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Prix
Gallimard
-
La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules
Philippe Delerm
- Gallimard
- L'Arpenteur
- 27 Avril 2012
- 9782072186769
«C'est facile, d'écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s'ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes - une incision de l'ongle de l'index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d'un seul doigt. La dernière est si minuscule. Parfois, on a envie de la croquer. Ce n'est pas bon, un peu amer, mais frais comme la cuisine de onze heures, cuisine de l'eau froide, des légumes épluchés - tout près, contre l'évier, quelques carottes nues brillent sur un torchon, finissent de sécher.
Alors on parle à petits coups, et là aussi la musique des mots semble venir de l'intérieur, paisible, familière. On parle de travail, de projets, de fatigue - pas de psychologie.» -
Fodé et Bouhel sont des frères jumeaux sénégalais que la vie a mis sur des chemins initiatiques différents. Fodé doit reprendre la charge spirituelle de veiller sur le Ndut du pays sérère après la mort de Ngof, le maître des initiations. Pour cela, il devra apprendre à transcender toutes les limites physiques. Sortir de son corps et devenir souffle. Bouhel part étudier en Europe. Il se retrouve à Orléans et y rencontre Ulga, une jeune étudiante polonaise. Une histoire d'amour le mène en Pologne où sa vie bascule. Il sera occupé à une lente remontée à la surface. Du pays sans fin, les ancêtres suivent du regard les tribulations de Fodé et de Bouhel sur leur chemin d'apprentissage. Les personnes rencontrées - Ulga, frère Tim, Ngof, Marème, Martha, Vladimir, Na Adama - et les lieux traversés - le pays sérère, la Poméranie, le cloître du Marmyal, la prison de Mokotów, le pays sans fin - sont autant de vigies qui accueillent ces marcheurs partis à la rencontre des lieux qu'habitent leurs rêves. Comme des feux follets, ceux-ci se dérobent parfois et réapparaissent au détour d'une sente.
Déambulation poétique sur l'amour, la mort, la transmission et l'apprentissage, Les lieux qu'habitent mes rêves est un roman sur la métamorphose, la fraternité, la guérison et les chemins qui mènent à l'apaisement. -
Figures de proue : Ces yeux de la mer
Claudio Magris
- Gallimard
- L'Arpenteur
- 12 Juin 2024
- 9782073001825
La passion de Claudio Magris pour la mer, déjà manifeste dans plusieurs de ses livres, apparaît de nouveau au grand jour dans cet essai splendide qu'il consacre aux figures de proue des anciens navires. Soutenu par une immense culture et le souvenir de visites dans de nombreux musées de la Marine, ce livre nous emmène vers des horizons lointains qui sont aussi ceux de l'Histoire, de la littérature et des mythes. Les figures de proue étaient censées conjurer les dangers et les maléfices de l'élément marin. Sculptures aux traits féminins de sirènes, de déesses ou de créatures réelles, elles étaient les yeux de la mer, fixant sans trêve les profondeurs que le regard des navigateurs devait s'abstenir de longuement sonder.
Pour Claudio Magris, la relation des humains avec la mer est de celles qui peuvent donner lieu à une expérience du sublime. Et le regard de la figure de proue est celui de la stupeur, de l'épouvante et de l'enchantement, d'où naissent la poésie, la magie des choses vues pour la première fois ou comme si c'était la première fois. -
Sigmund Freud a souffert d'un cancer qui détruisait sa mâchoire. Les seize dernières années de sa vie, il a dû porter une lourde prothèse ; censée l'aider à parler, elle lui blessait la bouche et restait souvent bloquée. Ainsi, celui qui avait inventé un dispositif pariant sur les mots pour libérer l'homme, celui-là se trouvait empêché de parler. C'est un fait mal connu, y compris des psychanalystes.
Depuis ma pratique du divan, je m'interroge sur la place que les intelligences artificielles prennent sur les territoires de la parole. Nous utilisons de plus en plus souvent un jargon technique : notre bouche est pleine de mots informatisés, de termes froids et blessants. J'ai fait la connaissance d'un ingénieur de recherche qui travaille chez Google sur la simulation de la parole. Il m'a raconté son métier, je lui ai parlé du mien. Pour comprendre, j'ai appris à programmer un réseau de neurones artificiels. Je vais vous raconter ma rencontre avec les savants fous de la parole, avec les Frankenstein du langage que nous sommes tous devenus.
