Langue française

  • Les paysans sont-ils des bêtes? Faut-il excommunier les buveurs de chocolat? Un mouchoir sert-il à cracher dedans ou à couvrir la gorge des jolies femmes? Le don des langues est-il une preuve de diablerie? Est-il vrai que les Chartreux ont la grâce d'être à jamais exempts des morsures de punaises? Un Français catholique est-il plus proche d'un Espagnol catholique que d'un Français protestant? Telles sont quelques-unes des questions qui agitent la société française du temps de Richelieu.
    Ne nous y trompons pas: nos ancêtres de ce premier XVIIe siècle, " siècle des héros et des saints ", sont infiniment proches de nous. Ils inventent le patriotisme et le sens de l'Etat, la pression fiscale, l'armée permanente, les grandes manufactures, une façon d'habiter dans les villes qui est déjà la nôtre. Siècle de Descartes et de la raison raisonnante, de l'Académie française et du bien parler, du théâtre classique et des bienséances, de la gastronomie française et de la presse d'opinion. Siècle de l'absolutisme et du jansénisme, où voisinent l'ombre équivoque du Père Joseph avec son cortège d'espions, Théophraste Renaudot, la marquise de Rambouillet et saint Vincent de Paul, siècle de mousquetaires et de ribaudes, d'artistes et de sorcières, de lyrisme et de calcul, de discordes et d'union nationale, c'est la France de Richelieu, première image de la France moderne.
    Michel Carmona, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, agrégé d'histoire, est l'auteur d'un Marie de Médicis (Fayard, 1981) d'un Richelieu (Fayard, 1983) des Diables de Loudun (Fayard, 1988).

  • "La majorité des Français pensait comme Bossuet: tout d'un coup, les Français pensent comme Voltaire: c'est une révolution", écrivait Paul Hazard dans ce livre désormais classique. De 1680 à 1715 s'affrontent en effet les idées les plus contradictoires et les plus puissantes. L'ordre classique, qui avait repris force après la Renaissance, paraissait éternel. Or, vers 1680, tout se met à bouger. Un air extérieur semble souffler dans le solennel édifice; des esprits ont l'audace de prétendre que les Modernes valent bien les Anciens, que le progrès doit l'emporter sur la tradition, la science sur la foi. "Il s'agissait de savoir si l'humanité continuerait sa route en se fiant aux mêmes guides ou si des chefs nouveaux lui feraient volte-face pour la conduire vers d'autres terres promises."
    Une époque charnière donc, où l'esprit de doute surgit partout. Le goût des récits de voyage élargit les horizons et ébranle les certitudes acquises; on discute de la Bible, de l'authenticité des textes sacrés, des mystères; les libres penseurs font la guerre à la tradition; on parle de religion naturelle, de mort naturelle, de droit naturel, on rêve d'une ère de bonheur terrestre fondée sur la raison et sur la science, les philosophes prônent la tolérance. C'est ce formidable bouillonnement d'idées et d'hommes que décrit Paul Hazard, retraçant ici en quelque sorte l'histoire des origines de l'Europe contemporaine.

  • Peu de livres, en ce XXe siècle, ont, autant que celui-ci, paru en 1966, marqué non seulement la corporation des historiens mais aussi le public. Eblouissant par la nouveauté du propos comme par le style, il fut en son temps salué _ ou dénoncé _ pour sa force de suggestion et son caractère corrosif, voire iconoclaste. Pour la première fois ou presque, il ne s'agissait plus de statufier (ou encore de dénigrer) le Grand Roi, mais de faire le portrait d'une société dans son épaisseur et sa complexité, et de saisir les ressorts du dialogue (souvent difficile) qu'elle entretenait avec son souverain.
    Ce livre a ouvert à la recherche de multiples chantiers, souligné des lacunes, indiqué des pistes. Vingt-cinq ans après, les travaux _ souvent d'une exceptionnelle qualité _ qu'il a suggérés ont très largement confirmé et établi ce qui avait pu apparaître aux censeurs de 1966 comme une série d'intuitions hardies et d'assertions arbitraires. En des pages nouvelles, Pierre Goubert en dresse ici un bilan qui précise, complète, enrichit ce " grand classique " qu'est devenu et demeure Louis XIV et vingt millions de Français.
    Professeur émérite à l'université de Paris-I, Pierre Goubert est le meilleur spécialiste actuel de l'Ancien Régime. Il est l'auteur, chez Fayard, de très grand succès: Initiation à l'histoire de la France (1984) et Mazarin (1990).

