

    Bref, un lieu de pouvoir, un lieu du politique. S'engager en politique et faire de la musique, ce qui comprend l'écoute active, sont des façons d'interpréter et de changer le monde autour et à l'intérieur de nous.

    Mariella Pandolfi et Laurence McFalls ont invité des artistes, des intellectuels, des praticiens de différents domaines et disciplines à exposer leur « vérité » sur la musique. Ce faisant, ils jettent la lumière sur le lien profond, voire la convergence, qui unit le musical et le politique, ces deux domaines de la vie humaine et sociale où la passion et la raison, le déchaînement et la discipline, l'amour et la mort, la violence et la paix, le banal et le sublime luttent et se marient dans la recherche non seulement de la domination et de la résistance, mais aussi de ce qu'ils tiennent pour le beau, le juste ou le vrai.

    Tout en privilégiant une multiplicité de voix et une pluralité de registres (personnel, poétique, historique, psychanalytique, philosophique), Mariella Pandolfi et Laurence McFalls ont mis l'accent sur une forme particulière de la musique occidentale, soit l'opéra, sans toutefois oublier la musique orchestrale, le jazz ou la chanson populaire.

  • Quand le jazz est là, Stanley Péan n'est pas loin qui hume, admire, se livre à la passion de cette musique qui s'écoute de préférence la nuit. L'écrivain et l'homme de radio forment un duo pour entrer à pas cadencés dans l'univers enivrant de ces musiques et dans le monde troublant de ces musiciens dont les vies furent exaltantes et tragiques, éthyliques et dévouées, inspirées et cahotantes, tristes et triomphales.
    Qu'est-ce que le jazz ? La question est aussi ancienne que cette musique. Il y a autant de réponses qu'il y a de musiciens jazz, mais ceux-ci préfèrent généralement laisser parler les notes. Si Stanley Péan se risque à l'écriture, c'est pour mieux retourner à l'écoute. Ce recueil n'a donc pas pour vocation de disséquer et de définir les multiples esthétiques du jazz ni de convaincre qui que ce soit de leur valeur. L'auteur s'intéresse plutôt aux propos qu'on tient sur le jazz et sur quelques-uns de ses artisans parmi les plus illustres, à la représentation qu'on en donne dans des oeuvres de création, qu'elles fussent cinématographiques, littéraires ou théâtrales.
    Stanley Péan raconte des trajectoires de vie, entremêle musique, littérature et cinéma, prend la mesure d'un art aussi fertile et déroutant que le siècle qui l'a vu naître. En point d'orgue, « Black and Blue », un rappel de l'histoire des Afro-Américains dans laquelle ont surgi et grandi en mesure leurs doléances musicales. À l'image du jazz, ces essais sont spontanés et réfléchis, organiques et raffinés.

  • Il y a les cinémathèques pour les conserver et les programmer, mais qu'est-ce qui demeure en chacun de nous des films que nous avons vus pour la première fois au cinéma ? Que reste-t-il de nos amours cinématographiques ? André Habib se livre à une exploration docte et maniaque de ces restes de cinéma qui s'accumulent, en désordre, dans la mémoire du cinéphile, la sienne et celle d'une vingtaine d'autres fous de cinéma qu'il a interrogés et pour qui le septième art est une passion, un vice impuni. Universitaire mais mordu, il signe un essai sur la cinéphilie qu'il considère comme une discipline anarchique.

  • La musique classique a-t-elle encore un sens aujourd'hui ? Kent Nagano croit qu'il est important que nous tentions de répondre avec franchise à cette question. En cette époque où les institutions culturelles traditionnelles sont menacées, où les orchestres symphoniques et les maisons d'opéra sont appelés à « gérer la décroissance », maestro Nagano lance un vibrant appel pour que nous prenions conscience de l'immense trésor que constitue la musique classique et de la manière très concrète dont elle peut nous aider à régler quelques-uns des problèmes les plus urgents de notre société.

    Il retrace pour nous son parcours, qui l'a amené, lui, petit-fils de modestes immigrants ayant grandi dans un petit village côtier de la Californie, à diriger les plus prestigieux orchestres et maisons d'opéra. Il raconte comment la musique lui a permis de trouver sa place, non seulement au sein de sa propre communauté, mais partout dans le monde.

    Loin d'être une activité réservée à l'élite, la musique classique, selon Nagano, est un formidable instrument de rapprochement et de dialogue entre les hommes.

