Langue française

  • Depuis des années, on entend grogner la révolte sur le Vieux Continent. Un sentiment de rejet généralisé, l'impression pour beaucoup d'avoir été débarqués du progrès. Quand soudain, un violent orage éclate. Une femme se lève parmi la foule.
    Munich, novembre 2023, une manifestation populaire. Aurore Henri se saisit d'un pavé et le lance au visage d'un chef d'État. Derrière son regard bleu magnétique, une volonté d'acier, un espoir fou, guérir les hommes de leurs tendances destructrices, bâtir une société nouvelle où règnent la paix et l'harmonie.
    Diane Ducret nous livre une vision infiniment romanesque d'un Occident qui sombre dans le chaos et trouve son nouveau guide en une femme aux motivations aussi secrètes que son ambition est démesurée.

  • Mon père est mort il y a un an.
    Je ne crois pas à cette théorie selon laquelle on devient réellement adulte à la mort de ses parents ; on ne devient jamais réellement adulte. Devant le cercueil du vieillard, des pensées déplaisantes me sont venues. Il avait profité de la vie, le vieux salaud ; il s'était démerdé comme un chef. T'as eu des gosses, mon con... me dis-je avec entrain ; t'as fourré ta grosse bite dans la chatte à ma mère. Enfin j'étais un peu tendu, c'est certain ; ce n'est pas tous les jours qu'on a des morts dans sa famille.
    J'avais refusé de voir le cadavre. J'ai quarante ans, j'ai déjà eu l'occasion de voir des cadavres ; maintenant, je préfère éviter. C'est ce qui m'a toujours retenu d'acheter un animal domestique. Je ne me suis pas marié, non plus. J'en ai eu l'occasion, plusieurs fois ; mais à chaque fois j'ai décliné. Pourtant, j'aime bien les femmes. C'est un peu un regret, dans ma vie, le célibat. C'est surtout gênant pour les vacances, Les gens se méfient des hommes seuls en vacances, à partir d'un certain âge : ils supposent chez eux beaucoup d'égoïsme et sans doute un peu de vice ; je ne peux pas leur donner tort.

  • En imposant Hernani, chef-d'oeuvre du drame romantique, à la Comédie-Française, temple du classicisme, Victor Hugo fut à l'origine de l'une des plus célèbres batailles de l'histoire littéraire. « Tissu d'extravagances », fruit d'un « esprit humain affranchi de toute règle et de toute bienséance », selon la censure, Hernani marquait l'avènement d'un théâtre mariant le sublime au trivial et investi par le lyrisme, l'épique et la politique. Drame historique retraçant l'accession à l'Empire de Charles Quint, comédie d'intrigue mettant en scène un roi, un vieillard et un bandit épris de la même femme, tragédie héroïque sous-tendue par la loi de l'honneur aristocratique, Hernani incarne le mélange des genres. Consacrant le triomphe de l'avant-garde artistique, la création de cette pièce flamboyante, au printemps 1830, entérinait la révolution française du goût.

    Couverture : Virginie Berthemet © Flammarion (d'après un détail de la tapisserie de la tenture de la Comédie-Française, par Jacques Ferdinand Humbert, © Roger-Viollet)

  • Nana ruine ceux qui la désirent : le banquier Steiner, le capitaine Hugon... tous seront séduits et conduits au désespoir par la «Vénus blonde». En décrivant la vie d'une courtisane, Zola dépeint, à la manière des moralistes, la débâcle de la société bourgeoise du Second Empire en un saisissant tableau de moeurs.

  • STEFAN ZWEIG
    Tu voudrais un enfant... à notre époque ?
    LOTTE
    Je n'ai pas d'autre époque.
    STEFAN ZWEIG
    Donner le jour... au milieu des ténèbres ?
    LOTTE
    Vous cherchez des excuses !... La seule chose qui vous importe c'est que votre postérité soit dans vos livres !
    STEFAN ZWEIG
    Un seul mot de ta bouche vaut plus que tous mes livres.
    Cette pièce est l'adaptation théâtrale par Laurent Seksik de son roman Les derniers jours de Stefan Zweig qui, traduit en douze langues, a connu un grand succès en France et à l'étranger.