  • " A la recherche de la peur ", l'historien Jean Delumeau a réussi une peinture sans précédent de l'Occident du XIVe au XVIIIe siècle, tout à la fois histoire des mentalités, histoire de la vie quotidienne.
    L'auteur dépeint:
    I. " Les peurs du plus grand nombre " (peur de la mer, peur des ténèbres, peur de la peste, etc.);
    II. " La culture dirigeante et la peur " (l'attente de Dieu, la présence de Satan et de ses agents _ le juif, la femme _, la sorcellerie...).
    Né à Nantes en 1923, agrégé d'Histoire, Jean Delumeau est depuis 1975 professeur au Collège de France. Il a derrière lui une oeuvre importante, marquée par des ouvrages qui lui ont valu une réputation internationale. Sa thèse sur Rome au XVIe siècle a été rediffusée dans une collection pour le grand public. La Civilisation de la Renaissance a obtenu le prix Gobert de l'Académie française en 1968. Les deux livres de la " Nouvelle Clio ", Naissance et affirmation de la Réforme et Le Catholicisme entre Luther et Voltaire, ont ouvert de nouvelles voies à l'historiographie religieuse. Enfin, Le Christianisme va-t-il mourir? continue de connaître un grand succès. Jean Delumeau est directeur de la collection " Les Temps et les Hommes " (Hachette) et codirecteur de la " Nouvelle Clio " (P.U.F.).

  • Pour beaucoup de nos contemporains, la Cour n'est qu'un lieu de divertissements et de plaisirs, les courtisans, des gens oisifs et inutiles. L'escadron volant de Catherine de Médicis, le scandale des Poisons, l'affaire du Collier résumeraient son histoire.
    En réalité, loin d'être un archaïsme, la cour de France est, depuis François Ier, une création de l'Etat moderne. Instrument de pacification nobiliaire, elle a permis à la monarchie de s'affermir. Foyer de culture et de civilisation, elle a été un modèle imité de l'Europe entière. Trois siècles durant, les Valois puis les Bourbons ont ainsi forgé une subtile mécanique, portée à son apogée par Louis XIV, rayonnante mais déjà dénaturée sous ses successeurs.
    Réfutant les légendes et les clichés, Jean-François Solnon montre dans cet ouvrage _ le premier consacré à la cour de France _ les forces et les faiblesses de l'institution la plus brillante des temps modernes. Tant il est vrai qu' "un monarque sans cour est un grand arbre déraciné que le moindre coup de vent renverse".
    Jean-François Solnon est maître de conférences à l'université de Franche-Comté.

  • Depuis le XVIe siècle le destin des hommes- qu'ils le 
    veuillent ou non- se déploie sur une scène planétaire. 
    Au début des années 1520, alors que Magellan fait voile 
    vers l'Asie par la route de l'Ouest, Cortés s'empare 
    de Mexico, et des Portugais, installés à Malacca, rêvent de 
    coloniser la Chine. L'Aigle aztèque se laisse anéantir, mais le 
    Dragon chinois élimine les intrus - non sans avoir récupéré 
    leurs canons. 
    Ces deux épisodes marquent une étape déterminante dans 
    notre histoire. Pour la première fois, des êtres originaires de 
    trois continents se rencontrent, s'affrontent ou se métissent. 
    Le Nouveau Monde devient inséparable des Européens qui 
    vont le conquérir. Et l'Empire céleste s'impose, pour 
    longtemps, comme une proie inaccessible. 
    Serge Gruzinski raconte ce face-à-face avec des 
    civilisations que tout séparait, mais qui, il y a cinq siècles, fascinaient déjà les 
    contemporains. Dans cette nouvelle et superbe exploration des 
    mondes de la Renaissance, il démonte les rouages de la mon-
    dialisation ibérique qui a fait de l'Amérique et de la Chine 
    des partenaires obligés pour les Européens.Serge Gruzinski, historien de renommée internationale (directeur 
    de recherche au CNRS, il enseigne en France, à l'EHESS, 
    et aux-Etats-Unis, à l'université de Princeton), est l'auteur de 
    nombreux ouvrages dont La Pensée métisse (Fayard, 1999) et 
    Les Quatre Parties du monde (La Martinière,2004).

  • Fondée vers 1725 par des émigrés britanniques fidèles aux Stuarts, la maçonnerie n'apparut en public qu'en 1737. La nouvelle Société séduisit l'aristocratie, la bourgeoisie et jusqu'aux couches populaires. Le pouvoir la toléra. L'ordre recéla en son sein deux courants: l'un rationaliste et philosophique, l'autre mystique et occultiste. Il acclama la Révolution, puis se divisa. Ecole de l'Egalité au XVIIIe siècle, il devint au XIXe celle du Libéralisme.
    L'auteur: Pierre Chevallier, professeur émérite à l'Université de Paris-XII, auteur de l'Histoire de la Franc-Maçonnerie française (1725-1945), a aussi publié en 1979, Louis XIII, roi cornélien et en 1981, La Séparation de l'Eglise et de l'Ecole, Jules Ferry et Léon XIII.