    À la fois mémoires et brûlant plaidoyer pour la survie de la musique classique et des arts, « Sonnez, merveilles ! » s'adresse à tous ceux qui croient encore en l'importance de la culture dans le monde d'aujourd'hui.

  • Accro de littérature et de théâtre, Robert Lévesque nourrit une passion semblable pour le cinéma du monde entier, et c'est cette passion qu'il nous fait partager ici. Une passion éminemment « lévesquienne », c'est-à-dire absolue, dévorante, inséparable de sa vie même et de ce que cette vie a fait de lui. Une passion active, avide, nourrissant une curiosité insatiable, un besoin constant de découvrir et d'admirer, et d'en savoir toujours plus sur ce que l'on découvre et admire.

    Dans le style inimitable qui est le sien, il nous ouvre ici les portes de son « cinoche » à lui, qu'il s'est construit peu à peu avec les années, « au privilège du hasard », comme il dit, c'est-à-dire avec les matériaux que la vie lui a apportés, séances de fin d'après-midi, films attrapés à la télé, bouquins, rencontres, anecdotes, souvenirs de jeunesse, etc. Ce n'est pas une théorie qu'il propose, ni même de l'analyse critique proprement dite, mais plutôt une suite d'instants, de coups de foudre, parfois de divagations - de « décadrages » - qui, tous, parlent évidemment de cinéma, mais en même temps de lui-même et du monde qui nous entoure.

    L'ouvrage contient une soixantaine de textes brefs. Ils évoquent tantôt l'oeuvre de grands cinéastes du dernier siècle (de Jean Renoir à Truffaut, de Ozu à Bresson, de Buster Keaton à John Huston, d'Agnès Varda à Maurice Pialat), tantôt certains films inoubliables (« Nosferatu », « Un chien andalou », « L'Année dernière à Marienbad », « Le Dernier Tango à Paris »), tantôt encore, cela va de soi, le visage légendaire des stars qui ont fasciné les cinéphiles dans toutes les salles de la planète (Bette Davis, Peter O'Toole, Gérard Depardieu, Ava Gardner, Michel Simon). Il est aussi question de cinéma québécois, des rapports du septième art avec la littérature (Kleist ou Proust, par exemple), des films non tournés, perdus ou détruits.

  • Artiste au sens fort du terme, Lhasa de Sela a séduit les mélomanes du monde entier avec ses chansons multilingues, son timbre de voix unique, feutré, et sa présence envoûtante sur scène. Elle se permettait tous les mélanges, de la musique gitane aux rancheras mexicaines, du country-folk américain au jazz en passant par la chanson française et les mélodies sud-américaines. Son album La Llorona a profondément marqué les esprits, remportant un extraordinaire succès public et critique. Un BBC World Music Award lui a été décerné pour The Living Road. Elle a succombé à un cancer du sein en 2010 à l'âge de trente-sept ans seulement, après avoir enregistré un dernier album.

    Fred Goodman signe la première biographie de cette chanteuse hors norme, lui qui n'a découvert Lhasa de Sela qu'à son décès, constatant à regret qu'elle était inconnue dans son pays d'origine, les États-Unis. Élevée dans une famille hippie voyageant entre les États-Unis et le Mexique dans un autobus scolaire transformé en caravane, Lhasa a été exposée toute son enfance et son adolescence au monde des arts, aux cultures et aux territoires, comme autant de préambules à sa trajectoire singulière de femme et de chanteuse. S'il se montre fasciné et admiratif, Goodman n'est pas pour autant complaisant. Bohémienne, Lhasa n'en était pas moins ambitieuse, exigeante et imprévisible.

    L'auteur a rencontré plusieurs musiciens québécois liés à Lhasa comme Bïa, Patrick Watson, Thomas Hellman et, bien sûr, Yves Desrosiers, intimement lié à la production du mythique La Llorona. Montréal, où un parc du quartier Mile End porte son nom, a été un lieu central dans sa vie trop brève. La voix de celle qu'on appelait surtout par son prénom résonne encore dans les rues de Montréal et dans le coeur des Québécois. Il allait de soi qu'une traduction en français de cette biographie étoffée prenne forme dans cette même ville.