  • Roxane arrive à Paris.
    Comme bagage, elle n'a que son enthousiasme, sa naïveté, son désir et sa rage d'apprendre le français. Elle veut devenir française par la langue. Mais la langue française se révèle implacable, une compagne infidèle. Quelle belle garce cette langue, la plus belle. Quelle belle grâce cette langue, la plus belle. Les bribes d'une enfance iranienne troublent son monde parisien. Les souvenirs murmurent tout bas.
    Elle se découvre un confident mythique : Montesquieu. Elle se raconte et raconte le monde d'aujourd'hui à l'inventeur des Lettres persanes. Dans une écriture où l'imaginaire se confond avec le réel, où la drôlerie et la fantaisie le disputent à la mélancolie et à l'amertume, la vie d'une jeune femme est mise en scène une femme qui connaît le prix à payer pour ne pas perdre pied face à la réalité. Ce roman, souvent proche du conte, impressionne par la légèreté, l'humour et la sobriété de ton.
    Un roman de formation. Une histoire à suivre.

  • "Personne ne savait que faire en cas de bonheur.
    On avait des assurances pour la mort, pour la voiture, et pour la mort en voiture. Mais qui nous protégera du bonheur ? Jean-Jacques venait de comprendre que ce bonheur, en devenant si fort, était la pire chose qui pût lui arriver."

    Après Le Potentiel érotique de ma femme (Prix Roger-Nimier 2004), David Foenkinos nous emmène avec humour et ironie sur les chemins de l'adultère et du couple, "ce pays qui a la plus faible espérance de vie".

  • Christine Angot a écrit ce court roman comme on prend une photo, sans respirer, sans prendre le temps de souffler. En cherchant la précision, en captant l'instant et le mouvement.
    Ce n'est pas à nous lecteurs de vouloir en connaître l'élément déclencheur, peu importe de le savoir.
    On s'aperçoit vite en le lisant que le texte possède en lui-même le pouvoir d'agir avec violence. Il suscite des sentiments dont l'angoisse ne peut être évacuée. Il provoque le saisissement par lequel on reconnaît un des pouvoirs de la littérature : donner aux mots toute leur puissance explicative et figurative, plutôt que de s'en servir pour recouvrir et voiler.
    C'est comme si l'écrivain levait ce voile, non pas pour nous faire peur, mais pour que l'on voie et comprenne.

  • Marseille, ce matin-là, avait des couleurs de mer du Nord. Loin, sur la digue du Large, oubliés, trois hommes survivent à bord de l'Aldébaran, un cargo dont l'armateur a fait faillite. Le capitaine libanais Abdul Aziz, le Grec Diamantis, son second, et le Turc Nedim, la radio. Tous trois espèrent, sans trop y croire, la reprise de leur navire.
    Au fil des jours, les trois hommes apprennent à se connaître, mieux qu'ils ne pouvaient le faire en mer. Ils partagent leurs souvenirs, puis leurs doutes, et leurs peurs. Pourquoi ne sont-ils pas partis, comme le reste de l'équipage? Pourquoi s'engluent-ils à bord de ce bateau qui rouille? Autour d'eux, la ville, Marseille. Ville d'exil. Ville métisse. Ville à leur image, pleine de souvenirs, et sans avenir, mais avec la vie à fleur de peau.
    Ils y nouent des aventures, des rencontres, des amours, avec des hommes, des femmes aussi perdus qu'eux.
    Le drame se tisse, à leur insu. Une tragédie que ces trois hommes portent en eux, comme Marseille son histoire. Ils n'en déjoueront pas les pièges. Au contraire, ils en seront les acteurs. Parce que - et sans doute le savent-ils depuis le début - c'est dans le dénouement du tragique qu'ils sauront, enfin, qui ils sont.