Y. D. -
Marie Talbot.
Femme, paysanne, bâtarde.
Sculpteur.
Une des plus grandes artistes du XIXe siècle dont on découvre seulement aujourd'hui le talent.
Sa matière : le grès, une argile particulière, utilisée par les potiers du Berry. Une terre qui, à la cuisson, devient dure comme la pierre. Rebelle à toute coloration. Brute. Éternelle.
Marie Talbot va inscrire dans cette matière sauvage ses idéaux, ses blessures, ses combats. Elle choisit de représenter les femmes. Toutes les femmes. D'inscrire dans la durée leurs luttes, leurs souffrances et leurs espoirs.
Ses sculptures sont quasiment le seul témoignage de la vie de Marie Talbot.
La poète aux mains noires lui donne enfin une voix et un visage.
Dans ce texte inspiré et au moyen de la fiction, Ingrid Glowacki tente de percer le mystère de cette oeuvre puissante. Elle donne à ce destin de femme et d'artiste la place qui lui revient.
Universelle. -
Prix Orange du Livre 2024.
12 avril 65 après Jésus-Christ, dans les environs de Rome.
Des soldats en armes envahissent la villa de Sénèque, porteurs d'un ordre de l'empereur : le philosophe doit se donner la mort.
Sénèque écrit alors une ultime lettre à son ami Lucilius, dressant pour lui le bilan de sa vie. Durant quinze années, il a été le précepteur, puis le conseiller, puis l'ami de celui qui exige désormais sa mort : l'empereur Néron.
Parce qu'il vit ses dernières heures, Sénèque peut enfin tenir un discours de vérité sur son élève. Dans cet ultime moment d'introspection, le philosophe interroge la réalité du pouvoir, mais affronte aussi ses propres erreurs et sa compromission.
L'Ami du Prince raconte comment Sénèque s'est retrouvé prisonnier d'un idéal de l'Empire, de ses illusions et d'un jeune homme imprévisible dont la vraie nature s'est révélée peu à peu.
Après Vincent qu'on assassine et Un instant dans la vie de Léonard de Vinci, Marianne Jaeglé fait revivre le stupéfiant face-à-face entre un philosophe épris de vertu et un jeune tyran sans merci. -
À Trieste et dans ses environs, mais aussi dans le Piémont et au bord du Danube, un écrivain au sommet de son art déroule ici cinq histoires sur le thème de la vieillesse. Cet âge de la vie pourrait-il receler une forme de bonheur et de liberté secrète ? C'est un temps où l'horizon se resserre, mais où l'attention aux épiphanies des choses immédiates nous ouvre à un rapport différent au mouvement du monde. La vieillesse, aux yeux de Claudio Magris, est aussi un temps de retrait et de furtive dissidence face à la part de comédie sociale qui accompagne nombre d'entreprises humaines. Entrelaçant le dit et le non-dit, l'ambiguïté et l'ironie, les nouvelles de Temps courbe à Krems varient les éclairages sur la "guérilla de la vieillesse", une bataille infime mais de longue portée, toujours menée à bas bruit. L'autre grand thème du livre est celui du temps et de ses énigmes, de son mouvement qui conduit aussi bien vers la source que vers l'embouchure. Le recueil prend l'aspect d'un petit kaléidoscope déroulant cinq histoires d'une admirable richesse dans la perception des destins et la connaissance de l'humain.
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Aimer sans savoir, être sans comprendre
Frederika Amalia Finkelstein
- Gallimard
- L'Arpenteur
- 26 Octobre 2023
- 9782073030160
Argentine, un jour de printemps. La narratrice se souvient des vacances passées dans la famille de sa mère lors de son enfance. Aujourd'hui âgée de trente ans, elle ne peut revenir à Buenos Aires sans penser à son rapport passionnel et irrésolu avec ce pays, où son grand-père polonais avait trouvé refuge pour fuir les persécutions en Europe et où sa mère fut élevée. Terre d'exil, de recommencements, l'Argentine est une nation qui accueillit toutes les cultures, toutes les ruptures, telle la fameuse place de Mai où se déployèrent les grandes manifestations de sa bouillonnante existence.