  • « J'ai lu votre texte. Il m'a beaucoup touché. C'est, de toute ma vie, parmi les plus exacts que j'aie lus sur mon travail. » Tels ont été les premiers mots de Denys Arcand à Carl Bergeron, jeune essayiste de quarante ans son cadet, après qu'il a pris connaissance de Un cynique chez les lyriques. En effet, c'est un portrait sensible du cinéaste que l'auteur ébauche ici à travers une lecture et une interprétation serrées de son travail, des premiers films pour l'ONF jusqu'aux films de consécration. Lettré casanier et ironique, lecteur de Gibbon et de Machiavel, pré-boomer étranger au nationalisme canadien-français comme au lyrisme de la Révolution tranquille, Arcand cultive une sensibilité en porte-à-faux avec les grands mythes collectifs qui ont forgé la société québécoise. Cette sensibilité, d'aucuns l'ont qualifiée avec raison de « cynique », sans avoir toujours conscience de la signification du mot, qu'ils associent à un trait de caractère plus qu'à une intelligence des choses. Carl Bergeron remonte aux sources intimes du cynisme philosophique d'Arcand et montre au contraire la filiation trouble et émouvante qui n'a cessé d'unir celui-ci à son pays natal, dans une tension permanente entre le sentiment d'appartenance et la nécessité de faire une oeuvre. En complément de lecture, un Denys Arcand attentif lui fait écho par des commentaires mordants et éclairants, tantôt évoquant des anecdotes, tantôt proposant des explications sur son parcours.

  • Glenn Gould (1932-1982) compte parmi les géants de la musique du XXe siècle. Il s'est également gagné une solide réputation d'excentricité. Génie solitaire, capricieux, virtuose hypocondriaque, il a renoncé à donner des concerts en public dès 1964 pour se consacrer à l'exploration de divers médias: enregistrement sonore, radio, télévision, imprimé. Le monde a été pris de court par sa disparition subite à l'âge de cinquante ans, mais sa musique nous semble aujourd'hui toujours aussi révolutionnaire, inattendue, irremplaçable.

  • S'intéresser à Paul-Émile Borduas, à ses succès comme à ses échecs, à ses espoirs comme à ses doutes, c'est chercher à comprendre le devenir d'une communauté canadienne-française qui tentait, dans les années 40 et 50, de s'approprier une modernité troublante et fugitive. Comme dans ses premiers travaux sur Fernand Dumont ou Gérard Pelletier, la question qui anime Jean-Philippe Warren est celle des origines de la Révolution tranquille. Mais cette fois-ci la démarche est différente, puisqu'il étudie un homme qui a très tôt rompu avec le Canada français de son enfance et a tenté de lui substituer une éthique radicalement autre. Il s'agit donc de cerner les méandres de l'évolution ayant conduit Borduas à adopter une méthode picturale en rupture nette avec l'académisme de son temps, et aussi de dégager de manière globale sa vision de la vie et de la société. En ajoutant une touche nouvelle au portrait déjà esquissé d'un des plus grands artistes et intellectuels canadiens du XXe siècle, ce livre permet de jeter un éclairage neuf sur une période charnière de l'histoire du Québec.

  • Pour être journaliste, il ne suffit pas de savoir raconter l'événement dans une langue claire, il faut aussi rendre les faits intelligibles en les replaçant dans leur contexte et, souvent, en transmettre l'essentiel en quelques lignes.

    Pour y arriver, les journalistes disposent de techniques de recherche et d'outils documentaires : techniques d'entrevue, techniques de couverture d'événements et de prise de notes, sondages, rapports scientifiques, rapports annuels, réseaux de personnes-ressources, etc.

    Plutôt que de présenter une description théorique de ces ressources et techniques, l'auteur a choisi de rédiger un guide qui tient compte des conditions de travail réelles des journalistes. Dès lors, Le Métier de journaliste se présente à la fois comme un premier guide des sources d'information accessibles aux journalistes de la presse écrite ou électronique et comme un portrait critique de l'information.

    Cette troisième édition a été profondément remaniée pour rendre compte des importantes transformations provoquées par Internet, non seulement dans les techniques de cueillette et de traitement de l'information, mais aussi dans les conditions d'exercice du métier de journaliste aujourd'hui.