  • " L'Europe appartient à Picasso, Matisse, Braque et bien d'autres. L'Inde n'appartient qu'à moi seule. " Amrita Sher-Gil est à l'Inde ce que Frida Kahlo est au Mexique. Artiste de génie, femme libre à la vie fabuleuse et tourmentée, elle a marqué l'histoire de la peinture indienne avant de disparaître brutalement à l'âge de vingt-huit ans. Lorsque Iris achète un de ses tableaux, elle se lance, fascinée par son destin, sur les traces de cette artiste audacieuse, mi-hongroise, mi-indienne, espérant retrouver dans cette quête le goût de peindre qui l'a quittée depuis des années. De subtils échos se répondent entre les deux femmes dont l'existence est étroitement liée à la création, à l'amour de la peinture et à ses ressorts secrets. Patricia Reznikov nous entraîne dans un roman où les couleurs de l'Inde coloniale, de Lahore à Simla, se mêlent à celles du Budapest d'avant la Première Guerre, du Paris des avant-gardes et de Florence. Elle redonne vie à une figure féminine bouleversante et hors norme, méconnue du grand public.

  • Dans le Paris des années 1840, Rodolphe, Schaunard, Marcel et quelques autres forment une petite société d'artistes marginaux, poursuivis par leurs créanciers et rêvant de gloire. Poètes et musiciens au ventre creux, rapins prompts à embobiner le bourgeois, philosophes fumeux épris de grisettes, ils ont vingt ans, peuplent les mansardes du Quartier latin, mènent une vie volage et aiment se retrouver au café Momus, où « le premier devoir du vin est d'être rouge ». Mais le désespoir guette, lorsqu'on chasse du soir au matin la pièce de cinq francs sans jamais sortir de la misère et de l'anonymat...
    Avec cette série de scènes fantaisistes inspirées de son expérience, Henri Murger, fils de concierge autodidacte qui fréquenta Nadar, Champfleury et Baudelaire, n'offre pas seulement un formidable document littéraire et social sur la condition de l'artiste : il signe aussi un texte au style tapageur sur la folie de la jeunesse et la perte des illusions. Mêlant romantisme et réalisme, marquant la naissance d'une langue et d'un mythe, les Scènes connurent à leur parution en 1851 un immense succès, et inspirèrent tous ceux qui, de Puccini à Aznavour, ont aimé la bohème.

    Illustration : Virginie Berthemet © Flammarion.

  • Deux frères vivent avec leur père, un flic, le "monoparental", dans un pavillon ordinaire avec un jardin pas terrible. Pour tenir, ils se tapent des somnifères, une canette ou un pétard, comme des grands.
    En fait, ils rêvent d'une famille très précise, "celle qui trempe des tartines en attendant l'ami Ricoré". Une voisine, assistante maternelle, passe parfois chez eux et laisse un parfum de femme.
    Cavales loufoques, bêtises diverses, au cours d'une fugue les gamins sont pris en stop par un jeune couple grunge. Ils croient enfin avoir trouvé une cellule familiale de substitution, mais c'est à eux de jouer les parents...
    Désintoxication, repas à heures fixes, coupe de cheveux de rigueur, tout leur est bon. Réussiront-ils là où ,avec eux, on a échoué ?
    C'est l'enjeu paradoxal de ce roman cousu main. Les digressions s'y mélangent pour dessiner un portrait criant de vérité de la "France d'en bas". En disciple déjanté de Diderot, Serge Joncour invente deux neveux de Rameau qui se font la malle, explosent les lieux communs et multiplient les fariboles.