  • Entre le peuple chaud de l'histoire militante et le peuple froid d'une histoire trop pensée, j'ai tenté de retrouver l'identité spécifique d'une classe qui se constitue.
    Michelet nous y invite. " Oh, qui saura parler au peuple?... sans cela nous mourrons " disait-il au chansonnier Béranger, signifiant ainsi l'existence d'un état populaire originel qui pour lui était la terre promise. Le peuple de Michelet n'est pas seulement l'objet d'une démonstration historique. C'est aussi un personnage familier, observé le dimanche aux barrières de Paris, entendu dans le témoignage d'une grand-mère perspicace et qui se souvient des années noires comme des bons moments, interrogé dans l'atelier, sur le chantier, au cabaret: Michelet, historien de l'immédiat, montre comment il faut confronter les écrits des observateurs.
    Pour l'historien du dernier quart du XXe siècle, toute la difficulté est là. L'unanimité sensible qui fonde la cohérence du Peuple romantique peut-elle être projetée sur le monde laborieux qui s'entasse dans le Paris des Lumières? Oui, dans une certaine mesure, si l'on confronte l'observation du dedans et celle du dehors, si l'on admet que les changements dans les classes iférieures sont bien plus lents qu'en haut, si l'on concède aux petites gens le droit à l'étrangeté que leur refusent en tous temps les hommes d'ordre. Pour arriver à ce but, il faut utiliser à la fois les témoins et les archives dormantes, principalement celles que les notaires ont laissées. Il faut aussi interroger les " littérateurs ", les " économistes moraux ", les médecins. Tous ces témoignages et réflexions permettent de replacer le peuple parisien au coeur d'une méditation générale sur la croissance dont les figures principales sont la Ville et l'Individu urbanisé.
    Daniel Roche

  • Napoléon fit de l'ordre un instrument du pouvoir. La Restauration le toléra en le surveillant de très près. Louis-Philippe le suspecta. Il s'enflamma pour 1848, se soumit après le 2 décembre 1851, se réveilla sous l'Empire libéral. Il se convertit alors au positivisme et s'opposa à l'Eglise qui le condamna. En 1877, le Grand Orient donna congé à Dieu et jusqu'en 1940, l'ordre fut l'Eglise invisible de la République.
    L'auteur: Pierre Chevallier, professeur émérite à l'Université de Paris-XII, auteur de l'Histoire de la Franc-Maçonnerie française (1725-1945), a aussi publié en 1979, Louis XIII, roi cornélien et en 1981, La Séparation de l'Eglise et de l'Ecole, Jules Ferry et Léon XIII.

  • Qui ne connaît, au moins par leur riche iconographie, les célèbres cornettes des Filles de la Charité  ?
    Fondée par saint Vincent de Paul et Louise de Marillac au xviie siècle, la petite communauté parisienne a rapidement gagné la France des villes et des villages pour devenir la principale congrégation de soeurs actives à la fin de l'Ancien Régime. «  La rue pour cloître  »  : telle était la règle de vie originale de ces femmes, ni cloîtrées ni mariées mais célibataires vouées au service des pauvres.
    Après un premier tome consacré à la période moderne, Matthieu Brejon de Lavergnée aborde ici les deux siècles suivants, entre Révolution française et Deuxième Guerre mondiale. «  Le temps des cornettes  »  : c'est celui d'un nouveau contrat social entre États et Églises pour répondre aux pauvretés de l'âge industriel comme à la forte demande d'éducation, de santé et de loisirs des sociétés urbanisées. Sensibles à la conjoncture politique, les Soeurs de Saint-Vincent-de-Paul connaissent aussi exil et martyre en France, au Mexique ou en Chine. L'échelle des cornettes est désormais globale, de l'Europe à ses espaces coloniaux comme aux nouveaux mondes américains. Missionnaires, elles exportent un culte marial si français depuis les apparitions de Catherine Labouré en 1830. Mais encore institutrices, infirmières, éducatrices ou syndicalistes, elles accompagnent les nouveaux fronts de la professionnalisation féminine au xxe siècle. Elles contribuent ainsi à redessiner les rapports de genre au sein de sociétés dures aux femmes. Féministes, les bonnes soeurs  ? La question mérite d'être posée.
    C'est tout l'intérêt de cet ouvrage, appuyé sur de riches archives, que d'évoquer avec rigueur le rôle capital joué par des générations de femmes qui ont lié horizon spirituel et travail social.
     
     
    Matthieu Brejon de Lavergnée est agrégé et docteur en histoire, maître de conférences habilité à la Sorbonne. Il est spécialiste d'histoire sociale et religieuse, et s'attache en particulier à une histoire de la charité, de la philanthropie et de l'assistance.
     