Dans ce roman fiévreux, traversé par un style lumineux, Frederika Amalia Finkelstein interroge l'impact de l'Histoire et des événements intimes sur le destin des vies : géographie, langues, mémoire, appartenance, vide, liberté. Il s'agit ici d'une quête poétique sur le mystère d'être soi et d'être de quelque part. -
Des atmosphères raréfiées et surréelles servent de cadre aux récits de Dépouillée. En suivant cette touche légère qui distingue le réalisme magique de Dario Franceschini, nous rencontrons des hommes étourdis par l'immensité de la mer, nous nous perdons dans le brouillard qui enveloppe la grande plaine, nous découvrons des souvenirs et des amours lointains, nous voyons les histoires à travers les yeux de leurs protagonistes. Sans se départir d'un fin sourire de tendresse ou d'ironie, Dario Franceschini observe le monde ordinaire d'un regard oblique, décentré. Il lui suffit de peu de mots pour suggérer beaucoup, son art est celui d'une magie sans ornements.
Plusieurs récits de Dépouillée se concentrent sur les âges les plus fragiles et sans doute les plus riches de l'existence : l'enfance et la vieillesse. Peut-être, nous dit l'auteur, est-ce dans les choses les plus simples de la vie que se cache le bonheur. -
'Un soir, alors qu'elle escaladait sans assurance une paroi des calanques plus raide et plus haute que les autres, elle avait soudain réalisé l'absurdité de la chose. Le rocher était friable. Elle se mettait bêtement en danger. Si une prise cassait, elle rebondirait le long de la paroi et disparaîtrait dans la mer. Elle réalisa que, depuis son départ, elle avait inconsciemment cherché à imiter Tom, à rejouer sa vie, en empruntant une voie qui n'était pas la sienne.
Cette prise de conscience l'amena à ralentir, à s'extraire d'un rythme devenu frénétique et aveugle, pour faire face au vide et à l'absence.'
À la mort de Tom, Emily repart en quête de l'essentiel pour ne pas perdre pied. Son enfant, sa famille, des amis qui l'aiment et la soutiennent lui permettent de retrouver goût à la vie et de développer une nouvelle manière d'appréhender le monde. Sa rencontre avec Mark, un célèbre architecte d'intérieur qui s'interroge sur le sens de son travail, et, comme elle, porte en lui une fêlure, fera ressortir le meilleur de chacun d'eux. -
Un instant dans la vie de Léonard de Vinci : et autres histoires
Marianne Jaeglé
- Gallimard
- L'Arpenteur
- 20 Mai 2021
- 9782072938467
La mule que Leonardo tient par la bride trébuche, s'ébroue et souffle. Depuis qu'ils ont passé Lyon, la route est à la fois plus fréquentée et plus facile. Il n'empêche que deux mois de voyage ont fatigué les bêtes et les hommes aussi.
"J'étais encore dans l'atelier de Verrocchio, à cette époque, commence Leonardo. Je m'en souviens comme si c'était hier..."
D'Homère à Picasso et Lee Miller, de l'Antiquité au XXIe siècle, du Japon à l'Amérique en passant par l'Europe, vingt et un artistes vivent sous nos yeux un tournant dans leur existence, un moment décisif pour l'élaboration de leur oeuvre.
Dans la lignée de son précédent ouvrage Vincent qu'on assassine, consacré aux deux dernières années de la vie de Van Gogh, l'auteur montre à travers ces nouvelles les plus grands créateurs aux prises avec les instants qui scellent leur destin. -
Accaparé par un travail stressant, Romain utilise en permanence ce que l'on nomme des "éléments de langage", qui ont commencé à opérer un lent glissement dans sa vie personnelle. À son insu, le père, le mari et le communicant se sont confondus en lui : il s'exprime désormais dans la langue de l'ennemi. Emma, sa femme romancière, prend peur : ils ne parlent plus le même langage. Son rapport particulièrement sensible aux mots exacerbe ce sentiment inquiétant, celui de perdre peu à peu l'homme qu'elle aime. Romain passe ses soirées au bureau et ses week-ends sur son smartphone, s'éloignant de plus en plus de sa femme et de leur fille de trois ans, Roxane. Prise dans l'engrenage du quotidien et face à un mari qui prend graduellement le visage d'un adversaire, Emma se débat mais la lutte est inégale.