  • En 1832, parce qu'il s'ennuie à Civita- Vecchia où il occupe le poste de consul de France, Stendhal entreprend d'écrire l'histoire de son dernier séjour à Paris, onze ans plus tôt : la belle et indifférente Métilde venait alors de lui infliger un échec sentimental cuisant. Chronique d'une convalescence, les Souvenirs d'égotisme brossent ainsi le portrait d'un être dévasté, qui se laisse lentement reprendre par la vague de la vie.
    Rédigés à bride abattue, inachevés et publiés à titre posthume en 1892, ces souvenirs drôles et touchants constituent un document irremplaçable sur un grand homme en devenir, qui fréquente les salons, scandalise par son esprit caustique, multiplie les « fiascos par excès d'amour » et se demande s'il a bien un « esprit remarquable »... Galop d'essai pour la célèbre Vie de Henry Brulard, ils offrent le modèle d'une écriture autobiographique sans esbroufe, conjuguant avec brio introspection et improvisation.

    Texte intégral. Illustration : Virginie Berthemet © Flammarion

  • " Plus je l'observais comme ça, feuilletant son livre, levant parfois le regard pour mieux s'en imprégner, les verres moirés de merveilles, plus il s'établissait en moi un vertige inouï que mes pensées d'alors se trouvèrent incapables de formuler. Je m'éprouvais dans l'indicible... Je transpirais dans l'innommé... Simplement, j'étais ému. C'est la première fois, je crois, que je fis l'expérience des mots et de leur insolente nécessité. " Jo, la vingtaine, vit dans une cité à Crimée, où il a grandi avec sa bande de copains. Inscrit en licence de philosophie à la Sorbonne, il se retrouve vite tiraillé entre les convenances de ses études et les rudes manières de son quartier, noyant cette dualité dans les amours, l'alcool et la drogue. Une rencontre va agir comme un révélateur et faire découvrir au jeune homme une nouvelle ivresse salutaire, celle des mots.

  • « Je ne connais personne qui n'aimât pas la littérature de M. de Musset, quant à moi, je le dis, elle me plaît infiniment » : c'est en ces termes que Balzac salua la parution des Nouvelles.
    Publiées dans la Revue des Deux Mondes entre 1837 et 1839, elles relatent des histoires de coeur tour à tour légères et graves, drôles et mélancoliques. Dandies et grisettes, espiègleries, baisers volés, rendez-vous furtifs, adieux déchirants : on devine toute la fantaisie des liaisons de l'auteur dans ces récits mettant en scène un homme épris de deux femmes (Les Deux Maîtresses), un amant artiste (Le Fils du Titien), ou encore un garçon sans le sou bien décidé à rassembler cent mille écus pour épouser celle qu'il aime (Croisilles)...
    Empruntant tout à la fois au roman d'analyse classique, au récit grivois et au conte de fées, Musset accède ici à la haute maîtrise de son art de prosateur.

  • « Les Jeunes France », c'est le nom que l'on donnait, dans les années 1830, à la jeunesse extravagante et chevelue gagnée à l'art romantique et aux idées contestataires. Dans ce recueil paru en 1833, Théophile Gautier, qui fut l'un des leurs, dépeint avec humour et panache leurs excès de langage, de conduite et de parure. Dialogue de deux ivrognes sur les vertus de leurs maîtresses (Sous la table), vie d'un peintre basculant dans la démence (Onuphrius), portraits de romantiques excentriques (Daniel Jovard, Élias Wildmanstadius), récit déjanté d'une orgie (Le Bol de punch), étude des mérites respectifs de l'amour domestique et de la passion impossible (Celle-ci et celle-là) : ces six « romans goguenards », injustement méconnus, dénoncent la folie de toute folie et marquent, deux ans avant Mademoiselle de Maupin, la véritable entrée de Gautier en littérature.
    À la suite des Jeunes France, cette édition rassemble une série de chroniques parues dans la presse à la même époque, qui témoignent d'un même esprit de dérision : Gautier y évoque les travers du bourgeois parisien, la laideur des acteurs, ou encore l'embonpoint des écrivains...