     
     
     

  • La solitude est un des paradoxes majeurs de notre monde d'hyper-communication : elle fait peur, au point d'être déclarée « grande cause nationale » en France en 2011, et en même temps elle fascine, comme en témoigne la recherche d'exploits solitaires et d'isolement, de retraites volontaires hors d'un monde surpeuplé. On la fuit et on la désire à la fois. Cette ambivalence prend aujourd'hui une dimension nouvelle : l'opposition entre grégarité et individualisme, convivialité et isolement, est accrue par le rôle des nouvelles technologies de communication et des réseaux sociaux. Mais ce phénomène n'est que l'aboutissement d'une longue histoire qui débute dans l'Antiquité, où les intellectuels avaient déjà posé les termes de l'alternative : l'homme animal social et l'amoureux des charmes bucoliques. « Il n'est pas bon que l'homme soit seul », dit la Bible, et pourtant le judéo-christianisme exalte la vie solitaire des ermites et des moines ; à l'époque classique, les « solitaires » de Port-Royal et les « promeneurs » rousseauistes s'opposent aux « honnêtes hommes » des salons ; au XIXe siècle, les romantiques exaltent le solitude et fuient les villes ; les « solos » du XXIe siècle vantent les avantages de leur indépendance, tandis que la solitude des plus âgés est perçue comme un fléau. Solitude physique et psychologique, solitude subie et volontaire, elle est simultanément refuge et malédiction. C'est l'histoire de ce grand paradoxe de la condition humaine que retrace ce livre.

  • Les choses aujourd'hui banales ne l'ont pas toujours été. De l'alimentation à l'habitat, la vie de nos ancêtres était conditionnée par les excès ou les insuffisances de la nature, et les objets qu'ils utilisaient chaque jour passaient d'une génération à l'autre, sans que nul ne songe à en acquérir de nouveaux. C'est à une vaste réflexion sur le passage de cette société traditionnelle à la société moderne que nous invite ici Daniel Roche.
    Les changements sont perceptibles bien avant la Révolution. Dès le XVIIe siècle, l'exemple des villes et des riches, le développement des échanges commerciaux, la multiplication des innovations et des inventions commencent à bouleverser le rapport que les hommes entretiennent avec les objets. Les exigences et les sensibilités de chacun évoluent. Peu à peu, car " tous nos besoins se tiennent ", les modes de vie vont se transformer: les maisons et leur ameublement, leur chauffage et leur éclairage; les vêtements et la nourriture, sous l'effet de l'accélération des modes et de la montée du goût; ou encore les usages de l'eau, liés à un souci d'hygiène croissant.
    Autant de changements dans la vie matérielle qui sont les prémisses de la société de consommation, et dont les répercussions sont aussi bien sociales que politiques. L'homme entouré d'objets n'est-il pas prisonnier, se demande Rousseau? A peine apparaissent les premiers signes de l'accroissement de la production que déjà s'engage un débat sur la valeur morale des choses, sur l'écart qui se creuse entre le développement du commerce et de l'industrie, gage de la civilisation, et le recul des solidarités entre les hommes.
    Daniel Roche est professeur à l'université de Paris-I et directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales. Auteur de plusieurs ouvrages sur les Lumières, en particulier Les Républicains des Lettres (Fayard, 1988), La Culture des apparences (Fayard, 1989) et La France des Lumières (Fayard, 1993), il a reçu le Grand Prix national d'histoire pour l'ensemble de son oeuvre.

  • De la Cour d'Espagne au ghetto italien, tel fut le singulier destin de Fernando Cardoso, médecin marrane et apologiste juif. Né en 1604 au Portugal, élevé en Espagne, Cardoso, grâce à de brillantes études, devint médecin à la Cour de Philippe IV. Intellectuel respecté, il connut les plus grands de son temps _ dont Lope de Vega _ qui le tinrent pour l'un des leurs. Comme nombre de descendants de Juifs convertis de force, Cardoso menait une existence ouvertement chrétienne et clandestinement juive. En 1648, au faîte de sa gloire, il quitte brusquement l'Espagne et se réfugie en Italie. A Venise d'abord, dans le ghetto de Vérone ensuite, où il finira ses jours, il professe publiquement le judaïsme. Signant désormais Isaac Cardoso, il publie l'un des plus beaux textes de l'apologétique juive: Las Excelencias de los Hebreos.
    A travers cette biographie peu commune, Yosef Hayim Yerushalmi a profondément renouvelé la vision du marranisme. Pour la première fois, l'histoire des Crypto-Juifs d'Espagne et du Portugal n'était plus saisie dans une seule dimension _ espagnole ou juive _ mais dans le contexte des structures sociales, de la culture et de l'antisémitisme chrétiens de la péninsule ibérique et d'un judaïsme alors bouleversé par des courants messianiques. Elle révélait les mille canaux par lesquels la culture juive irriguait l'identité du marranisme.
    Cette enquête historique modèle, pistant les hommes, traquant les faits ignorés ou refoulés, découvrant des archives inédites, mesurant la véritable ampleur d'un des phénomènes clés de l'histoire du judaïsme et de l'histoire hispano-portugaise, fait, depuis sa publication en langue anglaise, figure de classique.
    Yosef Hayim Yerushalmi est professeur à l'Université Columbia, où il occupe la chaire Salo Wittmayer Baron d'histoire, de culture et de société juives et où il dirige le Centre d'études juives et israéliennes. Membre de l'American Academy of Arts and Sciences, membre honoraire de l'Academia Portuguesa da História, il est notamment l'auteur de Zakhor. Histoire juive et mémoire juive, dont la publication en langue française (1984) fut saluée comme un événement.