À travers ses personnages, l'autrice dresse le portrait d'une génération aux prises avec un discours normatif sans précédent. L'effondrement insidieux de la langue devient dès lors une question de société. Garance Meillon signe un roman captivant qui prend les allures d'une fable moderne. -
À Saint George, dans l'Utah, l'été 1957 marquera les esprits à tout jamais. Pour soutenir les essais nucléaires pratiqués dans le désert voisin du Nevada, la ville organise le concours de beauté Miss Atomic. Pour Tom, treize ans, et ses deux amis, la vie prend des allures de fête. Maxine, sa soeur, s'inscrit au concours tandis que les trois garçons ne ratent aucune occasion d'assister aux explosions qui, vues de loin, présentent un spectacle grandiose et fantastique. Mais les réjouissances tournent court. Les adolescents seront confrontés aux douleurs de la vie et à la violence des adultes, dans un monde où les températures montent déjà et où la nature s'étiole et se dégrade.
Ce roman décrit avec originalité et force les dangers du nucléaire et ses conséquences sanitaires dramatiques, qui ne pèsent rien face au cynisme des hommes d'État. -
Claudio Magris a rassemblé dans Instantanés un bouquet de textes brefs qui lui ont été inspirés par une chose vue, un événement de la vie quotidienne ou un fait d'actualité relevé dans la presse. La plupart de ces microrécits se déroulent en Italie, plus particulièrement à Trieste et dans ses environs, mais il en est qui nous transportent sous d'autres latitudes, de la Scandinavie à l'Inde, de Moscou à New York et au Grand Nord canadien. Certains « instantanés » ont trait aux relations intimes entre les êtres, d'autres concernent un épisode de l'histoire du XXe siècle, d'autres encore touchent à des questions de société et aux modes de vie de nos contemporains. Chez Claudio Magris, la description d'une scène saisie sur le vif offre toujours une résonance éthique et philosophique. Ce sont d'une certaine manière des « leçons de vie » que prodigue ce livre, mais sans que l'auteur se mette dans la situation d'exercer un pesant magistère. Au contraire, un mélange unique s'opère dans ces brèves vignettes entre le sérieux du propos et les nuances de l'humour. La gravité et la légèreté font ici si bon ménage que l'on est conquis par ce petit livre captivant et savoureux.
Claudio Magris, né à Trieste en 1939, est essayiste et romancier. Ses ouvrages sont traduits dans le monde entier. Il est notamment l'auteur de Danube, Le Mythe et l'Empire, Une autre mer, Utopie et désenchantement, Microcosmes, À l'aveugle et Classé sans suite. -
Giacomo Leopardi était né à Recanati en 1798. Sa vie brève s'acheva à Naples en 1837. Il avait trente-neuf ans. Pendant longtemps, nous n'avons eu en France qu'une vision partielle et imprécise de cette figure majeure de la littérature. Au terme d'un travail considérable accompli au cours des dernières décennies, nous disposons désormais de traductions complètes des oeuvres essentielles du grand poète et penseur italien, y compris sa volumineuse Correspondance et son immense et fascinant Zibaldone. Ce livre arrive ainsi à point nommé.
Après une enfance heureuse, la vie de Leopardi fut une blessure ouverte au coeur de sa jeunesse et jamais refermée. Il lui échut alors un destin sans autre miséricorde qu'une flamme intérieure portant la pensée poétique à sa force maximale et le verbe à sa plus haute perfection. Le temps où il vécut fut celui d'une stagnation et il jugea son époque "ridicule et glaciale". Après des années de réclusion à Recanati, où il se consuma dans des "études mortelles", Bologne, Pise, Florence et Naples scandèrent les étapes d'un chemin d'angoisse, de douleur, de désolation, de passion, de solitude, mais aussi d'intense création et de quête jamais renoncée du bonheur. "Il est aussi impossible d'être heureux que de jamais cesser d'aspirer, par-dessus tout, voire uniquement, au bonheur", écrivait-il. Tout en suivant avec une empathie profonde l'itinéraire humain de Leopardi, Pietro Citati nous conduit au coeur de l'oeuvre d'un poète immense et d'un penseur génial dont l'une des contradictions fécondes consista à être un Moderne détestant la modernité. -
"Yaya avait fini par relever la tête et l'éclat bleu de son oeil était venu se ficher dans la rétine de Mauve. Huit secondes et demie à se fixer et à sonder leurs âmes, à se reconnaître sans pourtant jamais s'être vus, et voilà c'était ainsi, ce jour était fait pour arriver et le grand bazar de la folle amitié, à la vie à la mort, commencer."