  • Cette nouvelle édition d'un irremplaçable ouvrage de référence présente un inventaire précis et aussi complet que possible du cinéma québécois, depuis les débuts jusqu'à l'an 2006. Le cinéphile y trouvera rassemblées en un seul volume des données essentielles sur les réalisateurs, les scénaristes, les acteurs, les producteurs et les techniciens, comprenant vidéographie, musicographie et bibliographie. Des articles sont également consacrés à des thèmes comme les salles de cinéma, les festivals, les ciné-clubs, la censure, le cinéma d'animation, le cinéma expérimental, le cinéma gai, la distribution, la coproduction, les associations et regroupements professionnels et les organismes publics. Enfin, ce dictionnaire recense, dans une forme facile à consulter, les génériques abrégés de plus de quatre cents films, des plus anciens aux plus récents. Au total, ce dictionnaire comprend près de 800 articles, rédigés par 74 spécialistes, et plus de 150 illustrations.

  • Médecin, écrivain, spécialiste des séries télévisées, il n'en fallait pas plus pour que Martin Winckler, le romancier de La Maladie de Sachs, se penche sur le cas du Dr House qui, à l'étonnement ou à l'effarement de téléspectateurs scotchés à leurs petits écrans durant huit saisons, a pratiqué au service (selon le jargon du métier) des « moutons à cinq pattes », chez les patients au diagnostic difficile. Mal rasé, boîteux, cynique, inspiré et désemparant, ce personnage est livré à l'examen analytique, éthique et spirituel du Dr Winckler qui, tout écrivain qu'il est, envisage et situe son sujet d'étude dans la lignée des héros (un Sherlock Holmes, par exemple) que la fiction offre à nos passions de lecteurs.

  • Le 22 février 2012, Alain Saulnier, directeur général de l'information à Radio-Canada, est convoqué au bureau du vice-président Louis Lalande qui lui apprend qu'on met fin à son emploi. Comme journaliste et dans divers postes de responsabilité, Alain Saulnier était dans la maison depuis vingt-cinq ans. Pourquoi la direction a-t-elle décidé, après plusieurs autres mises à pied de cadres, de le remercier à son tour ce jour-là ? Le président Hubert T. Lacroix avait-il des comptes à régler ? Était-ce une décision politique voulue par le gouvernement conservateur ?

    Le Canada, pays qui a plus de géographie que d'histoire, s'est construit grâce aux communications, ferroviaires au XIXe siècle, audiovisuelles depuis. Que serait devenu le Québec sans la création, en 1936, de Radio-Canada ? On sait l'importance des séries dramatiques, de la chanson, des émissions musicales ou de variétés dans la culture québécoise. On connaît aussi l'apport essentiel des émissions d'affaires publiques et d'information dans notre connaissance du monde. Pourquoi, depuis la Révolution tranquille, le gouvernement du Canada voit-il les activités de Radio-Canada comme celles d'un serpent en son sein ?

    Quand, l'un après l'autre, d'année en année, les gouvernements canadiens ont amenuisé l'allocation parlementaire de l'entreprise publique, poussant Radio-Canada à commercialiser son antenne pour survivre, les politiques ont en fait choisi d'étouffer à petit feu la liberté de création des artistes et celle des journalistes d'informer adéquatement le public.

    Alain Saulnier raconte, dans « Ici était Radio-Canada », l'histoire de la construction et de la déconstruction de notre radiotélévision publique. Est-il trop tard pour sauver cette institution essentielle à notre démocratie ?

  • Claude Jutra

    Yves Lever

    Qui était Claude Jutra, cette figure mythique, emblématique, du cinéma québécois ? Un poète, un rêveur un peu fou, un électron libre, diront ceux qui l'ont connu, une boule d'énergie sous pression, un touche-à-tout génial, un être excessif en tout. On se souvient de sa timidité vaincue par la volonté de plaire, de son charme qui lui faisait obtenir tout ce qu'il voulait, de son esprit toujours en train de mijoter des projets. On se souvient surtout de sa passion éperdue pour le septième art.

    Yves Lever s'efforce avant tout de découvrir l'homme derrière l'oeuvre, le petit garçon qui raconte film après film ce qu'il a vécu dans son enfance, l'adulte avec ses joies et ses tourments. Durant ses vingt dernières années, Jutra lui-même invitait les gens à adopter ce paradigme, répétant d'une entrevue à l'autre que tout ce qu'il avait créé puisait dans son enfance, une enfance merveilleuse, insistait-il, mais remplie de zones sombres.

    Cette biographie est le récit de la vie d'un homme complexe. C'est aussi une réévaluation critique de l'oeuvre du cinéaste et un fascinant portrait de la venue au monde du cinéma québécois.

empty