  • Le concert de louanges décernées par l'ensemble du monde à notre gastronomie, ajouté à l'intérêt des Français pour les plaisirs de la table, pose un réel problème historique et géographique: quand, comment et où a germé, fleuri et rayonné la haute cuisine à la française? Pourquoi dans l'Hexagone et non dans les autres pays européens (par exemple l'Italie), alors qu'il existe partout des produits de qualité, des mets de choix et des amateurs éclairés?
    Il importe de comprendre le processus séculaire qui _ à la faveur de l'aimable laxisme de l'Eglise en ce domaine et grâce aux modèles proposés par la Cour et la haute aristocratie puis la bourgeoisie _ a permis, depuis la Renaissance, à cette réputation de s'établir.
    /> Aujourd'hui, quelque peu endormis sur leurs lauriers, les Français auraient pourtant tort de se croire à jamais les meilleurs. Quelques douzaines de chefs de génie ne sauraient faire oublier ni la banalité et la pauvreté gustative qui menacent bien des tables familiales ni les assauts venus d'outre-Atlantique. Il faut éduquer le goût, inciter le secteur agro-alimentaire à rechercher la qualité et l'authenticité, faire reculer l'uniformité qu'engendre une productivité dévoyée. Que les Français se persuadent à nouveau de manger vrai, et ils guériront peut-être de la maladie de langueur qui les atteint parfois.
    Professeur de géographie à l'université de Paris-Sorbonne, Jean-Robert Pitte s'intéresse particulièrement aux phénomènes culturels dans leurs rapports avec l'espace. Parmi ses ouvrages, on peut citer l'Histoire du paysage français (1983) et Terres de Castanide, Hommes et paysages du châtaigner des origines à nos jours (Fayard, 1986).

  • Dieu est mort au XIXe siècle, dit-on. Mais dès, le IV siècle avant notre ère, Théodore l'Athée proclamait qu'il n'existait pas. L'athéisme est aussi vieux que la pensée humaine. Depuis les origines de l'humanité, il est l'une des grandes façons de voir le monde, un monde où l'homme est seul face à lui-même et à la nature aux règles immuables. L'histoire de l'athéisme n'est donc pas le simple négatif de l'histoire des croyances religieuses : c'est celle de tous les hommes - septiques, libres-penseurs, libertins, déistes, agnostiques, matérialistes - qui ont cherché à donner un sens à leur vie en dehors de toute foi religieuse.
    A l'instar des religions, l'athéisme est pluriel : au fil des siècles, il a pris des formes différentes, successives et simultanées, parfois antagonistes : athéisme de révolte contre l'existence du mal, contre les interdis moraux ou contre la limitation de la liberté humaine : athéisme spéculatif dans les périodes de crise de valeurs ; athéisme confiant de Hegel et de Marx ; athéisme volontaire de Nietzsche ; athéisme de notre époque où la frontière entre croyants et incroyants semble de plus en plus floue.
    Georges Minois, professeur d'histoire et historien des mentalités religieuses, a écrit de nombreux ouvrages sur la culture occidentale. Il est l'auteur, entre autres, de L'Eglise et la science, histoire d'un malentendu (2 tomes), L'Eglise et la guerre, Histoire du suicide.

  • « Elisabeth est vierge, comme l'Angleterre est île », déclarait Victor Hugo à l'époque romantique ; tout en précisant : « En admirant Elisabeth, l'Angleterre aime son miroir ». C'est cette relation étroite entre une femme et son pays que Bernard Cottret met au coeur de la reconstitution minutieuse du règne de la reine vierge. Vierge, Elisabeth l'a été, car elle n'a jamais eu qu'un seul époux, le royaume. Comment relever ce défi singulier, dans une société aussi imprégnée par les rites masculins de la guerre et de la violence que l'Angleterre de la Renaissance, être un « roi femme » ? Dans ce livre brillant et entraînant, qui est davantage un essai historique qu'une biographie classique, B. Cottret montre comment la reine, pénétrée du caractère symbolique et religieux du pouvoir, a consciemment engendré son propre mythe, à la construction duquel ont participé poètes, peintres, écrivains, théologiens, et naturellement hommes de guerre et courtisans dans cet âge d'or épris de littérature, de théâtre et d'épopée.En même temps qu'une description de la société politique anglaise du XVIe siècle, une réflexion sur l'idéologie et l'exercice du pouvoir royal quand il est assumé par une femme qui s'est rendue, dans sa vie publique et privée, intouchable. Par quoi ce règne exceptionnel ouvre à la modernité. Et l'auteur sait y mettre le ton.