Dans un monde qui n'est pas à la hauteur de leur espoir, Mauve, Yaya, Mahdi et Sékouba se réfugient dans leurs souvenirs et se construisent de formidables univers imparfaits. À l'ombre de leurs existences suspendues, comment retrouver le goût de l'enfance, des rêveries et des rituels, le goût de l'imagination et de la liberté ? Au volant d'un taxi, dans l'acte d'écrire, de dessiner ou d'apprendre, chacun tente de faire face, de trouver une respiration, une manière de vivre qui lui corresponde. Voici de ces êtres dont les solitudes se croisent et s'accordent, le temps d'une éclaircie. -
Le quartier du Sentier, les environs de la Bourse, l'ancien domaine de la presse et du textile, ses rues étroites, la frontière des Grands Boulevards, l'éminence du Montorgueil, la rue Poissonnière par laquelle les marées du Nord descendaient vers les Halles : ce vieux Paris, central et secret, se dévoile au coeur d'une exploration qui est bien plus qu'une cartographie nostalgique du IIe arrondissement.
Paris intérieur est le carnet d'un marcheur attaché à cet espace stratégique, contigu à l'ancien "ventre de Paris". Il se déploie au rythme de promenades, de déambulations poétiques, attentives au présent, aux nouveautés, au passé aussi, toujours vivant et comme en filigrane. En une vingtaine d'années, le visage du quartier a changé, mais les fantômes, les souvenirs, les grandes figures surgissent au hasard des boutiques, des cafés, des rues, de leurs noms, de la part d'histoire qui leur est associée. Paris intérieur est le livre d'un piéton, à la suite de tant d'autres, qui chemine dans un territoire connu, habité ; c'est un certain regard aussi, personnel, porté par une émotion, un attachement à la capitale, à sa mémoire et à son imaginaire. -
Octavio, jeune Français d'Oran, en Algérie, vit une passion avec Judith. Mais l'été 1955, il doit tout quitter pour rejoindre Paris afin d'y suivre ses études universitaires. Lasse de l'attendre, se sentant abandonnée, Judith se jette dans les bras du frère aîné d'Octavio et l'épouse. En 1957, le couple débarque à son tour en métropole. Alors qu'Octavio s'engage dans la lutte clandestine aux côtés du FLN, son grand frère, qui est policier, choisit le camp de l'OAS. Dès lors, la tragédie est scellée entre ces trois-là, qui, malgré leurs trahisons, les querelles et tout ce qui les sépare, continuent de s'aimer en secret...
Avec ce roman d'amour somptueux, qui s'inscrit dans la lignée de L'adieu aux armes d'Ernest Hemingway, Lancelot Hamelin nous fait revivre les violences de la guerre d'Algérie qui ont été commises sur le territoire français, notamment à Paris, en veillant à montrer les crimes et les tourments de deux camps. -
Villes mythiques ; l'enchantement des voyages
Pierre Gilloire
- Gallimard
- L'Arpenteur
- 27 Avril 2012
- 9782072314179
Le désir d'évasion commence dcs l'enfance. Dans un voyage, il y a un avant et un aprcs. Le voyage lui-meme peut paraître court, comparé ´r ce qui le préccde et le suit. Il est des noms qui, trcs tôt, évoquent l'aventure et font rever : Samarkand, Macao, le Machu Picchu, Tamanrasset, San Francisco, Venise... bien d'autres encore. Villes mythiques que nul ne saurait décrire de façon exhaustive sans laisser ´r l'imaginaire sa juste part. Ces villes trcs diverses ont peu de chose en commun, sinon que leur image les dépasse. Les découvrir pour de vrai est un privilcge. Elles ont leur séduction, leur singularité, leurs trésors cachés. On s'instruit ´r leur sujet sans jamais se lasser. Le souvenir lumineux que nous en gardons échappe aux ravages de l'oubli.
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Karim est un jeune homme des quartiers nord de Marseille. Pour payer le loyer de l'appartement où il vit avec sa mère, il se livre à des petits trafics. Un jour, il rencontre Laurélie, jeune étudiante qui s'éprend de ce garçon ombrageux et révolté. Elle est la fille d'un juge progressiste, Charles Mazargue. Avec la famille Mazargue, Karim fait la connaissance de gens qui veulent l'aider à s'élever dans l'échelle sociale car ils voient en lui ce qu'il y a de meilleur dans "l'assimilation à la française". Mais Karim se méfie de la main tendue. Il souffre secrètement de cette générosité qu'il prend pour de la condescendance, voire pour du mépris. Il ne veut pas se laisser domestiquer par leur gentillesse. Alors, à la question qu'on lui pose pour savoir ce qu'il fait dans la vie, il répond par un mensonge qui va l'entraîner dans une spirale de tromperies. Le jeune homme conçoit un sombre projet... L'amour de Laurélie pourra-t-il aider Karim à se dépêtrer de ses faux-semblants ?