    Illustration : Virginie Berthemet © Flammarion

  • Vous vous êtes aimées, il y a cinq ans, aventure brève et explosive. Un jour, pourquoi, tu ne le sauras jamais, tu composes à nouveau le numéro d'Iris, la troublante, la dangereuse Iris. Iris qui a aujourd'hui 22 ans - toujours dix de moins que toi. Et l'espace d'un coup de fil, tu replonges. Vertige des messages, silences, dialogues impossibles, rencontres ratées et étreintes fulgurantes. Accro comme avant, mais à quoi : à une fille, au sexe, à une relation perverse ? Iris est toujours plus fuyante. Iris promet mais ne tient jamais, annule, débranche son téléphone, ne revient qu'à l'extrême bord de l'abîme, quand tu t'es juré que tout était fini. Au jeu du chat et de la souris, Iris est imbattable.
    La passion. La plus solitaire des maladies, la plus tenace, la plus violente.

  • J'ai été élevé par mes grands-parents maternels. Soixante ans plus tard, j'ai appris totalement par hasard que ma grand-mère avait laissé un journal racontant ses quinze mois de déportation à Ravensbrück, Matricule 38971. En lisant ce manuscrit, j'ai compris que ce n'était pas un journal, mais des souvenirs de déportation. J'ai choisi de raconter ma rencontre avec le récit de Marie Pfister. J'ai laissé mes souvenirs se juxtaposer aux siens jusqu'à lui écrire des choses que je n'avais encore jamais dites. L'émotion de la lire par-dessus les années est, elle, inexprimable. A travers un texte rédigé par sa grand-mère et longtemps disparu, un homme déjà mûr découvre un passé familial enfoui. Lettre à ma grand-mère est à la fois l'histoire d'un secret de famille, le récit d'une enfance dans l'après-guerre qui s'éclaire a posteriori, et le parcours d'une résistante ordinaire . Où comment les convictions se transmettent et les hommes se forgent à partir de l'histoire de leurs parents, même lorsqu'elle est cachée.

  • L'ADN de Voltaire a été décrypté. À peine la médecine française a-t-elle proclamé ces résultats spectaculaires que le cerveau du philosophe disparaît. L'auteur du larcin menace de cloner l'auteur de Candide.
    Science-fiction ? Pas tout à fait. Nous sommes en 2011, la France s'enlise dans la paresse intellectuelle. Le commissaire Marcel Attias mène l'enquête, des intellectuels parisiens se mobilisent, l'opinion publique s'enflamme. Qui est le voleur ? Passera-t-il à l'acte ? Un virevoltant jeu du chat et de la souris commence...

    Portrait de Franck Nouchi par Carole Bellaïche © Flammarion

  • « Les "réflexions théoriques" m'apparaissent comme un matériau romanesque aussi bon qu'un autre, et meilleur que beaucoup d'autres. Il en est de même des discussions, des entretiens, des débats... Il en est encore plus évidemment de même de la critique littéraire, artistique ou musicale. Tout devrait pouvoir se transformer en un livre unique, que l'on écrirait jusqu'aux approches de la mort ; cela me paraît une manière de vivre raisonnable, heureuse, et peut-être même envisageable en pratique. »

    M. H.

    Les textes de ce recueil, lettres, entretiens ou articles, ont été publiés depuis 1992 dans des publications diverses, de la NRF à Paris Match, 20 ans ou Les Inrockuptibles. Ils n'étaient plus disponibles. Il y est question de cinéma, d'architecture, de philosophie, de la fête, du féminisme, de la réhabilitation du beauf, de la connerie de Jacques Prévert ou encore de l'indigeste Alain Robbe-Grillet... Parcours éclaté qui dessine une réflexion d'une cohérence et d'une exigence aiguës. Le constat est implacable : « On s'est bien amusés, mais la fête est finie. La littérature, elle, continue. Elle traverse des périodes creuses, puis cela revient. »