  • La publication de ces textes inédits, dix ans après Magistrats et sorciers dans la France du XVIIe siècle, a relancé le débat sur le véritable rôle des poursuites intentées aux sorcières dans l'ancienne France. Ceux qui y prennent la parole viennent de tous les horizons: juristes, médecins, théologiens. Leurs témoignages reconstituent l'atmosphère polémique du temps autour des grandes et petites affaires qui passionnèrent une partie de l'opinion.
    Au fil de leurs récits, comme le montre Robert Mandrou dans sa présentation, le scepticisme à l'égard de l'intervention de Satan dans les affaires humaines progresse. En fait, les documents rassemblés ici révèlent deux mondes profondément différents. Les possédées citadines, en elles-mêmes source de scandale parce qu'elles appartiennent à la bourgeoisie et à la petite noblesse, comme c'est le cas à Loudun, et les sorcières villageoises, dont les bûchers n'émeuvent guère que leurs proches.
    Ces textes mettent aussi en évidence la volonté du pouvoir politique de ne pas laisser se multiplier les foyers d'infection satanique qui désolaient la plupart des provinces. L'ordonnance de Colbert transformant la sorcellerie en délit d'escroquerie (1682) fut une solution radicale. Comme Malebranche l'écrivait, là où les sorciers ne sont pas poursuivis, il n'y en a pas.

  • Pourquoi l'Europe est-elle devenue chrétienne ? Une évangélisation pacifique des populations a bien évidemment existé ; mais très tôt la force, et notamment la force publique vint s'ajouter ou se substituer au pouvoir de conviction des prédicateurs. Malgré la qualité de leur appareil législatif et administratif, les empereurs romains ne parvinrent cependant jamais à convertir l'ensemble de leurs sujets. Lorsque le dernier d'entre eux fut déposé en 476, l'Occident passa définitivement sous la domination de rois germaniques, dont à cette date aucun n'était catholique. Les politiques civiles de coercition religieuse disparurent et l'on put même douter que le christianisme survive à l'anéantissement de l'Empire.
    Pourtant, trois siècles plus tard, l'Europe ne connaissait plus qu'une seule religion, le christianisme, et dans sa variante catholique, non pas arienne. Pour les contemporains, le phénomène parut mystérieux, car il était paradoxal. Les peuples barbares, vainqueurs de la puissance romaine, avaient accepté de se soumettre à la religion de leurs vaincus De façon plus extraordinaire encore, des évêques isolés et des législateurs d'États embryonnaires étaient parvenus à réaliser ce que Rome n'avait pas même rêvé d'accomplir. Comparer l'ampleur des réalisations à la modestie des moyens ne peut qu'amener à réviser l'idée que le christianisme a été imposé par la force. À moins que notre définition de la contrainte religieuse se révèle imparfaite face aux mentalités de ces siècles obscurs... Dans un âge d'inquiétude, la participation collective à des rituels d'unanimité ou la reconnaissance de signes surnaturels ont pu fléchir les consciences, sans pour autant les violer. De multiples facteurs sociaux, économiques ou culturels et intellectuels se sont superposés, comme autant de formes de pression subtiles qui amenèrent les individus au baptême (l'attitude changeante des monarques barbares envers les juifs fournit aussi quelques intéressants points de comparaison.).
    Étendue dans l'espace à toute l'Europe occidentale sur pas moins de trois siècles, cette enquête rigoureuse et nuancée restitue ainsi le passage de l'Occident au christianisme dans toute sa complexité. En multipliant les angles de vue, elle propose une nouvelle approche du concept de liberté religieuse en un temps où convaincre et contraindre ne constituaient pas nécessairement des démarches opposées. Ce livre fera date.

  • Il est banal de dire que le XVIII siècle a vu se déplacer la vie sociale de la Cour vers la Ville, de Versailles vers Paris. Mais il ne suffit pas d'énumérer des anecdotes prenant pour cadre les salons de Mmc du Deffand et de Mmc Geoffrin, et de citer les écrivains ou les artistes qui les ont fréquentés. Ce qu'il faut comprendre, c'est la signification historique d'une forme de sociabilité. Ce livre offre, pour la première fois, une véritable histoire sociale et culturelle des salons parisiens du XVIII siècle, et permet de réviser de nombreuses idées reçues. Ces salons n'étaient pas, comme on le dit trop souvent, des lieux de discussion critique permettant de diffuser largement les idées des Lumières, mais bien plutôt les centres de la sociabilité mondaine, dévolus aux plaisirs de la table et du mot d'esprit, au théâtre de société comme aux intrigues politiques. C'est dans les salons que se recomposent les identités aristocratiques, que se forment les réputations littéraires et politiques, et que se prépare l'accès à la Cour. Le loisir lettré et les pratiques culturelles des salons deviennent alors un élément essentiel de la distinction aristocratique et de l'imaginaire national, tandis que de nombreux écrivains des Lumières adhèrent aux pratiques et aux idéaux des élites parisiennes et de la noblesse de Cour.