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Moitié écrivain, moitié dandy, Nophto n'a publié qu'un ouvrage obscur passé inaperçu. Son nouvel opus, Les Trois Pylônes, porte les traces du grand roman qu'il ambitionne d'écrire et qui, on le devine, sera son chef-d'oeuvre une fois achevé. Mais impossible de le commencer. Alors Nophto se contente de subir les choses, d'être le spectateur des événements ordinaires. Il passe son temps à observer ses voisins depuis sa fenêtre, ou à traîner avec ses amis et ses quelques relations sentimentales - jamais très durables. L'écrivain préfère se retrancher dans ses passions, ses obsessions. Entre la réalité et ses rêveries, il y a un gouffre ; ce livre raconte l'histoire de ce gouffre.
Dans ce roman, l'auteur, le narrateur et le héros sont des calques les uns des autres : les mêmes, mais pas tout à fait. Ils ont en commun la recherche de l'absolu, la silhouette qui flotte, le verbe qui pique. La langue de Felix Macherez est à la fois moderne, sulfureuse, baroque, drôle, elle révèle un authentique styliste. -
"Le soir du 13 novembre, j'ai compris que la guerre pouvait éclater en bas de chez moi - une forme inouïe de guerre. La peur et la méfiance sont devenues normales : je vis en attendant le prochain attentat.
Le soir du 13 novembre, ma génération s'en est prise à elle-même : les assassins avaient le même âge que les assassinés.
Survivre est un hommage à cette génération, née avec les écrans, ultraconnectée, et pourtant en proie à une immense solitude.
Nous voulons être libres : parfois pour le meilleur, parfois pour le pire."
Frederika Amalia Finkelstein. -
"C'est comme un petit feu qui grandit en moi, au coeur du ventre, dans le creux de l'estomac, je l'identifie comme l'envie de gâchis. C'est de plus en plus rare, mais ça fait toujours monter les larmes. Il y a une volonté de faire mal à ceux que j'aime et qui m'aiment, pas tous,
certains. Peut-être tous. Je ne sais plus. Je ne suis pas lucide, pas forcément lucide. Je vois la scène, j'imagine les scènes. La possibilité du drame."
La nuit, elle s'ouvre. Elle marche, oublie, se laisse passer sur le corps. Et puis, ça reflue : le souvenir, le gluant qui gicle et colle au cerveau. Mauvaise passe raconte une héroïne à la dérive, une femme qui perd pied devant la violence des hommes et l'indifférence des villes ; mais aussi l'espoir qui revient, éblouissant, comme le soleil du Nord. -
J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Lancelot Hamelin
- Gallimard
- L'Arpenteur
- 28 Avril 2022
- 9782072985102
Max, fauché par une voiture à vingt ans, formait avec Philippe et Audrey un trio amoureux, uni par des rêves de poésie, ainsi que par ce vers du Bateau ivre de Rimbaud : "J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides". Les deux jeunes gens ont appris par hasard la mort de leur ami, que ses parents voulaient cacher aux mauvaises fréquentations de leur fils. Avec ce deuil, leur adolescence se brise ; Audrey et Philippe se perdent de vue. Ce dernier cependant demeure hanté par la personnalité flamboyante de Max, jeune poète génial mais tête brûlée. La vie se poursuit sans échange de nouvelles jusqu'à l'hiver 2019. Audrey apprend alors à Philippe qu'elle habite en Floride, mais surtout que Max n'est pas mort, et qu'il vit lui aussi dans cette région, comme si le vers de Rimbaud avait guidé leurs pas. Philippe ne comprend pas comment son ami a pu mettre en place cette supercherie, avec la complicité de ses parents. Il décide ainsi de tout quitter, sa famille et son travail, et de rejoindre Audrey. Avec elle, il espère vivre ce qu'il n'a pas osé faire pendant leur adolescence, lever le voile sur le mystère de son ami, et lui demander des comptes.