  • La Genèse, qui est le premier livre de la Bible, raconte la création de l'homme et les commencements du monde, mais elle les raconte de façon très laconique. Par exemple, il n'est dévoilé nulle part quelle espèce de poison renfermait le fruit de l'Arbre de la Connaissance. Il n'est pas montré comment Eve, pour avoir Adam à elle toute seule, le brouilla avec les animaux, la nature et le Créateur lui-même. Quelles circonstances atténuantes Caïn avait-il pour que le Seigneur défendit qu'on le tuât ? Dieu enfin, après avoir été content de son oeuvre, en a été dégoûté au point de la rayer comme un brouillon par le Déluge et de la recommencer.
    Le Livre de la Genèse est particulièrement émouvant en ce qu'il montre comment le Tout-Puissant s'est heurté aux hommes. Ceux-ci, souvent, en dépit de leur foi et de leur amour, lui résistent, discutent avec lui, et il arrive qu'ils influent sur sa volonté.
    Jean Dutourd a en quelque sorte rempli les blancs de la Bible, c'est-à-dire qu'il a ajouté au récit sacré des détails historiques ou psychologiques, ainsi que quelques raisonnements qui manquent. Rien n'est changé mais tout est éclairé, tout prend soudain vie, et l'on s'aperçoit que les hommes qui existaient il y a des milliers d'années sont nos pères, presque nous-mêmes. Abraham, Jacob, Joseph, tous ces précurseurs avaient notre cerveau et notre coeur.


    Couverture : Eve, par Lucas Cranach. Anvers, Musée Royal des Beaux-Arts.

  • Deux jours avant les attentats du 11 septembre 2001, le commandant Massoud, figure charismatique de la résistance contre les fondamentalistes, est assassiné lors d'une opération-suicide en Afghanistan. À travers cette lettre imaginaire du commandant à son fils, Olivier Weber célèbre l'appel de Massoud à moderniser l'islam loin des idéologies sectaires et à construire un « islam des Lumières » auquel aspire l'immense majorité de la communauté des croyants. On y découvre l'espoir de Massoud, mais aussi ses doutes, son passé de combattant, son amour pour l'Afghanistan, pour la littérature, ou encore sa propre lecture du Coran.
    Bien plus qu'un hommage au Lion du Panjshir et une méditation sur l'Histoire, c'est un message universel de paix et de tolérance que nous adresse ce roman : « Je t'écris pour que tu dises au monde ces quelques vérités, pour que l'islam vive et se renouvelle, pour que la concorde entre les croyances demeure. »

  • « À la lueur tremblée des derniers flambeaux, ils se retrouvèrent sans parler. Ce fut le meilleur instant, d'une grâce reconquise, arrachée au galop de la vie, qui se passait de mots, s'exprimait dans le frôlement des gestes. Anna semblait croire qu'il suffisait de jouer l'épisode de l'évasion des Piombi pour barrer la route à la mort. Casanova lui dit qu'il n'en était rien, qu'elle faisait la petite fille mais que tôt ou tard il reprendrait la route comme autrefois. Il ignorait encore l'heure du départ et la nature de l'attelage, il ne savait pas dans quel état il serait pour partir, mais sûrement très vite il se rendrait à l'évidence du voyage et il redeviendrait ce qu'au fond de lui-même il n'avait jamais cessé d'être : la hâte, la vivacité. Le vent. »
    1798. Casanova se meurt au château de Dux, en Bohême. L'heure des comptes peut-elle encore être celle de l'amour ? Entre la servante Anna et le vieux libertin, c'est la dernière scène de la commedia qui se joue, l'ultime partie de dés du voyageur éphémère.

  • Seul face à Églantine, quinze ans et demi, un père de bonne volonté tente de lutter contre, en vrac :
    Davide Guetta, les dangers de passer son BSR, H&M, les fêtes alcoolisées, les lapins apprivoisés, les garçons, Fun radio, les garçons (encore), les piercings, un conseil de classe calamiteux, Internet, les cheveux rouges, quoi encore ?
    Bref, la fête des Pères, ce n'est pas pour demain.
    Un récit hilarant, à recommander d'urgence à tous les parents persuadés d'être sans défaut. Et à toutes les filles pressées de leur rappeler le contraire. Au fait, l'adolescence, ça dure longtemps ?

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