  • Chaque société a les vieillards qu'elle mérite: l'histoire antique et médiévale le démontre amplement. Chaque société sécrète un modèle d'homme idéal, et c'est de ce modèle que dépend l'image de la vieillesse, sa dévaluation ou sa mise en valeur. La Grèce classique, tournée vers la beauté et la force, relègue les vieux à une place subalterne. Au Moyen Age, le vieillard joue son rôle tant qu'il peut tenir le goupillon, l'épée, la bêche ou le livre de comptes. La seule limite est l'incapacité physique. En fait, il n'y a pas de troisième âge: il y a la vie et la mort. A partir du XIVe siècle, le poids des vieux s'accroît dans la société et entraîne un regain de critique contre les vieillards. La satire des mariages entre des hommes âgés et des jeunes femmes revient à la mode, comme elle l'était à l'âge de Plaute. Quant à la Renaissance, elle renoue avec les idéaux des Gréco-Romains. Ronsard recommande de cueillir " les roses de la vie ", mais dans le même temps, les vieillards actifs n'ont jamais été aussi nombreux: l'amiral Doria, septuagénaire, lutte contre l'octogénaire Barberousse, Michel Ange atteint 89 ans et Le Titien, 99...
    L'ambiguïté fondamentale de l'attitude envers la vieillesse se retrouve cependant tout au long des siècles, car si le vieillard se plaint de son grand âge, il en tire gloire et cherche à prolonger ses jours. La fontaine de jouvence n'a-t-elle pas toujours été le plus fol espoir de l'homme occidental?
    Né en 1946, agrégé, docteur en Histoire et docteur ès Lettres, Georges Minois est spécialisé dans l'histoire des mentalités religieuses du Moyen Age et de l'Ancien Régime. Il a consacré sa thèse d'Etat à la réforme catholique en Basse-Bretagne. Il enseigne actuellement à Saint-Brieuc.

  • Les religions se sont largement impliquées dans la Grande Guerre. Leurs responsables, qu'ils soient chrétiens, musulmans ou juifs, ont accompagné toutes les dimensions du conflit : de la légitimation de la guerre au soutien à la mobilisation des peuples belligérants, en passant par la charité à l'égard des victimes, voire des appels à la paix. Or, jusqu'à présent, aucun historien n'avait traité ce thème à l'échelle du monde en guerre, un défi que Xavier Boniface a relevé.
    Dans les deux camps en présence, l'auteur observe les évolutions spirituelles des combattants et des civils, ainsi que les attitudes des hiérarchies confessionnelles. Il montre les initiatives religieuses, comme celles du Vatican, en faveur de la paix et du respect des populations. Mais il pointe aussi le rôle parfois ambigu des hommes de foi, prompts à justifier la guerre et ses horreurs. En privilégiant le fait religieux, à travers ses composantes géopolitique, sociale, politique, culturelle et théologique, il décale notre regard sur la Grande Guerre.

  • Toute définition du sang appelle son contraire. Le sang souille et purifie, il est masculin et féminin, faste ou funeste, bienfaisant ou dangereux, et le répandre peut être crime ou acte sacré.
    Or, devant le sang, l'humanité, en règle générale, a réagi de la même façon. Le sacrifice sanglant fut universel, et s'il disparut très tôt dans le monde judéo-chrétien, il atteignit le sommet de l'horreur chez les Aztèques. Universelles aussi furent les blessures rituelles. De même, la menstruante ou la nouvelle accouchée ont partout éveillé la crainte et ont été frappées d'interdits. Et l'on peut multiplier les rapprochements. Qu'il s'agisse de la chasse, de la vendetta et de l'alliance des sangs, ou encore des vampires, on retrouve les mêmes archétypes, les mêmes rites, les mêmes symboles dans des sociétés que le temps, l'espace et la culture pourtant séparent.
    Ainsi en est-il également de ces larmes de sang par lesquelles les mystiques de l'Orient comme ceux d'Occident ont exprimé leur amour pour Dieu. Car pour l'auteur, lui même chrétien, nul doute que le sang a un sens mystique. Dans un chapitre superbe, il montre comment l'Eucharistie et la Passion du Christ se placent sous le signe du sang. Les chrétiens du Moyen Age et des siècles qui suivirent ont vécu avec ardeur cette Passion du Dieu sauveur; ses saints ensanglantés en furent l'expression la plus émouvante. Enfin c'est également dans une perspective christologique que l'auteur situe la mort de Louis XVI: l'historien des religions peut la lire comme le sacrifice d'un chef, purificateur et rédempteur, qui devait engendrer le monde moderne.
    Ces pages écrites avec ferveur pourront surprendre, voire choquer. Le sang est, par essence, ambivalent. Il a joué et joue encore un rôle fondamental dans toutes les civilisations. Et ce livre, qui met en évidence les croyances et les comportements humains face au sang, ne laissera personne indifférent.
    Jean-Paul Roux, directeur de recherches au CNRS, professeur à l'Ecole du Louvre, a publié de nombreux travaux d'érudition consacrés à l'histoire religieuse et des livres de synthèse, dont l'Histoire des Turcs, Les Explorateurs au Moyen Age, Babur. Histoire des Grands Moghols.

  • Deux millions de protestants à la mort de Calvin, un peu plus d'un million sous Henry IV. L'histoire des réformés dans la France du XVIe siècle est, d'une certaine façon, un échec.
    Isolée dans une France majoritairement catholique, la communauté protestante s'organise rapidement selon l'ordre politique préconisé par le réformateur. Mais il n'est pas facile d'appartenir à l'Eglise minoritaire. Face à la montée de l'intolérance, dès les premières persécutions déclenchées par François Ier et Henri II, les gentilshommes huguenots transforment le protestantisme en parti guerrier. Dès lors, les simples croyants sont entraînés dans des luttes qui les dépassent. Ce sera quarante ans de guerres de religion auxquelles l'édit de Nantes, venant après une douzaine d'éphémères traités de paix, mettra enfin un terme. Sur cet échiquier tragique, on imagine le désarroi des plus faibles et le courage de ceux qui ne renoncent pas.
    Et pourtant un million de protestants demeure. Ils ont la certitude d'appartenir à une race de pionniers ou de rénovateurs, une race qui pourfend l'impureté et le mensonge. Mais ils savent aussi qu'ils ne peuvent s'appuyer que sur eux-mêmes pour accomplir cette tâche gigantesque: changer l'être humain. Et en ce sens Calvin et ses héritiers spirituels ont été des prophètes: l'éducation protestante familiale et scolaire modela des hommes nouveaux tournant résolument le dos au Moyen Age et dont les valeurs se révèlent, aujourd'hui encore, modernes et efficaces.
    Janine Garrisson, spécialiste d'histoire moderne, est l'auteur de nombreux ouvrages consacrés à l'histoire politique et religieuse du XVIe siècle.

  • A qui tente d'établir un atlas et une chronologie des meurtres politiques, trois évidences s'imposent. Nulle société n'a été continûment à l'abri du meurtre politique sous ses aspects divers. Mais il est des temps historiques où le meurtre connaît une fortune remarquable: le XVIe siècle européen, par exemple; ou encore le XXe, où, sous la forme de la terreur de masse et des mouvements terroristes, il gagne plus ou moins tous les continents. Il est aussi des moments où le meurtre politique régresse et apparaît plutôt comme un moyen exceptionnel de résoudre des conflits de pouvoir. Pourtant, à cette conception qui met à un moment ou à un autre toutes les cités sur le même plan et qui fait du meurtre politique la clé des épisodes tragiques de leur histoire, un pays _ peut-être pas le seul, mais son exemple est le plus éclatant, s'agissant d'un grand pays d'Europe _ fait exception: la Russie.
    L'histoire de ce pays dans lequel Tocqueville, lorsqu'il scrute l'avenir, discerne qu'il est appelé " par un dessein secret de la Providence à tenir un jour dans ses mains la moitié du monde " à égalité avec les seuls Etats-Unis, dont il dit que le monde " découvrira tout à la fois la naissance et la grandeur ", est avant tout une histoire continue du meurtre politique. Du moment où se fonde la Russie, au IXe siècle, et où commence sa christianisation, jusqu'à l'apogée prévue par Tocqueville, il n'est guère de génération qui n'y ait assisté, pétrifiée, à l'éternelle liaison entre meurtre et politique. Les temps de répit, dans ce pays, ce sont les guerres et les invasions qui les ont apportés, autres formes de violence et de mort, mais dont l'avantage est qu'agissant de l'extérieur, elles unissent pour un temps pouvoir et société contre l'ennemi porteur de mort.
    Cette longue tradition meurtrière a sans nul doute façonné une conscience collective où l'attente d'un univers politique pacifié tient peu de place, tandis que la violence ou sa crainte y sont profondément ancrées. De ce malheur si profondément ressenti à tous les âges, que les esprits superficiels nomment l'âme russe, l'on peut se demander où est la cause, où est l'effet. Est-ce le meurtre politique trop longtemps utilisé qui a produit une conscience sociale malheureuse et soumise, et, par là, incapable d'imposer, comme ailleurs, un autre cours au politique? Ou bien est-ce cette conscience malheureuse, épouvantée, qui appelle sur elle, sinon la colère des dieux, du moins le déchaînement des meurtriers.
    Hélène Carrère d'Encausse

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